‹ L'Alexandrin Français: D'après la Phonétique ExpérimentaleChapitre 184 sur 282 · FORTES ET FAIBLES. — VERS MONOSYLLABIQUES ET SYLLABES FÉMININES · texte numérisé non relu

FORTES ET FAIBLES. — VERS MONOSYLLABIQUES ET SYLLABES FÉMININES

Quand une main si chère eût essuyé mes larmes.

Kà tu n(@) me si cèr u te su ye me lar m(æ) 20 RES 45 30 60 45 45 4 “45 45 45 45 70 A A AN (Cid, 18 o:)

Cependant un tel phénomène est relativement rare et le principe général subsiste : le rythme d’intensité est essentiellement ascendant et il est constitué par une succession de syllabes faibles terminée par une forte ; dans chaque pied ainsi composé, les atones, considérées à partir de la première, se suivent le plus souvent selon une progression continue d’énergie ; sauf les accidents dus à l’emphase, elles ne présentent jamais une force décroissante.

Ces remarques ont déjà été faites à propos de la durée et de l’acuité, et les formations rythmiques, quelle que soit leur nature, sont identiques. La cause en est que les mètres, considérés soit au point de vue temporel, soit au point de vue musical ou dynamique, sont conditionnés par la construction grammaticale du vers, de telle sorte que les temps marqués tombent sur les arêtes du sens. C’est là une règle qu’on peut dire absolue, malgré un petit nombre d’exceptions. Pour répéter une formule déjà employée, le texte détermine automatiquement la position des accents, du moins dans une déclamation simple et abstraction faite des modifications dues aux différences du timbre. Ces accents groupent certains éléments de la phrase, les dissocient de certains autres, selon l'ordre de la pensée et l'importance des parties constitutives. En effet, le hasard dans l’enchainement des syllabes, l'arbitraire dans le choix des places où doivent tomber les crêtes d'intensité auraient pour résultat de rendre le vers inintelligible et insupportable à l'oreille. La nécessité gouverne le rythme.

Il en résulte que les observations présentées à propos de la durée et de l’acuité trouvent leur application sur le terrain de l'intensité. D'abord les alexandrins composés de monosyllabes ne se distinguent en aucune façon des autres, et la disposition typographique du texte imprimé ne saurait rendre vaines les exigences du sens. Qu'il y ait douze mots dans le vers, ou seulement quatre, on verra toujours apparaître des pieds métriques qui diviseront le texte en fragments logiquement établis. Il suffira de cet exemple :

Au ciel, aux vents, aux rocs, à la nuit, à la brume...

O syél 0 vâ 0 rok a la nidi la la bru mæ 60 35 70 40 55-20 30 55-10 5 so 10 40 10 35 55-80 65 A A A AUS ; À | (P.G., 14 B.)

Ce vers, malgré le déplacement oratoire qui affecte la huitième syllabe, est du type 2 + 2 + 2 + 3 + 3, schéma que l’on rencontrerait fréquemment dans des alexandrins non monosyllabiques. Les mots ont perdu leur individualité pour composer des groupes rythmiques semblables à ceux que nous avons signalés. Il n’y a pas le moindre embarras dans les formations constatées.

Quant à la syllabe féminine qui suit immédiatement l’accent, l'examen de l'intensité confirme ce que nous en avons dit au Soit de vue de la durée et de l’acuité. Contre M. Grammont, contre Lubarsch, Becq de Fouquières, Clair Tisseur et la plupart des théoriciens, nous avons montré que cette syllabe se rattache au membre métrique antécédent, et non à la mesure suivante . Nous avons donc proposé les coupes suivantes :

1. On pourrait seulement discuter au cas où un pied monosyllabique suit la syllabe féminine en question. Peut-être alors y a-t-il formation d’un iambe. Rien cependant ne le prouve d’une façon certaine. , Lore. — L'alexandrin. 39

Lui dérobent — l’aspect — des peuples — furieux,

au lieu de celles-ci généralement admises :

Lui déro — bent l’aspect — des peu — ples furieux. (Baudelaire.)

L'analyse des audibilités aussi bien que celle du travail effectué n’autorisent pas à admettre la scansion traditionnelle, et la syllabe féminine, à l'intérieur comme à la fin du vers, est liée intimement à la tonique précédente en vertu de la loi rythmique selon s'oe le sens est le PERS générateur des combinaisons métriques.

Sans doute ici encore quelques exemples paraissent donner raison aux théoriciens précités et quelquefois la progression Soi a l’air de s'établir de forte à forte :

Et qu’on cesse d’aimer sitôt qu’on en jouit.

E kô sÈ sœ de mé si tô kô nà ju

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