XII, D
ou bien enfin la syllabe féminine qui termine le groupe rythmique peut être plus haute que la précédente :
Des flots bénis, des bois sacrés, des arbres prêtres.
De flô he ni de huia sa hré de x^r brœ pré trœ
De ces formes, la première est la plus fréquente. En outre ces trois exemples montrent que, quand il y a chute de sens, le dernier accent est moins aigu que le pénultième. Le cas contraire se présente il est vrai, quoique rarement. Il suffira de cet échantillon :
Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.
Lœ vré pœ kel kœ fwa ne trœ pà vre sa hla hlœ
(VIII, o 2°.)
i88 l'alexandrin français
Mais les expressions elles-mêmes de « conclusion » ou de << fin de phrase » doivent être expliquées. Il ne s'agit pas seulement des terminaisons qui sont dans la graphie indiquées par des points : il s'agit aussi de celles qui résultent de la signification accordée par les divers sujets aux fractions de la période. Les interprétations peuvent varier, et les divergences sont souvent très sensibles. Elles sont évidentes si l'on se borne à considérer les quatre premiers vers de notre morceau du Cid, auxquels nous maintenons la ponctuation que leur confère l'édition des Grands Écrivains :
Ah ! Rodrigue, il est vrai, quoique ton ennemie, Je ne te puis blâmer d'avoir fui l'infamie ; ^ Et de quelque façon qu'éclatent mes douleurs, Je ne t'accuse point, je pleure mes malheurs.
Après ce dernier vers, tous les sujets laissent tomber la voix, car il est manifeste qu'un autre développement commence avec l'alexandrin suivant. Mais entre le deuxième et le troisième vers les sujets hésitent : CGJ considèrent que le sens est terminé, R pense au contraire que la phrase continue ; il suspend en effet la voix sur la dernière syllabe du mot infamie.
Tous les textes que nous avons enregistrés provoqueraient les mêmes constatations. C'est cependant au point de vue des énumérations que la question acquiert toute son importance, car elles se réduisent souvent à de courts fragments que nulle forte ponctuation écrite n'isole l'un de l'autre. On se rendra compte, par les exemples que nous allons citer, que le traitement des différents termes peut varier dans certaines limites, et l'on n'oubliera pas que ces vers ont été déclamés sans que les sujets eussent connaissance du contexte, de telle sorte que la fin de l'alexandrin a dû forcément être envisagée comme une terminaison certaine.
Les tracés prouvent que l'on choisit entre les alternatives suivantes :
1° On peut considérer chacun des membres de l'énumération comme formant un tout complet, indépendant du contexte. La voix alors ne se suspend pas à la fin de chacun de ces groupes, et l'accent musical tombe sur la syllabe pénultième, ou antépénultième, au moins sur l'antépénultième si la finale est féminine.
J'ai tout, le temps, l'esprit, hier, aujourd'hui, demain.
y« tû loe ta les pii yèr o jur dwl dœ mè
(XIX, G i°.)
2° On peut au contraire considérer chacun des membres de l'énumération comme formant un sens imparfait, comme se rattachant intimement au reste de la phrase. Dans ce cas, l'accent tombe sur la dernière syllabe de chaque groupe, quand celle-ci n'est pas féminine. Le dernier terme lui-même ne reçoit l'accentuation normale des fins de phrase que s'il semble clore réellement un développement ; sinon il se comporte comme ceux dont il est précédé :
Le siècle ingrat, le siècle affreux, le siècle immonde.
J^f^ syè klè gra lœ syè kla fré lœ syè klim mô dœ