XXI
C'est une énumération à trois termes dont le dernier, puisqu'il s'agit d'un alexandrin isolé, sert forcément de conclusion. Les deux premiers membres rythmiques sont donc sur le même plan et la coupe principale variera au gré des sujets. Dans bien des cas on ne peut préjuger, avant d'avoir procédé à une inscription, de la place où tombera l'accent le plus aigu. On le peut d'autant moins que bien souvent la voix s'empare de certains mots auxquels elle fait un sort, en leur accordant un relief qu'ils ne paraissent pas mériter : alors la suspension de sens ne produit pas l'effet qu'on pouvait escompter. Dans cet exemple :
Cet empire absolu sur la terre et sur l'onde,
on attendrait qu'elle se manifestât sur la douzième syllabe. Mais le premier membre métrique reçoit une intonation pathétique dans la déclamation de C, et tous les rapports musicaux du vers en demeurent troublés :
Se ta pir ap so lu sur la ter e , sur là dœ
(Cin., II, I.)
Enfin une remarque est nécessaire. Il est quelquefois difficile de déterminer pratiquement les suspensions de sens et les chutes de phrase. Le texte, a priori, ne donne aucune indication décisive, car la ponctuation, comme on le montrera ailleurs, peut être à chaque instant modifiée par les sujets. L'analyse du graphique renseigne davantage, mais encore imparfaitement, car le déplacement du temps marqué musical laisse bien souvent l'esprit incertain, sans qu'on puisse toujours savoir si l'on se trouve en présence d'une conclusion réelle ou d'un accident emphatique. Pour tout ce qui suivra, on s'en tiendra aux principes exposés dans les deux chapitres du rythme mélodique et de l'accent oratoire. Il reste que parfois les hauteurs constatées pourraient permettre une appréciation différente de la nôtre.
Nous avons vu que le vers français, du moins à notre époque, ne connaît pas de place privilégiée où doit tomber nécessairement l'acuité principale. Celle-ci est conditionnée, en l'absence des phénomènes pathétiques déjà classés, par la structure de la période et par les coupes du texte. Il ne s'agit plus ici à proprement parler de rythme, mais de fragments musicaux moins réduits, où tel accent peut dominer une série de plusieurs autres. Ces fragments eux-mêmes peuvent être d'étendue diverse, s'opposer en mouvements ascendants ou descendants, la chute de la mélodie vocalique commençant aussitôt que le point culminant a été atteint. Il en résulte des modulations d'une variété infinie et souvent d'une qualité exquise. Le poète moderne, s'il sait manœuvrer ces masses, peut en tirer des effets d'une grande beauté. En tout cas il n'est pas vrai de dire,-
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même pour les productions de l'art classique déclamées par des bouches contemporaines, qu'il y a uniformité et monotonie. La musique des vers est toujours changeante et toujours nouvelle. Voici quelques types pour lesquels nous indiquons schématiquement ' l'opposition des phrases.
1° La montée de la voix est terminée sur les premières syllabes du vers, et la descente remplit le reste de l'alexandrin. Elle a lieu par échelons et par accents décroissants :
Le Roussillon, Ormuz, Goa, cinq mille lieues De côte, et Fernambouc et les montagnes bleues. ko 600-480 tœ
7 26 300 Fer
360 400 nà
360 440 buk
Dce 340 520-380 e