Abbé Rousselot, Principes, p
2. On pourra se reporter à la fig. 509 des Principes de M. l’abbé Rousselot, p. 732, où la démonstration est faite.
exemple : alors quelle que soit l’énergie de l'articulation, l’arc-décrit ne nous est d'aucun enseignement et, si nous voulons instituer une comparaison, toute certitude nous échappe.
Le timbre, lui aussi, doit être pris en considération, car il est l’indice de dépenses d’air variables qui dépendent de la section et de la forme des orifices de sortie. M. Roudet : avait déjà fait ressortir ces différences, et il avait montré que le débit est d’autant plus grand que la bouche est fermée, qu’il atteint son minimum pour l’4 et son maximum pour li, les autres voyelles se distribuant entre ces deux extrèmes selon le degré d'ouverture des lèvres. M. l'abbé Rousselot ? s’est ensuite livré à la même enquête, et il est arrivé aux mêmes résultats. Il a trouvé que pour 1 d'intensité, 4 reçoit 8,8 d'air et # 17,4. Dans d’autres expériences, il classe les voyelles de a à #4, timbres négligés par M. Roudet dans le tableau qu’il avait fourni, l’échelle restant la même pour , 6, à, 4, à, e, é, i, sons qu’ils ont examinés tous les deux.
Pour les consonnes, il semble qu’il sufrait de comparer l'élévation des courbes, s’il s’agit de spirantes, et celle des explosions, s’il s’agit d’occlusives : c’est ainsi qu'avait procédé M. l’abbé Rousselot dans sa thèse pour des groupes comme #616 (tonton) et pôpô (pompon). Mais la comparaison n’est possible que pour des consonnes identiques. M. Roudet, qui a sous ce rapport étudié les spirantes, montre que le débit moyen est plus faible pour les sonores que pour les sourdes correspondantes.
Mais laissons les consonnes, — elles n’ont, en effet, dans l'intensité syllabique, nous l’indiquerons-plus loin, qu’un rôle accessoire — et revenons aux voyelles. Pour la détermination de l'intensité brute, il ressort du précédent développement que les nasales ne sont pas absolument assimilables aux orales, que pour celles-ci on doit tenir compte de la hauteur musicale et de la dépense d’air. Soit donc un mot comme rafreei (rafraichi), pour lequel nous allons indiquer une acuité et au-dessous une amplitude 5 imaginaires. Si nous obtenons les chiffres suivants :
a fre ei . 300 300 320 20 21 23
il nous est impossible de savoir sur quelle syllabe effort a été le plus grand, ou du moins nous en sommes réduits à des présomptions. Mais si les mesures au contraire sont celles-ci :
ra fre ei
nous dirons sans crainte de nous tromper que la finale a supporté le travail le plus considérable puisque l'amplitude y est beaucoup plus importante malgré l'élévation de la hauteur musicale et que, décompte fait des différences de dépense d’air entre e et {, cette dernière voyelle décrit un arc de beaucoup supérieur à la précédente.
Cependant ce n’est pas l’intensité mécanique qui intéresse le phonéticien ; nous jugeons de l’énergie dépensée d’après notre oreille, d’où la nécessité pour nous d'obtenir une mesure exacte, autant que possible, de lintensité auditive. Ce sera l'intensité potentielle, ou théorique, ou psychologique. Nous rechercherons comment la voix distribue ses efforts et sur quelles syllabes tombent les accents. Il s’agit, étant connues les conditions de hauteur musicale, de timbre et de force nécessaires pour que les sons soient perçus, de savoir dans quelles relations ils se trouvent entre eux. Les déterminations à faire sont du domaine à la fois de l’objectif et du subjectif : de l'objectif parce que la classification n’a pu être basée que sur une longue et délicate enquête et que, d’autre part, les sujets parlants cherchent à produire pour autrui des effets intentionnels;
1. Roudet, De la dépense d’air dans la parole (La Parole, 1909), expériences faites à l’aide du spiromètre. 2. Abbé Rousselot, Principes, p. 1054-1077.
3. Nous expliquerons plus loin à quoi correspondent ces chiffres d'amplitude.
du subjectif parce que ces sujets se servent de moyens naturels auxquels ils attribuent une valeur efficace et certaine. Autre chose sera de savoir si le but poursuivi est toujours atteint, et la question se posera de même pour la durée et la hauteur musicale.
Dans l'analyse des vers inscrits, nous avons complètement laissé de côté les consonnes, faute de recherches préliminaires et d’un procédé commode qui nous permit de les examiner. Nous avions de sérieuses raisons d’agir ainsi, et cette élimination n’a rien d’inquiétant pour les conclusions de notre travail. Nous avons déjà indiqué, et nous le montrerons abondamment ailleurs, que la consonne, au point de vue de la durée et de la hauteur musicale, joue dans la syllabe un rôle purement accessoire, qu’elle n’en est pas l'élément principal. Il en est de même en ce qui concerne l'intensité auditive.
De plusieurs séries d'expériences faites par M. l'abbé Rousselot ‘, en 1906 et 1907, il ressort, d’une part, que toutes les consonnes n’ont pas la même compréhensibilité ; d'autre part, qu’elles sont influencées sous ce rapport par la voyelle dont elles sont accompagnées ; enfin, point très important, que la voyelle s’entend beaucoup plus clairement que la consonne. Ainsi pour une liste de mots écoutés à une distance de 150 mètres, le résidu perceptible est celui-ci :
brochant «à bandé touchant à transi chanteau 46 chanson 6 chanceux & bourdon 6
À 65 mètres, toujours d’après les mêmes expériences, dans les mots suivants il subsiste :
château 6 couteau 6 appas 4 chapeau 6 rustaud 6 colas 4
Ainsi se trouve confirmé par l’intensité ce que l’examen des tracés, sous le rapport de la durée et de l’acuité, nous apprend au sujet de la nature de la syllabe.
Cependant la consonne ne nous échappera pas tout à fait. « Ce que les linguistes ont besoin de connaître, dit M. Roudet ?, c’est l'intensité relative des syllabes. Or, l'intensité de la syllabe résulte de l'intensité de la voyelle, sans doute, mais aussi de l’intensité des consonnes qui lui sont unies. Malheureusement, nous savons très peu de chose sur l’intensité auditive des consonnes et nous ignorons comment elle se compose avec l'intensité des voyelles pour produire l'intensité de la syllabe. » Sur la question de la compréhensibilité des consonnes nous venons de donner les indications nécessaires. Il faut ajouter que la consonne exerce une influence indéniable sur lPaudibilité de la voyelle 5. Nous signalerons plus loin que dans une articulation forte, l'amplitude des vibrations de la voyelle est d’autant plus considérable que l’énergie déployée sur la consonne est plus importante. Par conséquent, sinon directement, du moins indirectement, la consonne ne sera pas soustraite à notre enquête.
Reste donc la voyelle. Toutes les observations faites à propos de l’intensité mécanique subsistent, et l’audibilité trouve sa définition dans l’amplitude corrigée par la hauteur musicale, par la dépense d’air propre à chaque son, enfin par le timbre. En d’autres termes, l'intensité auditive potentielle n’est pas un phénomène simple, mais une résultante.
J'ai procédé d’après des bases et une méthode qui n’ont été fournies par M. l’abbé Rousselot. L'amplitude seule mesurerait Pintensité auditive s’il s'agissait d’un son de timbre et de hauteur identiques produit à plusieurs reprises, avec une force variable. On peut en faire l'expérience avec un