LES DURÉES
Elles ont été mesurées séparément, celles du tracé direct par le procédé ordinaire, à l’aide des vibrations d’un diapason, celles de la transcription d’une autre manière, afin que les résultats fussent décisifs et ne laissassent aucun doute. Le raisonnement a été celui qu'on va exposer. Le cylindre du phonographe, dans sa circonférence, mesure r7 centimètres $. Il est mû à raison de 160 tours à la minute, soit 17,5 X 160 —
Le , 2800 Ê À 6,66 A ; 2800 centimètres, soit pour une seconde PE 46°® 66, soit pour un centième de seconde ee — 0" 46. Or, 41 centimètres de la transcrip-
tion sont l'équivalent exact d’un tour de cylindre. L’agrandissement réalisé par l’appareil de M. Lioret est donc de — 2,342, soit, pour un
17,5 centième de seconde, 2,342 X 0°" 46 — 1°" 07732, soit à peu près 11 millimètres. Il n’y a donc qu’à construire une règle divisée de 11 milli-
mètres en 11 millimètres, chaque division ainsi délimitée représentant un centième de seconde, et l’on procède avec elle, sur la transcription, comme avec les vibrations du diapason sur le tracé direct.
Il faut bien noter qu’en fixant mon unité de mesure comme je l'ai fait, j'en ai augmenté la valeur réelle de trois dixièmes de millimètre par seconde. Mais, d'autre part, la pointe du phonographe creuse un sillon qui diminue plus ou moins la circonférence du rouleau de cire, selon le travail effectué. Je peux donc perdre exactement les trois dixièmes de millimètre comptés en trop, et même davantage. De même, dans les opérations faites plus haut, il y a toujours des restes irréductibles. Ajoutons aussi que le cylindre, ne possédant plus une surface parfaitement égalisée, il se rencontre parfois, dans les courbes obtenues par l'appareil de M. Lioret, de grandes ondulations que n’a pu suivre la règle droite avec laquelle j'ai mesuré les syllabes. Enfin, outre que les mesures du tracé direct ont été indiquées en chiffres ronds, sans tenir compte des fractions de centièmes de seconde, il faut rappeler que l’appareil enregistreur d’une part, le phonographe de l’autre, ont deux mouvements différents, que l’un par conséquent, en un certain point, a pu accélérer légèrement sa vitesse, l’autre au contraire la diminuer. Par toutes ces observations nous rendons compte des variations que laisse apercevoir notre précédent tableau entre les deux graphiques comparés *. On remarquera cependant que les différences n’excèdent jamais un à deux centièmes de seconde par syllabe, soit en trop, soit en moins. Donc la concordance du tracé direct et de la transcription est parfaitement exacte; donc aussi on peut se fier absolument, pour l'étude des durées, à l'appareil enregistreur qui nous a servi à établir notre ouvrage.
Partant, toutes nos analyses sont concluantes, et nous pouvons démontrer que la déclamation du sujet G, dans l'inscription simultanée de notre morceau de Cinna, I, reproduite plus haut, est conforme aux déclamations des sujets C Ï JR, consignées dans nos tableaux généraux. Nous allons ÿ retrouver les mêmes caractères, avec les mêmes formations rythmiques. La comparaison, en prenant pour point de départ la diction de G, est d’un grand intérêt.
1° L’e muet. — Il a disparu aux places suivantes : v. 1,5. $ (cf. Cet R}; v. 3,s. 10 (cf. Î R); v. 8,5. 8 (cf. CÎJR); v. 12,5. 9 (cf. CÎJR); Prumsentiet CT ]R).
Il s’est maintenu au contraire à toutes les rimes, pur hasard certainement, d’après les cas que nous venons d’énumérer.
Il apparaît indûment dans plusieurs vers : &) en tête d’un mot et devant une consonne : v. 4, s. 9 (CÏJR n’en offrent pas d'exemple dans
1. M. Chlumskÿ a remédié à une autre cause d’erreur. La bande de papier, dans le premier état de l'appareil transcripteur, frottait parfois, si l’on n’y faisait attention, contre le bâti de bois. Il s’ensuivait un léger ralentissement, auquel il faut sans doute attribuer la divergence des hauteurs musicales que j'ai constatée au v. 7, s. 6 et au v. 9,5. 6. Cf. Chlumskÿ, Remarques sur l'appareil Lioret, Revue de Phonétique, 1912, Il, p. 147-157.
les graphiques qu’ils nous ont fourni pour ce passage, mais nous avons rencontré ailleurs des faits semblables) ; b) après une consonne finale, en
l'absence d’élision : v. 2, s. 6 (cf. Ï J) et v.6, s. 8. La valeur temporelle de le muet montre en deux endroits qu'il ne doit pas être rattaché à la progression rythmique subséquente, mais bien au membre métrique précédent : v. 2,s. 3 (cf. R); v. 8, s. 2. 2° Le silence. — Il ne sert pas à marquer la séparation des syllabes ou des groupes métriques, mais il intervient dans les conditions que nous
connaissons déjà :
a) Après des termes exclamatifs ou des apostrophes pathétiques : v. 1,8. 2 (cf. JR); v. 4, s. 2 (cf. C); v. 7, s. 2 (cf. JR); v. 9, s. 1. b) II marque des oppositions de sens : v. 2,s. 6 (cf. C TT); v. 8,5. 6 (cf CD: 10,5 ECC D)
c) Il isole les uns des autres des membres de phrase très étendus, et, comme tel, on le rencontre fréquemment soit à l’intérieur du vers : v. 6, s. 8 et v. 9, s. 6 (cf. C), soit à la fin (ici les exemples sont très nombreux). Mais il n’est pas lié à la césure, et certains alexandrins en font foi :
v. 1(cf CIJR); v 3 (É CIJR); 7 4 CE CEJR); v. 6 (cf. CIJR); v. 7 (CE CITR); ve r2(f FTR 2 CCR CIJR). Il n’est pas lié non plus à la rime : v. $ (cf. JR).
3° Les groupes rythmiques. — Nous retrouvons tous ceux que nous avons déterminés. a) Pieds métriques non suivis d’e muet. — Ce sont, en les distinguant par leurs signes connus :
— v.9,s. 1 (cf. ÎJR), et, par suite d’une suppression d’e muet, v. 8, s. 7 (cf. CiJR);
— v.1,s. 6-7 (cf. CIJ R); v. 3,5. 1-2 (cf. CÎJR), etc…., les exemples sont nombreux ; RS RS (CR CUT R); v. 13, s. 1-3 (cf: CFA) eme
DORE rs re CRC JR) : v. 3, s. 3-6 (cf: CIJRIere.s
— représenté à l’état impur au v. 9 (cf. CI JR);
— y. 9,S. 7-12; ce groupe est transformé chez les sujets CÎ JR, selon les règles posées par nous.
b) Pieds métriques suivis d’e muet :
PNR rs euCteC I JR) ; V7 — v.2,s. 1-3 (cf. R, en ne tenant compte que de cette déclamation, la seule où la syllabe féminine se distingue nettement de celles qui lui succèdent); v. 3, s. 11-13 (cf. R); STE ar poserlOrtS (CI. CR); MP RSS 8073 (ct: JR); —— représenté, grâce à l’adjonction d’un e muet, mais à l’état impur, v. 4, s. 8-13 ; k — absent dans le graphique dû à G comme dans ceux dus à CI JR. Nous savons d’ailleurs que ce groupe est très rare. Mais nous avons la chance de rencontrer ici une combinaison encore plus étendue, c’est la suivante : Ÿ — y. 6, s. 1-9. Le pied est impur chez CÎJR; nous avons d’ailleurs fait entrevoir combien des formations semblables sont exceptionnelles.
DNL RIT TENSION En
Tous les groupements qui précèdent sont fondés sur le sens. En outre le tracé direct comme la transcription nous laissent en outre apercevoir des accidents secondaires et des altérations rythmiques du genre de celles que nous avons rencontrées dans nos tableaux généraux. Ce sont d’abord des accents accessoires, caractérisés par l'allongement d’une syllabe quelconque sans prédominance de la consonne. Le texte choisi ne comporte pas la possibilité de phénomènes de cet ordre à l’initiale du pied métrique, mais seulement à l’intérieur. On peut citer : v. 10, s. 4 et 10 (cf. à ces deux places CI JR). |