VII. à; na vo ha è ha pa blœ dœ pie dé riin mo vès hô
On peut noter que lorsque la phrase s'allonge, l'accent devient intérieur, mais ne disparaît pas (cf. le mot ehapablce ^ '^ ~ '-' dans les exemples V, VI, VII). A l'inverse en effet de ce qu'on constate dans une prononciation familière et rapide, on ne se trouve plus en présence d'une suite étendue de syllabes à peu près égales en valeur, dont les faibles variations de durée sont causées par des différences de constitution organique, et qui présentent en leur fin une longue nettement caractérisée, mais unique. Il y a au contraire une série de petits groupements dont chacun, composé d'une succession de brèves, se termine par un accent temporel qui le sépare du groupe suivant; chaque membre ainsi formé parait indépendant de ceux qui l'entourent. S'il est vrai que le temps marqué qui clôt la phrase l'emporte généralement sur ceux que Ton rencontre à l'intérieur, du moins ce n'est pas, comme on peut s'en rendre compte, une règle absolue (cf. exemple I), et il y a des coupes non finales qui dépassent en durée la dernière syllabe.
Ce morcellement n'est d'ailleurs ni arbitraire ni purement mécanique. Il ne procède pas, du moins pas forcément, et l'examen du vers nous montrera combien c'est là un fait rare, par un mouvement ondulatoire et binaire que certains théoriciens ont désigné comme le rythme essentiel de la langue française. Il est fondé sur les coupes naturelles du sens, de telle sorte que chaque fragment établi par la voix forme un ensemble cohérent. Mais il faut bien s'entendre, et il n'y a pas de règles absolues, ou, si l'on veut, les règles admettent des exceptions qu'il est aisé d'expliquer. L'article, le substantif et l'adjectif qualificatif composent, peut-on dire, un ensemble cohérent, et par conséquent un groupe rythmique, mais seulement à condition qu'il n'y ait pas dans le membre ainsi constitué une trop longue succession de syllabes brèves qui transformeraient
^4 l'alexandrin 1-RANÇAlS
l'ordre en anarchie. Oè nom fcfornie Un fragment parfait, mais œ navoka êkapablœ, d'une valeur grammaticalement identique, — il s'agit toujours d'une diction soutenue et leate — en forme deux, parce qu'une série de huit syllabes est trop étendue pour ne pas se scinder naturellement quand il n'y a pas contresens. La même remarque s'applique aux fins de phrase rœmarhabUemà tëtelijà (ex. II) et byè nàmâeé (III); les mots composants s'y trouvent dans des rapports grammaticaux semblables, mais la première se divise, tandis que la seconde reste unie.
Les observations exposées peut-être un peu longuement au cours du présent chapitre, et dont on a pu saisir tout l'intérêt, étaient nécessaires. En partant des phénomènes les plus simples pour remonter aux plus complexes, on a pu déterminer tour à tour comment se comportent dans le temps la voyelle et la consonne, d'après quelles règles elles se combinent et comment les combinaisons mêmes se modifient selon l'expression que leur donne la voix. On a montré successivement de quelle façon s'ordonnent les dilférentes syllabes d'un même mot et les différents mots d'une même phrase. On a prouvé que les variations auxquelles peut être soumis le discours amènent des changements notables dans la constitution des syllabes et dans les conditions de leur succession. Il ressort des constatations faites qu'en français la durée n'est pas un élément négligeable, qu'il y a au contraire dans notre langue un accent temporel reparaissant à des intervalles plus ou moins éloignés, mais sans qu'on puisse jamais reconnaître à la syllabe longue une valeur spécifique et constante. On pourra donc maintenant entreprendre l'étude du vers dont les particularités s'éclaireront à la lumière de la précédente enquête : on notera plus facilement les différences et les ressemblances qu'il présente avec le parler courant.