‹ L'alexandrin d'apres la phonétique expérimentaleChapitre 176 sur 250 · HAUTEUR MAXIMA. — RAPPORT DES VERS ENTRE EUX : LE PATHETIQUE · texte numérisé non relu

HAUTEUR MAXIMA. — RAPPORT DES VERS ENTRE EUX : LE PATHETIQUE

Revenons à l'avant-dernier exemple, il y a là gradation émotive du premier vers au second. Cette gradation, établie entre deux termes entrant dans la composition de deux vers différents, fait que la hauteur maxima du second l'emporte sur celle du premier '. L'effort est encore nettement reconnaissable dans ce passage d'Hcrnani :

Le bal ! mais un oiseau qui chanterait aux champs ! Un rossignol perdu dans l'ombre et dans la mousse, Ou quelque flûte au loin ! Car la musique est douce, . . .

Si l'on fait abstraction des deux premières syllabes sur lesquelles la voix s'élève à cause de leur sens ironique, on remarque que le groupe rythmique : un rossignol, est plus aigu que le membre constitué par les mots : mais un oiseau. Il y a progression dans l'intonation de oiseau à rossignol, mais non de rossignol h flûte. DoiïaSol désire l'un ou l'autre, mais si c'est un oiseau, elle réclame un rossignol. Le sujet E marque parfaitement ce rapport :

Me \œ nwa :^ô M eà t((v) rè to m

CE ro si yol per du dà là bre dà la mu s(ce)

V kel kœ flût o Iwè .

{Hem., 26-28.)

La gradation peut d'ailleurs se rencontrer à l'intérieur d'un même alexandrin, et on la notera dans le premier hémistiche de ce vers :

Me quitter, me reprendre, et retourner encor...

Mœ ki té nia; rœ pràdr e ne tur ne rà hbr

(Andr., II F.)

Toutefois, dans tous les exemples cités, l'unanimité des déclamations est assez rare et l'on ne constate assez souvent qu'une simple fréquence du phénomène. Pour que la hiérarchie des accents s'établisse, il faut que le sens l'impose réellement. Mais alors encore il est possible de tricher avec le texte, de considérer les fragments successifs de la phrase comme possédant une valeur significative semblable, de telle sorte que l'un d'eux, n'importe lequel, peut être affecté sans intention spéciale de l'acuité la plus forte. Inversement aussi il est loisible à la voix d'instituer entre deux

I. On se reportera à ce que nous disons des conflits, où certaines irrégularités et anomalies sont expliquées.

LoTE. — L'alexandrin, )0

alexandrins successifs ' et du premier au second une progression musicale que la logique ne rend pas nécessaire, car il suffit d'un peu de véhémence oratoire pour réchauffer des hémistiches qui paraissent trop froids. La règle que nous venons d'exposer est donc loin d'être sans exceptions. Cependant certaines subordinations d'accents, d'un vers à l'autre, s'expliquent seulement par la raison indiquée.

La gradation peut s'établir, qu'elle soit purement artificielle ou commandée par le texte, à plusieurs vers de distance. Nous soulignons dans les vers suivants de Ruy Blas les syllabes mises en relief :

Donc, vous n'avez pas honte, et vous attendez l'heure,

L'heure sombre où l'Espagne agonisante pleure !

Donc, vous n'avez ici pas d'autres intérêts. . . (R.B., 4-6.)

Le second donc, pour tous les sujets, sauf pour G, supporte une élévation de la voix plus importante que le premier. Ailleurs au contraire, la progression n'a pas été possible, parce qu'un trop grand intervalle sépare les groupes rythmiques qui se répondent ^ :

Mais par où commencer ? vingt fois, depuis huit jours

J'ai voulu devant elle en ouvrir le discours ;

Mais dis le premier mot ma langue embarrassée

Dans ma bouche- vingt fois a demeuré glacée. (Hér., 28-31.)

La déclamation de R est la seule où se marque exactement la correspondance indiquée par le poète.

Nous avons rencontré dans des vers isolés des phrases ascendantes très amples en opposition avec des phrases descendantes très réduites. Des modulations analogues, sous l'influence de la passion, peuvent s'étendre à des périodes entières. La subordination, en l'absence de mots pathétiques qui pourraient solliciter la voix d'une façon particulière, s'établit d'un membre de phrase à l'autre, et non de vers à vers, à l'aide de l'un quelconque des accents rythmiques.

Il faut cependant distinguer. Nous transcrirons ici un passage de Cinna :

Cet empire absolu sur la terre et sur l'onde,

Ce pouvoir souverain que j'ai sur tout le monde,

Cette grandeur sans borne et cet illustre rang,

Qui m'a jadis coûté tant de peine et de sang,

Enfin tout ce qu'adore en ma haute fortune

D'un courtisan flatteur la présence importune,

N'est que de ces beautés dont l'éclair éblouit.

Et qu'on cesse d'aimer sitôt qu'on en jouit. {Cinna, 11, 1-8.)

I. Nous donnerons un seul exemple de gradation artificielle, et à l'intérieur d'un même vers. On comparera les dictions de C et de ï dans l'alexandrin suivant où C donne au second groupe rythmique une acuité plus considérable qu'au premier, tandis que ï ne fait aucune différence entre eux :

Porte, porte, chez lui cette mâle assurance... . (Cm., I, 7.)

Par tœ par tœ ee Iwi se l(œ) mal a su rà s{ii')

a. Et pour une autre cause qu'on indiquera à propos des conflits.

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