L'ACCENT D'ACUITÉ N’EST PAS LE FACTEUR ESSENTIEL DU RYTHME
Des flots bénis, des bois sacrés, des arbres prêtres.
7 De flô be ni de bwd sa kré de xar bræ prè tr(æ) 360 600 620 620 420 580 620 700 360 560 460 560 580 - 560 $o0 600 340 460 400 540 480 400 440 480 © 400 360 e 0:733 e O 733 O
(XVIL K 20.)
C'est l'accent secondaire de la césure qui nous intéresse. Il est plus aigu de 20 v. s. que la cinquième et la septième syllabe, mais une s sourde le sépare de l’a de-celle-ci. L’oreille, lorsque cette dernière voyelle est articulée, garde-t-elle le souvenir exact de la note sur laquelle a été prononcé l’a qui termine le premier hémistiche, est-elle capable de percevoir cette différence minime de 20 v. s. ? Il est permis d’en douter.
D’autre part l’accent musical, quant à l'effet qu’il produit, ne paraît pas indépendant des phénomènes de durée. On sait, et nous l’avons montré, que, dans une syllabe longue, les variations de hauteur sont fréquentes, et que la même acuité ne se maintient pas toujours d’un bout à l’autre du temps marqué. Nous citons ce vers :
Ah! Rodrigue, il est vrai, quoique ton ennemie...
À Ro dri gæ Îi le vré kwa R(æ) tô ne n(æ) mi (æ) 33 14 30 15 8 17 29 28 16 23 27 = U vw 724 0 v AT 58 vu v U s 380-460- 380 340 420 400 360 320 260 300 300 320 320 300 280 300 340 340 440 480 480 420 420 440-520 O rune) O O (GureC)
L’é initial, débutant par 380 v. s., s'élève à 460 et retombe à 380. Il paraît légitime de dire que le sommet musical sera d'autant mieux perçu qu'il se fera entendre plus longtemps. C’est le cas de la présente exclamation dont les périodes de dépression se trouvent au commencement et à la fin de l'articulation, tandis que l’élévation de la voix occupe pendant un temps assez long tout le centre de la voyelle. Par contre à la cinquième syllabe nous trouvons un accident d’acuité : cet accident peu considérable, affectant une syllabe brève, dure par conséquent fort peu. Il est donc négligé par l'oreille, et la césure, où d’ailleurs la mélodie ne tombe pas complètement, semble seule supporter l’accent total.
Pour clore toute cette discussion, nous formulerons ainsi notre opinion : l’accent d’acuité n’a une valeur rythmique que sil est concomitant d'un temps marqué temporel, et si l'élévation de la voix, tombant sur une longue, se maintient sans fléchir pendant plusieurs demi-dixièmes de seconde. En règle générale l'accent d’acuité, dirons-nous, n’existe point par lui-même au jugement de l’oreille, mais uniquement en fonction de la durée. Quand il se déplace, il ne supprime point de ce fait la tonique normale; il l’adoucit seulement et lui enlève de sa rudesse *.
Cependant la condition de la concomitance ne sufñt pas, et il faut encore que l’accident musical domine largement les syllabes voisines, en d’autres termes qu’il soit beaucoup plus haut que les éléments dont il est entouré. Soit par exemple cet alexandrin :
Meurs, s’il y faut mourir, en citoyen romain.
M&r si li 6 mu rir à si wa yê ro me 45 16 15 21 20 48 13 24 24 25 ES 26 360 560 240 480 480 480 540 460 520 520 680 540 400 460 460 480 480 500 440 480 400 380 O e O O O CRT)
1. Voilà pourquoi il remonte si fréquemment dans des morceaux comme le fragment de Bérénice inscrit, pourquoi on le rencontre presque régulièrement à la fin des membres métriques dans les invectives d’'Hermione.
» Fr} 454 L'ALEXANDRIN FRANÇAIS
Il y a une différence de 80 v. s. entre le point le plus aigu de la première syllabe et le point le plus aigu de la seconde. Il y en a une autre de 160 v. s. entre la cinquième et la sixième, puis intervient un silence, et la voix reprend 280 vibrations au-dessous du sommet constitué par la césure. Ces deux accents, en tant qu’élévation musicale, seront parfaitement entendus. Il ne semble pas qu’il en soit ainsi pour le temps marqué de la dixième syllabe, et tout ce que l’on retiendra à l’audition, si l’on n’observe pas le phénomène avec la plus grande attention, c'est que la ligne mélodique s’affaisse sur la rime.
Voilà donc un vers où n’émergent plus que deux accidents d’acuité et une intonation conclusive. La nature de ces accents nous est connue. Le premier s'attache à uné exclamation pathétique, le second à une suspension de sens : ils ne font point tant sentir une cadence qu’ils ne concourent à traduire l'émotion du texte et à marquer dans quels rapports grammaticaux se trouvent les membres de phrase. Seuls ils sont perçus par l’oreille. Ce n’est point là une supposition gratuite. Au début de l'année 1910, MM. Royère, Viélé-Griffin, de Souza et Spire étant réunis au Collège de France, je leur ai demandé de noter les accents musicaux d’un fragment de poème que je leur faisais entendre au phonographe. Ils ont été d’accord pour les mots de passion et pour les coupes suspensives les plus importantes, pour celles qui dominent une série de groupes métriques successifs. Ailleurs ils n’entendaient pas les élévations de la voix ou étaient d’avis contraire. Notre conclusion dernière sera donc celle-ci : l’acuité joue seulement dans le rythme un rôle accessoire et complémentaire, mais, loin de le déterminer, elle ne lui est pas indispensable, et les toniques régulières, quand elle se déplace, n’en sont pas moins perçues. Par contre elle a une signification expressive de toute première importance : C’est par elle que les phrases acquièrent leur vie et leur couleur; étant musique, elle est le souffle qui anime les mots et leur fait traduire, d’une façon sensible, des sentiments.
Comme nous avons éliminé la hauteur musicale, nous éliminerons aussi intensité. Le premier argument qu’on puisse invoquer se tire des fins de sens. Alors le temps marqué dynamique se trouve dissocié des autres accents, et cependant le renforcement de la voix, dans la position qu’il occupe, ne produit point acoustiquement la sensation d’ictus. Que l'oreille, lorsque la période s'achève, se rende compte de l’affaiblissement de la voix qui affecte les dernières syllabes, cela ne fait aucun doute, et M. Bourdon l’a noté '. « A la fin des phrases énonciatives et en général des phrases réellement terminées, il y a chute de la hauteur comme de l'intensité ». Il n’en est pas moins vrai que l’on ne retient pas dans un groupe de conclusion la syllabe la plus forte et qu'on ne lui attribue pas une valeur rythmique.
Soit par exemple cet alexandrin :
Je me dois, par ta mort, montrer digne de toi.
Jæ mœ dwa par ta mor mû tre di uœ dæ twa 25 60 65 115-95 5 15 85-60 15 75 S 25 65 25 10 À A A AN
(Cid, 28 J.)
Nous y avons souligné la dernière mesure. On peut essayer de reproduire et on peut même reproduire tant qu’on le voudra cette prononciation, une oreille française n’entendra jamais une coupe sur la pénultième : tous les manuels dont les auteurs s’évertuent à séparer les membres : rythmiques des vers qu’ils analysent, ne connaissent d’ailleurs que des scansions toujours semblables et ne distinguent point entre les suspensions