COMBINAISONS FACTICES : HAUTEUR MUSICALE DES CONSONNES IS
dernière, sauf quelques exceptions que nous aurons à commenter, et que l'articulation subit d’autant moins de variations que sa valeur temporelle est plus réduite.
Lés consonnes surtout doivent nous retenir, car elles sont un élément nouveau. Dans les syllabes intérieures, celles qui sont sonores ont quélquefois la même acuité que la voyelle conjointe ; nous n'avons pas ici d’exemple qu’elles l’emportent sur cette voyelle, et si les vers enregistrés présentent quelques cas aberrants, c'est là un phénomène d’une extrême rareté. Très fréquemment au contraire, par suite du relâchement déjà signalé du larynx, elles sont moins hautes que les voyelles dont elles sont encadrées. L’abaissement de la voix se prépare souvent sur la voyelle qui précède, atteint son maximum sur le début ou le milieu de la consonne pour disparaître parfois au contact de l'articulation vocalique suivante. L’affaissement que nous constatons est commun à toutes les sonores, quelles qu’elles soient; d’autre part sonores et sourdes indistinctement, qu'il s’agisse d'occlusives ou de nasales, de liquides ou de spirantes, exercent la même influence sur la voyelle antécédente.
D’autres remarques sont encore nécessaires. Des successions comme avava, avavava prouvent que la consonne n’est pas un facteur indispensable de la progression musicale, et que, dans des groupes trisyllabiques ou quadrisyllabiques, la consonne dernière ou pénultième peut marquer un fléchissement par rapport à celle qui précède, sans que la formation étudiée perde dans son ensemble les caractères que nous lui avons reconnus. En d’autres termes la progression musicale qui s'établit du début à la fin d’une combinaison artificielle polysyllabique se fait par les voyelles, auxquelles les autres articulations sont seulement égales ou inférieures en acuité. Ces dernières articulations, dans la mesure que nous venons d'indiquer, peuvent donc être définies comme indifférentes : toutefois, dans la syllabe finale, la voyelle présente presque toujours une hauteur non point égale, mais supérieure à celle de la consonne.
On peut s'étonner que dans notre tableau les modulations consonantiques soient assez restreintes. Il faut en chercher la cause uniquement dans la faiblesse des durées. Si nous analysons en effet les combinaisons adda, azza, arra, alla, amma, anna, nous obtenons les chiffres ci-dessous :
La consonne peut donc être soumise à des varia-
tions analogues à celles de la voyelle, sauf qu’elle |
présente une zone de dépression soit à son début, V1 CD V.u
soit en son milieu, très rarement dans les tranches || — RC MR 7 Te qui avoisinent la voyelle subséquente. Mais pour adda 380-400-380 380-360-360-360-380 440-480-460-460 que ces variations soient sensibles, il faut que la | js É
valeur temporelle de l'articulation soit relative- azxxa 380-400 380-360-340-340-360-360 460-460-440 ment considérable, ce qui n’est presque jamais le O
cas, qu’il s’agisse des groupements artificiels enre- arra 440-460-460 460-460-440-440 440-460-480 gistrés ou des mots que nous analyserons plus loin. O
Si l’on aime mieux, consonnes et voyelles obéis- a 400-460-440 440-420-400-440-460 480-460-460 sent à la même loi : elles présentent des modu-
lations d’autant plus nuancées qu’elles sont plus FR METRE A Mostauoe ARR longues, et tendent à la stabilité quand elles sont o courtes. La consonne en position initiale, dans les AMITIÉ 17 1401 ll SRE formations où elle est moins brève que la voyelle ni AS sv D one PR conjointe, peut par conséquent évoluer dans son
acuité plus que cette dernière. Nous n’en donnerons qu'un seul exemple, en indiquant pour chaque son la durée (D) et la hauteur musicale (H M) :
mp)
es observations faites, il est maintenant aisé de passer à l'examen de la syllabe : il n’est besoin que de se reporter au tableau fourni pour les groupes afa, aïaïa, atatata, ada, adada, etc. Les faits intéressants ressortent des chiffres.
Ce qu'il faut retenir en premier lieu, c’est que la voyelle seule, non la consonne, est l’élément important de la syllabe, puisque la progression des acuités s'établit uniquement par les articulations vocaliques, et que par conséquent il y a parallélisme absolu entre les durées et les hauteurs. En effet, au point de vué du temps et dans une déclamation non emphatique, la consonne ne peut être qu’égale (sensiblement) ou inférieure à la voyelle ; de mème, au point de vue musical, la consonne ne peut être qu’identique à la voyelle ou plus grave qu’elle.
Si donc nous voulons étudier le rapport des syllabes entre elles dans les combinaisons enregistrées à l’appareil, il n’est point nécessaire de transcrire toutes les mesures prises, il suffira, pour la première voyelle, d’indiquer la note la plus basse, celle sur laquelle se fait le départ de la voix; puis, pour les autres, l’acuité la plus forte qu’on aura constatée ; enfin, pour la dernière, qui est en même temps la plus longue, deux notes, la plus haute et la plus grave, dont l’ordre suffira à faire apparaître, s’il y a lieu, la forme de la modulation. On procédera de même en
ce qui concerne les consonnes, sans qu’il y aït d’exception pour la dernière. Ainsi le groupe adadada, au lieu d’être conservé tel que nous l'avons donné :
a . d a d a d a 320-340 320-320 300-340 320-320 320-360 340-340 360-360-360-400 peut être réduit de la manière suivante : * a d a a d a 320 320 340 320 360 340 360-400 O ou, en réunissant les divers éléments syllabiques : a da da da 320 320 340 320 360 340 360-400 Il n’y aurait même aucun inconvénient à ne point transcrire les consonnes : a da da da 320 340 - 360 360-400 O ”
La combinaison serait alors analogue à la formation afatata, réduite comme ci-dessus, et où la consonne est sourde :
a ta ta ia 340 380 440 480-240 [e)
Le
Ce; chiffres permettraient de se rendre compte que pour adadada la voix, attaquant sur 320 v. s. la première syllabe, à atteint 340 v. s. sur la seconde, 360 sur la troisième, 400 sur la quatrième, et que cette acuité maxima n’est suivie d’aucun fléchissement de la hauteur. De même, pour apäpapa, la voix attaquant sur 340 v. s. la première syllabe, a atteint 380 v. s. sur la seconde, 440 sur la troisième, 480 sur la quatrième pour s’abaisser à la fin de celle-ci sur un ton beaucoup plus grave. Dans les deux cas la ligne mélodique est suffisamment indiquée; on constate que la syllabe finale est la plus aiguë du groupe et qu’une progression musicale s'établit de la première à la dernière.
Cependant cette progression peut être interrompue. Dans les groupements étendus, conformément à ce qui se passe pour la durée et si l’on prend pour point de départ la finale, il tend à s’établir un mouvement ondulatoire qui frappe d’une forte acuité, de deux en deux, les syllabes qui précèdent la dernière. Cette disposition n’a rien d’obligatoire, et dans la série inscrite nous n’en avons rencontré que quatre exemples : abababa, dcacaen, ajajaja, amamama. Toutefois ces groupes ne peuvent être traduits que par le schéma *®°O, au lieu du schéma **°O qui convient aux autres combinaisons. Ces quatre cas particuliers, si on y prend bien garde, posent en somme la question du rythme alternant ou iambique, question que nous nous réservons d'examiner en son lieu et place. Ajoutons enfin que laccent d’acuité secondaire, au vu du tracé, peut n’être concomitant d’aucun accident temporel analogue.
Il est cependant évident qu’une formation factice comme afa ne doit pas se comporter d’une façon bien différente d’un mot français réel. Il nous faut donc maintenant nous efforcer de définir les lois de hauteur musicale auxquelles obéissent les termes de la langue courante, et chercher s'ils présentent les mêmes caractères que les combinaisons déjà examinées.
Ici encore nous nous sommes servi des mots que nous avons déjà utilisés pour le calcul des durées. Nous rappellerons quels ils sont : ramäs (ramasse), ramdsé (ramasser), àkaj (encage), äkajé (encagé), baläs (balance), baläsé (balancé), äpl (ample), äpl&r (ampleur), äplifyé (amplifier), äplifikasyô (amplification), ba (bat), batdy (bataille), bafayô (bataillon), kôt (côte), kôtyé (côtier), kétwayé (côtoyer), som (somme), soméy (sommeil), someyé (sommeiller). Tous ont été prononcés dans les mêmes conditions de déclamation que les groupes artificiels analysés plus haut, c’est-à-dire
comme des mots qui seraient incorporés à une phrase, maïs qui n’en constitueraient point la fin. On a dressé ce tableau des hauteurs musicales en transcrivant entre parenthèses les consonnes sourdes auxquelles les chiffres ne s'appliquent pas.
fe a m a(s)
ramüs 320-320 340-340 360-360 400-420-420-480-460 ©
r a m à (sé
ramäsé 340 380-400 380-400 380-400 440-440-440-480 O à (ka Î äkaj 340-380-360 440-480-480-480-500 480-480-380 O
Lote. — L'alexandrin. 21
aa â (k)a j £ À | äkajé 320-320-320 400-400-400 340-360 420-440-460-480 O É b a ] ä(s) | baläs | 320-320-320 360-360-360 360-400 440-480-480-500-500 O ie TZ] À D a l ä (s)é | baläsé 300-300-300 360-360 360 360-360-360 440-460-480-400 | O ä (pb)!
äpl 460-480-480-440-440-380 280-280 | à (p} & r | aäpl&r 340-380-400-380 480-480 520-460-440-400-360 300-280 O | â (y! 0 U) 4 äaplifyé 340-340 360 380-380 520 520-400-320 à O) i (Pi (k)a Oo) ô äplifikasyé 380-440 500 500-480 500-440 500-480 500 560-460-340-230] ; b a ba 300-320-320 440-460-500-400-280 O b a (Hd y batä 280-280 440-400 540-520-480-380-300 260-240-240 O b a (a y Ô batayô 280-280 420 480-480 480 500-400-300-260 (Æ)6(e) kôt $40-5 60-5 20-440-3 20 O
Fr.
49 bn
| (x Q) é héiyé 500-5 20-500 540-560 600-620-680 O (6 07 a » é kétwayé 480-480 560 560-560 $40-560 600-540-360-280 | O (s)o nl son 540-560-5 80-560 620-580-580 O (s)o m ê y soméy 520-520 560-580 600-620-620-600 380 O (s)o ni e y ê someyé 500-500 520-540 560-560 580 600-560-380-300
Toutes les règles que nous avons établies se trouvent ici vérifiées. Il n’y a pas de hauteur absolue frappant certaines syllabes, celles qui
. reçoivent le signe © ne sont aiguës que par rapport à celles dont elles sont précédées et l'élévation maxima n’est point proportionnelle à la longueur
du mot. L'analyse du graphique indique en outre que, partout, c’est la voyelle qui est l'élément le plus important; les autres articulations lui sont
en effet égales ou inférieures en acuité, mais ne l’emportent point sur elle : les exceptions sont assurémént très peu fréquentes, et notre tableau n’en présente qu'un seul exemple dans le mot som.
D'autre part, si, à l’intérieur des syllabes, on compare les uns aux autres les éléments composants, il y a encore confirmation des résultats obtenus pour les groupements artificiels : abaissement de l’acuité vocalique au contact de la consonne dans les conditions définies, variations musicales d'autant moins sensibles que l'articulation est moins longue.
Cependant, si l’on veut étudier le rapport des syllabes entre elles, il n’est point nécessaire de reproduire toutes les mesures prises. Comme pour les combinaisons factices, il suffit d'indiquer pour la première voyelle la note la plus basse, celle sur laquelle se fait le départ de la voix; puis, pour les autres, l’acuité la plus forte qu’on aura constatée, bref de procéder aux réductions dont nous avons donné l’exemple :
Ainsi le mot äkajé, au lieu d’être conservé tel que nous l'avons transcrit d’abord :
â kr NRC Î | ê 320-320-320 400-400-400 340-360 420-440-460-480 O peut se restreindre aux chiffres suivants :
ou, en réunissant les divers éléments syllabiques : à ka jé 320 400 360 420-480 O
Ces mesures permettent de reconnaître que la voix, partant de 320 v. s. sur la première syllabe, a atteint 400 v. s. sur la seconde, 480 sur la troisième, et que cette acuité maxima n’est suivie d'aucun fléchissement de la hauteur. Si l’on procède de même pour tous les mots enregistrés, on constate plus facilement que dans chacun d’eux il y a progression musicale de la première syllabe à la dernière, sans qu'ici le mouvement ondulatoire rencontré dans quelques groupes artificiels se soit nulle part fait sentir, preuve que l’alternance rythmique n’est pas indispensable.
Cependant l'observation la plus importante est celle-ci : les mots, au point de vue de la syllabe, sont l’équivalent exact des formations factices analogues ; ramäs est semblable à ata (*O), äplifyé à atata (* °O), comme äphfykasyô le serait à atatatata (**°°0O). Aïnsi la syllabe la plus aiguë est toujours la dernière du mot, du moins dans une prononciation non emphatique et quand il n’y a pas fin de phrase. Si l'on considère que cette dernière syllabe est dans notre langue celle que les grammairiens désignent sous le nom de tonique, on aboutit à cette conclusion qu’en français, toute syllabe tonique porte l'accent de hauteur musicale, c'est-à-dire que la voix s’élève sur elle plus que sur les précédentes, selon la loi de relativité que nous avons exposée. La démonstration en avait déjà été faite par M. l’abbé Rousselot :, tandis que M. Bourdon au contraire, au temps où il procédait sans instruments, s'était montré plus timide : « Nous avouons pourtant, écrivait-il ?, que l'existence d’un tel accent de hauteur sur la dernière syllabe des mots français, laquelle, comme on sait, est généralement le siège de l’accent syllabique d’intensité, peut être contestée. Cet accent, que nous croyons exister, est si peu élevé, qu’il faut la plus grande attention et l'habitude d’observer le phénomène pour le remarquer. » |
La question a longtemps préoccupé les philologues et les musiciens. Les grammairiens latins reconnaissent souvent que l’accent, pour nous servir du terme général qu’ils employaient, s'accompagne d’une acuité plus forte, et Denys d’'Halicarnasse fixe en grec l'élévation de la voix à une quinte. Ces témoignages de l'antiquité étaient une raison suffisante pour que l’on tentàtau xvinre siècle de découvrir dans notre langue des phénomènes analogues. Mais, en outre des causes qu’on énumérera plus loin, on se laissa égarer par les dénominations courantes : accent aigu, accent grave, accent circonflexe, signes graphiques qui désignent seulement des différences de timbre, et l'on échoua.
L’abbé Scoppa 5 a résumé les idées de ses prédécesseurs immédiats; tous ont nié que le français pût égaler en beauté le grec ou le latin, parce qu'ils ne pouvaient reconnaître à notre langue un accent fixe qui dans chaque mot fit élever la voix sur une syllabe déterminée. L'abbé d’Olivet dans son Traité de prosodie-recherche s’il y a des élévations et des abaissements réguliers de hauteur à des places invariables et répond par la négative. « Jai consulté, dit-il, au défaut des livres, quantité de personnes qui parlent bien : elles sont convenues que notre langue ne connaissait point l'accent prosodique, c’est-à-dire des syllabes qui demandent d’être abaissées ou élevées. » J.-J. Rousseau, dans son Essai sur origine des langues, appelle grammatical accent d’acuité et conclut de même : « Nous autres Français croyons avoir ces accents dans notre langue et nous n’en avons pas... ; les langues modernes de l’Europe sont toutes plus ou moins dans le même cas; je n’en excepte pas même l'italienne. » L'abbé
Batteux, écrivant ses Principes de la littéralure, veut prouver que les mots ont des accents avec élévation et abaissement de la voix; il admet que l’accent aigu, signe graphique, détermine une hauteur plus forte, et ilaccorde que l’acuité ne peut trouver place que sur une seule syllabe de chaque mot, quelque long qu'il soit, mais il ne sait quelle est cette syllabe. C'est selon lui la pénultième, dans ardeur, fleuri, sommet, maison, et Pantépénultième dans pressentiment, admirablement, religion.
1. Abbé Rousselot, Précis de prononciation française, p. 96-00. 2. Bourdon, Expression des émotions et des tendances dans le langage, p. 55. 3. Abbé Scoppa, Des beautés poétiques de toutes les langues, considérées sous le rapport de l'accent et du rythme (1816).
Ces erreurs des grammairiens sont explicables. L'accent musical est en effet soumis à de certaines instabilités dont on peut cependant rendre compte. Il y en a d’abord une qui ne fait Pois difficulté. Dans les mots terminés par une syllabe féminine (consonne + e muet), c’est la pénultième, non la finale, qui est tonique, et c’est par conséquent sur la pénultième que s’opère l'élévation de la voix. Le phénomène est absolument semblabie à celui que nous avons constaté pour la durée. En effet, pour les mots qui figurent dans notre précédent tableau, toutes les fois que l’e