‹ L'alexandrin d'apres la phonétique expérimentaleChapitre 114 sur 250 · INÉGALITÉ TEMPORELLE DES VERS II · texte numérisé non relu

INÉGALITÉ TEMPORELLE DES VERS II

galité lies vers. Ici les opinions des critiques sont divergentes. Les uns tiennent pour l'isochronie, comme Becq de Fouquières et Guyau ; d'autres admettent des mouvements lents et rapides, avec des variations d'un alexandrin à l'autre. Nous citons les textes les plus importants.

« C'est au moyen de douze syllabes, écrit Becq de Fouquières ' à propos du vers classique, que nous devons remplir la durée que nous savons être égale à 24 croches. Mais les quatre syllabes accentuées étant longues par position et équivalentes à une noire pointée (J-) ou trois croches, nos douze syllabes remplissent un minimum de temps égal à 20 croches. Les 4 croches restantes, une par mesure, sont... pour le cas où un élément rythmique a quatre syllabes. Nous savons en outre que la première syllabe d'un élément de 5 syllabes se porte sur le temps fort précédent. Le temps de l'aspiration est pris sur le quatrième temps fort et le repos de l'hémistiche sur le second. Ainsi le vers français remplit le temps normal de la période mélodique, soit en prolongeant la syllabe rythmique de l'arsis, soit, quand la construction et le sens le permettent, en remplaçant les syllabes absentes de la thésis par des silences équivalents. »

Selon cette théorie, c'est donc seulement avec les silences que les vers sont isochrones. Mais cette règle est seulement valable pour le vers classique, car l'école de 1830, sans abandonner les constructions traditionnelles, les mélange de formules nouvelles. Or, écrit Becq de Fouquières % « le vers romantique possède cette qualité remarquable de faire tenir ses douze syllabes dans un intervalle de temps qui est les 3/4 de la durée du vers classique ». De même M. Grammont ' : « le vers romantique, ayant d'une part le même nombre de syllabes que le tétramètre et d'autre part une mesure de moins, est plus rapide approximativement d'un quart que le vers classique et sa durée totale est moindre approximativement d'un quart. » Guyau, d'accord avec Becq de Fouquières sur l'alexandrin du xvii' et du xvin' siècle, se sépare de lui pour le reste. Il admet que « le rôle essentiel de la rime est de fixer le rythme par son choc régulier : c'est le métronome du vers », mais il ajoute + que le vers romantique, multipliant les accents rythmiques et les césures, accumulant les idées et les phrases, se coupant fréquemment de virgules ou de points, est souvent plus long que le vers classique.

D'autres critiques au contraire tiennent comme lui pour l'inégalité, mais pour des raisons purement extérieures et par des confusions dues à l'absence d'un contrôle objectif. On mélange généralement les concepts de durée et de timbre, surtout dans l'enseignement, et à propos de ce vers de La Fontaine :

Le héron au long bec emmanché d'un long cou,

il nous est arrivé d'entendre ce commentaire : « Vers en syllabes sourdes, très fortement étoffé et par conséquent très long. » Par contre, cet alexandrin :

Agile et court vêtue, elle allait à grands pas,

était jugé de cette façon : « Vers rapide et léger, tout en syllabes claires qui le font courir et l'empêchent de s'attarder. » Il se peut en effet que le premier soit plus lent et le second d'un mouvement plus accéléré, mais les raisons qu'on en donne, comme nous aurons le loisir de le montrer, sont ine.xactes.

Cependant, les partisans de l'inégalité temporelle ont rencontré la vérité, et il nous suffira, pour qu'on puisse s'en convaincre, de recourir encore une fois au morceau de Cinna dont nous nous sommes servi plus haut. La durée de chaque vers (V) s'obtient en additionnant les

1. Becq de Fouquières, op. cit., p. 46. II faut encore noter cette phrase : « Le vers français n'est autre que la somme toujours égale en durée de douze sons perçus par l'oreille et distribués en groupes harmoniques dans des moments égaux par la voix qui relie entre elles ces diverses parties et émet ces douze sons dans une seule expiration » (Préf., p. vi).

2. Becq de Fouquières, op. cit., p. 126, ou encore p. 125 : « Le principal défaut de la forme romantique est de raccourcir le vers. » 5. M. Grammont, Le vers français, p. 35.

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