RIG
(Bér., 18-21.)
Les deux compléments du verbe principal, placés sur le même plan et possédant tous les deux la même importance, ont, si on les compare, une hauteur maxima indifférente : où du moins cette hauteur maxima est déterminée pour chacun d’eux par le bon vouloir du diseur ?.
Au contraire, quand deux vers suspendus se suivent, faisant partie d’une même phrase, si le second se trouve avec le premier dans un rapport de dépendance étroite et sert à le compléter de telle sorte qu’ils forment à eux deux un tout indissoluble, c’est le second qui nécessairement pos: sède la hauteur maxima la plus forte, à la place où intervient, sauf déplacement oratoire de l'accent, la coupe de sens principale. Nous citerons
quelques exemples :
Cette grandeur sans borne et cet illustre rang Qui m'ont jadis coûté tant de peine et de sang.
Du vieux père d’Énée la valeur abattue Aux pieds de sa famille expirante à sa vue.
De votre propre main Polyxène égorgée Aux yeux de tous les Grecs indignés contre vous...
et nous donnerons pour le premier la déclamation de I:
DÉS POLE gr dr sà bor ne se til lus 420 440 400 400 440 400 480 480 420 440-320 540 380 , 400 360 360 360 380 O O e Ki môÔ ku té ja dis 1à de pèn e 380 380 380 400 420 300 380 400 420-360 380 360 360 380 340 * 320 O O e O
1. Le signe || désigne des suspensions très fortes, le signe | des suspensions de moindre importance.
(Cin., Il, 3-4.)
(Andr., 25-26.)
(ib., 30-31.)
l'œ Lea 380 380 380 440-560 O dæ sà 320 340 s20-660 O
2. Il faut faire, bien entendu, abstraction des mots « je connus » qui ont une valeur pathétique. C’est ce qu’indique la parenthèse. On peut comparer un autre passage : Bér.,
HAUTEUR MAXIMA. — RAPPORT DES VERS ENTRE EUX : SUSPENSIONS DE SENS ET CONCLUSIONS 239
Un cas intéressant est celui-ci :
Et, comme un voyageur sur un fleuve emporté, / Qui glisse sur les eaux par un beau soir d’été Et voit fuir sous ses yeux mille plaines fleuries, Ma pensée entrainée erre en tes rêveries ! (Hern., 17-20.)
On peut considérer qu'avant la conclusion il y a trois membres de phrase dont le second dépend du premier et le troisième du second. On peut au contraire admettre qu'il y a seulement deux groupements dont le deuxième, qui se compose de deux vers étroitement liés, se subordonne le premier. Les déclamations sont par conséquent divergentes et lon trouve ces acuités maxima: v. 17 À — 300, E— 360, G — 340, J — 380, R= 380; v. 18 À — 320, E— 360, G — 320, ] — 400, R — 320; v. 19 À = 400, E — 360, G — 360, ] — 440, R — 500. En d’autres termes, À E J se séparent de GR dans le détail, mais tous reconnaissent que la coupe principale de sens se trouve au v. 19, qu’elle précède immédiatement la chute de la période :.
Mais revenons aux successions de deux alexandrins dont l’un et l’autre sont suspendus. La règle de subordination ci-dessus posée ne trouve plus son application dès que les rapports se modifient. Si le premier vers est constitué par une proposition conditionnelle, et le second par une proposition principale, si le premier vers est construit en opposition avec le second — et ici nous touchons presque à l'expression pathétique — celui-ci ne se soude plus intimement à celui-là : la voix fait ressortir le contraste, puisqu'il n’y a pas dépendance. La hauteur maxima est comme plus haut déterminée par la plus forte suspension de sens, mais celle-ci est contenue dans le premier alexandrin. Les sujets sont d’accord, sauf exceptions dues généralement à des accidents emphatiques et qui n’affectent pas les coupes :
Si je t'ai fait parler, si j'ai voulu t’entendre, Je voulais que ton zèle acheväât en secret. (Bér., 3-4 CGR.)
Et si je penche enfin du côté de ma gloire, Crois qu’il m'en a coûté, pour vaincre tant d'amour. (Gb., 7-8.)
Je connus que bientôt, loin d’être à ce que j'aime, Il fallait, cher Paulin, renoncer à moi-même. (1b., 18-19.)
Mais, sans me soupçonner, sensible à mes alarmes, Elle m'offre sa main pour essuyer mes larmes. (Gb., 34-35 CJR.)
Nous transcrirons, pour le premier exemple, la déclamation de C :
Si jæ lie par lé si je va lu tâ ‘à dræ 320 320 380 460 440 400 380 400 460-300 380 360 400 300 380 400 400 380 420-320 280 280 260 æ O O e O Jæ vu lè kœ 16 zel a €æ va tà sœ krè 300 360 300 320 360 360 340 320-360 280 340 340 340 360 300 320 320 360 320 380-340 e © O O O
r. C’est l’unique exemple que nous possédions d’un développement étendu — dépassant deux alexandrins — où la coupe détermine à elle seule la hauteur maxima de la phrase, sans qu'aucun élément pathétique altère le mouvement du texte. D'où l'expression employée plus haut, à savoir que, dans de pareils cas, cette acuité principale « semble » affecter généralement le vers qui précède la conclusion. Il faudrait d’autres expériences.
D'une façon analogue dans ces vers :
Quelle honte pour moi, quel présage pour elle! Si dès les premiers pas, renversant tous ses droits, Je fondais mon bonheur sur le débris des lois. (Bér., 23-25.)
les rapports des divers membres de phrase ont été bien établis par la voix. Il y a à d’abord une proposition principale représentée par une exclamation, puis une proposition conditionnelle. La voix les sépare nettement. Elle ne fait pas dépendre le vers 24 du vers 23, ce qui brouillerait l'expression. La coupe suspensive qui termine le premier alexandrin est la plus forte, elle est en opposition avec le reste de la phrase, considéré comme un groupe distinct. Les acuités maximas sont les suivantes : v. 23 C — 440, G— 540, J = 560, R — 480; v. 24 C— 380, G — 480, J= 480, R— 340; v. 25 C — 340, G — 400, J — 380, R — 300. Les divers plans de la période sont mis en valeur par la déclamation :.
Nous passerons maintenant au second des cas qui peuvent se présenter : deux vers à sens complet ? se succèdent. Ici la solution est beaucoup plus simple. L’un ou l’autre en effet peut être affecté de l’accent de hauteur le plus considérable, selon la suspension de sens qu’il renferme ou l’importance accordée à tel de ses éléments. Souvent la volonté du sujet est seule décisive et le texte permet qu’on accorde la prédominance à n'importe lequel des deux alexandrins en contact. Nous nous contenterons de quelques citations :
J'aimais, je soupirais dans une paix profonde :
Un autre était chargé de l’empire du monde; (Bér., 10-11.) La Savoie et son duc sont pleins de précipices.
La France pour vous prendre attend des jours propices. (R.B., 24-25 KR.) Comme il faut combiner sûrement les manœuvres!
Les flots le long du bord glissent, vertes couleuvres ; (P.G., 37-38.)
Dans le premier exemple, les déclamations de J et R laissent apparaître deux sens complets consécutifs :
Je mê jæ C7 pi rè dà zu n(æ) pé pro jô de J 300 360 320 300 340 340 280 280 240 240 240 240 220 240 260 220 220 240 220 220 220 O 133 O (e] O 43 R 240 260-320 300 280 220 240 340 340 360 320 340 300 360 320 340 340 280-240 220 220 (e) 786 (e) (e) (e] + 8 Œ nô tre te €ar jé dæ là pi r(œ) du mô dæ nôtr e : | ] 300-400 360 360 200 200 220 240 200 200 200 200 200 220 200 200 200 220 200 200-180 @ 200 200 O 713 | O O O 51 R 260 260 280 200 240 260 240 280 240 220 220 220 220 220 240 220 220 220 200 200-I80 180 200 (e) e O O 10) CRETE
1. Bien entendu, la coupe principale de la phrase n’est pas toujours certaine, et parfois le texte laisse place à des appréciations différentes. On peut renvoyer à ce propos aux vers ci-après : Côn., I, 12-13 et Cin., II, 13-14. | 2. Le vers à sens complet présente à la fois une suspension intérieure et une chute de sens.
HAUTEUR MAXIMA. — RAPPORTS DES VERS ENTRE EUX : SUSPENSIONS DE SENS ET CONCLUSIONS 241
La diction de R est presque sans couleur ; cependant il y a un peu plus de chaleur dans le premier vers, et il l'emporte. Pour J au contraire, on distingue à linitiale de chaque alexandrin un groupe rythmique important qui prévaut ainsi sur la coupe de sens et la supplée. Dans les combinaisods semblables, les nécessités de l’expression pathétique déterminent généralement, dans l’un où l’autre des-deux vers juxtaposés, l'accent le plus élevé. Tantôt le premier prédomine, tantôt, comme chez J, c’est le second. Dans les exemples cités, une fois seulement (RB., 24 R), la suspension intérieure entraîne l’acuité principale. Les tableaux d’ensemble font ressortir le détail des divergences.
Troisième cas : un vers qui termine une période fait suite à un vers suspendu. Il n’y a pas de difficulté : l’alexandrin de conclusion présente la hauteur maxima la moins considérable. Parfois en effet il n’est guère qu’une chute de voix en douze syllabes, avec effacement de toute espèce de coupe intérieure, les accents décroissant régulièrement. On notera ce typé dans le fragment ci-après, du moins dans la bouche de E:
Dis, ne le crois-tu pas ? sur nous, tout en dormant,
La nature à demi veille amoureusement. (Hern., 5-6.) Di œ n(œ) le krwa tu pà sur ni tu tà dor mû 340 460-320 360 0 10 410 280 440 440 480-500 420 400 380 440 380 400 360 380 380 360 380-420 CREER 0h29 © e La na tur a dæ mi véy a mu ré x) mû 320 320 300 340 320-360 320 320 300 340 320 320 300 300-340 300 300 300 300 300 340 300 280 260 O e [e) O
La dernière phrase se décompose ainsi : au v. $ un groupe rythmique en relief (sur nous), puis la suspension de sens à la rime; au v. 6 la chute de la période.
Mais en d’autres endroits le vers de conclusion peut, lui aussi, présenter une coupe intérieure. Alors encore il présente l’acuité maxima la moins forte; soit que la coupe offerte par le texte y soit réellement moins importante que dans lalexandrin antécédent, soit que la fin de phrase opère une réduction générale de la hauteur sur tous les groupes rythmiques qui précèdent la rime. Voici des exemples :
Meurs, s’il y faut mourir, en citoyen romain, ||
Et par un beau trépas, | couronne un beau dessein. (Cin., I, 9-10.) N'est que de ces beautés dont l'éclat éblouit, ||
Et qu’on cesse d’aimer | sitôt qu’on en jouit. (Cru A7) Même soin me regarde, et j'ai, pour m'afliger, ||
Ma gloire à soutenir, | et mon père à venger. (Cid, 11-12.) Maître de mon destin, libre dans mes soupirs, |
Je ne rendais qu’à moi | compte de mes désirs. (Bér., 12-13 GJR.)
Si dès le premier pas, renversant tous ses droits, || Je fondais mon bonheur | sur le débris des lois ! (ib., 24-25.)
Nous transcrirons pour les deux premiers de ces vers la déclamation de T :
M&r si li fô mu rir ä si lo yè ro mË 300 340-380 320 360 360 360 380 -:320 360 360 360-380 260 320 320 320 320 340 280 320 . 300 360-460 (e) e O : O (e)
LorTe. — L’alexandrin. 31
E par æ bô tre pä ku ron & bô - de è 280 300 280 280 240 300 280 280 300-400 260 280 300 280 280 240 260 240 240 220-180 O e O O O =
On voit que, dans la conclusion, la suspension de sens est affectée d’un accent d’acuité moins fort que la rime du vers précédent.
a règle paraît ne souffrir qu’un très petit nombre d’exceptions, toutes choses restant égales par ailleurs. On note un renversement des rapports nalés quand, par suite d’enjambement, la coupe principale de la période se trouve transférée dans l’alexandrin qui termine la phrase ‘, ou bien encore quand on veut produire un effet. A la fin de l’un des morceaux enregistrés de Cinna, Ï coupe ainsi son texte :
Il se ramène en soi, n’ayant plus où se prendre, | Et monté sur le faite, || il aspire à descendre. (Cin., Il, 13-14.).
Nous reproduirons les chiffres obtenus, et l’on verra que, par ce procédé d'harmonie imitative, la voix retombe d’une façon beaucoup plus saisissante sur le dernier hémistiche :
Il sœ ra mên à swa na y plu 4 s(æ) pra dræ 400 400 440. 400 440 440 500 440 480 400 320 380 400 380 440 400 400 380 420 540-620 600 600 580 O O 739 O (e) 135 E mÔ té sur lœ fêt î las pir a de s& dr(@) 340 340 380 420 400 400 400 400 520 640 400 320 380 440 400 340 340 360 300-280 260
O OŸYI0 € [e] O
D'une manière analogue, autant que je puis juger par l’un des phonogrammes dont M. l'abbé Rousselot m'a communiqué la transcription, Madame Sarah Bernhard prononce avec raison :
Et Phèdre, au labyrinthe avec vous descendue | Se serait avec vous retrouvée || ou perdue.
Mais de tels cas sont rares. :
Quatrième éventualité : un vers suspendu succède à un vers à sens complet *. Les deux alexandrins en contact sont alors indépendants l’un de l’autre. Comme ils contiennent chacun une coupe de sens, c’est d’après celle-ci que s’établira leur acuité maxima. Les tracés montrent que l'accent dominant peut appartenir indifféremment à l’un ou à l’autre. Il suffira d’un exemple :
Il est nuit. La cabane est pauvre, mais bien close. Le logis est plein d’ombre et l’on sent quelque chose, Qui rayonne à travers ce crépuscule obscur. (P.G., 1-3.)
Le vers à sens complet est le premier, le vers suspendu le second, et la déclamation de tous les sujets les maintient tels. On trouve :°v. 1 B — 280, E — 500, G — 420, J — 340, R — 540; v. 2 B — 280, E — 440, G — 400, J — 400, R — 40. C'est-à-dire que pour B la hauteur