‹ L'alexandrin d'apres la phonétique expérimentaleChapitre 250 sur 250 · IS · texte numérisé non relu

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INTENSITÉ MAXIMA. — CONFLITS ENTRE LtS INFLEXIONS PATHÉTIQUES ET LES SUSPENSIONS DE SENS 365

Plwi u bu ras

Toutes choses restant égales par ailleurs, il en est régulièrement ainsi. Voici quelques exemples :

Je ne té puis blâmer d'avoir fui l'infamie;

Et de quelque façon qu'éclatent mes douleurs,... {Cid, 2-3 J.)

L'unique allégement qu'elle eut pu recevoir ;

Et contre ma douleur j'aurais senti des charmes,... (Cid, ié-17 C |.)

Ma générosité doit répondre à la tienne :

Tu t'es, en m'oflFensant, montré digne de moi... {Cid, 26-27 (- J-)

Il fallait, cher Paulin, renoncera moi-même;

Et que le choix des dieux, contraire âmes amours... (fier., 19-20 J.)

Partout le second alexandrin, le seul des deux qui soit suspendu, laisse apparaître Tintensité maxima la plus considérable. Les exceptions sont celles déjà signalées par nous.

Ainsi donc, en vertu de cette démonstration, nous pouvons répéter en toute certitude ce que nous avons avancé quelques pages plus haut, car notre enquête a prouvé l'hypothèse que nous présentions : les audibilités, dans les vers où l'on constate l'accord des progressions on des régressions musicales et dynamiques, sont réservées à la production des mêmes effets que les acuités. Energie et' mouvements mélodiques, en leur point culminant, sont déterminés ou bien par la valeur pathétique du texte ou bien par les suspensions et les chutes de sens, sous les conditions des substitutions que dans le détail des faits nous avons laissé entrevoir. En un mot, la plus forte valeur acoustique d'un alexandrin, dépassant le cadre des groupes rythmiques les plus voisins et n'ayant jamais qu'une valeur relative, existe seulement en fonction du contexte. Ou si l'on aime mieux, et comme nous l'avons déjà dit à propos des hauteurs comparées, il n'y a pas, dans la déclamation contemporaine, un accent « de vers », mais seulement un accent île « phrase ». Cette remarque est exacte, même quand le sens est complet en douze syllabes.

Cependant, dynamiquement comme musicalement, des conflits se présentent. Nous allons les examiner brièvement : certains d'entre eux sont déjà connus.

Ils peuvent exister à l'intérieur d'un même vers. Le premier cas est celui-ci : deux mouvements pathétiques de nature différente, mot important et terme exclamatif, fin de phrase soutenue par l'effort emphatique et élan de passion, sont en présence. Alors l'accent d'intensité principal affecte l'un ou l'autre des groupes rythmiques en concurrence, selon la valeur que leur accorde le sujet. Encore faut-il faire observer que souvent les timbres déjouent la volonté du diseur. Nous choisirons donc un exemple où le travail brut et l'audibilité sont concordants :

Et vous osez ! — Messieurs, en vingt ans, songez-y. . .

366 l'alexandrin français

mi

Zé Me

syœ

vè

ta

sô

no

IIO

En dehors du premier groupe rythmique, d'une expression affaiblie chez E et R, il reste trois pieds dont deux (^messieurs et songei-y) sont des termes exclamatifs — c'est ainsi que nous avons nommé les mouvements semblables — dont l'autre (m vingt ans), par la valeur significative qu'il possède, veut être mis en vedette. Il est facile de voir d'après les chiffres ci-dessus que les deux sujets se divisent et que leur effort a porté sur des membres métriques différents.

D'autre part un terme exclamatif et un élan passionné peuvent se trouver en contact. Si le texte admet une expression modérée ou qu'il s'agisse de rendre une émotion contenue, l'atténuation porte toujours sur l'exclamation, et celle-ci est entendue moins loin, sauf naturellement si les timbres, dans le reste du vers, sont défavorables, sauf encore, bien entendu, si les sujets n'ont pas aperçu l'effet qu'il fallait rendre :

Dis, ne voudrais-tu pas voir une étoile au fond ?

Di

dre

tu

pa

vwàr

ne

twal

fô

{Hem.

Partout ailleurs, quand les sentiments ne sont pas ceux que nous venons de signaler, la déclamation la plus ordinaire laisse la prédominance à l'élément le plus véhément de l'alexandrin, c'est-à-dire à l'apostrophe. De même, le plus souvent, les mouvements pathétiques ou les groupes qui contiennent des mots importants l'emportent sur la suspension de sens. Les exceptions proviennent de ce que le sujet n'a pas obéi aux indications fournies par le texte ou de ce que les timbres, acoustiquement, étaient improductifs '.

Mais le conflit peut exister d'un vers à l'autre.

Premier cas : deux ver§ suspendus se suivent. Si l'un d'eux seulement renferme un élément de passion, il aura en même temps l'intensité maxima la plus forte :

Porte, porte chez lui cette mâle assurance, Digne de notre amour, digne de ta naissance ; ^

Par ice bàr tœ

par

no

Di t}(œ) dœ no ira

mur

se t{œ)

mal

su

rà

di n(ce)

ta

sà sQe)

(Cm.,

1. Ces deux conditions doivent être réalisées également pour que les règles formulées s'appliquent aux vers qui se t'ont suite, quand ils présentent des conflits d'expression.

INTENSITÉ MAXIMA. — CONFLITS F.NTRE LES INFLEXIONS l'ATHETiaUES ET LES SUSPENSIONS DE SENS

Si au contraire les deux vers suspendus consécutifs contiennent un élément pathétique, l'un ou l'autre pourra présenter l'intensité niaxima la plus considérable. Comme dans l'ordre musical, tout dépendra de leur valeur significative comparée, de la gradation que les sujets pourront établir de l'un à l'autre. Les déclamations pourront être identiques ou divergentes :

Quelle honte pour moi, quel présage pour elle, Si dès le premier pas, renversant tous ses droits.

Ke

pur

iiiwa

kel

pre

la j{œ)

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Si

de

lœ prœ

mye

pà là

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tu

se

drwâ

IIO

A (Bér.,

Dans ce cas, il y a accord de C et de J, et point n'a été besoin de transcrire les chiffres obtenus pour les deux tracés : un seul suffit. Le premier vers, par les deux exclamations qu'il, présente, l'emporte sur le second, où cependant Titus fait ressortir ce qu'aurait d'exorbitant son crime, s'il profitait de son pouvoir absolu pour oublier ses devoirs vis-à-vis de Rorne.

Deuxième cas : deux vers à sens complet se succèdent. Les constatations sont les mêmes. Ou bien lun seulement renferme un élément de passion : c'est alors lui qui possédera en même temps l'intensité maxima la plus forte. Ou bien au contraire tous les deux contiennent un élément pathétique ou un groupe important par sa valeur significative : l'un ou l'autre ' pourra présenter l'audibilité la plus considérable.

Troisième cas : un vers terminant une période succède à un vers suspendu. Si celui-ci seul réclame, pour l'un des membres métriques qui le composent, un relief important, il n'y a pas de difficulté : la fin de phrase laisse apparaître la plus faible énergie. Cela va de soi, et c'est ainsi que se comportent les acuités comparées. Mais les hauteurs et l'effort dynamique ne sont plus régulièrement concordants si les deux alexandrins contiennent tous les deux un groupe rythmique que la voix met en vedette, ou si la fin de phrase .seule répond à cette définition. Il arrive que l'élévation de la voix soit réservée à marquer la suspension de sens principale, la force déployée servant au contraire à attirer l'attention .sur le mot à effet. La discussion à laquelle nous nous sommes livré à propos de la concomitance des progressions ou des régressions mélodiques et intensives laissait entrevoir cette solution du conflit. L'alexandrin de conclusion est donc dominant dans les exemples suivants, où nous avons souligné le terme privilégié :

Tu n'as fait le devoir que d'un homme de bien ;

Mais aussi, le faisant, tu m'as appris le mien. (CiV/, 7-8 C.)

.Même soin me regarde, et j'ai, pour m'affliger.

Ma gloire à soutenir, et mon père à venger. (C/J, 1 1-12 C.)

Et cet affreux devoir, dont l'ordre m'assassine,

' Me force à travailler moi-même à ma ruine. {Cid, 21-22 C.)

L'on pourrait allonger cette liste. 11 suffira de faire encore une citation, en donnant les mesures obtenues : I. Quelquefois indépendamment des acuités, cf. p. ex. Cid, 14-15 C.

.Où se plaît le poisson aux nageoires d'argent, Ce n'est qu'un point, c'est grand deux fois comme la chambre.

ne

pu

pwa

sô

pu'è

grà

na

fwa 35 30

la

/fl ^â brœ

Le premier de ces deux vers — l'acuité montre qu'il est réellement suspendu en sa douzième syllabe — étant insignifiant, l'effort se porte davantage sur le second, quoique la hauteur musicale y soit moindre : c'est là en effet que se note le périlleux hasard d'une existence de pêcheur et l'incertitude de .ses gains. Ailleurs, au contraire, l'accent le plus fort se trouvera dans le premier alexandrin, pour peu que le sens s'y prête.

Quatrième cas : un vers suspendu succède à un vers formant un tout complet. D'après ce que gous venons de dire, il n'y a pas de difficulté. Si l'un d'eux seulement renferme un élément pathétique ou un mot important, il possède en même temps l'intensité maxima la plus considérable '. Si tous les deux appellent, sur l'un quelconque de leurs groupes rythmiques, un relief particulier de la voix, l'un ou l'autre peut contenir l'accent dominant. Presque partout, la suspension est primée par le terme à valeur significative.

Cinquième cas : un alexandrin suspendu succède à une fin de phrase. La question n'a d'intérêt que si la conclusion seule renferme un élément pathétique. D'après ce qui précède, on conçoit que cette conclusion puisse l'emporter. Elle l'emporte en efi"et dans les exemples suivants :

Pardonne à mon amour cette indigne faiblesse. Tu voudrais fuir : en vain, Cinna je le confesse';

Me force à travailler moi-même à ta ruine. Car enfin, n'attends pas de mon affection. . .

Vous vous abandonniez au crime en criminel.

Est-il juste, après tout, qu'un conquérant s'abaisse. . .

(Cin., I, 3-4 C.) (Cid, 22-23 C.) (Andr., 4-5 A.)

Cette liste, bien entendu, n'est pas limitative. Elle suffit cependant à montrer que, sur certains points^ les conflits étudiés ne reçoivent pas dynamiquement la même solution que musicalement, ou, en termes plus exacts, que les très rares exceptions mélodiques se présentent plus fréquemment sous une forme analogue dans l'ordre des intensités. L'ensemble des faits commentés ci-dessus prouve cependant, d'une manière générale, que les lois auxquelles obéissent les phénomènes d'acuité et de force sont identiques, les variations portant seulement sur le détail.

I. Une seule exception : P. G., 4-5 E : mais elle est seulement apparente et due à la forte nasalité de l'ô dans /on*/.

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