‹ L'Alexandrin Français: D'après la Phonétique ExpérimentaleChapitre 157 sur 282 · L'INTERVALLE DES TONS : RAPPORTS DES VERS ENTRE EUX · texte numérisé non relu

L'INTERVALLE DES TONS : RAPPORTS DES VERS ENTRE EUX

Mais l'écart des tons est respectivement de 4!/,, s et 3!/,. Le vers qui est affecté du temps marqué le moins aigu comporte cependant l'intervalle mélodique le plus développé. La même remarque ést d’ailleurs applicable à la déclamation du sujet R.

Le type défini (suspension-fin de phrase ou fin de phrase-suspension) se rencontre d’ailleurs sous plusieurs espèces.

a) L’alexandrin offre un sens complet : la coupe suspensive est à l’intérieur, frappant la syllabe finale du premier hémistiche ou tel groupe rythmique interne d’un fort accent d’acuité, et la chute de la voix porte sur les dernières syllabes :

Mon trouble se dissipe et ma raison revient. (Cin:, L'1.)

b) Inversement, la coupe suspensive peut se rencontrer à la fin du vers, et la chute de la voix à l’intérieur. Dans ce cas, les premières syllabes forment un sens complet ou achèvent une phrase commencée, et les dernières syllabes inaugurent un nouveau sens, à moins qu’elles ne soient elles-mêmes une fin de phrase dont l’émotion ou l’emphase relèvent la finale :

C'est la mère. Elle est seule. Et dehors, blanc d’écume... (P.G.,13.)

c) D'autre part, on peut assimiler aux précédentes variétés les alexandrins qui contiennent à la fois un mot pathétique ou important et une conclusion, car il est évident que cet élément pathétique, quand il est mis en relief, est pratiquement l'équivalent d’une coupe suspensive de sens, Le vers suivant, examiné pour deux dictions différentes, peut servir à le démontrer :

Dur labeur ! Tout est noir, tout est froid, rien ne luit. CAGE 280) Dur la br Tu! te nwdr IT frwd ryè n(æ) livi E 240 280 260 280 300 260 260 220 300 340 360 360 360-320 260 340 360 300 320 320-220 200 220 340 320 320 280 280 280-220 (e) 153 O ÿ 44 O Ÿ 24 (e) +86 R 200 280 240 260 260 220 240 240 380 340 340 320 280 220 420 380 280 260 220 200 220 280 260 240 240 220 O 1390 O 7 40 O 143

Il est traité par E comme un tout complet dont les membres, séparés par l’accent de l’hémistiche, s'opposent harmonieusement. R le divise au contraire en une série de petites phrases à la fin desquelles la voix tombe, mais dont deux au moins possèdent un mot de valeur que la déclamation frappe d’une acuité particulièrement forte, Ce temps marqué fait monter pour R la hauteur maxima du vers comme la coupe suspensive le fait pour E. Le traitement différent aboutit donc à une équivalence de fait, comme nous lavancions plus haut.

d) Enfin la règle s'applique quelquefois aux vers qui terminent un sens et qui font suite à un ou plusieurs autres vers dont la finale est suspendue et dont ils dépendent. Mais il faut pour cela que la conclusion constitue un enjambement non atténué par la voix :

Voilà votre façon De servir, serviteurs qui pillez la maison. GR Bo)

où bien qu'il soit affecté intérieurement d’un accent d’acuité suffisamment important, comme dans le dernier de ces trois alexandrins :

Au fond, dans l’encoignure où quelque humble vaisselle Aux planches d’un bahut vaguement étincelle, On distingue un grand lit aux longs rideaux tombants. CP.G:, 5-7)

Lore. — L’alexandrin. 33

Dans les deux cas, la cause de Paccent d’acuité suffisant est la même : c’est la suspension de sens, accrue plus ou moins dans ses effets par le relief pathétique.

Le vers de conclusion, disons-nous, ne dépasse par l’étendue de sa modulation le vers suspendu dont il est précédé ou suivi qu’à une seule condition : c’est qu’il renferme un temps marqué musical suffisamment aigu. En fait, la statistique montre que sur 186 vers traités comme fin .de phrase par les divers sujets, 53 à peine l’emportent par leur intervalle mélodique sur les alexandrins à coupe suspensive entre lesquels ils trouvent place. 133 au contraire, le plus grand nombre, présentent un écart de tons moins considérable.

Le phénomène exige un commentaire. Les variétés à bc ne sont point elles-mèmes sans admettre quelques exceptions, mais ces exceptions sont relativement rares. Nous en avons compté 13 pour les différents sujets dans l’ensemble des morceaux inscrits *. Il faut bien noter que d’une façon générale l'ampleur de la modulation est d’autant plus grande que la suspension intérieure est plus caractérisée. C’est seulement quand elle est très affaiblie, quand le vers ne comporte aucun fort accent d'acuité, que la règle se trouve paralysée.

Ce temps marqué fort, — et par conséquent suffisant, selon la définition que nous en donnerons plus loin —, se rencontre presque toujours dans la variété a, puisqu’alors l’alexandrin, formant une phrase à lui tout seul, renferme nécessairement la coupe de sens principale contenue dans cette phrase. Il se rencontre presque toujours aussi dans la variété d, qui n’est guère qu’une transposition de 4, et dans le type de c où il est pour ainsi dire essentiel. Il n’en est pas de même dans la catégorie d. Cela n'offre rien de bien surprenant, puisque de tels vers ne contiennent généralement pas la suspension de sens prépondérante de la période dont ils font partie. En effet, nous l’avons vu, ils sont le plus souvent affectés d’une hauteur maxima moindre que celle des alexandrins dont ils sont encadrés, et les mots importants ou pathétiques eux-mêmes y sont atténués par la voix.

Ces considérations expliquent que seule la minorité des vers fin de phrase (variété d), minorité imposante à la vérité, mais qui n’en reste pas moins telle, demeure soumise à la règle énoncée.

Quant aux exceptions signalées pour les types a bc, elles sont dues à l'absence de coupe suspensive caractérisée, à la presque équivalence des temps marqués. Voilà pourquoi, à côté d’alexandrins à sens complet présentant un ample intervalle mélodique, on en trouve un petit nombre où l'écart des tons est insignifiant ?. L'examen plus détaillé d’un de ces cas exceptionnels offre un certain intérêt. Nous choisirons l’exemple

suivant :

Or la nuit, dans l’ondée et la brume, en décembre, Pour rencontrer ce point sur le désert mouvant.…. (P. G., 34-35.)

Il s’agit de la déclamation du sujet B. Sur le premier vers la voix tombe, et il est par conséquent traité comme s'il possédait un sens complet. Dans le second, il y a au contraire suspension à la finale, avec déplacement oratoire de l’accent. Pratiquement, nous nous trouvons donc en présence de la succession définie, réalisée selon le type 4. Les mesures obtenues sont celles-ci :

Or la nav da 16 def ene la brum à de sà brœæ 200-240 200 220 240 220 220 220 200 240 240 240 220 260 240 240 260 240 240.240 220 220 200 260 240-200 200 200 180 O O 13 O O O $:42 Pur rà kô tre sœæ pu sur lœ de xer mal vû :

240 240 200 280 280 280 280 300 280 280 280 280 280 280 280 240 280 260 260 300 240 280-260 O 6 oO #961ÈTTE

1. Voici ces 13 exceptions : Cid, 9 R, par rapport au v. 10 — Andr., $ À, par rap. au v.6 — 1b.,:13 À G, par rap. au v. 12 — 5b., :5 À, par rap. au v. 16 — Hern.,9 EF, par rap. aux v. 8 et 10 — b., 28 J, par rap. au v. 29 — R.B., 30 G, par rap. au v. 29 — ib., 34 G, par rap. au v. 35 — b., 35 J par rap. au v. 34 — P.G., 34 B, par ap. au v. 33 — 1b., 38 B, par rap. au v. 39 — 5b., 41 B p. rap. au v. 42.

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