‹ L'alexandrin d'apres la phonétique expérimentaleChapitre 207 sur 250 · IS · texte numérisé non relu

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Les observations à faire sont celles-ci : à la quatrième syllabe, la voyelle, quoique plus fortement frappée que la précédente, possède une puissance d'audition moindre ; d'autre part, entre la dixième et la onzième syllabe, la progression est détruite, l'accroissement dès amplitudes de 1'/ ne se faisant pas accompagner d'une augmentation proportionnelle de la portée du son.

C'est seulement de l'intensité psychologique que nous allons maintenant nous occuper, et les chiffres que nous fournirons indiqueront uniquement, sauf avis contraire, la force acoustique des voyelles, syllabe par syllabe, exprimée en mètres : de l'intensité mécanique, nous ne dirons que ce qui est strictement nécessaire pour les besoins de notre démonstration. Il nous faut cependant retenir des exemples déjà fournis un tait important, c'est que la poésie se comporte exactement comme la prose déclamée d'un ton solennel, selon les caractères que nous avons reconnus à celle-ci dans notre précédent chapitre : les graphiques montrent en effet les mêmes relations de syllabe à syllabe dans chaque membre métrique. En outre, les expériences faites à propos du discours ordinaire nous ont fait connaître à quel signe se manifeste l'emphase. Comme pour la durée et la hauteur musicale, et en possession de la base certaine que nous fournit notre première enquête, nous pouvons par conséquent faire deux parts dans les phénomènes que nous aurons à examiner, distinguer les accidents purement oratoires de ceux que l'on doit considérer comme simples et normaux.

On ne traitera ici que de ces derniers seulement ; les autres trouveront place ailleurs. On rappelle que l'expression varie avec les divisions du vers et que des formations emphatiques peu%'ent en avoisiner d'autres qui ne le sont pas : les remarques que l'on présentera à propos des exemples choisis ne seront valables que pour les groupes qui dans le vers .seront spécialement signalés.

Les combinaisons de syllabes sur lesquelles se fonde le rythme dynamique doivent tout d'abord attirer notre attention. Elles ne sont pas très nombreuses et se résument dans un court catalogue. Les types que nos tracés nous ont permis de déterminer sont de tout point analogues à ceux que l'analyse des durées et des acuités nous a fait découvrir. Nous avons en effet reconnu l'existence des membres ou pieds métriques suivants :

1° Le pied d'une syllabe, formé par un groupement articulatoire dont la voyelle est forte, et qui s'isole naturellement dans la prononciation (a) :

Quoi ? sans que ni serment ni devoir vous retienne, . . Puis priant Dieu sitôt que les cinq enfants dorment.

Kwa sa

kie

ni

ser

tnà

7ii

vwàr

vu-

tyèn

{Andr., 9 A.)

Pwi pri

yà

Dyé

si

tô

sèk'

fà

dor m(ce)

Ce pied, comme tous ceux que nous allons énumérer, peut être séparé du suivant par une pause (Andr., 9 A). Il peut aussi ne pas l'être (PG., 25 B). Il est généralement constitué par une interjection, une exclamation, un impératif et se rencontre le plus souvent au début de chaque hémistiche. A d'autres places il est plus rare. Ces observations ont d'ailleurs été faites à propos de la durée et de la hauteur musicale.

2° Le pied de deux syllabes, dont la première est faible et la seconde forte, et qu'on peut appeler iambe d'intensité (a A) :

Je sais ce que l'honneur, après un tel outrage . . . Et dès le premier mot ma langue embarrassée. . .

Jœ si

lo

pré

tel

u trà j(œ)

(Cid, 5 C.)

E dé

Ice

prœ

mye

mô

ma

làg

ba

ra

se (œ)

A (Bér.,^0].)

Ce pied, à toutes les places, est très fréquent.

I. Les amplitudes de è sont plus considérables que celles de e, mais le souffle a surtout passé par le nez, d'où une réduction nécessaire.

3° Le pied de trois syllabes dont les deux premières sont faibles et la troisième forte, et qu'on peut appeler anapeste d'intensité (* i a). Il est aussi commun que le précédent.

Qui m'a jadis coûté tant de peine et de sang... De servir, serviteurs qui pillez la maison.

Ki

ma

ia

dis

ku

tè

ta

peu

sa

(Cin., II, 4 C.)

ser

vlr

ser

tàr

pi

ye

la

me

là

4" Le pied de quatre syllabes dont les trois premières sont faibles et la quatrième forte (aaaA). C'est l'équivalent du péon, tel que nous l'avons déterminé dans l'ordre des durées.

Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés. Un autre était chargé de l'empire du monde.

si

ver

tû

te

krim

a se

gré

(XXIIl, G I".)

nô

tre

te

far

là

pi r{œ) du

{Bér., 11 a.)

5° Le pied de cinq syllabes dont les quatre premières sont faibles et la cinquième forte (a * * * a). Il est infiniment plus rare que les précédents.

N'est que de ces beautés dont l'éclat éblouit... Ah ! qui n'oublierait tout à cette voix céleste ?

Ne

se

bo

té

dô

le

Ua

te

bhl

ISS

lSS-90

(Cin., Il, 7 C.)

ki

nu

hli

re

tû

ta

se

Vîva

se

les t{œ)

{Hem., 15 R.)

Kà

lu v(œ)

me

si

fèr

6° Le pied de six pyllabes dont les cinq premières sont faibles et la sixième forte (a * 4 1 * a). Je n'en ai qu'un seul exemple :

Quand une main si chère eut essuyé mes larmes.

te su \c iiie Jor in{ce)

{Gd, 18 a.)

Ainsi se clôt ce premier catalogue. On pourrait concevoir, comme pour la durée et l'acuité, un pied de sept syllabes et un autre de huit. Il n'est pas impossible qu'ils ne puissent se manifester dans une déclamation rapide et peu expressive, mais on doit considérer qu'ils sont toujours dans le vers un phénomène d'une exceptionnelle rareté. En tout cas, les alexandrins inscrits ne les laissent jamais apercevoir à l'état pur.

Mais les membres métriques de cinq et six syllabes sont eux-mêmes, toujours à l'état pur, beaucoup moins fréquents que les groupes temporels et musicaux correspondants. Les causes en sont particulières à la nature de l'intensité psychologique. L'observation montre que, sur une longue étendue, la voix ne sait pas ménager son effort de manière à produire une succession régulière de syllabes. Au delà du péon, toutes les formations tendent à se diviser, non pas seulement par la création de points d'appui secondaires — et nous traiterons plus loin de ce phénomène — , mais simplement par le jeu des timbres. Il nous suffira de transcrire et de commenter ce vers :

Et ne prévoit rien moins, dans cette obscurité...

C'est le second hémistiche qui doit attirer notre attention. J déclame très normalement et nous découvrons ces amplitudes : dn = <), se = 9, top = 9, sku = 9, r/ = 9, /(*= II. Cependant \'o, à force égale, étant entendu plus loin que \'e et 1'//, la lecture, réduction faite d'après les tables, est la suivante :

pre

vwa

ryl

mwè

dà

se

top

sku

ri

té

(Bér., 36.)

A la neuvième syllabe apparaît un accident léger : il suffit à transformer le groupe qu'on s'attendrait à rencontrer. De semblables exemples sont très fréquents.

Cependant une autre série de membres métriques doit être ajoutée à la précédente. Chacune des formations précédemment déterminées peut en effet se faire suivre d'un élément faible composé d'une ou plusieurs consonnes et d'un e muet. Cette syllabe féminine, on le sait, est peu apte à supporter l'accent dynamique. Nous nous contenterons cependant de signaler que le fait peut se présenter et que nos tableaux généraux en contiennent quelques exemples. Voici l'un d'eux :

Immoler Troie aux Grecs, au fils d'Hector la Grèce ?

Im mo le Trwà 0 Grè

kce 0

fis

dEk

. tbr

Gré sœ

{4ndr., 14 A.)

Dans la prononciation de certains acteurs, surtout dans celle d'une illustre comédienne, M"'' Sarah Bernhardt, cette position du temps marqué est particulièrement sensible à l'oreille. Généralement cependant la syllabe féminine qui termine un groupe rythmique manifeste une dépression de la force articulatoire.

Les pieds qui constituent la nouvelle série dont il s'agit présentent la composition ci-après :

i" Forte -j- faible Aa . C'est le trochée d'intensité. Ce membre métrique, comme tous ceux que nous allons énumérer, peut être séparé de ceux qui l'entourent par une pause. Il peut aussi ne pas l'être et se laisse, même alors, facilement reconnaître, selon un critérium que nous exposerons. On notera cette combinaison irochaïque dans les deux vers suivants :

Porte, porte chez lui cette mâle assurance... Donc vous n'avez ici pas d'autres intérêts...

Par

te

par

to

lïvi

mal

su

rà sœ

ÇCm., I, 7 C.)

Dô

vu na

ye

si

pa

dô

trœ

te rè

2° Faible -{- forte -\- faible a A* :

Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés.

Ou quelque fliJte au loin I... Car la musique est douce.

si

kœ la

ver

tù lœ

kri

se

gre

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