‹ L'Alexandrin Français: D'après la Phonétique ExpérimentaleChapitre 192 sur 282 · PG., 26 B · texte numérisé non relu

PG., 26 B

Le mot lui se détache parfaitement du mot seul, et tous deux conservent leur individualité de façon à frapper l'oreille sans la moindre confusion. Les intensités brutes sont d'accord avec les audibilités : / — 12 et 15, à — 9 et 9. D'ailleurs, s’il en était autrement, le sens en serait changé. Les autres sujets rendent la séparation des deux monosyllabes encore plus évidente en les isolant l’un de l’autre par une pause. |

Toutefois, deux accents consécutifs ne vont pas sans quelque difficulté. Ils ne peuvent coexister qu’à une seule condition, c’est que le second soit moins important que le premier, sauf de quoi celui-ci s’absorbe et disparaît. En réalité, la déclamation s’accommode mal de ces rencontres, et seule une nécessité absolue maintient le contact sollicité par le texte. Le plus souvent la voix cherche à atténuer le concours jugé pénible. Les supercheries dont elle use doivent être notées.

Il y a d’abord le procédé du silence qui interrompt la progression rythmique et sépare les temps marqués que le poète juxtapose : l'effet est alors produit et le choc supprimé. Dans le dernier exemple cité, les sujets E et J ont usé de ce moyen pour rendre indépendants l’un de l’autre les mots Jui et seul. La diction de J mérite une observation. Les deux syllabes qui nous occupent atteignent chez lui une acuité de 280 v. s. Les amplitudes sont celles-ci : {= 7, & = 7 et 8; si nul arrêt de la voix n’était intervenu, il y aurait eu fusion selon les conditions que nous allons exposer plus loin.

Autre procédé : un e muet non écrit peut intervenir entre deux accents. Cet e muet est alors comme un léger point d’appui sur lequel la voix prend son élan pour articuler le second temps marqué. La difficulté est ingénieusement tournée sans que les mots perdent de leur relief. Je n'en ai qu'un seul exemple, devant un accident secondaire, et seulement si l’on se contente de mesurer le travail fourni. Ici encore il faut transcrire, en même temps que les amplitudes, les durées et les acuités :

C'est la mère. Elle est seule, Et dehors, blanc d’écume….

SEE PASSE MOT ce FE le s®l E, dæ ù ræœ bla de kum mœ Le :

20 14 60: 7 16 HE 63 I] 21 AI 10 33 2I 30 20 | « 6 % AI GES VU Æ 7 PA [#2 [9] 0 4 [9] [9] — U [7 22 VU

8 Fi Lee 7 Il 10-9 10 12 12-6 10 19 14 15 9 pue A A A A (EG TRIEE)

Étant donné que le souflle, dans la voyelle du mot blanc, a surtout passé par le nez, l'intensité potentielle ne conserve rien de l'effort dépensé. Il arrive aussi que les deux procédés, le silence et l’e muet, soient combinés :

Maitre de mon destin, libre dans mes soupirs….

Me træ dæ mû des lè æœ li bræ daä

ne su pir 75-105 40 120 150 65 50-80 70 110 90 90 145 145 75-25 A A AŸ24 A A (CBér-s trans)

Ailleurs, comme pour la hauteur musicale, l'accent remonte dans le premier des membres rythmiques en contact, soit qu'on ait réellement traité celui-ci comme une fin de phrase, soit qu’il y ait eu déplacement oratoire. Le concours des temps marqués se trouve alors supprimé:

Je ne rendais qu'a moi compte de mes désirs.

Jæ næ râ de ka mwa kô tœ dœæ me de zir 80 80 85 . 80 85 30 55-15 200-175 70 90 25 135 65-35 A A A A A

(Per. 213205)

Clair Tisseur, nous l'avons dit ailleurs, a signalé la dureté de ces rencontres. En fait la voix les évite le plus possible, et il nous faut indiquer maintenant le procédé le plus radical par lequel disparaît le heurt jugé inharmonieux. Les deux syllabes fortes en présence, dont la première peut être constituée par la finale d’un pied polysyllabique ou par un pied monosyllabique, dont la seconde est elle-même un pied monosyllabique ou l’initiale d’un trochée d'intensité, tendent à s’agréger l’une à l’autre dans une même progression rythmique. Le premier membre métrique perd alors son accent. Le phénomène ressemble à ceux que nous avons constatés quand nous avons traité de la durée et de l’acuité :

Les flots le long du bord glissent, vertes couleuvres...

Le flo læ lô du bor gh sœ ver 1œ ku læ Ur AStxs 125-135 65 65 95 105 140 60 30 30 90 50-20 20 A A A : (PG., 38 B.)

Dans cet alexandrin, le pied formé est àaa a Aa au lieu des deux fortes qu’on devrait voir apparaître à la sixième et à la septième place. Les n L » I P P P

amplitudes s'accordent avec les distances d’audibilité : o — 13, i — 20 (bord et glisse); la fusion des groupes en présence est complète. La construction du vers, il faut le noter, en est seule responsable, et la césure aurait conservé son accent si le poète avait écrit :

Les flots le long du bord ont glissé, serpents verts...

Le pied de deux syllabes provoque dans le rythme des troubles moins grands que le pied monosyllabique en concurrence avec un autre temps marqué. Il mérite cependant quelques observations. Il faut considérer que le vers romantique comporte souvent en son milieu, sans parler de ses autres membres, une dipodie iambique imparfaite : le premier iambe marque une suspension de sens moins forte que le second et tend par conséquent à s’agréger avec lui plus ou moins intimement. La fusion peut être complète ; elle peut aussi ne pas l'être, et l'on comparera utilement ces alexandrins du même type :

Un rossignol perdu dans lombre et dans la mousse...

Surveillant l’âtre où bout la soupe de poisson...

Je me sentais joyeuse et calme, à mon amant...

du dû

16 bre

dà la

Œ ro si yol per mu sœ 14 16 20 42 17 16 16 45 20 20 TO RE 48 22 192 V VV En: V LV VU VU 124 LV ns 1#2 280 220 260 240 220 240 220 180 220 240 240 180 240 240 440-500 440 440 440 380 440 440 440 -380 480 340 O O O 80 95 35 20 20 20 75 15-100 85 90 90 100 25 A A A (Hern 27 E0) Sur ve ya lä tru bu la su pœ dæ pwa sû 23 2 24 34 17 18 15 29 10 12 33 sr | U | Ÿ 2 = VU YU VU = U U VU — 280 260 260 320 320 340 320 360 300 320 300 320 300 340 360 300 300 260 340 340-380 | | (e] O © 65 70 80 35 85 85 70 90 45 45 55 85 140-60 A À A A (PG:;<24 J:) Jæ mœ sû tè jua VYEX e kal mœ ô CN ETES mû 19 18 23 16 26 42 76 dr" 22 14 22 16 s4 v © — U U = U LL v 13 U U VU = 260 3380 420 420 440 460 320 320 320 340 440-360 360 400 360-420 240 240 240 260 260 260 260 260 280 280-220 O O ; O ) à O IIS 195 130 130 130 180 240-195 205 340- 70 60 85 8 110 80-80 A A A

(Hern., 13 R.)

D’après le texte on jugerait que ces trois vers sont construits selon la formule couramment nommée 4 + 4 + 4. Or ils sont différents l’un

de l’autre dans la déclamation, et, pour qu’on puisse mieux s’en convaincre, nous avons transcrit les durées et les acuités en même temps que les intensités. Dans le premier alexandrin, le groupe central est compact, commence à la quatrième syllabe après un silence, et se termine à la huitième ; il ny a là qu'une seule progression rythmique. Dans le second, il y a déjà un léger changement. La ligne musicale monte sans interruption jusqu’à la fin du membre métrique, et elle en établit par conséquent l’unité, mais, après la césure, l'intensité laisse apercevoir une légère dépression, de telle sorte que nous voyons s’esquisser, quoique faiblement encore, une dipodie iambique. Cette dipodie au contraire est parfaite dans le troisième exemple ; le temps marqué de l’hémistiche est dynamiquement très important et l’acuité montre que l’unité du péon est rompue. D'ailleurs, l’amplitude est de 30 sur l’& de joyeuse et seulement de 28 sur l’a de calme; on concevrait aussi sans difficulté une diction qui séparerait les deux moitiés du vers par un silence et qui rendrait ainsi les deux iambes encore plus évidents.

Il faut en conclure que deux iambes ou plus rarement un anapeste suivi d’un iambe ‘ tendent à se souder en raison du rapport qui les unit. L'union sera d'autant plus complète que le lien du sens sera plus rigoureux, mais elle pourra varier dans une certaine mesure selon l’interprétation personnelle des sujets. Les précédents exemples montrent les différents degrés de la cohésion étudiée.

La loi à formuler est donc celle-ci : une mesure rythmique de peu d’étendue tend à s’agréger-à celle qui la précède en privant celle-ci de son accent normal (Hern., 27 et PG., 24), mais la combinaison qui en résulte est seulement stable si elle est favorisée par l’étroite dépendance des éléments constitutifs. Invers:ment cependant une autre loi agit en sens contraire : un pied rythmique de plus de deux syllabes tend à se décomposer en fragments de moindre longueur, et ainsi nous nous trouvons amenés à parler des temps marqués secondaires notés À dans nos transcriptions.

Ils sont analogues dans l’ordre dynamique aux sommets de durée et d’acuité constatés par nous à l’intérieur des membres métriques. Comme eux, ils ne sont jamais nécessaires au rythme. Ils apparaissent et disparaissent selon les déclamations; ils sont par conséquent beaucoup plus individuels et beaucoup plus variables que l’accent principal, car celui-ci, en principe du moins, est identique pour tous les sujets. Ils ne consistent parfois qu’en un faible renforcement de la voix ; ailleurs, ils atteignent presque la valeur du temps marqué dominant, quelquefois même ils la dépassent.

Mais il faut bien distinguer l’accident secondaire véritable, causé par un eflort réel de la voix, de celui qui est dû simplement au jeu des timbres contigus. Soit un vers comme celui-ci :

Donc vous n'avez ici pas d’autres intérêts...

D6 kœ vu na ve gi si pa dô træ zè le rè 18-24 14 14 14 18 20 28 13 19 16 19 10 IO-II A ? A A A A 190-265 95 80 110 150 145 175 110 210 135 30 80 90-90 A A AR A A (RB., 6 B.)

Nous en avons transcrit d’abord les amplitudes, puis les audibilités. On remarquera dans le premier hémistiche la syllabe notée À ; elle émerge ainsi à cause de la faible portée de l’; dont l’arc de vibration est cependant plus grand, Au contraire, dans le second hémistiche, la voix a appuyé sut la syllabe antépénultième ; cependant l’accent secondaire de compréhensibilité a disparu à cause des conditions mêmes selon lesquelles la nasale a été prononcée (B = 4, N — 15).

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