ALEXANDRIN CLASSIQUE ET ALEXANDRIN ROMANTIQUE
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On notera que les accents tombent à des places identiques.
Les théoriciens n'ont d'ailleurs pas contesté que tous les types classiques ne fussent représentés dans les compositions romantiques, mais ils ont nié que le contraire fût vrai, que tous les types romantiques fussent représentés de façon courante dans les compositions classiques. Selon certains critiques, l'école romantique aurait acclimaté dans la poésie française un alexandrin nouveau, ternaire ou trimètre, dont les éléments ne sont qu'au nombre de trois et non de quatre, et dont on trouve à peine quelques échantillons, suspects d'ailleurs plus ou moins, chez les auteurs du xvii= et du XVIII' siècles. Que faut-il penser de cette distinction ? La voix qui déclame maintient-elle toujours la division posée, et s'applique-t-elle à faire ressortir la différence chronologique des textes qui lui sont proposés ?
La réponse sera celle que nous avons faite dans les chapitres consacrés au rythme temporel et au rythme musical. Nous avons d'ailleurs montré que les accents d'intensité, principaux ou secondaires, peuvent tomber sur toute syllabe du vers, sans exception ni limitation d'aucune sorte, sauf qu'ils se rencontrent un peu plus rarement en certains endroits : ce n'est plus alors qu'une question de fréquence, mais il n'y a jamais impossibilité absolue, et cette fréquence, si faible puisse-t-elle être dans certains morceaux, laisse du moins le principe intact.
Le temps marqué dynamique est-il lié davantage à certaines places fixes, à la césure et à la rime, doit-il y apparaître obligatoirement s'il date de l'époque classique, obligatoirement encore, mais éventuellement sous une forme atténuée, s'il date de l'époque romantique ? Les théoriciens indiquent en effet que le vers créé par l'école de 1830, ou vers ternaire, ne laisse plus subsister en son groupe central qu'un léger, mais nécessaire accent sur la sixième syllabe, tandis qu'au xvii= et au xviii' siècles, cette sixième syllabe termine régulièrement un membre métrique.
Soit d'abord un vers composé selon la formule traditionnelle, dont l'hémistiche marque une forte suspension de sens. Il pourra, s'il n'y a pas déplacement oratoire, présenter un accent d'intensité en son milieu :
Pardonne à mon amour cette indigne faiblesse... Par don a mô na mûr se të di yœ fe blé sÇce)
(Ciii., I, 3 C.)
Cependant, s'il y a conclusion ou nécessité d'une intonation telle, avec nos habitudes de déclamation moderne, que la voix doive à cette même place tomber au lieu de se soutenir, le temps dynamique remonte d'une ou plusieurs syllabes, sans que la cause en soit, à proprement parler, due à l'emphase '.
Mais par où commencer ? vingt fois depuis huit jours...
Me pa m ko ma se vë fwa dœ pwi wi jûr
15-50 85 140 40 45 5-3 50-80 25 30-25 80 55 120 iio 120 115-35
{Bêr., 28 C.)
I . On se reportera pour ce vers à la hauteur musicale qui indique la chute de la mélodie à la césure. Comme dans les précédents alexandrins cités, intensités brutes et intensités potentielles concordent.
Si nous en venons au contraire à l'alexandrin dit romantique, nous verrons qu'il n'est pas absolument lié aux formes qu'on lui reconnaît habituellement. Voici un échantillon ' composé de deux phrases à sens complet, mais où le groupe central se termine par une suspension. Il est dans la formule 3 -f- S + 4 (notation commune). Les sujets sont divisés :
Il est nuit. La cabane est pauvre, mais bien close.
/ le nivi La kc
(PG.,i.)
B n'éprouve pas le besoin de marquer d'une façon spéciale la sixième syllabe, et les amplitudes sont d'accord avec les audibilités : on trouve en effet Çk)a = 6, Çb)a = 7, (n)e = 8 pour une acuité constante de 240 v. s. Au contraire J, à la même place, laisse apparaître un accident secondaire, amorce d'une coupe qui séparerait le membre métrique central en deux parties : la cabane — est pauvre, si les liens du sens étaient plus lâches; les amplitudes sont : (Qa = 15, (b)a = 17, (n)e =12.
Sans que nos tableaux généraux nous offrent un bien grand choix de combinaisons semblables, nous y découvrons cependant deux vers classiques déclamés de manière analogue et dont la diction moderne a groupé les éléments d'une façon que le poète n'avait point prévue. Les durées accusent en effet les scansions suivantes :
le
niOi La
ka
ne
pô
vrœ
me
hy'e
m iQt)
La mort — emportera mor Vous vous abandonniez au
1 âme — crime —
vers - en
la tienne criminel
es sont
celles-ci :
La
mèr
por
ra
mô
nà m\
ver
la
tyè
{Cin., L 12 C.)
Vu
vu
la
bà .
do
nye
zp
kri
niœ
kri
mi
nèl
(Andr., 4 A.)
Ces deux alexandrins sont comparables au vers de Hugo précédemment cité. C, qui plus haut, ne donnait aucun relief à la sixième syllabe, la marque ici, A se comporte comme tout à l'heure J.
La question est d'importance : tous ces faits, avec ceux que nous avons indiqués dans les chapitres consacrés au rythme temporel et au rythme musical, seront rassemblés et plus longuement commentés dans les pages où nous traiterons spécialement de la césure. Nous retiendrons pour le