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I . Les trois sujets sont d'ailleurs d'accord

INTENSITE MAXIMA. — RAPPORTS DES VERS ENTRE EUX : Lh PATHETIQUE 359

Lœ bal me \œ nwa :(p ki m l(œ) rè ta eà

CE ro si nol per du dâ là hre dà la mu s{œ)

\J kel hœ fini 0 lu'è kar lu mu lih e du sœ

35 50 90 90 Ho 8) 90-25 30 50 30 50 40 40 35

Pour que la hiérarchie des accents s'établisse, il faut que le sens l'impose réellement. Mais alors encore il est possible de tricher avec le texte, de considérer les parties successives de la phrase comme étant sur le même plan, de telle sorte que l'une d'elles, n'importe laquelle, soit affectée de la force maxima la plus grande. Inversement aussi la voix peut instituer entre deux alexandrins successifs, et du premier au second, une progression dynamique que la logique ne rend pas nécessaire. Ce fait explique, dans les cas exceptionnels commentés plus haut, que les sujets ne soient pas toujours unanimes quand il s'agit d'accorder un relief particulier à un mot iniportant ou pathétique : c'est qu'alors il y a eu divergence dans l'appréciation de la valeur significative.

La gradation est susceptible de se marquer, qu'elle soit purement artificielle ou commandée par le sens, à plusieurs vers de distance. Nous soulignons, dans les vers suivants de Ruy Blas, les syllabes mises en vedette :

Donc, vous n'avez pas honte et vous choisissez l'heure

L'heure sombre où l'Espagne agonisante pleure !

Donc, vous n'avez ici pas d'autres intérêts. . . (4-é-)

Si chez R la constitution de la nasale a, jusqu'à un certain point, entravé l'effet, il se manifeste cependant d'une manière assez notable chez E.

Le premier donc est entendu à 105™, le second à 265'". Ailleurs au contraire la progression n'a pas été possible, parce qu'un trop grand intervalle

sépare les groupes rythmiques qui se répondent :

Mais par où commencer ? vingt fois depuis huit jours

J'ai voulu devant elle en ouvrir le discours ;

Mais dès le premier mot ma langue embarrassée

Dans ma bouche vingt fois a demeuré glacée. (5cV., 28-31.)

Ni C ni J n'ont indiqué la correspondance voulue par le poète. A plus forte raison, quand la période est de dimensions encore plus étendues, il est impossible d'établir des .subordinations développées, marquées par l'un quelconque des accents rythmiques, le plus fort de chaque vers croissant d'énergie jusqu'à ce que la phrase trouve sa résolution. Nous avons d'ailleurs déjà signalé que les huit derniers vers du passage à' Androinaquc enregistré, si parfaitement ordonnés au point de vue mélodique par A, ne le sont pas au point de vue dynamique : timbres, hauteurs musicales, nasalités extrêmes, y font obstacle.

Néanmoins, ces réserves une fois faites, il est notable que l'intensité comparée des alexandrins est en raison directe de leur valeur expressive, et les développements qui précèdent l'ont abondamment montré. Inversement, la preuve est tout à fait facile. Les vers suivants présentent une

dépense de force moins considérable que ceux dont ils sont immédiatement précédés, parce que ceux-ci contiennent soit un terme exdamatif, soit un mot pathétique ou important mis en relief par la voix, soit enfin un mouvement de passion :

L'unique allégement qu'elle eût pu recevoir. {Cid, 16 C |.)

De lâches sentiments pour ta punition. (ib., 24 J).

Le temps de respirer et de voir seulement ! (Hem., 2 E.)

Ou qu'une voix des nuits tendre et délicieuse... (ib., 23 R.)

Enfin la différence des énergies peut servir à marquer une opposition littéraire entre des sentiments dissemblables. On note le fait à l'intérieur d'un même vers :

C'est la mère. Elle est seule. Et dehors, blanc d'écume...

Se

la

tnèr

ôr

blà

de

ku m(œ)

Le premier hémistiche doit être dit avec beaucoup de simplicité : la voix reste en effet modérée. Le second au contraire peint la violence des éléments et la fureur de la tempête : l'intensité s'accroît immédiatement par une juxtaposition des syllabes fortes aux syllabes faibles. Voici d'autres cas :

Je ne rendais qu'à moi compte de mes désirs.

Mais, à peine le ciel eut rappelé mon père... (Bèr., 12-14 J.)

J'espérais que du moins mon trouble et ma douleur

Lui feraient pressentir notre commun malheur ;

Mais sans me soupçonner, sensible à mes alarmes. . . (Bér., ^2-34 J.)

Le gouffre roule et tord ses plis démesurés

Et fait râler d'horreur les agrès effarés.

Lui songe à sa Jeannie, au sein des mers glacées... (P. G., 39-41 B J.)

Dans chacun de ces exemples, les «sujets indiqués déploient une force moindre sur le troisième vers; ils expriment ainsi soit l'abattement moral accru, soit la tranquillité d'âme faisant contraste avec la rage d'une mer démontée. Ils ont fait effort pour di.stinguer dynamiquement les divers plans du texte.

Toutefois, les relations des alexandrins entre eux ne sont pas uniquement déterminées par leur valeur pathétique, car certains vers ne contiennent aucun élément de passion. Il nous faut donc passer maintenant aux conditions qu'imposent à la déclamation les coupes des périodes. Les éventualités à envisager ont été signalées dans notre chapitre consacré aux hauteurs musicales comparées. Les successions rencontrées peuvent être en effet de différente nature : elles consistent ou bien en deux ou plusieurs vers suspendus, ou bien en deux ou plusieurs vers à sens

INTENSITÉ MAXIMA. — RAPPORTS DES VERS ENTRE EUX : SUSPENSIONS DE SENS ET CONCLUSIONS 361

complet. Mais d'autres combinaisons sont encore possibles : soit un vers fin de phrase après un vers suspendu, soit un vers suspendu après un vers à sens complet, soit enfin un vers suspendu faisant suite à un vers qui termine une période '.

Nous commencerons par le premier des cas que nous venons d'énumérer. De deux ou plusieurs alexandrins suspendus qui se succèdent, lequel présente l'intensité maxima la plus considérable ? La règle peut se formuler de la façon suivante : toutes choses restant égales par ailleurs (c'est-à-dire quand les accidents de caractère pathétique sont absents ou primés par la suspension et que par conséquent les faits restent simples), celui qui possède l'accent entendu le plus loin est celui qui supporte la coupe de sens la plus forte, sauf les exceptions notées plus haut. Souvent, si telle voyelle est improductive au point de vue de l'audibilité, elle est suppléée à l'intérieur du même vers par une autre voyelle plus favorable.

Il faut s'entendre. Q.uand deux alexandrins suspendus ont dans la phrase la même importance, il est différent que l'un ou l'autre présente la distance de compréhensibilité la plus forte. Cet exemple le laisse voir :

La femme est au logis, cousant les vieilles toiles.

Remmaillant les filets, préparant l'hameçon,

Surveillant l'âtre où bout la soupe de poisson. . . (f . G., 22-24.)

On trouve en effet ces chiffres : v, 22 B = 125", E = 196", J = 90"'; — v. 23 B = 65™, E = 210"', J = 150"'; — v. 24 B = 85"', E = 130™, J = 140"'. Les sujets ne sont donc pas d'accord. Il se pourrait que dans des cas semblables une subordination fût constatée, mais elle serait alors fortuite, la logique ne l'indiquant en aucune manière.

Au contraire, quand deux vers suspendus se suivent, faisant partie d'une même phra.se, si le second se trouve avec le premier dans un rapport de dépendance étroite et sert à le compléter de telle sorte qu'ils forment à eux deux un tout indissoluble, c'est le second qui nécessairement possède l'intensité maxima la plus grande. Nous citons deux exemples :

Cette grandeur sans borne et cet illustre rang

Qui m'a jadis coûté tant de peine et de sang. . . {Ciii., II, 3-4 C.)

Du vieux père d'Hector la valeur abattue

Aux pieds de sa famille expirante à sa vue. . . {Aridr., 25-26 A ^)

et nous transcrivons les mesures obtenues pour le premier :

Se

tir

f^rà

ditr

sa

hor

mr

se

til

lus

trœ

Ki

mô

ja

dis

kl

pèn

sa

Au delà de deux vers, il semble beaucoup plus difficile de traduire dynamiquement les relations des fragments suspendus d'une même période. Le passage suivant en fait foi :

1. Nous rappelons que les suspensions et les fins de phrase ne sont pas liées aux signes de ponctuation, mais dépendent des convenances individuelles, du moins en bien des cas. D'ailleurs, nous avons jugé du fait en lui-même d'après les acuités, critérium qui nous semble définitif.

2. L'effet produit aurait été le même aux v. 30-51 d'Andromaque (A) si l'effort principal, dans ce vers 31, n'avait pas affecté Vu défavorable du mot votts.

LoTE. — L'alexandrin. 46

L ALE5iANDRlN FRANÇAIS

Et, comme un voyageur, sur un fleuve emporté. Qui glisse sur les eaux par un beau soir d'été, Et voit fuir sous ses yeux mille plaines fleuries, Ma pensée entraînée erre en tes rêveries !

{Hem., 17-20.)

R a admis qu'il y a là, précédant la conclusion, deux membres dont le second, composé de deux vers, se subordonne le premier. Les intensités concordent avec les acuités et l'on trouve : v. 17 := 190"', v. 18 = 175"', v. 19 = 230™, v. 20= 125'". Pour les deux autres sujets A et E, qui ont vu dans ce texte trois groupements en dépendance musicale mutuelle, des exceptions signalées plus haut viennent troubler l'ordre attendu.

Il faut indiquer d'autre part que la règle posée ci-dessus à l'égard de deux alexandrins suspendus consécutifs ne trouve plus son application dès que les rapports se modifient. Si le premier vers est constitué par une proposition conditionnelle et le second par une proposition principale; si le premier vers est construit en opposition avec le second — et ici nous touchons presque à l'expression pathétique — celui-ci ne se soude plus intimement à celui-là : la voix fait ressortir le contraste, puisque le sens n'indique aucune subordination. L'audibilité maxima est comme précédemment déterminée par la plus forte suspension, mais celle-ci est contenue dans le premier alexandrin. On peut invoquer ces exemples :

Si je t'ai fait parler, si j'ai voulu t'cntendre, je voulais que ton zèle achevât en secret. . .

Je connus que bientôt, loin d'être à ce que j'aime. Il fallait, cher Paulin, renoncer à moi-même;

Mais, sans me soupçonner, sensible à mes alarmes. Elle m'offre sa main pour essuyer mes larmes,. . .

(Bér.. 3-4 C.) (Bér., 18-19 C J.) (Bér., 54-35 CJ.)

Nous transcrivons pour le premier la déclamation de C :

Si

ja-

te

fè

par

lé

je

vu

lu

ta

ta

drœ

vu

le

tô

~,èl

va

ta

kré

De même dans ces vers :

Quelle honte pour moi, quel présage pour elle Si dès le premier pas, renversant tous ses droits. Je fondais mon bonheur sur le débris des lois!

{Bér., 23-25.)

Les rapports des divers membres de phrase ont été bien établis par la voix, sous la réserve de la substitution de l'intensité à l'acuité dans les groupes pathétiques du premier alexandrin, la hauteur musicale étant plus particulièrement réservée à marquer la suspension de sens. Les audibilités maxima sont celles-ci : v. 23 C = 250"', J = 285"' ; — v. 24 C = 200", J = 180"". Il s'agit de ne point brouiller l'expression, de ne point faire dépendre le v. 24 du v. 23. L'effet est atteint. Soit, dans la diction de C :

I. L'accent se déplace oratoirement : la hauteur musicale ne laisse aucun doute sur la suspension.

INTENSITÉ MAXIMA. - RAPPORTS DES VERS ENTRE EUX : SUSPENSIONS DE SENS ET CONCLUSIONS ^(>$

Ke

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IIO-

IIO

(fi«V., 23.)

Les divers plans de la période ont été mis en valeur par la voix.

Nous passerons maintenant au second des cas qui peuvent se présenter : deux vers à sens complet ' se succèdent. Ici la solution est beaucoup plus simple. L'un ou l'autre en effet peut être affecté de l'accent d'intensité le plus considérable, selon la suspension de sens qu'il renferme ou l'importance accordée à tel de ses éléments. Souvent la volonté du sujet est seule décisive, et le texte permet qu'on accorde la prédominance à n'importe lequel des deux alexandrins en contact ^ Nous citerons :

J'aimais, je soupirais dans une paix profonde :

Un autre était chargé de l'empire du monde; (Bér., lo-ii C J.)

La Savoie et son duc sont pleins de précipices.

La France pour vous prendre attend des jours propices. (R. B., 24-25 R.)

Comme il faut combiner sûrement les manœuvres !

Les flots le long du bord glissent, vertes couleuvres; (P. G., 37-38 EJ.)

Dans les deux premiers exemples, le premier alexandrin l'emporte pour tous les sujets. Le second, au contraire, est dominant dans le dernier exemple. On se rendra compte du détail en se reportant aux tableaux d'ensemble.

Troisième cas : un vers qui termine une période fait suite à un vers suspendu. Il n'y a pas de difficulté : l'alexandrin de conclusion présente l'intensité maxima la moins forte, soit que la coupe offerte par le texte y soit réellement moins importante que dans l'alexandrin antécédent, soit que la fin de phrase opère une réduction générale de l'énergie sur tous les groupes rj^thmiques qui précèdent la rime. La règle se vérifie toutes les fois qu'il n'y a pas une des exceptions dont nous avons montré les causes. Nous signalerons donc :

Il se ramène en soi, n'ayant plus où se prendre.

Et monté sur le faîte, il aspire à descendre. (Ci«Kfl, II, 13-14 C.)

Même soin me regarde, et j'ai, pour m'affliger.

Ma gloire à soutenir, et mon père à venger. (Cid, 11-12 J.)

Tu t'es, en m'offensant, montré digne de moi ;

Je me dois, par ta mort, montrer digne de toi. (Cid, 27-28 J.)

El ne prévoit rien moins de cette obscurité

Que la fin d'un amour qu'elle a trop mérité. {Bér., 36-37 C J.)

1. Les vers à sens complet présentent à la fois une suspension intérieure et une conclusion. On peut leur comparer les versn conclusion intérieure et à suspension finale.

2. II s'agit naturellement du vers à sens complet réel, c'est-à-dire de celui que le sujet rend tel.

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