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Notre pensée n’est pas de nier l’importance des accidents emphatiques, ni de prétendre que la durée de la syllabe intégrale soit négligeable. Cette durée syllabique fait le rythme lorsque l’eflort oratoire n'existe pas. Quand au contraire il existe, les voyelles maintiennent pour l'oreille une manière de basse continue, parfaitement perceptible acoustiquement, et toute division du sens est marquée par une articulation vocalique longue *. Ainsi s'explique la déclaration de l’un de nos sujets, comment il a pu nous dire que l'impression auditive changeait selon le mode de la déclamation, et que cependant elle restait toujours la même.
Il ya donc, dans une diction particulièrement émue, superposition de deux rythmes temporels. L'un, purement extérieur, est dû aux changements des rapports ordinaires de la voyelle et de ia consonne; il est formé par la succession des unités syllabiques, avec des accidents complètement illogiques, des arêtes déconcertantes et soumises à des fantaisies individuelles. L’autre est profond, il est le thème que la voix transforme en apparence, auquel elle peut donner des vêtements divers, mais qui, dans sa nature, reste toujours inaltérable. Ce second rythme, parce qu’il se plie à toutes les nuances du sens, parce qu’il est exclusivement basé sur le sens, mais aussi parce qu’il s'établit à l’aide de l’élément principal de la syllabe — nous voulons dire par la voyelle —, conserve une force si éminente que le premier en paraît être seulement une variante plus ou moins lointaine, une copie plus ou moins exacte où cependant se révèlent toujours les caractères de l’original, où loreille découvre toujours le dessin primitif. Ainsi sur un corps robuste on peut placer tour à tour des gazes légères ou des draperies plus épaisses : sous l’étoffe s’aperçoivent encore la charpente et les muscles.
Tel est le privilège de la durée. On peut donc dire qu’elle crée seule et essentiellement le rythme de la langue française, c’est-à-dire l'ordre dans lequel se suivent les syllabes et les groupements qu’elles forment, le temps long venant couper la succession des brèves selon les indications fournies par les divisions naturelles du texte. L’eflet produit, l'effet total, puisque nous l'avons nommé ainsi, se renforce éventuellement lorsque l'accent d’acuité ou l'accent d’intensité ?, ou même les deux à la fois, coexistent avec l’accent temporel et affectent le même élément que lui. Le rythme alors peut être dit uni ou simple. Mais alors l'expression * n’est pas nuancée ; elle le devient au contraire lorsque la hauteur musicale ou le dynamisme, ou bien tous les deux ensemble se déplacent et viennent frapper d’autres syllabes de la mesure ; quelquefois même la durée les accompagne. Cependant, si ces modifications se produisent dans les buts que nous avons définis ailleurs, si elles apparaissent avec une fréquence variable selon ies sujets et selon le caractère de l'émotion, du moins elles ne semblent jamais qu’un ornement, ou, pour employer un autre mot, une garniture qui reste une garniture et qui ne trouble point l’ordre intime des parties constitutives, l'harmonie intelligente et raisonnable dont les voyelles, par la place qu’elles occupent dans le temps, sont les gardiennes 4.
Une voyelle non rythmique l’emporte quelquefois sur les atones voisines de 2 ou 35s : l’accident est si insignifiant qu’il ne vaut pas la peine d’en parler.
Nous rappelons que la voyelle longue, sinon par son intensité maxima, du moins par son volume dynamique, l’emporte presque toujours sur les voyelles brèves.
. La durée aussi a une valeur expressive, non comparable en importance à celle de l’acuité ou de l'intensité, mais réelle. Cf. notre chap. 1V in fine.
. La question de la durée vraiment perçue, par opposition à la durée que nous permet de constater He se des tracés, mérite au moins une observation : il semble bien que les sie qui ne l’emportent que de quelques centièmes de seconde sur celles dont elles sont suivies, n’attirent pas d'une façon spéciale l'attention de l'oreille. Cette remarque rend vraisemblable que certains accents principaux de durée, notés par nous dans nos tableaux généraux, n’ont point de valeur acoustique : d’ailleurs quelques-uns d’entre eux disparaissent si l’on ne tient compte que de la voyelle. Elle explique aussi comment les divers théoriciens du vers français ont pu ordinairement passer sous silence les temps marqués secondaires dont la plupart émergent à peine en dessus des brèves voisines.
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