L'ACCENT DE RHÉTORIQUE
Il laisse à la syllabe sa constitution normale, et ne trouble pas le rapport de la consonne et de la voyelle, celle-ci demeurant plus longue que celle-là. Il consiste essentiellement en un important relief accordé pour des raisons de sens à l’un des éléments du vers. Il faut donc reconnaître un accent de rhétorique dans les valeurs privilégiées qui s’attachent, au triple point de vue de la durée, de la hauteur musicale et de l'intensité, aux termes exclamatifs et aux mots importants du vers. Tout accroissement temporel, mélodique ou dynamique tombant sur la finale d’un groupe rythmique quelconque et lui conférant un relief supérieur à celui des autres temps marqués du vers doit être considéré, sauf en cas de prépondérance insignifiante, comme trouvant sa cause dans des nécessités d’expression : il s’agit pour la voix de frapper plus fortement l'oreille par le mot sur lequel il faut attirer l’attention. Nous connaissons déjà le phénomène et nous citons pour mémoire un seul exemple :
Donc vous n'avez ici pas d’autres intérêts...
Di kœ vu na ve xi si pa dé trœ zè Lie rè 44 15 13 13 21 15 30 26 31 19 22 27 32 240 440-540 320 260 320 340 380 380 420 380 460 480 440 440 480 440 380 440 440 400 480-440 O O O ‘@) 190-265 95 80 : 110 150 145 175 110 210 135 30 80 | 90-90 A À A A A (RB/161E.)
D'une manière analogue certains accents secondaires, accents de durée le plus souvent, parfois de hauteur musicale et d’intensité, généra-
L'ACCENT DE RHÉTORIQUE 377 lement moindres que l’accent principal, trouvent leur raison d’être dans la nécessité de faire ressortir une syllabe chargée de sens
. Voici toute une série de cas intéressants par les accidents qu’ils présentent :
Et par un beau trépas, couronne un beau dessein. Crois qu’il m’en a coûté, pour vaincre tant d’amour... Dès que ma triste main eût fermé sa paupière...
Quoi ! sans que ni serment ni devoir vous retienne...
Ê pa rœ bô tre pâ lu ron & b6 de sè
12 15 20 29 25 40 15 21 1 25 14 32 U VU (9 [1 VU =: VU es VU YU UV es
e O O O (Cin., L'10R)
Krwû kil mû na Ÿ ki lé pur vÈ kræ tâ da mur 52 14 18 12 25 49 26 31 I4 18 II 53 res VU e VU VU = \® , UV Ÿ ŸU ee.
(Bér., 8 G.)
Dé kœ ma tris tæ Imè u fer mé sa po pyè r(æœ) 10 9 v7 30 IS 30 8 29 20 16 19 49 LE, VU V LV LA — — 2 V 2 ==
Kwa sû kœ ni ser ma ni dæ vwar vu r@ tyé nœ 42 24 12 20 24 29 10 10 24 14 15 30 10 2 734 =2 VU 192 VU Tr VU Le = (9) (97 = UV
(Andr., 9 J.) Si l’on considère les vers transcrits!, on se rend compte que l’accent accessoire, tantôt simple, tantôt double où même triple, a marqué soit un 1. Quand, pour la raison que nous venons d’indiquer, il se produit un allongement secondaire sur la première syllabe d’un anapeste, il en résulte un crétique plus ou moins Pat Tourte
Regarde ! Plus de feux, plus de bruit. Tout se tait.
Re gar de Plu dæ f& plu dœæ brivi Tu sœ té 24 54 12 53 15 84 61 13 411 67 23 95 U v Ÿ21 U U 20 ® U ee) U Ü
(Hern., 9 A.) Lore, — L'alexandrin. 48
parallélisme (Cin., 1, to et Andr., 9), soit un mot important (Bér., 8 et 15), tout en laissant subsister les groupes rythmiques étendus selon lesquels se scinde naturellement le texte. L'exemple où apparaît le plus clairement la volonté du diseur est le suivant :
Pleurante après son char vous voulez qu'on me voie...
Plæ rt GT pre T0) edr vu vu lé d) mæ vwa (æ) CR. RE 23 62 8 23 PET 52 10 14 26 27 17 60 (W] 2Ë VU VU (#1 == Le] VU VU 11 VU ae “50 280 300 440 500-420 380 440 440 440-480 400 320 320 360 380 420 460 520-580 460 480 400 400 320-280 O O O 145 150-60 95 10S 35 60-90 40 40 65 280-25 105 45 60-50 AN A A À
(Andr., 21 À.)
En accordant un relief particulier à la dixième syllabe, À a souligné le raffinement de loutrage que Pyrrhus ménage à Hermione : celle-ci serait surtout blessée d’être exposée publiquement aux railleries de la populace; l'allongement noté a pour effet d'entraîner un déplacement simultané des temps marqués de hauteur et d’intensité du groupe tout entier.
Mais l’accent de rhétorique a d’autres manifestations qu'il nous faut mettre brièvement en ee Il faut d’abord remarquer qu'il commande impérieusement certaines coupes rythmiques, toujours afin que le mot important fasse saillie dans le vers. Nous relevons dans nos tableaux, généraux, en particulier dans le fragment d’Andromaque inscrit, une série d’alexandrins dans lesquels nous attirons l'attention sur certaines syllabes
accentuées :
‘Immoler Troie aux Grecs, aux fils d’Hector la Grèce... (Andr., 14.) Tout cela part d’un cœur toujours maître de soi... D (02 25.) Maïs, seigneur, en un jour, ceserait trop de joie... (1b.,522:) Rome vous trompe. Il faut ne risquer qu’à demi... (R4B%1222)
Les mesures auxquelles appartiennent ces syllabes sont ” ” © dans les trois premiers cas; quant au mot Rome, il forme à lui seul, dans certaines déclamations, un pied distinct. Nous transcrivons les chiffres obtenus dans le premier de ces vers :
1m mo le Trwa 0 Grèk 0 Jis dER 1èr la Grè s(æ) « 1 7 is SES ki 12 13 18 67 16 54 13 23 20 44 17 69 VU #7 VU — V Ÿ 33 VU 2 V — 1®] PA
Évidemment les coupes signalées sont dictées par des nécessités oratoires. D’un point de vue général, il n’est point indispensable que le complément du verbe immoler fasse partie du même membre métrique que ce verbe lui-même, et ailleurs le sujet d’un indicatif se révèle parfaitement séparable de cet indicatif. Il est d'autre part certain que /rop porte logiquement sur joie et non sur serait. Le mot Rome enfin présente un phénomène inverse de celuiique nous venons de constater dans le second de ces alexandrins. On peut donc concevoir, si le texte était
modifié, des scansions qui seraient les suivantes :
Immoler | un taureau devant des dieux hostiles. Tout cela | me fait voir un cœur pusillanime.