C/;;., I, 2 CR
1. On ne constate au contraire aucune gradation dans les vers 9-15 du même morceau. L'effort de la voix se porte en effet sur quelques termes pathétiques : le mouvement le plus violent se rencontrant au début du développement, l'ordre normal des successions mélodiques s'en trouve modifié.
2. Je maintiens, à la fin de chaque vers, la ponctuation du texte original. Il en sera de même jusqu'à la fin du chapitre. Comme précédemment, le numéro d'ordre de l'alexandrin, sans addition, signifie qu'il y a unanimité des dictions ; les lettres, quand il y en a, indiquent que le phénomène est strictement limité aux sujets spécialement signalés.
Digne de ton amour, digne de ta naissance ; (Citi., I, 8.)
Et par un beau trépas, couronne un beau dessein. (jh., 10 CJ.)
Je ne te puis blâmer d'avoir fui l'infamie; (Cid, 2.)
Mais aussi, le faisant, tu m'as appris le mien, (th., 8.)
L'unique allégement qu'elle eût pu recevoir; (th., 16.)
De lâches sentiments pour ta punition. (ib., 24 CJR.)
Le temps de respirer et de voir seulement. (Hem., 2.)
Et comme un voyageur sur un fleuve emporté, (ib., 17.)
Ou qu'une voix des nuits, tendre et délicieuse, (ib., 23.)
On comparera utilement pour le premier de ces vers les déclamations de C et de I :
Wi va ne ku i(œ) plû via vwa M tœ rœ tyè
Mo tru blœ sœ di sip e ma re ^ô rœ vyl
si pœ
Les deux sujets ne sont pas d'accord. Pour C le premier alexandrin possède l'acuité la plus forte ; pour I, au contraire, c'est le second. Mais I n'a pas donné aux exclamations initiales une valeur pathétique suffisante : subîata causa, iolliiur effectus. La règle au contraire se vérifie par la diction de C qui a fourni l'effort indiqué par le sens.
Enfin la différence des registres peut servir à marquer une opposition littéraire entre des sentiments dissemblables. On note le fait à l'intérieur d'un même vers :
C'est la mère. Elle est seule. Et dehors, blanc d'écume,
Au ciel, aux vents, aux rocs, à la nuit, à la brume.
Le sinistre océan jette son noir sanglot. (P-(j-, i3-'5-)
II s'agit du premier de ces alexandrins, pour lequel nous transcrivons la déclamation de J :
Se la mèr E le sàl E dœ br blà de ku tn{œ)
Le premier hémistiche doit être dit avec beaucoup de simplicité : la voix est grave. Le second au contraire peint la violence des éléments : la voix s'élève immédiatement par une juxtaposition des notes aiguës aux notes basses. Voici d'autres cas :
HAUTEUR MAXIMA. — RAPPORT DES VERS ENTRE EUX : SUSPENSIONS DE SENS ET CONCLUSIONS 237
Maître de mon destin, libre dans mes soupirs,
Je ne rendais qu'à moi compte de mes désirs.
Mais à peine le ciel eut rappelé mon père... (Bér., 12-14 J.)
J'espérais que du moins mon trouble et ma douleur
Lui feraient pressentir notre commun malheur ;
Mais sans me soupçonner, sensible à mes alarmes... (;'/'., 32-34 J).
Le gouffre roule et tord ses plis démesurés
Et fait râler d'horreur les agrès effarés.
Lui songe à sa Jeannie, au sein des mers glacées. . . (P. G., 32-41 BG J.)
Dans tous ces exemples, certains sujets abaissent légèrement la voix sur le troisième vers; ils expriment ainsi soit l'abattement moral accru, soit la tranquillité d'âme faisant contraste avec la tempête. Ils ont fait effort pour distinguer musicalement les divers plans du récit,
Mais les relations des alexandrins entre eux ne sont pas uniquement déterminées par leur valeur pathétique. Nous avons déjà remarqué que d'une rime à l'autre certaines syllabes émergent parce qu'elles correspondent à une coupe plus forte de la phrase. Tous les phonéticiens ont noté" l'influence du texte sur la mélodie de la parole, et M. l'abbé Rousselot, après enquête expérimentale", a écrit que « si le sens est seulement suspendu, le ton s'élève; si le sens est terminé, le ton s'abaisse ». Nous allons à notre tour examiner les diverses faces du problème dans les morceaux que nous avons enregistrés, et nous envisagerons plusieurs éventualités. Les successions rencontrées peuvent être en effet de différente nature : elles consistent ou bien en deux ou plusieurs vers suspendus, ou bien en deux ou plusieurs vers à sens complet. Mais d'autres combinaisons sont aussi possibles : soit un vers « fin de phrase » après un vers suspendu, soit un vers suspendu après un vers à sens complet, soit enfin un vers suspendu faisant suite à un vers qui termine une période.
Nous rappelons, comme nous l'avons indiqué plus haut, que la suspension et la fin de phrase ne sont pas liées aux signes de ponctuation, mais que seul le graphique est concluant en la matière. Les coupes et les conclusions sont plus ou moins livrées aux décisions particulières et individuelles, sans qu'on puisse découvrir partout la solution universelle et constante qu'on espérait.
Nous commencerons par le premier des cas énumérés. De deux ou plusieurs alexandrins suspendus qui se succèdent, lequel présente l'acuité maxima la plus considérable ? La règle se formule de la façon suivante : toute? choses étant égales par ailleurs ', le plus aigu est tel parce qu'il supporte la coupe de sens la plus forte ; celle-ci, dans une période étendue, semble affecter généralement le vers qui précède la conclusion. L'effet produit est alors semblable, dans son aspect, à celui qu'amènent les gradations pathétiques, sans être toutefois provoqué par la passion.
Mais certaines conditions sont nécessaires et il faut entrer dans le détail. Si deux alexandrins suspendus ont dans la phrase la même importance, il est indifférent que l'un ou l'autre présente la hauteur maxima la plus considérable. Nous donnerons cet exemple :
Cet empire absolu sur la terre et sur l'onde,
Ce pouvoir souverain que j'ai sur tout le monde,... (C»h., II, 1-2.)
1. Précis de prononciation jriwfaise, p. 99. M. l'abbé Roiisselot analyse un passage de prose.
2. Je veux dire lorsque les élévations de la voix dues à la passion sont absentes ou primées par la suspension du sens, de telle sorte que les faits restent simples. Car tel sujet peut négliger l'effet que d'autres aperçoivent.
238 l'alexandrin français
Ces deux vers sont également sujets d'un verbe principal subséquent : peu importe que la voix s'élève davantage sur le premier que sur le second. Les sujets sont divisés. Si la subordination en effet s'établit, elle est seulement factice et n'est point commandée par la logique. Même remarque pour ce court fragment :
La femme est au logis, cousant les vieilles toiles,
Remmaillant les filets, préparant l'hameçon.
Surveillant l'âtre où bout la soupe de poisson,... (P .G., 22-24.)
Les conditions de la parole sont encore semblables quand il s'agit de groupements plus complexes ' :
(Je connus) — 1° que bientôt, loin d'être à ce que j'aime, || Il fallait I cher Paulin, renoncer à moi-même ; 2° Et que le choix des dieux, contraire à mes amours, ||
Livrait à l'univers | le reste de mes jours. {Rér., 18-21.)
Les deux compléments du verbe principal, placés sur le même plan et possédant tous les deux la même importance, ont, si on les compare, une hauteur maxima indifférente : ou du moins cette hauteur maxima est déterminée pour chacun d'eux par le bon vouloir du diseur \
Au contraire, quand deux vers suspendus se suivent, faisant partie d'une même phrase, si le second se trouve avec le premier dans un rapport de dépendance étroite et sert à le compléter de telle sorte qu'ils forment à eux deux un tout indissoluble, c'est le second qui nécessairement pos- .sède la hauteur maxima la plus forte, à la place où intervient, sauf déplacement oratoire de l'accent, la coupe de sens principale. Nous citerons quelques exemples :
Cette grandeur sans borne et cet illustre rang
Qui m'ont jadis coûté tant de peine et de sang... (C/h., II, 3-4.)
Du vieux père d'Énée la valeur abattue
Aux pieds de sa famille expirante à sa vue... ÇJltidr., 25-26.)
De votre propre main Polyxène égorgée
Aux yeux de tous les Grecs indignés contre vous... (//'., 30-31.)
et nous donnerons pour le premier la déclamation de I : •
\ Se. tœ grâ dêer sa bor ne se til lus trœ rà
Ki tnô ku té ja dis ta dœ pén e dœ sa ■
1. Le signe || désigne des suspensions très fortes, le signe | des suspensions de moindre importance.
2. Il faut faire, bien entendu, abstraction des mots « je connus » qui ont une valeur pathétique. C'est ce qu'indique la parenthèse. On peut comparer un autre passage : Béi\, 34-37-