‹ L'Alexandrin Français: D'après la Phonétique ExpérimentaleChapitre 248 sur 282 · REP AE GA · texte numérisé non relu

REP AE GA

Le premier débute par une exclamation que sa longueur rend nettement distincte du contexte. Musicalement cependant, ce 4h ! est suivi d’un élan pathétique qui force la voix à s'élever; il perd alors l’accent mélodique dont il devrait être affecté. Qu'on s'efforce donc d’articuler comme l'a fait le sujet J, et l’on se rendra compte que pour l'oreille le premier hémistiche aura toujours deux accents, l’un sur la syllabe initiale, l’autre à la

césure. La remarque à faire est la même pour le second vers. Le mot Messieurs est plus grave que le groupe en vingt ans; celui-ci doit en eflet êtte mis en relief pour attirer l'attention de l'auditeur et il est proféré sur des notes plus hautes. Il s'ensuit qu’une même progression musicale part de la cinquième syllabe pour se terminer avec la neuvième, et cependant l’on n’en entend pas moins deux membres métriques dont l’un finit avec

la césure, tandis que l’autre s'achève au milieu du second hémistiche. Les déplacements d’accent appellent des observations analogues. Une des caractéristiques les plus essentielles du temps marqué mélodique, c’est

1. Ailleurs (Cin., IIL,61 —P. G., 20 R, etc...), la voix ne s’abaisse pas sur la syllabe féminine qui suit la tonique régulière.

sa mobilité. Il est particulièrement instable sous l’emphase et il remonte de façon à occuper des positions très éloignées de celle que lui accorde une prononciation normale. Nous l’avons rencontré sur le premier élément d’un membre de six syllabes alors que la coupe suspensive est exigée par le sens :

Dis, ne voudrais-tu pas voir une étoile au fond ?

Di nœ vu dre tu pa vwar u ne twal 0 ô 320 380 420 440 320 380 340 340 360 320 300 220 220 240 240 220 220 220 200 240 200 220 200 O 7 29 O O O

(Hern., 22 J.)

Ailleurs ce sont des séries entières de groupes métriques qui sont transformées par l’effort oratoire et l’on rencontre certains vers dont toutes les mesures ont perdu leur physionomie primitive :

Des combats dont mon cœur saignera plus d’un jour.

De kô ba dû mû kdr se uœ ra pla d& jür 240 240 300 240 240 280 280 260 220-260 220 200 200 220 240 220 220 200 220 220 240 220 200 220 O O O O (Bér., 9 J.)

Mais encore une fois, lorsque les circonstances sont telles, il n’en résulte pas que l'oreille accorde une valeur rythmique aux syllabes ainsi frappées d’une acuité particulière. Sans doute, l'effet n’est point tout à fait le même que si l’accent musical conservait sa place ordinaire, car dans ce dernier cas le rythme serait plus robuste et les pieds métriques posséderaient des arêtes saillantes. Du moins les accidents que nous venons de signaler ne suffisent-ils pas à détruire acoustiquement l’impression d’une cadence plus régulière.

Une question cependant se pose. Quellé est la hauteur vraie pour nos organes d’audition, et faut-il croire que tous les temps marqués notés dans nos analyses sont réellement perçus par l'oreille ? Non sans doute, et l’on peut en indiquer les raisons. M. Bourdon, dans des lignes citées plus haut, n’est pas très affirmatif au sujet de l’existence en français d’un accent musical ; il le considère comme assez ténu, et conclut que seule une ouïe très fine et très avertie peut en être frappée. Cette observation, comme nous le disions, rend compte du silence général des critiques sur le rythme mélodique du vers. Par contre, nous lisons cette déclaration sous la plume de M. l’abbé Rousselot : « On aimerait à savoir quel est l'intervalle perceptible le plus petit. En procédant avec des diapasons à curseur que je déplaçais rapidement dans une réunion de huit personnes. une différence de 4 v. d. (8 v. s.) a été sentie par tous entre 225 et 229, entre 466 et 470. Mais l'accord a cessé pour 924 et 928, pour 928 et 924, à plus forte raison pour 925 et 9241. » ;

Cette expérience semble concluante, et d’après elle tous les accents signalés par nous sont réellement entèndus, puisque le moindre d’entre eux est encore supérieur de 20 v. s. à l’atone dont il est suivi. Toutefois il faut se garder d’en tirer des conséquences hâtives. D'abord nos mesures ont été prises en chiffres ronds ; les 20 v. s. dont il s’agit se réduisent quelquefois en fait à 12 ou 15, de même qu’elles peuvent s’élever à 22 ou 28, et dans le premier cas les accidents sont d’une faiblesse évidente. De plus, dans l'expérience de M. Rousselot, il s’agit de sons juxtaposés et tenus (si peu qu'ils l’aient été). Notons que dans la parole les conditions sont différentes. La voyelle accentuée est précédée et suivie le plus souvent d’une ou plusieurs consonnes indépendantes de la progression rythmique, laquelle s'opère en dehors d’elles, sans compter encore que ces consonnes peuvent être des explosives sourdes. Soit donc cet exemple :

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