‹ L'Alexandrin Français: D'après la Phonétique ExpérimentaleChapitre 120 sur 282 · L’ACCENT D'ACUITÉ DANS LA PHRASE · texte numérisé non relu

L’ACCENT D'ACUITÉ DANS LA PHRASE

III Il trô pa tut le xes pe ras 360 360 400 420 420 420 400 420 400 420 420 380 400-480 O IV INSAEESRR splwa ta 16 iâ le min 400 400 400 440 440 440 440 440 440 440 420 440 400 480-520 500 O V Il grè sa de da vè fwa 420 420 380 420 440 440 420 440 400 440 400 440 400 400-560 O

Partout on constate que la ligne mélodique, dont les différents points coïncident avec les voyelles, va de la première à la dernière syllabe, et que celle-ci est la plus aiguë. Nous nous trouvons donc chaque fois en présence d’un seul mot musical qui comprend six à sept syllabes; en outre la seule vue du tableau indique, du moment que l’accent de hauteur tombe sur la finale, que la voix partout a été suspendue et que nulle part il n'y a eu terminaison réelle. On voit donc que dans un débit sans expression la modulation est extrêmement simple et que les nuances en sont exclues.

Pris en gros, les phénomènes de durée et d’acuité, pour les phrases que nous venons d'examiner, sont semblables. Il y a cependant une légère différence. Nous avons noté que dans une prononciation très rapide la progression temporelle n’est point tout à fait régulière, et qu’elle subit de légers arrêts causés, à l’intérieur de la phrase, par le nombre des articulations combinées qui composent telle syllabe. Au contraire, et pour s’en tenir au premier exemple, si stra est plus long que p6, et #8 que e, la hauteur musicale ne connaît point d’accidents semblables ; elle n’est point influencée par la constitution des divers groupes en raison même de leur complexité. Cette observation permet de conclure que dans la combinaison précédemment étudiée : & marté lér, on se trouvait bien en présence d’un accent binaire secondaire *.

Toutefois les conditions de l'accent d’acuité sont différentes si le débit devient solennel. On 2 prononcé sur un ton soutenu ces quelques phrases : &-n-om bô e ëtelijä * (un homme bon et intelligent), &-1-om bô et ræmarkablæmä-t-êtelijà (un homme bon et remarquablement intelligent), & lur martlé byè-n-âmaeé (un lourd marteau bien emmanché), & lur mart6 byè-n-ämäcé sœ truvé dä sa më (un lourd marteau bien emmanché se trouvait dans sa main), &-n-avoka ëkapablæ (un avocat incapable), &-n-avoka tkapablæ dæ pledé (an avocat incapable de plaider), &-n-avoka ëkapable dæ pledé-r-un moves kéz (un avocat incapable de plaider une mauvaise cause).

La série examinée est celle que nous avons déjà analysée au point de vue temporel ; elle a été choisie et conservée parce qu’elle ne présentait aucun phénomène emphatique. L'expression de la voix, comme on l’a déjà fait remarquer, correspond assez peu au sens intime des phrases enregistrées ; mais la discordance est intéressante au même titre que pour la durée : elle montre que la position des temps marqués est dans le discours indépendante des mots eux-mêmes pris en particulier, mais qu’elle est en relations étroites avec le caractère qui leur est conféré. Nous rechercherons à propos du vers comment se fait l’accord du sens et de l’expression. Il s’agit ici de montrer que des tons différents amènent des variations importantes dans l’accentuation. Les mesures obtenues sont les suivantes :

I & nom bo e è le li jà 360 400 400 400 360 400-440 400 400 400 380 420 340 320-260 O O

1. Le tracé exclut l’hypothèse d’un accident emphatique. 2. Les e muets qui ne sont pas transcrits phonétiquement n’ont pas été prononcés.

Il æ nom bô e rœ mar ka blæ mâ tè te

O li jà 460 460 480 480-300 O

III & na vo ka ë ka pa blæ

IV æ na vo ka ê ka pa blæ dæ ble dé

V æ na vo ka è ka pa blæ deæ pl. dé

O O O run mo AURE kÔZ 480 480 480 460 480 480 500 460-380 280 (®)

NI lur mar 10 bye nà mû 4

VIT & lar mar 10 byè nâ ma €ê sœ ru vê

O O © da sa mè ; 400 420 + 480 440 380-240

I y a eu à la fin de ces exemples tantôt suspension (IL, III, VI), tantôt chute de la voix (I, IV, V, VIT); la première suspension, par suite de sa modulation (aiguë-grave), est moins nette que la troisième (grave-aiguë). Il faut aussi noter que dans une phrase et quand les mots ne sont plus isolés, les variations de hauteur, sur les syllabes longues affectées de l’accent musical, tendent à s’effacer, ou du moins sont quelquefois assez minimes pour que nos mensurations ne les laissent point apparaître; c’est le cas pour la quatrième et la septième syllabe du troisième exemple. Nous avons constaté dans le vers les mêmes égalisations d’acuité.

Mais les faits les plus remarquables sont analogues à ceux que nous a révélés Panalyse des durées. Dans une déclamation faite sur un ton soutenu, dès que la prononciation devient solennelle, le temps marqué ne disparaît pas à l’intérieur des propositions (cf. le mot £kapablæ *°O+ dans les exemples V, VI, VIT). Tandis que dans un débit familier on se trouve en présence de progressions musicales très étendues, une articulation moins rapide sectionne le texte en fragments assez courts, dont chacun possède une syllabe tonique et par conséquent aiguë. Il ressort donc des chiffres contenus dans le précédent tableau qu’une diction lente a besoin de fréquents points d’appui sur lesquels la voix se

repose et qui morcellent la succession syllabique. Le dernier exemple contient quatre groupes distincts, et le premier deux. Dans celui-ci la voix

s'élève de 360 v. s. sur la première syllabe, à 400 sur la seconde et à 440 sur la troisième; ce point culminant une fois atteint, il se produit

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