AVEC EMPHASE
S.' II
S. Il
S. III
Strapôtè
krœvé
ehpJwalé
trôpé
grisé
rable. Plus l'occlusion ou plus la constriction sont énergiques, et elles le sont en raison du temps employé — nous rappelons ce que nous avons dit des consonnes doubles — , plus la sortie du souffle s'opère brusquement, et par conséquent plus la voyelle se trouve projetée avec violence. Elle regagne donc en force ce qu'elle perd en durée. Nous reproduisons une inscription emphatique du mot grisé où \'r a pris une valeur considérable. La grande amplitude des vibrations très aiguës de la voyelle l (fig. 27) en est la conséquence. Si au contraire on veut malgré l'emphase produire une impression de douceur, la voix use d'un autre procédé : la consonne dans sa première partie est très énergique, mais elle devient plus molle au moment de l'explosion et la voyelle demeure normale. On en jugera par un autre tracé, celui du mot din (digne). Les vibrations de la consonne initiale sont très fortes au début, puis elles s'affaiblissent de telle façon que la voyelle reste modérée : l'audibilité maxima de celle-
Fig. 27. -^ Le motgriticer dans une prononciation oratoire.
Fig. 28. — Le mot dign{e) . La durée relativement considérable du d est l'indice d'un effort emphatique, sans que toutefois cette consonne l'emporte sur la voyelle suivante. Mais l'explosion est douce, réduite à un minimum de force, et, bien avant l'app-trition de Vi, les vibrations laryngiennes sensibles à la ligne du nez, très intenses à leur début, se sont affaiblies. Le tracé est significatif.
ci est seulement de 120*" ; elle aurait pu atteindre 205" si l'effort maximum avait été fourni (fig. 28). Ce fait explique que dans le vers le déplacement oratoire de la durée n'entraîne pas toujours un déplacement concomitant de l'intensité.
Si nous passons maintenant à des propositions entières, il nous suffira de reproduire les deux courtes phrases que nous avons déjà analysées précédemment. Ce sont celles-ci : œ-n-avoka èkapablœ dœ pledé-r-un moves ^ô^ (un avocat incapabe de plaider une mauvaise cause), et œ lur martâ byè-n-àmâfé sœ trnvè dâ sa ml (un lourd marteau bien emmanché se trouvait dans sa main). Nous transcrirons les durées et les acuités en y ajoutant les audibilités.
na
vo
ha
l ka pa 13 28 32
blœ
pk
dé
nm
mo
ves
kô:!i
50 iio 100 120-95 115 100 175 ▲ A ▲ A
l'effort oratoire et l'intensité SYLLABiaUE 287
Itir
iiiar
là
byè
nà
ma
eé
Iru
vè
dà
sa
inè
La finale de la seconde phrase présente une disposition connue. Dans la première phrase, la terminaison comporte un accent secondaire indépendant de tout phénomène analogue de durée ou de hauteur musicale, mais la dernière syllabe, qui est longue, a retenu le temps marqué dynamique : l'explosion forte du ^ y a été pour beaucoup. Ailleurs, l'accent d'intensité coïncide soit avec l'accent temporel, soit avec l'accent d'acuité, soit avec tous les deux. Parfois aussi il s'en sépare, mais seulement quand il constitue un accident accessoire : cette dernière condition n'est d'ailleurs pas indispensable. Les deux phrases transcrites prouvent du moins que, si les mêmes lois sont valables pour les trois caractères du discours, en fait il n'y a pas dépendance absolue et nécessaire de l'un à l'autre. Les durées laissent le plus souvent subsister le dessin original du rythme, tandis que les accents musicaux et dynamiques se déplacent avec une facilité plus grande. On se rend ainsi compte des modifications que peuvent produire l'emphase ou la passion dans les diverses parties d'un texte déclamé, et dès maintenant nous pouvons passer au vers.
Notre enquête préliminaire est en effet terminée. Nous nous sommes élevé graduellement des faits les plus élémentaires aux faits les plus complexes. Partie de sons et de groupements simples, nous avons examiné des phrases prononcées selon des expressions différentes. Nous avons montré que l'intensité reconnue par les grammairiens et les philologues est bien une propriété certaine de la langue française. Il nous f;iut désormais rechercher comment elle anime et fait vivre les créations des poètes.