‹ L'alexandrin d'apres la phonétique expérimentaleChapitre 125 sur 250 · I . Je détache encore ces quelques vers · texte numérisé non relu

I . Je détache encore ces quelques vers

Tout cela est d'une accentuation impossible.

En entrant, un frisson vous passe sur le corps... Le désordre est flagrant dès le premier coup d'ceif Partout le bois se fend, la peinture s'écaille... Mais un détail navra mon âme jusqu'au fond... Il m'adressait l'adieu d'un monde disparu... Puis, voici les beautés d'un monde plus frivole...

LE MOUVEMENT DANS LA DICTION

Il y a là également huit vers, prononcés cette fois par cinq sujets différents A E G J R, dont quatre ont aussi déclamé le morceau de Ruy Blas, soit par conséquent une somme de 40 alexandrins. Or, 19 temps marqués sont supérieurs à 70", 130 à 40", sans compter les syllabes notées brèves qui atteignent cette durée. Les valeurs temporelles totales, comme on peut s'en convaincre par notre tableau général, sont considérables. La plus forte, dans le précédent fragment ' est de 3" 29 ; ici trente fois sur quarante, ce temps a été dépassé; le v. 7, pour A, est de 5" 37.

Mais une même vitesse ne se maintient pas toujours identique au cours d'un même morceau. Les théoriciens les plus avertis, surtout les acteurs que leur métier mettait en éveil, l'ont parfaitement senti. « Dans l'art dramatique, écrit M. L. Brémont % le mouvement est comme une allure particulière, pressée ou lente, nerveuse ou calme, passionnée ou mélancolique, qui se soutient d'un point à un autre dans une tirade, dans une scène, quelquefois même dans un acte tout entier. Ces différentes allures sont déterminées par la marche ou l'évolution des idées et des sentiments. " Ou encore : « Il faut procéder de l'ensemble aux détails ! Il faut chercher avant toute autre chose les grands plans, les grandes masses ! En lisant un poème, il faut d'abord s'inquiéter du mouvement général, puis des subdivisions de ce mouvement ; il faut commencer par construire son interprétation. Cette règle générale ne souffre pas d'exception. »

Donc, dans le Désert ' de Leconte de Lisle, M. L. Brémont distingue trois masses successives. Les quatre vers du début, pense-t-il, doivent être dits sur un ton de récit très simple; les huit vers suivants avec monotonie; les dix derniers s'enlever dans un mouvement lyrique très ardent et très passionné. « Ici encore, ajoute-il, les mots de détail ne sont rien à côté de ce mouvement ; ils ne servent qu'à préparer un crescendo. » Ceci d'ailleurs ne signifie pas que tous les détails disparaissent dans l'uniformité de teinte donnée à telle partie du morceau, mais uniquement que les mots importants reçoivent leur relief seulement en fonction de l'expression générale.

Toutes ces remarques ont été vérifiées par les tracés que nous avons obtenus. Nous commenterons successivement quelques-uns des fragments inscrits. On note, en effet, d'après notre tableau d'ensemble, que des séries de vers tout entières sont différentes de ce qui a immédiatement précédé et de ce qui a suivi. La déclamation obéit aux sentiments qui se dégagent du texte ; elle se conforme au sens.

Dans Bérénice, Titus a terminé la première partie de son discours par un vers lourd de douleur et par conséquent très long, affirmant qu'il a dû soutenir, pour se résoudre à quitter la princesse.

Des combats dont «;; cœur saignera plus d'un jour. (v. 9.)

Il continue alors par quelques phrases dans lesquelles il oppose son bonheur passé à sa détresse actuelle. Ce bonheur, il le voit vivant devant lui. Du même coup, le mouvement s'anime pour rendre un effet de contraste, et les alexandrins diminuent progressivement de durée jusqu'au moment où Titus reprend le récit de ses infortunes :

Dès que ma triste main eût fermé sa paupière.

De mon aimable erreur je fus désabusé. (v. 15-16.)

Tout le morceau d'Hernani est construit par une série d'oppositions analogues dont quelques-unes sont très nettement marquées. Il y a là tour à tour l'ardeur contenue de la passion et l'explosion véhémente de l'amour. Mais ces oppositions ne se manifestent que sur des étendues restreintes, conformément à l'esthétique romantique, plus amie des brusques et courtes saccades que des masses réguhères et bien ordonnées.

L'unité est plus grande dans le monologue de Ruy Blas. Cependant l'on peut distinguer trois vers d'introduction :

1. On peut d'ailleurs noter, dans tout le morceau de Ruy Blas, un grand nombre de locutions familières qui réclament une expression brève : Vous n'ave^ pas honte (4); Tout s'en va (12) ; Vous le save^ (27); Quel remède à cela (^o); J'en ai fait h compte et c'est ainsi (35); Et ce n'est pas asseï (40) ; ]'ai honte pour vous (41) etc..

2. L. Brémont, L'art dédire lesvers, Fasquelle, 1905, p. 91, m, 254 et sq.

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