LA HAUTEUR MINIMA
L’acuité minima nous retiendra beaucoup moins longtemps, car elle joue dans la mélodie du vers un rôle moins important. Elle non plus n’a pas de valeur absolue. Elle descend jusqu’à 140 v. s., sans qu'à la vérité cette note puisse être tenue. Ellé monte ailleurs jusqu’à 340 (Cid, s C)et même 400 v. s. (Andr. 11, Ï et 23 G), c’est-à-dire que dans certains alexandrins la voix ne s’abaisse pas au-dessous des régions moyennes, qu’elle peut au contraire dépasser l'accent le plus aigu de certains autres vers appartenant au même morceau. Nous rencontrons en effet dans le fragment enregistré d’Hernani, pour la déclamation de E, les chiffres suivants :
Hauteur maxima Hauteur minima N°12 280 200 V. 25 . 540 4 340
Par contre, là où la hauteur minima est la plus basse, elle reste bien loin encore des accents d’acuité les plus graves. Elle est uniquement déterminée par la place du vers dans la phrase. Il faut donc distinguer, selon les catégories dont nous avons déjà usé. 1° Deux alexandrins terminés chacun par une suspeñision de sens se succèdent. Alors l’un ou l’autre indifféremment peut présenter la note la moins élevée. On pourrait concevoir des cas où les sujets seraient unanimes. En réalité le hasard seul en serait responsable, car nous n’avons rien trouvé de tel. À peine rencontre-t-on quelques exemples comme celui-ci : Si je t'ai fait parler, si j'ai voulu t'entendre, Je voulais que ton cœur achevât en secret... (Ber., 3-4.)
Les chiffres sont : v. 3 C — 260, G — 240, J — 220, R = 220; v. 4 C — 280, G — 280,] — 240, R — 220. Cette dernière déclamation, si elle ne contredit pas les autres, du moins ne les confirme pas non plus. Mais le plus souvent les divergences éclatent. Nous citerons : ; 4 .… Qui glisse sur les eaux par un beau soir d’été Et voit fuir sous ses yeux mille plaines fleuries... (Hern., 18-19.)
Les chiffres sont : v. 18 À — 200, E — 280, G— 220, ] — 280, R — 220; v. 19 À = 200, E — 260, G — 240, J = 260, R — 240. Cest à-dire qu’il y a égalité pour À, que pour GetR le v. 19 l’emporte, que pour E et J c’est Le v. 18. Nous transcrivons les dictions de E et de G :.
HAUTEUR MINIMA : RAPPORTS DES VERS ENTRE EUX 25 Ki gli sœ sur le xÔ pa r& bo swûr de té Etr320 300 320 360 320 320 300 300 320 280 360-320 300 300 320 300 320 320 340 300 280 320 380 O O O O ; =G /320 260 260 300 300 300 300 300 320 300 280 280 280 280 220 280 280 280 300 260 280 300-260 O O O O E vwa fédir su se xJ& mi I(æ) plé n(æ) flæ ri (æ) ER En.
E 320: 260 260 320 300 340 300 320 -320 260 280 320-340 300 300 300 300 320 300 300 280 320 300 300-360 O [e) O O . ST Re. 2 G 240 . 220 240 260 240 280 260. 260 300 280 240 280 260 280 280 240 300 300 300 320 300 360 O O O
* 20 Deux vers à sens complet se succèdent. Il en est comme dans le cas précédent : l’un ou l’autre, indifféremment, peut présenter la
hauteur minima la plus réduite. Soient ces deux alexandrins :
Le temps de respirer et de voir seulement.
Tout s’est éteint, flambeaux et musique de fête. (Hern., 23.) E et G laissent tomber la voix à la rime; au regard du contexte, l'indépendance de chacun de ces vers est donc absolue. Or les chiffres sont : , 5 )
MNT = 200-1260 v. 3 E == 240, G— 240. Pour E,:lé:v.3 l'emporte”; Tpour Gi c'est lé 'v: 2.
3° Un vers qui termine une période fait suite à un vers suspendu. En ce cas la conclusion est affectée de la hauteur minima la plus basse. C’est assez naturel, puisque, nous l’avons vu, la fin de phrase exerce une réduction générale sur tous les groupes rythmiques dont elle est immédiatement précédée. La règle est confirmée par le plus grand nombre des exemples, comme celui-ci :
Crois qu’il m’en a coûté, pour vaincre tant d’amour, Des combats dont mon cœur saignera plus d’un jour. (Bér., 8-9.) On trouve en efñet : v. 8 C— 220, G— 260, J — 280, R — 260; v.9 C =—200, G— 240, ]J — 200, R — 220. L’unanimité est très nette. Sans être confirmée, la règle n’est du moins pas infirmée lorsque la hauteur minima demeure identique dans les deux vers consécutifs. Soient ces deux alexandrins :
Soyez flétris devant votre pays qui tombe, Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe. (R. B., 8-9.) On trouve v. 8 ] — 220, R 200; v. 9 J — 220, R 200, tandis que la note la plus grave s’abaisse pour E de 240 à 200, pour G de 280 à 260 v.s. Les exceptions réelles sont seulement au nombre de dix dont voici le catalogue : Cid, 12 C — Bér., 16 R — Andr., 8 A; 19 A; 21 A ; 30 A — R.B., 13 J; 19 E — P.G., 27 R; 38 G. C’est assurément peu de chose. 4° Un vers suspendu fait suite à un vers à sens complet. C’est celui-ci qui possède la note la plus grave, puisque lui seul contient une chute de sens :
Il est nuit. La cabane est pauvre, mais bien close.
Le logis est plein d'ombre, et l’on sent quelque chose. (P.G.; 1-2.)
Les chiffres sont v. 1 B— 140, E — 200, G = 200, J — 160, R — 200; v. 2 B — 180, E — 260, G — 240, | —= 220,°R —,240"IlAut cependant signaler quelques exceptions : Cin., I 11-12 J, Bér. 17-18 G JR, Hern. 10-11 G, R.B., 31-32 G, soit six en tout. Il semble qu'elles soient provoquées, dans l’alexandrin à sens complet, par la présence d’un élément pathétique qui modifie les rapports ordinaires. s° Un vers suspendu succède à une fin de phrase. C’est la fin de phrase qui contient la note la plus grave, puisqu'elle se termine par une chute. de la voix:
… Vous vous abandonniez au crime en criminel. Est-il juste, après tout, qu’un conquérant s’abaisse... (Andr., 4-5.)
On trouve en effet : v. 4 A — 160, F — 160, G = 200, Ï — 200, ]J — 220; v. $ A— 180, F — 240, G— 300, Η 260, ] — 240.
Parfois la hauteur minima se maintient d’un vers à l’autre, sans que ce fait infirme d’une façon décisive la règle posée. Les seules exceptions réelles sont celles-ci : Cid, 10 Ret 25 J; Andr., 20 A et 31 A; Bér., 18 R; Hern., 13 A; R.B., 8 J, 10 G, 25 E J, soit un total de dix, ce qui n’est pas considérable.
Tout ce que nous venons de dire prouve sans conteste ce que nous avancions plus haut, et montre que la hauteur minima, si on la compare avec l’acuité maxima, joue un rôle peu important dans la mélodie du vers. En effet, ce n’est point par elle que se marquent les divisions du texte. Si elle permet parfois de distinguer la coupe de sens de la conclusion, elle n’a point toujours ni partout ce pouvoir, ét elle peut être identique dans une suite de plusieurs alexandrins. On le notera dans ce passage de Ruy Blas :
Le peuple misérable et qu’on pressure encor À sué quatre cent trente millions d’or. (R.B., 38-39.)
Pour E la voix ne descend pas plus bas que 280 v. s. dans ces deux vers, sans que l’un d’eux, à cet égard, l’emporte sur l’autre. L'accent le plus aigu est au contraire de 620 v. s. dans le premier, et de 440 v. s. dans le second. C’est donc surtout par la hauteur maxima que l’on fait sentir si la phrase se suspend ou s’affaisse. À peine dans certains cas peut-on reconnaître une certaine hiérarchie dans les notes les plus graves. Aux exemples déjà cités, nous pouvons en ajouter encore un, celui-ci assez intéressant. Le voici :
Dis, ne le crois-tu pas, sur nous, tout en dormant, La nature à demi veille amoureusement. (Hern., 5-6.)
Le sujet J a laissé tomber la voix sur chaque rime, sur la première par suite d’un effort oratoire, sur la seconde parce que le sens est réellement terminé : pratiquement les deux vers ont l'air d’être indépendants l’un de l’autre et sont traités chacun comme un tout complet. Cependant J a eu soin de faire coïncider la hauteur minima la plus basse avec la fin de phrase grammaticale, et l'oreille ainsi que l'esprit sont satisfaits. On trouve en eflet v. $ — 200, mais seulement sur une consonne intérieure, et v. 6 180, cette fois sur la voyelle finale. Nous transcrirons les mesures obtenues : |
Di nœ læ krwa tu pa sur nai ti tâ dor mä 300 340 400 360 380 400 440 200 240 320 300 220-280 360 420 360 440-360 340 320 260 320 340 280 200-260 O 730 O 139 | O 0 © La na tr a dæ mi véy a mu EE) mû RC 200 260 240 260 280 280 260 280 280 240 240 220 220 220 200 220 220 220 220 240 200 200-180