‹ L'alexandrin d'apres la phonétique expérimentaleChapitre 238 sur 250 · INTENSITE MAXIMA : LES MASSES DYNAMIQUES · texte numérisé non relu

INTENSITE MAXIMA : LES MASSES DYNAMIQUES

Les six vers qui font suite à ceux-ci sont articulés avec une énergie beaucoup plus grande , il s'agit en effet pour Chimène d'exprimer son inébranlable volonté, la décision prise par elle de venger son père.

Tu n'as fait le devoir que d'un homme de bien; (175-165-330-205)

Mais aussi, le faisant, tu m'as appris le mien. (225-350-180-80)

Ta funeste valeur m'instruit par ta victoire; (265-265-215-220-195)

Elle a vengé ton père et soutenu ta gloire : (340-205-145-295)

Même soin nie regarde, et j'ai, pour m'affliger, (285-340-265-240-270)

Ma gloire à soutenir et mon père à venger. (420-230-310-170)

Le premier fragment ' contient seulement 5 accents dont la distance d'audibilité dépasse 200™ ; un seul d'entre eux approche de 300"'. Dans le second fragment où nous avons noté quelques accidents secondaires importants, 19 temps marqués portent plus loin que 200"', et parmi eux 6 plus loin que 300. L'intensité potentielle, agissant comme masse par la fréquence des syllabes fortes, y est beaucoup plus considérable.

2° Andromaqtie, sujet A. — Le début est relativement faible : Hermione maîtrise son ressentiment et s'efforce de rester calme.

Seigneur, dans cet aveu dépouillé d'artifice (55-55-65-65)

J'aime à voir que du moins vous vous rendiez justice, (70-75-130-90)

Et que voulant bien rompre un nœud si solennel (130-85-100-95-105)

Vous vous abandonniez au crime en criminel. (95-120-135-65)

Cependant, après cet exorde articulé sur un ton modéré, la voix s'échauffe, la colère apparaît. Hermione parle peu à peu avec une vigueur plus grande. Les vers 9-16 sont à cet égard assez différents de ceux que nous venons de transcrire. M. Truffiera su ménager dans sa déclamation un savant contraste que les chiffres vont mettre en lumière :

Quoi ? sans que ni serment ni devoir vous retienne, (50-1 20-1 15-130)

Rechercher une grecque, amant d'une Troyennc ? (190-160-1 20-1 55-145)

Me quitter, me reprendre, et retourner encor (160-200-1 10)

De la fille d'Hélène à la veuve d'Hector? (120-125-100-155)

Couronner tour à tour l'esclave et la princesse; (100-120-105-105) Immoler Troie aux Grecs, aux fils d'Hector la Grèce ? (85-120-85-115-135-55)

Tout cela part d'un cœur toujours maître de soi, (80-65-40-40)

D'un héros qui n'est point esclave de sa foi. (200-110-110)

Le premier fragment contient 6 accents dont la distance d'audibilité dépasse 100'", soit, par vers, une moyenne de 1,5. Le second passage comporte au contraire 25 temps marqués dont la portée acoustique est supérieure à 100"'; deux d'entre eux atteignent même 200'", soit, par vers, une moyenne de 3,1. L'intensité potentielle y est donc environ deux fois plus grande.

3° Les Pauvres Gens, sujet B. — Nous comparerons deux séries d'alexandrins. Soient d'abord les vers 22-25, d'un prosaïsme voulu, où le poète décrit les occupations ménagères d'une femme de pécheur :

La femme est au logis, cousant les vieilles toiles, (75-25-85-5 5)

I. Naturellement les accents sont pris comme ils se présentent, avec les déplacements emphatiques qui seront étudiés plus loin.

Remmaillant les filets, préparant l'hameçon, (35-30-30-65)

Surveillant l'àtre où bout la soupe de poisson, (85-70-75)

Puis priant Dieu sitôt que les cinq enfants dorment (40-45-55-55)

Suivent d'autres vers (26-33), beaucoup plus pathétiques, écrits pour produire un effet de contraste, où la vie du marin est dépeinte avec tous ses dangers et toutes ses incertitudes :

Lui, seul, battu des flots qui toujours se reforment, Il s'en va dans l'abîme et s'en va dans la nuit. Dur labeur ! Tout est noir, tout est froid ; rien ne luit. Dans les brisants, parmi les lames en démence, L'endroit bon à la pèche, et, sur la mer immense. Le lieu mobile, obscur, capricieux, changeant, Où se plait le poisson aux nageoires d'argent,

Ce n'est qu'un point, c'est grand deux fois comme la chambre. (70-85-95-85)

Le premier fragment contient quatre accents dont la distance d'audibilité dépasse 80™, soit, par vers, i en moyenne. Le second passage comporte au contraire 16 temps marqués dont la portée acoustique est supérieure à celle que nous venons d'indiquer, soit, par vers, une moyenne de 2. L'intensité potentielle y est donc deux fois plus grande. Dans le premier groupe, un seul ictus, dans le second douze ictus ont été articulés avec une force qui permet d'entendre le son à 100™ ou au delà. Il est évident que M. Brémont a voulu marquer par cette différence d'énergie l'opposition de deux tableaux antithétiques.

Cependant, comme nous l'avons fait lorsque nous avons traité des acuités comparées, nous procéderons d'une façon plus générale, et nous rechercherons comment les divers états affectifs exercent leur influence sur la parole, comment ils déterminent l'énergie de la diction. Les morceaux enregistrés se prêtent à la classification que nous allons tenter, car ils sont d'un caractère assez net. Sans doute, pour tel vers qu'on pourrait citer, la compréhensibilité de l'un quelconque des temps marqués ne marche pas de pair avec le travail brut de l'organe, travail mesuré par les amplitudes. Cependant ce désaccord se produit avec une fréquence sensiblement égale dans tous les tracés analysés et pour tous les sujets. Il n'y a donc nul obstacle à ce que nous prenions la moyenne de l'intensité maxima pour tous les fragments inscrits. Il suffit d'additionner pour chaque déclamation les audibilités extrêmes, alexandrin par alexandrin, telles qu'elles nous sont fournies par nos tableaux généraux, et de diviser le chiffre obtenu par le nombre de vers prononcés. C'est ainsi que nous avons dressé la liste ci-après :

Sujet

Hernani Andromaque

Sujet

- Bérénice Cinna, II Cinna, I Le Cid

Sujet

— Hernani Ruy Blas

Les Pauvres Gens

Sujet

- Bérénice

Les Pauvres

Gens

Le Cid

Sujet

- Ruy Blas

Hernani

Sujet

- Le Cid

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