‹ L'alexandrin d'apres la phonétique expérimentaleChapitre 190 sur 250 · On comparera par exemple : P. G., i et P. G., 38 B · texte numérisé non relu

On comparera par exemple : P. G., i et P. G., 38 B

l'intervalle moyen des tons dans les morceaux enregistrés

L'intervalle des tons est : v. 34= 3, v. 35 = 3 '/j. Le premier alexandrin doit son infériorité mélodique à l'absence d'une suspension importante.

Nous venons d'établir l'identité des conditions nécessaires, dans les variétés a b c d, pour que la règle posée reçoive son application. Réunissons donc en un seul groupe ces quatre catégories, et demandons-nous quelle est la coupe suspensive suffisante pour que l'efl^et soit produit. La réponse à cette question est simple et résulte de constatations toutes pratiques. Il suffit d'examiner les accents d'acuité de chaque alexandrin et de «mesurer l'écart qui existe, en vibrations simples, entre le plus aigu et le plus grave. Il apparaît qu'une différence de 80 v. s. constitue le point critique pour les voix semblables à celles de nos sujets.

On peut donc dire, en complétant et en corrigeant la règle formulée plus haut, que tout vers contenant à la fois une coupe de sens et une conclusion, présente un intervalle mélodique plus considérable que ceux purement suspendus dont il est encadré, si la difl^érence entre le plus aigu et le plus grave de ses temps marqués musicaux dépasse 80 v. s. Cet intervalle mélodique est au contraire moins grand si la différence est inférieure à 80 v. s. Enfin, il est tantôt plus considérable, tantôt moins considérable quand la différence est égale à ce nombre.

Si l'on admet ce critérium, tout s'éclaire. Les variétés abc possèdent presque toujours la suspension de sens suffisante que nous venons de déterminer, et sur 13 exceptions, 11 s'expliquent par le fait que l'écart entre les accents d'acuité n'atteint pas 80 v. s.

Pour la catégorie d, nous avons noté 133 cas où le vers fin de phrase échappe à la règle posée d'abord : c'est que le plus généralement dans de tels alexandrins la différence entre les temps marqués égale ou n'atteint pas 80 v. s., ce qui se vérifie pour 128 exemples sur 133.

Par contre, toujours pour la même catégorie, 53 vers se conforment à ladite règle : 39 d'entre eux présentent en effet entre les deux accents pris pour base du calcul un écart qui égale ou dépasse, et même parfois de beaucoup, 80 v. s.

Il reste donc un résidu total ' de 2 exemples pour les variétés abc, de 5 exemples pour le type d lorsqu'on attendrait un déplacement de la voix plus considérable, de 14 pour le même type d lorsque l'intervalle mélodique devrait être réduit. La cause de ces exceptions dernières, dont la soniiVie se restreint au nombre insignifiant de 21 sur plusieurs centaines de cas, réside dans la nature même ou dans le traitement du vers qui précède ou qui suit telle ou telle exception.

Pour les alexandrins aberrants des catégories abc et pour 5 exemples de la catégorie d, elle est dans la présence, au vers antécédent ou subséquent, d'une coupe suspensive de sens très forte ou d'un élément pathétique d'une rare puissance par rapport à la hauteur minima de ce vers. Alors il est possible que la différence des accents d'acuité, même quand elle dépasse 80 v. s., ne produise plus son effet. Pour les 14 derniers exemples de la variété d, la cause est inverse : la coupe suspensive du vers antécédent ou subséquent est extraordinairement faible, ou bien la hauteur minima en est très haute, et il arrive ainsi que dans l'alexandrin de conclusion un écart insignifiant entre les temps marqués suffise à produire un intervalle mélodique supérieur.

Mais tous les rapports que nous venons de conmienter peuvent s'établir selon des modes divers. L'écart des tons, pour l'ensemble d'un même morceau, peut être extrêmement réduit, évoluer par exemple de i à 3 '/* (Cid oi), ou au contraire se mouvoir dans des limites plus amples, de I V2 à 7 Vî) comme c'est le cas pour G dans la scène à'Hernani enregistrée. Il y a par conséquent des poèmes à modulations étendues et des

1. Voici le détail de ce résidu : Catégories aie: AuJr., 5 A (diff. 140 v. s.) — ib., 15 A (100) — Catégorie d : th., 20 F (160) et J (220), 32 I (120) — lier., 19 J (120) — Cid 12 C (160). Pour tous ces exemples, l'écart est moins grand qu'on ne l'attendrait. Pour les cas suivants, au contraire, l'écart des tons est plus considérable que ne le veut la règle : Cin., I, 61(40) — Cid, 16 C (60) et J (60) — //'., 8 G (60) — Btr., 51 C (40) ~ th., 17 C (60) — H<r«., 24 E (40) et G (60)— P. G., 53 G (60)— ih., 15 G (40) — ih., 7 B (40), G (20), J (60) et R (égalité d'accents).

poèmes à modulations restreintes. Ne peut-on déterminer pour quelles causes la voix chante davantage dans certains fragments et chercher si la musique du langage subit l'influence des sentiments exprimés par la poésie ? C'est ce que nous allons tenter.

On pourrait essayer d'en juger d'après le tant pour cent des vers dans lesquels la voix atteint ou dépasse l'octave. Mais ce procédé ne serait pas d'une sensibilité suffisante et les résultats ne seraient pas concluants, car on négligerait ainsi les écarts de 5 tons et de 5 tons et demi, relativement considérables, sans atteindre les différences essentielles. Le mieux est donc de calculer pour chacun des morceaux inscrits les intervalles mélodiques moyens. L'opération est simple : il suffit d'additionner tous les chiff'res fournis par nos tableaux d'ensemble et de diviser le résultat obtenu par le nombre des vers. On peut ainsi dresser le tableau suivant :

Sujet

Hernani

Anâromaque

Sujet

China, II

Bérénice

Le Cid

China, I

Sujet

Hernani

Les Pauvres Gens

Ruy Bhs

Sujet

Hernani

Le Cid

Andromaque

Bérénice

Les Pauvres Gens

Ruy Blas

Sujet

Cinna, II

Cinna, I

Sujet J

Sujet R

Andromaque

Cinna, II

Les Pauvres Gens

Bérénice

Hernani

Cinna, I

Le Cid

Andromaque

Ruy Blas

Béréuiêc

Les Pauvres Gens

Le Cid

Cinna, Il

Hernani

Cinna, I

Ruy Blas

L'ordre des successions n'est pas le même que pour la hauteur maxima moyenne, et il ne saurait en être autrement, puisque, nous l'avons vu, la suspension de sens ou le mot de passion ne suffisent pas toujours à déterminer l'intervalle mélodique. Cependant les résultats obtenus ne sont pas très différents.

Comparativement aux autres morceaux, la scène à' Hernani, pour tous les sujets (sauf pour R) est un de ceux qui exigent les déplacements de la voix les plus réduits. Même remarque pour le discours de Titus, dans Bérénice, et pour le second fragment de Cinna. En général, le début des Pauvres Gens (sauf pour G) réclame des modulations sans grande ampleur, mais qui s'accordent le plus souvent — trois fois sur quatre — avec la hauteur maxima moyenne. Les sujets sont divisés dans le passage du Cid, mais ils sont à peu près unanimes dans les morceaux à' Andromaque (sauf G), de Ruy Blas, et dans le premier fragment de Cinna. Là l'étendue tonale est très importante, et l'organe se meut dans des limites élargies.

La raison en est simple, et pour la dégager, il suffit de considérer les oppositions extrêmes. On constate qu'il y a, d'une part, trois passages où les écarts musicaux se resserrent ; Hernani, Bérénice, Cinna, II, que, d'autre part, dans les tirades à' Andromaque, de Ruy Blas et de Cinna, I, la mélodie de la parole est beaucoup plus développée. La conclusion s'impose d'elle-même. Toutes les fois, peut-on dire, qu'il s'agit de rendre un sentiment contenu {Hernani'), une détresse morale (Bérénice), ou de traduire la majesté paisible d'une âme sereine et forte {Cinna, II), l'intervalle des tons se restreint. Mais qu'au contraire la passion s'exhale, véhémente et injurieuse, qu'elle s'épande en invectives ou en exhortations impétueuses,

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