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INTENSITÉ DES VOYELLES ISOLÉES

gratnmaire comparée et de linguistique romane. L'intensité est le caractère qu'on reconnaît à l'accent français même à l'exclusion de tout autre attribut. Il n'est donc pas étonnant que tous les phonéticiens aient discuté la question avec abondance et quelquefois avec bonheur. M. Victor reconnaît dans les syllabes des variations de force, indique que certaines d'entre elles laissent apparaître un crescendo, d'autres au contraire un decrescendo. M. Sievers indique que théoriquement le temps marqué dynamique est indépendant des autres, qu'une syllabe grave peut être plus forte qu'une aiguë.

Cependant l'étude de l'intensité a dans ces dernières vingt années assez peu profité des progrès de la phonétique expérimentale. Tandis que la détermination des durées et des acuités était simple, on pouvait difficilement, en l'absence de toute méthode précise et de tout travail préparatoire, mesurer l'énergie déployée. Il fallait être prudent. Avant de s'être livré aux expériences de 1907, M. l'abbé Rousselot se bornait à des indications sommaires. Dans l'ouvrage qu'il a consacré au patois de Cellefrouin, il s'est contenté de noter la dépense d'air dans les consonnes et les voyelles, puis de comparer les explosions des occlusives. Plus tard il a calculé l'intensité far une formule j x 100, a représentant l'amplitude, / la longueur de la vibration. Aujourd'hui, grâce aux tables de réduction qu'il a construites, nous sommes en possession de moyens plus exacts. Ils nous permettent de descendre dans le détail des faits.

Nous ne nous occuperons dans ce chapitre que de l'intensité dite théorique, ou potentielle, ou psychologique, et nous examinerons d'abord les voyelles.

Il est évident qu'elles ne se distingueront pas par une énergie propre à chacune d'elles. Le français ne connaît pas un a doux et un a fort, un u faible et un u emphatique. Il y a seulement une série de timbres dont chacun peut être prononcé de plusieurs façons différentes. De même plusieurs articulations isolées émises successivement sont susceptibles d'être attaquées selon une force variable : deux â séparés par un court silence seront l'un un chuchotement, l'autre un cri. Dans une même voyelle le début peut être très intense, la fin très modérée. Force nous a donc été, ici comme au cours de tout ce chapitre, de renoncer au procédé des moyennes que nous avions adopté pour la durée. Nous avons traité l'intensité comme la hauteur musicale, en nous bornant à étudier une centaine d'inscriptions, cinq pour chaque timbre, les mêmes que pour l'acuité.

FiG. 25. — Dans la voyelle ci-dessus, c'est au début et à la fin que se rencontrent les vibrations (soulignées horizontalement) de moindre amplitude.

Autre remarque. L'examen du tracé, indépendamment de toute mesure exacte, montre que la force d'une articulation varie, alors même qu'elle laisse à l'oreille l'impression qu'elle est constante (fig. 25). Des évaluations exactes rendent le fait encore plus manifeste et permettent de découvrir des nuances plus délicates. L'w de M. l'abbé Rigal ', analysé par lui-même et dont j'ai déjà reproduit les variations mélodiques, change aussi dans sa force. J'indique au-dessous des hauteurs musicales (en v. d.) les intensités telles qu'il les a calculées selon la formule j x 100 :

On remarque qu'au commencement et à la fin de l'émission la voix est faible, et qu'il y a certains sommets dynamiques indépendants des crêtes d'acuité.

i. Cf. abbé Rousselot, Principes, p. 830.

Au lieu de procéder de deux en deux centièmes et demi de seconde, comme le fait M. l'abbé Kigal, nous avons partagé la voyelle en tranches successives de 5" et nous indiquons pour chaque tranche, au-dessous de la distance musicale, la distance de compréhensibilité en mètres. Nous n'avons rencontré qu'un type unique : c'est celui-ci dont nous donnons plusieurs exemplaires :

ce

(43") 3 6o"3 80'3 So"3 ^0'3 ^^"3 ^0"3 60-3 40 95-110- 80- 80- 70- 35- 5- 5

(3 4") 3 éo-3 60- 3 60- 3 40-3 20-5 60-3 80 40-100-120-120-100- 45- 10

VI à (34") 360-360-400-400-400-400-420 60- 65- 55- 40- 30- 30- 25

VII e (30") 400-380-380-340-340-300 40- 85- 80- 60- 45- 15

Le maximum de force est toujours fourni à l'intérieur de la voyelle, jamais à l'extrême début ou à l'extrême fin. La période d'intensité peut être plus ou moins étendue, se maintenir également sur plusieurs demi-dixièmes de seconde dans une continuité monotone (I, III, V) ou n'être qu'un court accident (II, IV, VI, VII) limité parfois à un petit nombre de vibrations. Le maximum de force peut d'ailleurs apparaître dès la deuxième tranche (II, IV, VI, VII), ou seulement dans celles qui précèdent immédiatement la dernière (I); il peut également occuper le point central (III). L'intensité d'un son isolé articulé normalement parcourt donc une espèce de courbe dont les extrémités sont plus ou moins faibles, mais n'ont pas besoin de l'être également. Des combinaisons autres que celle-ci (faible-forte-faible) ne semblent pas impossibles : on suppose qu'elles se révèlent seulement dans une prononciation pathétique.

Il faut noter aussi que pour des acuités voisines, le point de compréhensibilité raaxima est indépendant de la hauteur musicale; en d'autres termes l'énergie déployée peut être plus grande sur une tranche de 380 v. s. que sur une tranche contiguë de 400 v. s. Ainsi, jusqu'à une certaine limite, le travail dynamique produit son effet sans subir par trop l'influence des conditions dans lesquelles il se manifeste (IV, VII). De même deux acuités identiques peuvent présenter des intensités différentes (II, III, etc..)

Cependant, si l'on considère les chiffres donnés plus haut, on peut reconnaître des variations nettement caractérisées. Dans I l'attaque du son est faible, dans II elle est plus forte. Si nous cessons de nous en tenir à des mesures précises, et si nous jugeons les phénomènes en gros, nous pourrons distinguer la voyelle forte (I : cinq tranches sur huit d'audibilité considérable), la voyelle faible (V), la forte-faible (II) dont l'existence rend admissible la possibilité d'une faible-forte que nos exemples ne présentent pas. Autant de différences qui peuvent se manifester dans le langage et contribuent à lui enlever toute monotonie. On peut aussi convenir, si l'on fait abstraction de légères nuances, qu'il se rencontre toujours un certain point ou l'intensité reste à peu près constante. Ce point, pour Vu de M. l'abbé Rigal, serait l'espace compris à partir du cinquième chiffre jusqu'à l'avant-dernier. Dans la troisième voyelle analysée plus haut^ les tranches particulièrement dynamiques iraient de la seconde à la pénultième exclusivement. Disons enfin que nos calculs permettent d'exclure l'hypothèse d'une voyelle, du moins à l'état isolé, dont la compréhensibilité serait toujours la même dans tous les moments de sa durée. Dans aucun instrument d'ailleurs le son n'est stable, il y a toujours un instant où il naît, un autre où il meurt, et ces deux moments, si courts qu'ils puissent être, n'en ont pas moins chacun une certaine valeur temporelle.

En réalité, pour rendre compte de toutes les modifications de la puissance acoustique d'une voyelle, il faudrait mesurer les amplitudes vibration par vibration. On verrait alors que les variations ne sont pas aussi brusques que nos chiffres le laissent supposer, que les périodes de force, même quand elles sont courtes, subissent une dégradation progressive, et qu'elles ne se juxtaposent pas directement à des périodes faibles. Toutes les articulations vocaliques isolées ont donc un caractère commun, l'affaissement de l'intensité au commencement et à la fin du son émis, mais aucune ne possède une énergie spécifique, et la disposition des tranches, entre les deux extrémités, n'est pas uniforme.

Ces constatations une fois faites, nous examinerons maintenant la manière selon laquelle les voyelles se comportent dans les mots. Deux voyelles, placées l'une au commencement, l'autre à la fin d'un mot sont-elles identiques, manifestent-elles des changements qui ne sont soumis à aucune loi, ou au contraire peut-on reconnaître un rapport constant entre la première et la seconde ?

Nous avons eu recours aux groupes factices déjà utilisés pour l'examen de la durée et de la hauteur musicale : àtà, àià, âlà, àtâ, été, été, été, été, ôlà, été, ôto, otô, ietœ, été, été, été. Il nous faut ici répéter l'observation que nous avons faite à propos de l'acuité. Ces combinaisons, d'une diversité nécessaire quand il s'agissait de déterminer si, oui ou non, le timbre exerce une influence sur la valeur temporelle des sons, se trouvent être pour l'étude qui nous occupe d'une constitution indifférente. Non pas que l'audibilité de chaque voyelle ne soit liée à sa sonorité caractéristique, mais des fermées aux ouvertes l'écart est minime, et pour le moment nous opposons sans difficulté des à à des «, des é à des é etc., ou nous confrontons des /avec des é, des é avec des é etc.. Toutes les formations examinées sont donc équivalentes d'une combinaison uniforme et neutre ata. Les analyses ont porté sur 90 graphiques, et les exemples ont été prononcés, lors de l'inscription, comme des mots qui seraient incorporés à une phrase, mais qui n'en constitueraient pas la fin.

Le sort de la première voyelle et celui de la seconde doivent être considérés séparément. La première revêt les formes ci-après,' et les chiffres indiquent, au-dessous de la hauteur musicale, l'audibilité de tranches successives dont chacune a duré 5".

été....

(faible-forte)

àitœ. . .

(faible-forte-faible)

Otô. .-. .

(constante)

Nous avons eu soin, pour établir ces distances de compréhensibilité, de ne pas prendre l'amplitude des vibrations les plus rapprochées de l'occlusion. Ces trois types ne se reproduisent pas avec la même fréquence. Le premier se rencontre le plus souvent : la tranche de début supporte une énergie beaucoup moins forte que les suivantes, et celles-ci croissent ensuite d'une façon continue jusqu'à la consonne. Le second présente comme le précédent une attaque faible et dont la faiblesse serait encore plus manifeste si j'avais pris soin de mesurer l'arc de la vibration initiale; la différence est constituée par un affaissement de l'audibilité avant le / : cette succession est déjà beaucoup plus rare. Le troisième type, où l'intensité est constante ', est unique sur un ensemble de 90 lectures; il paraît dû à l'extrême modération de la voix.

Nous constatons aussi que la force déployée peut être variable. Elle est relativement grande dans les cas I et II ; elle est très réduite dans le cas III. Notons enfin que l'affaiblissement de la puissance acoustique au contact de la consonne, quand il se produit, n'est jamais aussi considérable qu'à la fin des voyelles isolées.

A son tour le second élément vocalique se comporte de la façon suivante :

I. Naturellement l'audibilité de la vibration initiale de la première tranche est inférieure à zo"".

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