‹ L'alexandrin d'apres la phonétique expérimentaleChapitre 71 sur 250 · VERS COMPOSES DE MONOSYLLABES · texte numérisé non relu

VERS COMPOSES DE MONOSYLLABES

blêmes dont les théoriciens ont essayé de présenter la solution. Tous les exemples fournis par nous prouvent que le rythme temporel, dans son état le plus simple, n'est pas indépendant de la structure de la phrase, mais que les temps forts au contraire tombent sur les arêtes du sens. Exception faite pour les phénomènes qui seront discutés ailleurs, les syllabes se suivent et se séparent en raison des exigences du texte, afin de lui laisser toute sa clarté et de ne pas fausser l'accord de ses parties. Le rôle essentiel des accents de durée qui marquent un repos de la voix est justement de maintenir et d'affirmer la cohésion de certains éléments de la période, de les dissocier de certains autres. Il suit de là, nous l'avons vu, que plusieurs mots s'unissent et qu'un seul porte le temps marqué du groupe.

Certains critiques toutefois n'ont pas admis les conséquences extrêmes de cette constatation qu'ils avaient cependant faite eux-mêmes, et ils ont soutenu, soit à propos des vers monosyllabiques ', soit à propos de la syllabe féminine qui suit la longue, des théories que les faits démentent.

Nous commencerons par les vers composés de monosyllabes : on a voulu les distinguer des autres au point de vue rythmique. La cause initiale de l'erreur commise paraît résider dans une fausse analyse des conditions de la parole et résulter de la séduction invincible qu'exerce sur beaucoup d'esprits la disposition du texte imprimé.

L'abbé Scoppa, dont le livre, pour l'époque, est si riche en observations neuves, se laisse aller à des contradictions qui surprennent. Il note

très exactement comme anapestiques les combinaisons tu seras, c'est en vain, tout est beau ^ Mais, d'autre part, il croit que dans ce vers ' :

Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur...,

il y a douze accents. Il a donc reconnu dans certaines locutions la formation de membres métriques composés de plusieurs mots et il se refuse à l'admettre dans ce cas particulier. De même M. Souriau ', dans ses études sur la versification du xvii° siècle, dresse soigneusement le tableau des vers monosyllabiques rencontrés par lui dans l'œuvre de chacun des poètes qu'il examine, et il croit que ces vers sont plus durs que les autres, à cause, peut-on supposer, du grand nombre d'accents qu'il leur attribue, car il néglige d'expliquer sa pensée. Or, répétons-le, ce sont les divisions du sens qui sont déterminantes, et le mot, important quand on l'isole, disparaît dans le groupe auquel il appartient dès le moment qu'il fait partie d'une agglomération dont il est inséparable. Si l'on consent en effet que dans un alexandrin comme celui-ci :

Cet empire absolu sur la terre et sur l'onde,

la première syllabe s'unit au mot empire, pourquoi supposer que la 7', la 8% la 10', la 11^ syllabe gardent leur accent? Pourquoi admettre, dans l'avant-dernier vers cité, que chaque terme conserve son individualité et que le rythme en est rendu plus pénible ?

En réalité, les monosyllabes n'ont nulle part la moindre difficulté à devenir longs ou brefs. On peut comparer entre eux les divers éléments de cet alexandrin :

Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable

et confronter cet exemple avec celui cité plus haut. Les réductions et les allongements s'opèrent exactement selon les mêmes règles, et il suffît de transcrire les chiffres obtenus pour que l'évidence de cette assertion éclate :

Page 1