CONCORDANCE DES DURÉES : CONFIRMATION DE NOTRE ENQUÊTE 4BI
De même la tendance du membre monosyllabique à s'agréger à un membre plus long ou à un autre membre monosyllabique se constate en un endroit (v. 11, s. 7). Sans doute CI JR ont ici déclamé autrement, mais tous, en d’autres passages, prononcent comme G. En tout cas, le tracé direct et la transcription nous montrent un groupe iambique (v. 13, s. 7-8) combiné avec un groupe antécédent plus étendu de manière à former un /seul pied. On comparera les dictions de J et de R.
Les accidents secondaires d'ordre oratoire sont fréquents. En un point la modification totale du membre métrique est seulement amorcée (v. 4, s. 7-8; cf. Ï). Mais, au contraire, les deux premières syllabes du premier vers doivent être considérées comme un iambe provenant de la fusion de deux monosyllabes, iambe dont le temps marqué se serait déplacé pour produire un trochée (cf. JR). Aïlleurs une formation 4 2 (v. 2, s. 6-12) est passée sous l’emphase à 3 + 3, selon une loi connue, sans qu’à la même place C Ï JR présentent rien de tel, mais nous avons dit que l’unanimité des sujets n'existe pas toujours. Ailleurs enfin le groupe rythmique présente intérieurement un accent secondaire de forme nettement oratoire, avec prédominance de la consonne (v. 9, s. 2, cf. CÎJR; v. 12,5. 4, cf. CiJR).
De même, la césure et la rime ont les caractères que nous leur avons reconnus. Elles ne l’emportent pas nécessairement l’une ou l’autre sur les autres allongements du vers (v. 1, cf. C ERREN 2 ef l: v. 7, cf. LT Rev: ie cf. C). Nous avons de plus la preuve, et par le tracé direct et par la transcription, que l’alexandrin classique est bien réduit, dans la diction moderne, aux formes de l’alexandrin romantique, sans qu’on sente la nécessité d’un temps marqué à l’hémistiche (v. 6, cf. CJR; v. 12, cf. CJR; v. 13, cf. JR).
4° Les durées comparées. — Puisque, dans le tracé direct et dans la transcription, les valeufs temporelles des syllabes coïncident exactement à un ou deux centièmes de seconde près, il est tout naturel que les vers, pris dans leur ensemble, dans les accélérations ou les ralentissements des vitesses, laissent voir les mêmes variations ; seulement, comme il s’agit d’un total de tous les éléments composants, les différences seront un peu plus grandes. L’écart monte en effet, dans un cas, jusqu'à 6, chiffre minime. Voici d’ailleurs le plan que nous avons dressé, sans tenir compte des silences (cf. tableau).
Il y a donc certitude absolue et l’on peut dire : le v. 1 a duré plus longtemps que le v. 2; le v. 2 moins longtemps ES le v. 1; le v. PEL plus Nos |TRACÉ DIRECT| Transcription N° |TRACÉ DIRECT] Transcription rapide que le v. 2, le v. 4 plus lent que le v. 3 et ainsi de suite. Au point de vue des pieds rythmiques, l’inégalité des valeurs est manifeste. Nous en prendrons comme exemple le v. 4, constitué par quatre membres À 3,89 (mb. 1, mb. 2, mb. 3 et mb. 4). On trouve en effet : 5 74
MP Trot Ge rrs fl = 107, J — 78; R — 103):
Mb. 2 — 91-92 (cf. C — 74; Η 65; J— 55; R —6r);
Mb: 3 — 79-79 (Cf. C—55;l=75; J= 50; R— 64);
Mb:4 = 122-127 (ct. C = 101 ; Î — 99; J 109; R — 122);
soit une plus-value nettement marquée pour les membres 1 et 4, ceux dont les éléments composants sont les plus nombreux. On peut calculer de même la valeur des deux hémistiches (H 1 et H 2) :
PM no 10 EL Cri 168; 7) "133: R — 164);
H 2. 201-200 (cf. C = 156; Î = 174: ] — 159; R — 186).
Le second hémistiche est prédominant pour tous les sujets, sauf pour C, qui d’ailleurs y a supprimé deux e muets. G se range donc du côté
de la maiorité. On pourrait faire des observations analogues sur tous les autres alexandrins du même morceau. L'identité temporelle des
groupes rythmiques n’est décidément pas obligatoire dans la poésie française.
Lors. — L'alexandrin. x
Quant aux variations des durées totales dans la succession des vers, on les notera de la façon suivante, en prenant pour point de départ la
déclamation de G et en la comparant avec celle des sujets Ci] R, selon l’ordre indiqué plus haut : v. 1 — + partout; v. 2—— partout; v. 3 — — avec R; v. 4 = + partout; v. $ —=—aveciJR; v. 6 — — partout; v. 7 — + partout; v. 8 — — partout; v. 9 — + avec GHIe v. 10 — + avec J; v..1r = + avec CJR;v. 12 = — partout ; v. 13 — —+ avec C.
De ces variations, quelques-unes sont caractéristiques. Les v. 1, 9 et 11 sont plus longs parce qu'ils contiennent un ou plusieurs éléments particulièrement pathétiques, le v. 4 pour la même raison, et en plus, chez G, par suite de l'addition d'un e muet; le v. 7 encore pour le même motif et aussi parce qu’il contient $ accents, tandis que les vers avoisinants en ont respectivement l’un 2, l’autre 4 seulement. Inversement, les vers qui font suite à des alexandrins tels que ceux que nous venons de définir, ou qui les précèdent, ont une importance temporelle moindre. C'est le cas des v. 2 et 5; les v. 6, 8 et 12 doivent au contraire leur rapidité au petit nombre de temps marqués qu'ils présentent. Quant aux divergences, elles seraient expliquées soit par des valeurs différentes accordées aux accents, soit par l’adjonction ou la suppression de l’e muet à certaines places.
Encore une fois, la preuve, au point de vue des durées, est complète, Nos analyses étaient bonnes, et l'appareil employé mérite toute confiance. Nous pouvons maintenant passer à la hauteur musicale.
LES ACUITÉS
Elles ont été mesurées sur le tracé direct par le procédé ordinaire, à l’aide du compas à écartement fixe dont nous avons parlé. Pour la transcription, nous nous sommes servi de la règle, graduée de 11 millimètres en 11 millimètres, que nous avons construite. Nous y avons déterminé un intervalle de 5 que nous avons reporté sur les’ courbes fournies par M. Lioret, à un point correspondant environ à celui du graphique origipal, et nous avons alors établi notre calcul selon les règles que l’on connaît, X v. d. pendant $® donnant pour une seconde XX2X 2% 10, en vibrations simples.
À priori, les causes de non-concordance sont celles-ci : les pointes du compas à écartement fixe sont un peu grosses et ne permettent pas, sur le tracé direct, de tenir compte des fractions minimes dans le dénombrement des vibrations, ce qui peut amener une légère erreur lorsqu'on détermine la hauteur musicale pour une durée d’une seconde. De plus, la non-équivalence des durées peut exercer une répercussion. Enfin, le désaccord des deux mouvements, celui de lappareil enregistreur qui recueille l'inscription directe, et celui du phonographe qu’on impressionne en même temps, peut se produire justement à l’endroit qu’il s’agit de mesurer. En fait cependant, nous n’avons rencontré que deux fois’ une divergence, d’abord à la syllabe 6° du v. 7 (440! v. s. contre 460) et à la syllabe 6° du v. 9 (360 contre 380). |
D'autre part, notre expérience nous permet d'apporter une réponse décisive à une question longtemps débattue, et justement dans le sens selon lequel nous l'avons réglée. M. Rousselot ? avait écrit : « Une difhculté se présente souvent pour les finales. Après des vibrations bien nettes, d’autres succèdent d’un caractère douteux. On se demande si elles répondent à un son réel ou si elles ne sont pas dues à la persistance du mouvement de la membrane. Lorsque le son se trouverait trop grave pour la voix du sujet, la seconde hypothèse est seule admissible. » Nous avions pourtant résolu de faire entrer dans nos tableaux généraux toutes les notes de 140 et de 160 v. s. que nos tracés nous laissent constater dans la