VII, O
Mais les expressions elles-mêmes de « conclusion » ou de «fin de phrase » doivent être expliquées. Il ne s’agit pas seulement des terminaisons qui sont dans la graphie indiquées par des points : il s’agit aussi de celles qui résultent de la signification accordée par les divers sujets aux fractions de la période. Les interprétations peuvent varier, et les divergences sont souvent très sensibles. Elles sont évidentes si l’on se borne à considérer les quatre premiers vers de notre morceau du Cid, auxquels nous maintenons la ponctuation que leur confère l'édition des Grands Écrivains :
Ah! Rodrigue, il est vrai, quoique ton ennemie, Je ne te puis blâmer d’avoir fui l’infamie ;
Et de quelque façon qu’éclatent mes douleurs,
Je ne t’accuse point, je pleure mes malheurs.
Après ce dernier vers, tous les sujets laissent tomber la voix, car il est manifeste qu’un autre développement commence avec l’alexandrin suivant. Mais entre le deuxième et le troisième vers les sujets hésitent : CGJ considèrent que le sens est terminé, R pense au contraire que la phrase continue ; il suspend en effet la voix sur la dernière syllabe du mot #nfamie.
Tous les textes que nous avons enregistrés provoqueraient les mêmes constatations. C’est cependant au point de vue des énumérations que la question acquiert toute son importance, car elles se réduisent souvent à de courts fragments que nulle forte ponctuation écrite n’isole l’un de l’autre. On se rendra compte, par les exemples que nous allons citer, que le traitement des différents termes peut varier dans certaines limites, et l'on n’oubliera pas que ces vers ont été déclamés sans que les sujets eussent connaissance du contexte, de telle sorte que la fin de l’alexandrin a dû forcément être envisagée comme une terminaison certaine. :
Les tracés prouvent que l’on choisit entre les alternatives suivantes :
1° On peut considérer chacun des membres de l’énumération comme formant un tout complet, indépendant du contexte. La voix alors ne se suspend pas à la fin de chacun de ces groupes, et l'accent musical tombe sur la syllabe pénultième, ou antépénultième, au moins sur l’antépénultième si la finale est féminine.
J'ai tout, le temps, l’esprit, hier, aujourd’hui, demain.
Je tal lœ ià les pri yêr 0 jur dibi dæ mè 300 420 240 300 400 320 400 480 380 300 320 520 320 320 320 400 360 320 320 280 280 420 320 240 O *62 e) 755 ®) 162 CR eo) *47 ®) (XIX,:1G29
2° On peut au contraire considérer chacun des membres de l’énumération comme formant un sens imparfait, comme se rattachant intimement au reste de la phrase. Dans ce cas, l’accent tombe sur la dernière syllabe de chaque groupe, quand celle-ci n’est pas féminine. Le dernier terme lui-mème ne reçoit l’accentuation normale des fins de phrase que s’il semble clore réellement un développement ; sinon il se comporte comme ceux dont il est précédé :
Le siècle ingrat, le siècle affreux, le siècle immonde.
Le syé klè gra lœ syé kla fr& læ syé klim môû dæ 300 320 400 400 400 400 400 380 440 400 400 380 400 400 420 440 440-460 400 400 400 440 440 500 400 280 360-340 300 280 Ne) O $ (XXE P-10-)
3° Ou bien le traitement peut être mixte : on accorde aux premiers termes de l’énumération la valeur de formations indépendantes, mais la voix se suspend sur le membre pénultième ou même un peu avant, pour ne s’abaisser que sur le dernier, qui marque la conclusion. Cet artifice