GRAVES ET AIGUES — VERS MONOSYLLABIQUES ET SYLLABES FÉMININES I9I
suivante : il faut considérer les syllabes longues qui terminent les pieds comme des barrières rythmiques dont la présence empêche la confusion
des groupes musicaux.
Les fins de phrase imposent des formes spéciales à un nombre de membres métriques assez restreint. Si donc l’on fait abstraction à la fois des combinaisons mélodiques qui constituent notre troisième série et des modifications dues à l'effort oratoire, il est manifeste que les durées et les acuités se répartissent selon des successions identiques. Les deux accents eux-mêmes, temporel et de hauteur, ne sont pas sans présenter des caractères communs.
La syllabe longue, on l’a vu, n’a jamais de valeur fixe et constante : de même la voix ne s’élève jamais sur une note immuable, et il n’est pas besoin qu’elle atteigne un certain nombre de vibrations pour qu'il y ait temps marqué. Nous avons rencontré des syllabes aiguës de 220 v.s. et d’autres qui les dépassent de près de deux octaves. On sait d’ailleurs que l'organe varie avec les individus. Un homme peut avoir une voix de basse, de baryton ou de ténor : dans le premier cas, nous le rappelons, le registre normal s’étendra de-170 à 600 v.s,, soit un écart de 430 v.s.; dans le second cas, il ira de 222 à 717 v.s. avec un intervalle de 489 v.s.; enfin le ténor évolué entre 256 et 888 v.s., selon une différence de 632 v.s. Ajoutons enfin que les limites supérieure et inférieure peuvent être de beaucoup dépassées : on descend dans les conclusions, pour des notes que l’on ne pourrait à la vérité tenir, bien au-dessous des tons ordinaires ; de même, sous l’influence de la passion, on peut atteindre des acuités considérables.
L'accent de hauteur est donc susceptible de gradations infinies. Il nous faut maintenant indiquer comment il se détermine, et nous dirons qu'il résulte du sommet constitué par une syllabe quelconque du vers, comparée avec celles qui l’entourent. En raison de la position de l’accent tonique dans notre langue, seule la syllabe finale du mot métrique est aiguë, sauf quand celui-ci possède une terminaison féminine où quand il y a fin de phrase. L'accent d’acuité coïncide donc en général avec les divisions du sens, et le rythme mélodique est toujours ascendant, exception faite, nous le répétons, pour les membres métriques dits de conclusion, ou pour ceux que l'effort oratoire transforme, selon des modifications qui feront l’objet d’un exposé spécial. Comme les divers éléments du vers n’ont pas d’acuité spécifique, telle valeur musicale qui dans un pied se trouve notée du signe © ou est atone recevra dans un autre groupe le signe © : tout dépend des syllabes avoisinantes, c’est-à-dire que la hauteur est toujours relative.
Soient en effet deux alexandrins :
Regarde. Plus de feux, plus de bruit. Tout se tait. De la fille d'Hélène à la veuve d’Hector ?
Rœ gar dæ plu .dæ fœ plu dæ brivi tu sœ tè 160 200 240 240 240 200 220 180 260 220 240 180 260 160 240 220 240 220 220 160 200-260 200-240 240 200-260 O ÿ21 e O 720 O 42 O (Hern., 9 A.) De la hr yCœ) dE lèn a la væ 2 dEk iùr 260 320 360 360 360-380 340 240 340 360 360-400 300 320 340 340 220 360-400 320 320 320 380 520-200 180 O De) O O
(Andr., 12 A.)
Dans le premier des syllabes sont aiguës qui seraient graves dans le second, et celui-ci à son tour a des gravés qui dépassent sur l'échelle de la gamme toutes les aiguës du premier exemple. C’est que dans l’un et l’autre les syllabes ont la qualité qu’on leur assigne seulement par rapport à celles dont elles sont entourées. On pourra remarquer en outre que dans un même vers les temps marqués sont généralement de valeur différente : l'identité de hauteur n’est pas nécessaire.
Mais l’accent musical, tout comme l’accent temporel, à cause précisément de l’accentuation propre au français, s’établit surtout par comparaison avec la syllabe dont il est immédiatement suivi plutôt qu'avec celle dont il est précédé. En d’autres termes, deux syllabes consécutives de même acuité pourront recevoir toutes les deux le signe ©, mais seulement si le sens les sépare. Dans le cas contraire, la seconde seule sera considérée comme aiguë :
Dis, ne le crois-tu pas ? sur nous tout en dormant... Ma générosité doit répondre à la tienne.
Di nœ læ krwa tu pa sur nu lu: à dor mû 180 280-380 240 240 280 300 280 300 320 200 320 280 280 280 340 340 320 280 320 320 280 280 340 (e) e Oo Ÿ28 .O O : (e)
(Hern., s A.)
Ma je ne ro zi té duwa re pô dra la tyè nœ 380 400 340 360 400 400 340 400 360 400 400 360 360 360 360 400-360 320 340 360 360 360 380 380-280 240 260 e O O [e) (Cid, 26 G.)
Dans le premier exemple on a noté © © parce que le sens indique la coupe sur nous/tout… De pareilles égalités de hauteur, lorsque deux accents se trouvent en contact, sont assurément exceptionnelles, et le deuxième temps marqué est généralement plus grave que celui auquel il succède ; mais on peut toujours déterminer les pieds en prenant quand il y a doute, le texte pour base, et surtout en s'inspirant des indications fournies par la durée et l’intensité. Le sécond exemplé ne présente pas les mêmes difficultés. La dernière syllabe du mot générosité est marquée du signe © quoiqu’elle ait la même acuité que les trois précédentes; mais la ligne musicale s’abaisse seulement après elle; alors seulement l'oreille perçoit une différence dans la succession des articulations, et la dépression subitement apparue donne un relief suffisamment net à la finale du groupe rythmique.
Cependant les graves qui précèdent le temps marqué de chaque membre métrique doivent être elles aussi prises en considération. On fera observer qu’elles forment ordinairement une progression mélodique établie de voyelle à voyelle, de la première à la dernière. Cette réduction, opérée par l'accent sur les syllabes antécédentes, n’est point sans présenter quelques exceptions, comme en fait foi le dernier exemple cité. L'égalité de hauteur peut même s'étendre à une série assez longue :
À ne te laisser point ta fuite en ton pouvoir. j À n(œ) lœ le se puè ta fovit â 16 pu vwar 320 320 320 320 320 320 320 320 320 320 360 320 340 360 280 340 280-240 200 O O
(Cin., I, 6 J.)
Mais de tels cas sont relativement rares et n’altèrent point le principe général qu’on pourrait formuler de la sorte : le rythme musical, sauf les exceptions signalées, est ascendant ; il est constitué par une succession de syllabes graves terminées par une aiguë ; dans chaque pied ainsi