L'ACCENT ORATOIRE TEMPOREL : OÙ ET COMMENT IL SE MANIFESTE
Si une voyelle nasale suit au contraire une consonne, elle peut être touchée par l’emphase, mais elle peut aussi ne pas l’être et rester moindre que la consonne à laquelle elle est jointe : celle-ci prend alors une grande ampleur et joue le rôle dominant. Le traitement, selon les circonstances, est donc différent, sans qu’on en découvre la raison. Voici des exemples :
Bérénice a longtemps balancé la victoire. (er AR ÉCER))
Demandait à l’ardeur d’un généreux courage... (Cid, 6 CGJR:) mais d’autre part on a : ;
Elle a vengé ton père et soutenu ta gloire... (Cid, 10 C JR.)
Ce dernier cas est moins fréquent.
Supposons donc que toutes les syllabes du membre métrique commencent par une consonne, la voyelle pouvant être orale ou nasale. Laquelle de ces syllabes sera affectée de l'allongement oratoire ? Dans une mesure anapestique l'effort de la voix portera sur la pénultième (P. G., 32 R.) ou sur l’antépénultième (P. G., 6 B et Bér., 27 R); on trouve aussi dans le même vers (Bér., 6) balancé (C R) et balancé (J). Dans les mesures plus étendues, l'accident peut remonter plus loin encore et manifester les mêmes hésitations ; quelquefois même il est double. Nous citerons :
Crois qu’il m'en a coûté, pour vaincre tant d’amour..…. Qui rayonne, à travers ce crépuscule obscur... Vous vous abandonniez au crime en criminel.
Krwa kil ma na ku té pur vê kræ TE da mar 52 14- 18 12 25 49 26 31 14 18 11 53 SE U 97 VU VU £ VU eZ U YU (9) ss (Bér., 8 G.) Ki re yon a tra vel sœ kre pus ku lop skur B 20 19 64 9 22 37 17 22 28 24. 31 so \e) Ÿ (07 U E Le] VU (®7 U U — VU U = (9 U Le VU ® w7 U VU Ed (PrG5:) Vu vu xd ba do nye x0 krim â kri mi nél 11 34 12 27 UT 20 18 ST 16 40° 13 47 [9] (1 (#7 U U °U VU En l VU we VU =
(Andr., 4 G.) Ces exemples font apparaître les éventualités que nous venons de signaler.
Pour être complet nous mentionnerons enfin quelques faits plus où moins exceptionnels. Sous l’emphase, la consonne finale de l'accent régulier peut prendre une extension relativement considérable (fig. 29), mais sans l’emporter sur la voyelle. On le constate à la rime, dans’cet alexandrin déclamé par F : |
Me quitter, me reprendre et retourner encor. (Andr.,.11.)
1. Lorsque cette articulation est suivie d’un e muet, l'accroissement de durée peut être tel que l’effet acoustique corresponde à celui qu’engendre une consonne doüble : C’est la mère. Elle est seule. Et dehors, blanc d’écume. .. (P.:G:,13R°)
Au théâtre de telles prononciations sont fréquentes, et nos sujets ne s’en privent as, Il faut alors séparer ainsi les syllabes : écum/me.
390 L'ALEXANDRIN FRANÇAIS [Len est parfois de même dans la syllabe frappée de l'effort oratoire, mais conjointement avec le développement de l'initiale.
Rechercher une grecque, amant d’une troyenne. (Andr., ro 1.)
a de
LS RAA Lg me
FIG. 29. — Le mot donc dans deux vers de Ruy Blus (4 et 6). En haut, la prononciation normale où les deux consonnes d et k sont à peu près comparables, la première étant cependant plus forte. En-dessous, le même mot transformé par l’effort oratoire. A l'encontre de ce qui se produit le plus généralement, €’est la consonne finale (#) qui s’est ici développée. Par rapport au d elle possède une tenue relativement considérable et une énergique explosion.
Quant à l'importance accordée à la consonne par laquelle commence un temps marqué normal, elle est simplement la conséquence d’une accentuation vigoureuse. Les cas sont rares où l’on soit tenté d’y apercevoir un phénomène emphatique. J’indiquerai cependant ce vers :
Ah ! qui n'oublierait tout à cette voix céleste ! (Hern., 15 À.)
Cependant, même ici, la voyelle consécutive conserve sa valeur dominante.
Si nous essayons maintenant d'interpréter les phénomènes, il semble que nous nous trouvions en présence de lois générales, mais qui ne fonctionnent pas avec une très exacte régularité. Si le membre métrique est un anapéste : et s’il est constitué par un mot dissyllabique précédé d’un monosyllabe, ou bien encore s’il est formé de trois monosyllabes, le monosyllabe initial s’unit plus ou moins parfaitement aux deux éléments qui lui succèdent, et peut par conséquent, du moment qu’il ne commence pas par une voyelle, être frappé d’un accident emphatique. Si le membre métrique dépasse l'étendue d’un anapeste, et s’il est composé de monosyllabes, ceux-ci s'organisent selon leurs afhnités particulières et
supportent l'accent oratoire comme s’il s'agissait de mots plus vastes. Cet accent oratoire a tendance, dans les divers groupes rythmiques, à.
remonter le plus loin possible de la longue normale, avec une prédilection marquée pour la première syllabe, quelle qu’elle soit ?, de la mesure qu’elle affecte. Mais d’autre part, à l’intérieur de cette mesure, il a tendance également à ne point dépasser la première syllabe du mot — substantif, adjectif ou verbe — dont la finale est tonique, ou, si ce, mot n’a qu’une ou deux syllabes, et dans les membres étendus, la première syllabe du mot dont il est immédiatement précédé, pourvu qu’elle commence par une consonne. Ces deux règles agissent .en sens inverse et par conséquent entrent en conflit. On peut donc rencontrer l'allongement emphatique soit sur la première syllabe 5 du membre métrique, soit sur la première syllabe + du mot tel que nous venons de le définir, soit sur les deux à la fois. En outre la consonne de liaison supporte très 1. Îl en est naturellement de même si chacun des pieds que nous allons énumérer est suivi d’une syllabe féminine. . Pourvu naturellement qu’elle commence par une consonne, condition indispensabie.
3. Plus rarement sur la seconde (cf. Andr., 4, exemple cité). 4. Plus rarement sur la seconde (cf. P. G., 3, exemple cité).