‹ L'alexandrin d'apres la phonétique expérimentaleChapitre 8 sur 250 · PREFACE XIX · texte numérisé non relu

PREFACE XIX

magistrales qu'une enquête comme celle-ci ne pouvait passer sous silence. Becq de Fouquières reste pour moi un esprit de premier ordre, le rénovateur des études de métrique française au xix= siècle, l'auteur qui fait date et à qui l'on devra toujours recourir. Clair Tisseur a déployé, sous une forme légère et parfois humoristique, toute son ingéniosité curieuse, toute son information de philologue subtil, pour éclairer un art qu'il pratiquait lui-même : ses observations, parce qu'elles émanent d'un poète épris de nuances, sont de celles qui retiennent alors même qu'elles ne persuadent pas A côté de ces deux critiques et au même rang, je mettrai M. M. Grammont, le dernier venu, un linguiste que sa science a heureusement servi sans étouffer en lui l'amour de la littérature ; son livre, dont l'influence profonde s'est déjà manifestée ', est une bonne fortune pour tous ceux qui, comme moi, s'occupent du vers, du rythme et de la mélodie verbale.

J'en arrive enfin au créateur de la phonétique expérimentale, à l'homme éminent qui, à une époque où les sciences du langage apparaissaient comme définitivement constituées, les a renouvelées en brisant le cadre où elles étaient contenues et en les replaçant dans le contact immédiat de la nature : j'ai nommé M. l'abbé Rousselot. J'aimerais qu'il prît l'expression de ma reconnaissance pour autre chose qu'une formule banale, et j'écris ces lignes afin qu'il sache, tandis qu'il est dans toute la plénitude de son activité et de sa production, ce que ses élèves ont pensé de lui. Tous diraient comme moi les ressources inépuisables de son esprit pénétrant, l'ampleur de ses conceptions originales, la sûreté lumineuse et toujours jeune d'une intelligence qui ne se paie point de mots, mais qui, perpétuellement en lutte avec les phénomènes, les force enfin de lui livrer leurs secrets. Plus que tout autre, j'ai le droit et le devoir de lui apporter le témoignage public d'une commune admiration, puisque, de tous ceux dont il fut le maître, c'est moi qui suis resté le plus longtemps près de lui. Il a été mon initiateur, mon conseil quotidien et mon guide de tous les instants. Il m'a aidé dans l'interprétation de tracés difficiles; il m'a suggéré, pour certains faits, des explications que je n'avais pas aperçues; il a eu l'obligeance de revoir, en manuscrit, quelques-uns de mes chapitres. Enfin, je n'aurais garde de ne pas me souvenir que ses belles expériences sur l'intensité, où il a fait au plus haut degré œuvre d'inventeur, ont été conduites par lui avec le souci toujours présent de mon utilité particulière et la volonté persistante qu'elles me fussent profitables. Si donc l'on me reproche des fautes trop fréquentes, on saura qu'elles auraient été bien plus nombreuses s'il ne m'avait corrigé. Mais par contre, si de cet ouvrage il devait résulter quelque honneur, je voudrais qu'on le reportât tout entier sur lui.

I. Cf. en particulier A. Rochctte : L'alexandrin chei V. Hugo (191 1).

Bonn, février 1912.

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