IO
Ici l'effort principal a été sur l'initiale, et les amplitudes du tracé sont décroissantes, mais Vi possédant une audibilité moindre que celle de Vo, celui-ci est cependant entendu davantage, d'où le schéma rythmique AaAa, dans lequel nous conservons le signe a pour la syllabe longue.
Comme on le voit, les lois de l'intensité diffèrent de celles de la durée sous certains rapports, mais elles sont assez semblables à celles de la hauteur musicale. Tandis que l'allongement tombe toujours, dans une prononciation non emphatique, sur la syllabe finale — ou sur la pénultième, quand la dernière est un e muet — , l'accent dynamique affecte normalement une autre syllabe s'il y a fin de sens et par conséquent chute de la voix. Dans ce dernier cas il se comporte comme le temps marqué d'acuité, sans qu'il y ait concordance nécessaire, à cause des différences de timbre, et aussi parce que les deux phénomènes, pour des hauteurs voisines, sont indépendants l'un de l'autre.
Il nous reste cependant à savoir quels caractères présentent des mots groupés, si l'accent demeure pour chacun d'eux à sa place ordinaire et s'ils conservent ou non dans un ensemble la physionomie qu'ils ont quand on les articule isolément. Notre enquête portera donc d'abord sur des agglomérations réduites pour s'étendre ensuite à des phrases tout entières.
Nous avons encore utilisé les tracés dont nous nous sommes servi pour les chapitres parallèles où nous avons examiné les valeurs temporelles et musicales. Nous avons comparé les mots avâ (avant), imiô (maison), lésé (laissé), kafé (café), abà (abat), avec les locutions où ils entrent en composition : avâ gardœ (avant-garde), am kurœr (avant-coureur), me2^ô nàv (maison neuve), niexp superb (maison superbe), dus meiô (douce maison), /«e pi5^ (laissez-passer), kafe kôsèr (café concert), aba jûr (abat-jour), puis nous avons ajouté à cette liste d'autres formations où nous avons varié la place des éléments composants : œ brav-om (un brave homme), œ-n-om brav (un homme brave), œ lur martô (un lourd marteau), œ martô lur (un marteau lourd), lœ màjé (le manger), màje lœ (mangez-le), lœ bueé (le boucher), buée lœ (bouchez-le). Tantôt on a soutenu la voix à la fin de ces divers mots et locutions, tantôt on a prononcé comme s'il y avait fin de phrase. Les hauteurs musicales étant ici celles qu'on a données dans les pages consacrées à l'acuité, nous reproduisons deux séries d'expériences, une pour chaque façon d'articuler, en ne fournissant que les chiffres strictement nécessaires ' . On indique en même temps (T. R.) le type rythmique qui se dégage des audibilités.
Dans la première série il y a eu partout suspension delà voix. On remarque que dans toutes les inscriptions, dont la plus étendue il est vrai ne dépasse pas quatre syllabes, c'est la finale qui porte l'accent d'intensité, quel que soit le mot par lequel s'achève la locution enregistrée : il n'y a d'exception que pour la terminaison féminine {avàgardœ), conformément aux observations déjà faites, et pour les deux groupes aba jnr et œ fiiarto lûr. Kafé, quand on l'isole dans la prononciation, a sa dernière syllabe tonique ; elle ne l'est plus dans kafe kôsèr, formation nouvelle où la
I. Par exception, là où la voyelle non précédée de consonne dure seulement ^■^^ de seconde, nous avons mesuré deux amplitudes, la plus faible et la plus forte, dans la syllabe initiale.
L ALEXANDRIN 1-RANÇAIS
S. Il
S. IV
S. IV
avà
Aa
me^ô
Aa
lésé
Aa
kafé
aba
avà gardœ
avà hirœr
A A Aa
meiô nàv
àaA
aA*
H/f^ô superb
» A aA
IIO
A Aa a
dus mezp
éo
aaA
Aaa
lèse pàsé
AaAa
kafe kôsér
IIO
▲ aAa
aba ji'ir
aAa
Aaa
œ brav-orn
aaA
aAa
œ-n-om brav
aaA
aAa
& lur marié
éo
A A aA
à' marto lui
A A Aa
aAa
lœ niâjé
aAa
L ACCENT D INTENSITE DANS LA PHRASt
S. II
S. III
S. IV
S. II
S. III
S. IV
tnàje lœ
lœ bueé
hue lœ
progression dynamique, comme la progression temporelle et la progression musicale, s'établit de l'initiale à la terminaison, et il en est de même si l'on confronte les mots w/^^ô, lésé avec les composés me7;ô superb, lèse pasé. Pour les locutions aba-jm et œ marto lùr, l'exception n'a d'autre cause que la différence des timbres. La somme des amplitudes est en effet celle-ci : dans aba jûr, a = 7, a = 17, « = 18 : dans & marto lur, œ = 10 (mais B = 2, N = 8, ce qui impose une réduction et réduit l'audibilité à 20™) a = 1 1, 0 = 15, î(^= 17 : l'intensité brute n'est pas la même que l'intensité psychologique.
A considérer pourtant l'ensemble des cas analysés, la place du terme, au point de vue de l'accent, importe plus que le terme lui-même. La preuve en est faite par les combinaisons dont les éléments, sous les autres rapports tous identiques, sont différents seulement par la situation qu'ils occupent. Que la finale soit en position seconde (^kafé) ou quatrième (kafé kôsèr), elle est toujours intense ; brav porte le temps marqué dynamique dans œ-n-om brav, mais non plus dans ci brav-om, tout simplement parce qu'il termine la première formation tandis qu'il abandonne cette place dans la seconde. Si l'on aime mieux, comme nous l'avons déjà dit ailleurs, plusieurs mots étroitement rapprochés par le sens s'unissent dans la prononciation pour former un organisme complet; ils s'ordonnent de telle façon qu'il n'y a plus qu'un mot unique dont la dernière syllabe est non seulement longue et aiguë, mais encore intense : si la finale est féminine, c'est la pénultième qui supporte à la fois les temps marqués temporels, d'acuité et de force.
Il faut ajouter que l'accent d'intensité, comme les accents de durée et de hauteur musicale, est indépendant des formes grammaticales. Nous faisons ici allusion à des mots comme ce, le, je, que la phonétique historique appelle atones, mais dont la prononciation peut cependant modifier le- caractère. Les exemples màje lœ, hue lœ nous présentent une syllabe terminale lœ sur laquelle la voix produit obligatoirement son effort, d'ailleurs sans la moindre difficulté : la forme atone a été, par le développement de la langue, introduite dans des combinaisons où elle devient nécessairement tonique.
Pour la seconde série d'expériences il y a eu chute de la voix, par conséquent affaiblissement de l'énergie dépensée. Les mots et locutions confirment partout nos précédentes observations, à savoir que, lorsque le sens est achevé, l'accent dynamique remonte d'une ou deux syllabes, rarement plus, et cela ad-libitum. Donc, qu'il y ait ou non fin de mot à l'intérieur du groupe, l'intensité maxima évolue selon la règle générale. Elle peut concorder avec une terminaison intérieure marquée par la graphie, comme dans «qô nœv, me:^d superb, dus ?/;q), à-n-otn brav, œ hravow; mais elle peut aussi se manifester ailleurs : avà gardœ, avà kurér, lèse pâsé, kafe kôsèr, abajûr, œ lur martô, œ marto Inr, lœ màjé, màje lœ, lœ bu£é, bufe lœ. Si l'on aime mieux, la séparation typographique des divers éléments importe peu, puisque ces éléments disparaissent dans un ensemble et perdent leur individualité : l'agrégat est traité comme un mot unique où l'accent d'intensité tombe selon les lois ordinaires.
Les faits que nous venons de commenter ne se reproduisent cependant pas toujours avec une absolue régularité. Il y a dans la première série deux exemples qui semblent présenter quelque difficulté : ce sont les locutions : avà kuràr et me^ô nœv (aAaA et AaA). Mais nous avons déjà rencontré le phénomène, et les amplitudes montrent que les accidents intérieurs ne sont point dus uniquement à une différence de timbres. Ces
LoTE. — Vil.extintlrhi. '36
282 l'alexandrin français
exemples peuvent être rapprochés des formations factices alala, afafa etc., dans lesquelles nous avions constaté la présence d'un accent secondaire apparaissant d'une manière sporadique de deux en deux syllabes. Ou bien pour avà htràr il faudrait admettre une autre explication, supposer que la fusion des deux mots composants n'a pas été complète et qu'il subsiste comme un souvenir de l'accentuation qui les affecterait normalement si chacun d'eux avait été isolé dans la prononciation. Cette dernière interprétation toutefois ne serait pas possible s'il fallait rendre compte dans la seconde série du type rythmique constaté pour lèse pâsé et hafe hôsèr (^â. à.L é.) : il y a là un temps marqué binaire causé soit par le besoin de cadence, soit par une attaque naturellement forte comme celle que nous avons notée dans le groupe avava.
Enfin nous remarquerons une fois de plus que l'intensité n'est pas indissoluble de la hauteur musicale : lèse pâsé présente sur la seconde syllabe un accent d'acuité accessoire, tandis que la progression dynamique s'établit de l'initiale à la finale sans accident intérieur. Il en est de même pour œ inarto h'tr où la concordance n'existe pas. Inversement les accents secondaires d'intensité dans avà kurœr, iiie:(ô nœv (première série), dans lèse pâsé et kafe kôsèr (seconde série) ne coexistent pas avec une élévation plus grande de la voix.
Autre question : les groupes rythmiques peuvent-ils s'étendre d'une façon illimitée, avec un accroissement de force qui s'établirait de la première à la dernière syllabe, ou bien au contraire, comme pour la durée et la hauteur musicale, certaines coupes ne scindent-elles pas le texte en des endroits qu'on peut déterminer ? Ainsi que nous l'avons fait précédemment, nous distinguerons entre les diverses expressions du langage, entre le ton rapide de la conversation courante et le ton soutenu du discours solennel. Tout caractère emphatique est absent, sauf une exception, des expériences dont le détail va suivre.
Nous commencerons par le débit le plus vulgaire, et nous rappellerons quelles sont les courtes phrases enregistrées. Les voici : lœ strapôtè e til besé (le strapontin est-il baissé), ilhrœva lapôd(ce)sô tàbûr (il creva la peau de son tambour), // trôpa tut{œ) le-i-esperàs (il trompa toutes les espérances), il ehplwata lôlà le min(œ) (il exploita longtemps les mines), il grisa de dà vè fwa (il grinça des dents vingt fois). Nous donnons la même série d'exemples que pour la hauteur musicale : pour chacun de ces exemples la prononciation a été intentionnellement rapide et familière. Les chiffres sont ceux-ci :
stra
pô
le
til
be
se
krœ
va
la
pô
tsà
ta
bùr
lO
trô
tut
le
les
pe
râs
kk
spliva
ta
là
ta
le
min
gre
sa
de
dà
vè
fwa
Ce court tableau nous apporte toute une série de faits intéressants. Il va de soi que dans un débit monotone la modulation est extrêmement simple et que les nuances en sont exclues. Sauf à la troisième syllabe du quatrième exemple où l'accident d'intensité est de nature emphatique (malgré la volonté du sujet); sauf encore la quatrième syllabe du premier exemple où il y a eu manifestement effort secondaire en l'absence de
l'accent d'intensité dans la phrase 283
tout accident d'acuité et de durée, les audibilités se comportent en somme comme les valeurs temporelles et musicales, avec des progressions très étendues. Une seule fois cependant (V) l'accroissement des distances de compréhensibilité s'opère sans arrêt de la première à la dernière syllabe de la phrase. Ailleurs le mouvement se trouve interrompu (II), ou bien la finale porte moins loin que la pénultième (III et IV). La cause en est dans des différences de timbres ou dans la constitution intime de la voyelle nasale. C'est ainsi que dans le mot espéras nous trouvons ces amplitudes que nous transcrivons dans l'ordre où elles apparaissent :e = B2, N 5;e=.B5,N7;rt = B3,N r6etB2, N8, ou, la somme une fois faite : £ ^ 7, f == 12, à = 19 et 10. On voit que l'intensité brute affecte bien la dernière syllabe, mais une réduction doit être opérée pour à puisque le souffle a passé surtout par le nez. Il n'y a donc pas concordance entre l'audibilité et le travail effectué. Pour les raisons qu'on vient de signaler, les progressions étendues sont plus rares s'il s'agit de l'intensité psychologique que s'il s'agit au contraire de la durée et de la hauteur musicale.
Examinons maintenant les caractères du débit solennel. Ces quelques phrases, déjà analysées sous d'autres rapports, ont été prononcées sur un ton soutenu : œ-n-om bôe ètelijà (un homme bon et intelligent), «-«-ow bô e rœmarkablœmà-t-êtelijà Çun homme bon et remarquablement intelligent), œ-n-avoka êkapablœ (un avocat incapable), œ-n-avûka îkapablœ dx pledé (un avocat incapable de plaider), œ-n-avoka èkapablœ dœ pledé-r-un moves kâ:i (un avocat incapable de plaider une mauvaise ciuse), (ê Inr inartô byl-n-àmàeé (un lourd marteau bien emmanché), œ lur martô byl-n-àmàei sœ truv'e dû sa nie (un lourd marteau bien emmanché se trouvait dans sa main). La série examinée est celle que l'on trouvera dans les chapitres parallèles consacrés à la durée et à la hauteur mjsicale. On rappelle qu'il y a désaccord entre l'expression donnée à ces phrases et le sens qu'elles possèdent. Prononcées comme il convient, elles se rapprocheraient des courtes propositions précédemment commentées. Nous rencontrons les chiffres ci-dessous :
mm
bô
le
IIO
nom
bô
mar
ka
blœ
ma
tè
te
vo
ha
ka
blœ
IIO
na
vo
ha
ha
pa
blœ
pie
dé
na
vo
ka
ka
blœ
pie
dé
run
mo
ves
hôi
no
lur
mar
iô
byl
nà
ma
fé
IIO
lur
mar
tô
byl
nà
ma
fé
tru
vè
dà
sa
mê
284 ' l'alexandrin français
Il y a eu à la fin de ces exemples (cf. p. 171-172) tantôt suspension (II, III, VI), tantôt chute de la voix (I, IV, V, VII). Dans ces derniers cas, deux fois l'accent d'intensité se sépare de l'accent d'acuité et demeure sur la dernière syllabe. Ces phénomènes sont exceptionnels, mais les amplitudes montrent que la cause n'en est pas aux différences de timbres : il y a eu évidemment attraction exercée par le temps marqué temporel. Ailleurs les chutes de phrase sont conformes à la règle. Il faut aussi noter, sur le vu du tracé, que les variations d'énergie, quand les mots ne sont plus isolés, tendent à s'effacer, assez peu sur les syllabes longues (cf. cependant VII : àmàeé), mais surtout sur les syllabes brèves. De même l'unité d'émission, au lieu de s'étendre à la proposition tout entière, va seulement du début à la fin de chaque groupe rythmique, ce que nos mesures rendent visible à quelques places, et qui le serait bien davantage si nous avions donné l'audibllité de chaque vibration. Observons enfin que l'e muet ne supporte pas l'accent.
Mais les faits les plus remarquables sont semblables à ceux que nous a révélés l'analyse des valeurs temporelles et musicales. Dans une déclamation faite sur un ton soutenu, dès que la prononciation devient solennelle, des temps marqués dynamiques apparaissent de distance en distance, concordant avec les accents de durée et d'acuité. Tandis que dans un débit familier on se trouve en présence de progressions d'intensité très étendues, une articulation moins rapide fractionne le texte en fragments assez menus, dont chacun possède une syllabe tonique. Une diction lente a donc besoin de fréquents points d'appui sur lesquels la voix se repose et qui morcellent la succession syllabique. Partout les audibilités, comme les hauteurs musicales, recouvrent exactement les progressions temporelles, sauf les exceptions prévues pour les chutes de sens. Ainsi le dernier exemple est formé de quatre groupes distincts. La puissance acoustique de la première syllabe est de 75"; la seconde doit être entendue à 105", la troisième à 150"", la quatrième à léo""; ce point culminant une fois atteint, la voix s'affaibht et une nouvelle succession commence, aboutissant elle-même à un nouveau sommet ; un troisième membre lui succède, puis un quatrième qui précède immédiatement le terme de la modulation. Ici la voix a procédé avec un tel ordre que les différences de timbre n'entraînent aucun déplacement de l'accent. Nous verrons qu'il n'en est pas toujours ainsi, mais il faut du moins retenir que dans une prononciation soutenue, les effets, quand il n'y a pas d'emphase, sont plus réguliers que si le ton est celui du parler courant.
Le morcellement manifesté par l'analyse des tracés, étant le même que pour les durées et les acuités, appelle forcément les mêmes observations. Il n'est ni arbitraire ni purement mécanique, mais il se fonde sur les divisions logiques du texte. Pas plus qu'au point de vue temporel et au point de vue musical, on ne voit s'établir pour les intensités cette ondulation à crêtes binaires où certains veulent reconnaître le rythme essentiel de la langue française. Le sens seul décide, sauf que les sectionnements établis par la voix ne peuvent avoir une trop grande étendue. On comparera, comme on l'a déjà fait : œ-n-om bô (article -|- substantif-)- adjectif) et œ-n-avoka ikapablœ (article -f- substantif -)- adjectif) : dans le premier cas, il n'y a qu'un groupe rythmique, mais il y en a deux dans le second, car une succession octosyllabique est trop longue pour ne pas se scinder nécessairement. Nulle part d'ailleurs la scansion ne pouvait s'établir en dépit du sens, et l'on ne saurait songer à des coupes qui rendraient le texte inintelligible. Tout au plus les phénomènes que nous allons maintenant étudier modifient-ils cette loi générale, mais ils n'apportent jamais qu'une transformation du dessin primitif, et celui-ci seul peut permettre de les expliquer.
Nous venons de faire allusion au rôle de l'emphase dans la prononciation. Nous examinerons comment elle se décèle. Nous distinguerons les mots isolés et ceux qui font partie d'une phrase.
Les mots isolés sur lesquels a porté notre analyse sont déjà connus : hrcevé (crever), trôpé (tromper), grisé (grincer), strapôté (strapontin), eksplwaté {e\y\o\x.tr). Nous savons que, au cas où la voix se suspend, les trois premiers répondent au type aA et les deux derniers au type a a A, mais qu'ils deviennent respectivement Aa et aAa ou Aa a si l'on veut donner l'impression d'une fin réelle. Telle est du moins leur constitution normale.
l'effort oratoire et l'intensité syllabique
stra
pô
iè
léo
Stra
tè
Nous avons vu que dans une prononciation emphatique l'accent temporel se déplace et qu'il affecte alors une syllabe non finale. Nos expériences prouvent que l'intensité, pas plus que la hauteur musicale, n'est liée indissolublement aux modifications de la durée. Ou bien la durée seule quitte sa place ordinaire, ou bien elle entraîne avec elle soit la hauteur musicale, soit l'intensité, ou bien celles-ci se séparent l'une de l'autre sans cependant coexister l'une ou l'autre avec la longue. On peut cependant noter que l'accident de temps s'accompagne généralement d'un accident dynamique, de telle sorte que pour deux exemples particulièrement intéressants on trouve :
et
Les durées se répartissent selon le schéma - "^ — dans les deux inscriptions, les hauteurs musicales selon le schéma • •O dans la première et ••O dans la seconde avec acuité dominante sur la syllabe initiale de celle-ci. L'attraction dont il s'agit est surtout sensible s'il y a chute de la voix, car alors, dans les mots trisyllabiques ou quadrisyllabiques dont l'initiale accroît sa valeur temporelle sous l'effort oratoire, l'accent d'intensité se fixe rarement sur la pénultième, mais remonte généralement de façon à coexister avec la longue emphatique.
On comparera, quant au dynamisme, la prononciation normale conclusive avec celle dont nous étudions ici les manifestations (cf. tableau).
Pour le mot trôpé les audibilités ne rendent pas compte du travail effectué. Les amplitudes ont été plus fortes sur la première syllabe que sur la seconde, mais, comme l'air a surtout passé par le nez, une réduction a été nécessaire. Sauf cette exception, le schéma rythmique concorde avec celui que fournissent les hauteurs musicales (cf. p. 174). Dans le mot strapôtè et dans les autres exemples, le fait que le temps marqué dynamique tombe sur une syllabe affectée d'un allongement cosonantique permet d'ailleurs de conclure à un phénomène oratoire. L'effort produit, à ne considérer que les chiffres d'audibilité, peut être, il est vrai, difficilement constaté, car les groupes présentent l'aspect courant des fins de phrase, mais il laisse cependant des traces certaines. Nous pouvons en effet noter, en prenant pour point de départ les intensités minima dans les deux prononciations, que l'effort, quand il y a articulation emphatique, est beaucoup plus considérable sur la syllabe accentuée. On peut en conclure que l'accroissement de durée qui frappe dans strapôtè, krœvé, trôpé, grèsé, la première partie du mot, et dans ehplwaté la seconde, a pour résultat, en faisant attendre la voyelle, de lui conférer une énergie plus forte.
Certes le déplacement oratoire, pas plus au point de vue de l'acuité qu'à celui de l'intensité, n'est conditionné par la présence nécessaire d'une consonne, au contraire ce qui se passe pour la durée, et c'est h une emphase involontaire qu'il nous faut attribuer la place de l'accent dans le groupe àté que nous avons réservé au début de ce chapitre. Il n'en est pas moins certain que la consonne, là où elle existe, joue un rôle considé-