‹ L'Alexandrin Français: D'après la Phonétique ExpérimentaleChapitre 185 sur 282 · IIS 130-5 À À A A · texte numérisé non relu

IIS 130-5 À À A A

(Cin., 11,8 C.)

De même, si l’on se contente de mesurer les amplitudes, la quatrième est plus faible que la cinquième (sœ — 10, de — 18). Croit-on cependant que ce mot métrique -se d'aimer satisfasse soit l'oreille, soit l’esprit ? D’ailleurs puisque l’on est convenu de rattacher l’élément féminin de la rime à la tonique dont il est précédé, pourquoi se refuser à faire de même à l’intérieur du vers ? On ne voit pas bien la cause de deux traitements différents.

De plus, comme nous l’avons déjà fait observer, outre que le silence, quand il apparaît, ne peut jamais trouver place qu'après la muette dont il s’agit, et jamais avant elle, la progression dynamique, dans un grand nombre de cas, confirme les scansions proposées par nous. Nous transcrivons. deux vers :

Qui glisse sur les eaux par un beau soir d'été... Donc, vous n’avez ici pas d’autres intérêts...

Ki gli sœ sur le 20 pa 1 bo swar de lé 25 65-20 55 45 55 15 10 25 55 10 5 65 S0-15 A A A A (Hern., 18 A.) D5 kœ vu na ve zi si pa dé træ rè le rè 190-265 95 80. 110 150 145 175 110 210 135 30 80 90-90 A À A A A

(RB, 6E.)

Dans le premier, la troisième syllabe se rattache manifestement au premier groupe rythmique. Il en est de même de la seconde syllabe (en surnombre) dans le second alexandrin cité, tandis que la neuvième fait partie du pied pénultième. Les amplitudes brutes sont : s@ —9, sur = 8 (l'accord est absolu); -kæ — 14, vu — 15 (ici c’est la différence des timbres seule qui produit l’effet indiqué); -r& — 16, jè = 19 (l'effet résulte:

dela constitution de la nasale) ‘. Concluons donc que dans les mesures semblables les progressions dynamiques établies de forte à forte sont uñiquement l'effet du hasard et qu’il n’en faut point inférer que les droits du sens soient pour cela abolis, La syllabe féminine doit être considérée comme l’affaiblissement de la voix au terme d’un groupe rythmique qui s’achève.

* D'ailleurs, au point de vue de l’intensité, elle ne constitue pas dans le rythme un élément négligeable. Si elle est prononcée, elle a, à l’intérieur du membre métrique, la même importance que les autres atones, et, comme elles, participe à la progression signalée par nous. A la finale de chaque pied, soit à la rime, soit dans le corps du vers, elle ne se révèle point comme étant de qualité spéciale : elle est seulement une atone, semblable aux autres atones. Soient ces deux exemples :

Est-il juste, après tout, qu'un conquérant s’abaisse...

D Et vous ne me cherchez que pour vous en vanter. E til jus la pre tu k® kÔ ke râ sa Le sœ ASUS TS 35® :: 160 110 105-20 55 130 65 40 55 90-65 65 A À AA A A Fi vu nœ mœ cer cé kœ pur vu zà va té 35 95 25 95 120 140-90 SFR re BST AN85 105 20-15 À A , A

(Andr., 5 et 8 A.)

Dans le premier, le sens est suspendu, dans le second, il y a conclusion ; la syllabe terminale du premier, féminine, est donc comparable à celle du second, masculine. Or, celle-ci est beaucoup plus faible que celle-là, et la finale treizième est égale ou supérieure en audibilité à six des autres syllabes de l’alexandrin qu’elle termine. Il ressort de ce fait que la faiblesse d’une articulation ne dépend point de la nature de sa voyelle, et que les timbres, quels qu’ils soient, peuvent descendre jusqu’à une énergie minime. Ce n’est point là un privilège particulier à le muet : il compte autant que les autres éléments atones du vers toutes les fois qu’il est prononcé.

Ces constatations nous permettent de revenir sur les indications données par nous dans notre précédent chapitre : nous voulons parler du mouvement ondulatoire dont nous avons sporadiquement reconnu l'existence dans les combinaisons factices du type apapapa. Du moment que les temps marqués d'intensité, exception faite pour les fins de phrases, les modifications dues à l'effort oratoire et quelques cas particuliers dont il sera parlé plus loin, coïncident régulièrement avec une division nette de la pensée, il en résulte que l’accentuation binaire apparaît très rarement dans le vers. Elle ne peut en effet se manifester avec fréquence que si le même groupe se répète indéfiniment sans exiger une expression particulière.… Alors le sens, n’existant pas, n’impose aucun rythme logique, et la voix, cherchant des points d’appui, les crée quand elle en a besoin selon un schéma très simple, en faisant alterner les syllabes faibles et les fortes.

Par contre, lorsque les éléments du discours ont une signification particulière, les sommets dynamiques ne tombent plus sur les syllabes de façon à composer un dessin aussi peu compliqué, ils choisissent les places qu’ils occupent afin de faire coexister l'effort de la parole avec les temps principaux du vers. Comme la durée et l’acuité, l'intensité n’impose pas à lalexandrin un dispositif rythmique préexistant au texte et se le soumettant : le rythme se modèle au contraire sur la pensée afin de la mettre en valeur, il reçoit d’elle sa forme et sa vie.

1. J'ai cité ces deux derniers cas à titre de curiosité : l'accord de l’intensité-travail et de l'intensité potentielle est de beaucoup le plus fréquent. Bér., 27 C — Bér., 35 ] — Hern., 30R— P,G.,9E, etc.

Par conséquent, si, dans une déclamation simple, l'accent de force est uniquement conditionné par le sens — sauf les exceptions signalées et celles qui résultent du timbre, le calcul des audibilités une fois opéré —, cet accent de force peut apparaître à tous les endroits de l’alexandrin, et il se rencontre en effet toutes les fois qu’il trouve un point où il est attiré. À cet égard il n’y a en principe aucune limitation, de quelque sorte “ elle soit, et l’on ne découvre qué des fréquences plus ou moins grandes, semblables à celles que nous avons notées quand nous avons traité

des valeurs temporelles et musicales. Nous énumérerons donc ces différents cas :

1° La première syllabe porte un accent.

Il peut en être ainsi du fait de l’enjambement, lorsque le rejet est d’une seule syllabe :

186 3 NET RIRES ravis (j d déR, Su comment votre main divine protégea Le destin d’Atys... (Enj., 1.)

La progression rythmique, commencée à la fin du premier vers, s'achève seulement au début du second. Mais le plus souvent le commencement du vers est indépendant de la rime antécédente, et le temps marqué, au lieu d’appartenir à un membre métrique étendu, comme dans le premier exemple, tombe sur un monosyllabe isolé ou sur l’initiale d’un trochée d'intensité.

Dis, ne voudrais-tu pas voir une étoile au fond ? Porte, porte chez lui cette mâle assurance.

Di nœ vu dre tu pa vwar u ne twal 0 fo 50-10 30 15 15 S 15 15-20 15 40 1545 20 15-25 A 78 À Pie PR Are A A

(Hern., 22 À.) Pôr tæ por tœ £e Livi se ((œ) mal a sul rà s(@) 195 125 305-115 130 180 12$ 160-135 120 180 95 95 225-115 80 A A A A : A

(Gin Eyzal:) 2° La seconde syllabe porte un accent. ; C’est une des coupes les plus fréquentes, ainsi que les deux suivantes :

Tu tes, en m'offensant, montré digne de moi.

Un autre était chargé de l'empire du monde.

Tu té à mo fa sû mô tre di: y(@) dæ muwa 25 185-85 3 65 85 105-80 35 165 100-145 95 105 350-200 A1 925 5 A A (EL) Œ n6 tre te ar jé dæ là ps 1(@) 1: da mô dæ 65 95-40 25 nd 60 90 65 80 110 + LOTS SAR OS AR DER 10 A de | À PNEES À -

(Bérs; ec)

LE SENS ET LE RYTHME : LA PLACE DES ACCENTS 309 Gi 3” La troisième syllabe porte un accent :

/ | Je mé dois, par ta mort, montrer digne de toi. Mais, seigneur, en un jour, ce serait trop de joie. Je mœ diwa par (TORRES À “mô le di ue dæ wa 25 60 65 1415-95 5 15 85-60 15 75 5 ASE ES 25-10 (Cid, 28 J.) Mé se ur pi n& jür sœ s@ re trô dæ jwa (æ) 190-30 45 115-20 3 20 120-45 70 35 75 125 100 30 II5-15 A A 748 A A A A (Andr., 22 À.) 4° La quatrième syllabe porte un accent : .

Ou quelque flûte au loin !... Car la musique est douce .… Puis priant Dieu sitôt que les cinq enfants dorment.

VE kel kœ fit 0 lvë kar la : mu zik e du sœ 35 SN CLE 90 90 90 85 90-25 30 30 30 50 40 45 35

A A 752 A A j (Hern., 28 E.)

Povi pri ya Dy& si t6 ke le sèk à fa dor mœ SOMME 75 25 105 90 130 20 95 30 65 65 45 25 25 $ A A Ÿ18 A À | (PAG 251E)

5° La cinquième syllabe porte un accent.

Il est bien rare que le temps marqué coïncide à cette place avec une suspension de sens et nous n’en trouvons dans nos tableaux généraux qu’un seul exemple. Il est emprunté à Théodore de Banville et par conséquent tout moderne. Cette coupe, condamnée par les théoriciens, parce qu’elle leur paraît diminuer la valeur de l’hémistiche, est exceptionnelle dans la poésie classique, où elle apparaît çà et là dans le dialogue. Elle est plus en usage chez les poètes romantiques et chez Hugo, mais seulement lorsque la séparation des mots leur semble assez forte pour permettre la coexistence de deux accents successifs, l’un à la cinquième syllabe, l’autre à la sixième. Elle est devenue d’un emploi courant à l’époque la plus récente, chez les parnassiens et les symbolistes. D’ailleurs il arrivait à la voix de la faire sentir, même quand la volonté des auteurs exigeait qu’il en fût autrement :.

Cependant, en dehors de la suspension de sens, . d’autres causes peuvent faire ne. un sommet d’intensité en position cinquième. Sans parler du déplacement oratoire, de la réduction d’un hiatus intérieur ou de la non prononciation d’un e muet, circonstances anormales quoique fréquentes, la chute de la phrase concordant avec l’hémistiche, conformément aux lois de la prononciation la plus régulière, fait constater le phé-

r. Cf. IX, G 3°, où l’accent temporel, dans un alexandrin classique, affecte la cinquième place.

nomène dont il s’agit. Le dynamisme et la hauteur musicale se comportent donc d’une manière analogue et s’écartent de la durée, car celle-ci, en opposition avec elles, n’est jamais modifiée par les conclusions. Nous citerons ces deux alexandrins ; ils répondent aux types que nous venons de définir :

Le destin d’Atys, noble et pur comme une lame...

C’est la mère. Elle est seule. Et dehors, blanc d’écume.::

Le des 1è da lis no ble pur ko mu n(æ) la ma 130 160 90 120 200-30 25 45 S5-10 20 10 10 30 A AR I27 A A ë (Em, A Se la Inêr E le s@l E dæ ôr bla de Ru mæ 50 30 30 35 70 60-35 65 80 95-35 65 95 10$ 55 A 776 A +41 A A

6° La sixième syllabe porte un accent.

Il n’y a point de difficulté. C’est la place de la césure, l'endroit où les poètes classiques terminent nécessairement un groupe rythmique. Les exemples sont donc très nombreux :

Si quelque autre malheur m'avait ravi mon pére. Ah! qui n'oublierait tout à cette voix céleste ?

Si kel Rô træ ma Tr ma ve 7 vi inÔ pè ræ 90 90 220 85 95 140-145 115 140 150 110 95 90-110 30

A À = À A (Cid, 14 J.)

À ki nu bli re UT ia se HKœ) vwa se lès (&) 85-45-85 so 65 100 140 150-60 90 90 120 170 165 160-155 A A ‘ A A

(Hern., 15 R.)

7° La septième syllabe porte un accent.

Comme au point de vue temporel et au point de vue musical, il faut distinguer deux cas. Ou bien l’hémistiche est déjà affecté de son « frappé » normal, et le temps marqué de la septième syllabe apparaît à côté de celui de la césure : alors il y a une forte séparation de sens qui permet la coexistence: de deux accents consécutifs, sans qu’il y ait là rien de contraire à la tradition, puisque la coupe médiane est respectée.

conformément aux règles de la versification classique :

Je connus que bientôt, loin d’être à ce que j'aime.

Jœ ko HU RE byè 16 SE ue dè Ha SE) he jè mœ OS 0e 110 40 S 50 55 210-30 35 75 65-25 65 È 70 ë 80 15

A A 726 A A PEACE TS JT.)

LA

. LE SENS ET LE'.RYTAME : LA PLACE. DES ACCENTS v rs

Ou bien le sens permet de négliger l'appui de la sixième syllabe et la septième seule est forte : : "4 : Dis, ne voudrais-tu pas voir une étoile au fond ? / RAR N 5h . Une femme à genoux prie, et songe, et pâlitr. Di nœ vu ‘dre tu pa vwar mg CET ne lwal 0 fo 150-90 135 95 140 85 120 50 195 25 155 30 75-30 40 45 A A À A A A (Hern., 22 R.) U nœ fam. a ce nu pri à ÿæ e sj e DRE Je A A 114 A -98 N | ÉPIG da E.)

Nous rappelons que de telles constructions sont proscrites par la majorité des théoriciens. Ils maintiennent en effet que tout vers privé d’accent à la césure est un vers faux. Or nous venons de voir que la déclamation ne se fait aucun scrupule de passer outre à leurs défenses. Ce temps marqué septième, non précédé d’un autre temps marqué à l’hémistiche, et que la récitation moderne fait apparaître dans les compositions classiques en modifiant les coupes voulues par le poète, se rencontre très fréquemment dans les œuvres contemporaines. Les nouvelles écoles, en effet, se

refusent à admettre les prohibitions traditionnelles et négligent volontiers la règle de la césure. Les précédents exemples montrent que, même alors, la parole ne laisse apparaître aucun embarras.

8° La huitième syllabe porte un accent :

Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés.

Oui, va, n’écoute plus ma voix qui te retient.

premier hémistiche.

9° La neuvième syllabe porte un accent :

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