Abbé Rousselot, Principes, p
2. Roudet, Eléments de phonétique générale, p. 225. 3. Il est même certain que les deux articulations se pénètrent et que dans un groupe a, pat exemple, le / entre en quelque sorte dans la.
Lore. — L'alexandrin. 5
diapason : alors le phénomène ne présente aucune complication. Il n’en est pas de même si les timbres et les hauteurs ne sont plus semblables. Je rappelle les principaux faits. ;
Les premières enquêtes de M. l'abbé Rousselot :, entreprises d’abord au Bois de Boulogne, ensuite à la Croïx-de-Berny, cette fois avec le concours de M. l'abbé Rigal et le mien, avaient fait apparaître qu’au delà d’une certaine distance, variable pour chaque voyÿelle, le timbre exact n’était plus correctement entendu, a étant perçu comme æ&, # comme 0, etc. Il était donc nécessaire, non pas de rechercher jusqu’à quel point l'oreille peut reconnaître qu’un son est émis, mais jusqu’à quel point elle est capable de lui attribuer le timbre qu’il possède en réalité. Il fallait donc déterminer la limite extrême de compréhensibilité pour toute une série de voyelles articulées avec la même force et la même acuité. Deux groupes immédiatement se formèrent, d'une part 4, 6, é, &, de l'autre. f, #, #, le premier perceptible à une plus’ grande distance que le second, avec des différences entre chaque voyelle. Il fut donc possible de formuler cette première loi : l'intensité auditive dépend du degré de fermeture de la
voyelle.
Mais il fallait aussi étudier le rôle de la hauteur musicale dans la ne le M. l'abbé Rousselot reconnut que la sensibilité de l'oreille
augmente dans une proportion croissante depuis les sons graves jusque vers w/,, et décroissante de wf, à uk; ; à partir de ut, elle diminue jusqu’à ul, borne de l’audition. Cependant la voix humaine n'est pas comme un jeu de diapasons et ne connaît pas d intervalles aussi étendus. Des expériences successives montrèrent que le meilleur rendement correspond au médium : c’est là que l’effort se dépense le plus utilement, tandis qu'aux limites extrêmes, pour une énergie identique, l’audibilité est moins grande.
Ces constatations permirent à M. l'abbé Rousselot de combiner les expériences définitives et d’établir la méthode selon laquelle on pouvait mesurer l’intensité auditive des voyelles. Il fut procédé de la manière suivante, dans le parc du collège de Juilly, en juin 1907 : je prononçais les voyelles 4 é i & 1 6 4 à voix très faible, moyenne et très forte, en ayant soin de fournir le minimum et le maximum d'énergie que peut produire mon organe, le point intermédiaire restant forcément un peu variable. M. l'abbé Rigal reconnaissait la limite de compréhensibilité, et aussitôt la voyelle était inscrite sur un cylindre enregistreur. L'expérience fut faite successivement sur les notes s0/,, si,, rés, sol, sis, r&, sols. Alors, nous mesurâmes l'amplitude obtenue pour chaque son, en nous servant d’un microscope muni d’un micromètre dont chaque division vaut un quart de dixième de millimètre.
Nous pouvions donc dire qu’une amplitude déterminée, à une hauteur musicale connue, pour un timbre donné, représente telle limite de compréhensibilité, et l'arc de la vibration, de la base au sommet extrême, permettait de tenir compte des variations de la dépense d'air. M. l'abbé Roussélot, possédant pour chaque son trois points d’audition établis par expérience, put alors construire une série de courbes qui constituent des tables de réduction. Je les reproduis telles qu’il les à données dans ses Principes ? (fig. 20). J'ai travaillé sur une première édition de ces tables 5 où l’# de 240 v.s. et l’{ de 300 v. s. étaient manifestement faux et ont dû être retouchés selon les constructions définitives. Les résultats obtenus d’après la première édition ont été contrôlés au moyen de la seconde table pour un certain nombre de vers. Il y a eu concordance absolue, non pas des chiffres, mais des relations existant d’une syllabe à l’autre.
On remarque que les voyelles prononcées sur une note très basse, äux limites inférieures de ma voix (je ne puis fenir un son plus grave), sont perceptibles avec leur timbre exact à une très faible distance; cette distance s’accroît dès qu’il s’agit d’un si, ; elle augmente encore pour le re, et atteint son maximum pour le s0/,, puis elle décroît à la hauteur de si, et ré, demeurant à peu près semblable pour ces deux notes, et s’abaisse encore si je parle sur un s0/, (voix de tête). C’est la confirmation des premières expériences. De même, le tableau indique que d 6 é & sont com-
Abbé Rousselot, Principes, p. 1014-1050.
2. Abbé Rousselot, Principes, p. 1048. Les notes sont indiquées en vibrations doubles! nous comptons toujours en v.s., c’est-à-dire que so = 196 v.d. X 2=— 392 ou en gros 400 vs.
3. La seconde édition ne m'a servi que pour les tracés du sujet x.
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préhensibles plus loin que /, #4, #, enfin que pour une amplitude égale, 4 par exemple est entendu à une distance beaucoup plus grande que # :.
Dans le tableau de M. l'abbé Rousselot, que j'ai reproduit ci-dessus, chaque petit carré de la surface ie représente soit 2 mètres de distance, soit 2 dixièmes de millimètre d'amplitude, soit 2 vibrations doubles. La première édition sur laquelle j’ai travaillé était de dimensions beaucoup plus considérables. Chaque petit carré de la surface quadrillée représentait soit un mètre de distance, soit un dixième de millimètre d’amplitude, soit une vibration simple.
J'ai procédé de la manière suivante pour l’analyse des vers enregistrés.
Il me fallait d’abord connaître les amplitudes. Je les ai mesurées au moyen du microscope. L’instrument dont nous disposons au Collège de France a été construit par la maison Nachet. Il est assujetti au-dessus d’une boîte en verre sur laquelle je posais mes tracés. Ceux-ci étaient éclairés en dessous par une ampoule électrique placée à l’intérieur de la boîte en verre. Un micromètre renfermé dans l’oculaire permet de prendre les dimensions de la vibration, de l’extrème base à l’extrème sommet, pour la ligne du nez et pour celle de la voix. Les deux chiffres sont additionnés. C’est à cause de ce micromètre que j'ai dû soumettre à un triage l’ensemble de mes graphiques, éliminer ceux qui ont été obtenus à l’aide de grands tambours, car dans bien des cas les vibrations énormes ne pouvaient être couvertes par l'échelle micrométrique et toute mesure exacte était par conséquent impossible. Pour la même raison, mes vers isolés ne n’offrant pas de tracés convenables, j'ai dû adjoindre à la liste primitive de mes textes les alexandrins numérotés de XXII à XXV. Je les ai fait inscrire en priant mes sujets de marquer très fortement les accents d'intensité : onen verra plus loin les motifs.
Mais revenons au micromètre. Chacune de ses divisions est égale à un quart de dixième de millimètre. Pour réduire le chiffre obtenu en dixièmes de millimètres, il m’a donc fallu le multiplier par 4. Par conséquent, si la vibration examinée correspond, la somme du nez et celle de la voix une fois faites, à 10 divisions du micromètre, l’amplitude sera de 10 X 4 — 40 dixièmes de millimètre.
Soit donc à déterminer la distance d’audibilité pour une voyelle # d’une acuité de 300 v. s. dont l'amplitude est celle donnée ci-dessus. Il faut construire, sur une feuille de papier quadrillé au millimètre, une échelle mobile. Chaque petit carré représentera un dixième de millimètre. Le o de cette échelle sera reporté sur la ligne des ordonnées de ré, dans la table de réduction jusqu’au point où le 40 coupe la ligne de é. À gauche, les distances en mètres sont indiquées : nous constatons que l# en question a été prononcé avec une intensité qui permettait de l'entendre avec son timbre exact à 65 mètres (en chiffres ronds, toutes nos mesures ayant été prises de $ mètres en 5 mètres, sauf pour des compréhensibilités très faibles : alors, quand il a fallu indiquer des différences peu considérables, nous avons fourni dés chiffres précis).
S'il faut au contraire trouver sur le tableau l’intensité d’une voyelle dont l’amplitude, la hauteur ou le timbre n’y figurent pas, C’est encore possible. Pour une amplitude supérieure, on prolonge simplement la courbe. Pour une hauteur de 350 v. s. par exemple, étant donné uñ'é semblable au précédent, on établit l’audibilité qu’il posséderait s’il était de 300 v. s., puis celle qu’il aurait sil était de 400 v. s. (ré, et so), enfin, on réunit les deux points ainsi déterminés par une ligne droite. La ligne des abcisses permet de rencontrer 350 v.s. On prend la perpendiculaire pour axe des ordonnées et l’on agit ensuite comme précédemment. Au point où l'échelle mobile coupe la nouvelle construction, on a la distance cherchée. Nous n’avons usé de ce procédé que quand il s'agissait de faire apparaître des variations minimes ; généralement les courbes ordinaires nous ont sufñ, et nous avons considéré 230 v. s. comme l’équivalent d’un ré, 360 v. s. comme l’équivalent d’un s0/,. C'était suffisant pour nous permettre de reconnaître l’accent rythmique.
Quant aux timbres pour lesquels aucune courbe n’a été fournie, nous les avons traités comme ceux qui leur sont le plus voisins. « Quelques voyelles ont été omises, dit M. l'abbé Rousselot ? à qui nous laissons la parole; ce sont : a, 4, é, e, i, 6, 0, æ,u, &, u. Maïs nous savons par les
. Du moins dans les limites indiquées par M. l'abbé Rousselot : « les voyelles prononcées de façon à être comprises entre 20 et 60 mêtres, excepté pour les notes graves, ont Pr cours qui se confondent. C’est en deçà et au delà an elles divergent » (Principes, de 1045). . Abbé Rousselot, Principes, p. 1047.
ra L'EXPRESSION NUMÉRIQUE DES TRACÉS 37
tableaux de compréhensibilité (expériences de la Croix-de-Berny) qu’elles diffèrent assez peu de celles qui ont été étudiées. » L'erreur est donc insignÿfiante si l’on mesure les moyennes et les ouvertes sur les fermées correspondantes.
Les voyelles nasales ont été enregistrées à l’aide de deux tambours semblables, de 17 millimètres de diamètre, avec trois degrés différents de nasalité : ordinaire, forte, très forte. D’après la distance d’audition, il a été reconnu que si l'amplitude buccale équivaut à peu près à l'amplitude nasale ou lui est supérieure, l'intensité se mesure comme pour les voyelles simples, en faisant la somme de l’amplitude nasale et de l'amplitude buccale. Si l'amplitude buccale n’est que de la moitié de la nasale, on procède comme à l’ordinaire et l’on divise le chiffre obtenu par 2 environ. Si l’amplitude buccale enfin est huit fois plus petite que la nasale, le résultat trouvé devra être divisé par 10, 4, d’où, toute une progression qui,
calculée rigoureusement, serait la suivante :
pour une amplitude buccale 3 fois plus petite que la nasale, on divise par 3,4
RE 5 FE 6,2 FE 6 49 74 —- Gi = 9
Une chose est certaine, c’est que la nasalité s'accroît en raison inverse de l’intensité auditive et que, plus le souffle passe par le nez, plus la distance de compréhensibilité est réduite. En fait, il faut apporter quelquefois un léger tempérament à la progression ci-dessus, diviser par 3 au lieu de 3, 4 et ainsi de suite, en se basant sur les syllabes qui entourent la nasale. Un peu d’élasticité est nécessaire dans les calculs, puisque 4 (B. 8, N. 68) a été compris : à 21 mètres, & (B. s, N. 92) à 23 mètres.
Toutes les fois qu'il ne s'agissait pas de faire apparaître des différences minimes, nous avons procédé avec des chiffres ronds, et nous avons divisé par 5 au lieu de 4,8, par 6 au lieu de 6,2, afin de nous éviter un travail fastidieux. Les résultats obtenus semblent cependant indiquer parfois une distance d’audition exacte un peu trop grande. Si, comme le dit M. abbé Rousselot ?, un 4 prononcé sur un s0/, et présentant à la bouche une amplitude de 30 dixièmes de millimètre, au nez de 15, a été entendu à 84 mètres par M. l'abbé Rigal, en reportant ces 45 dixièmes de millimètre sur l’a des tables de réduction, on attribuera à 4 une compréhensibilité de 112 mètres. Ce sont 39 dixièmes de millimètre qui représenteraient pour un. 4 84 mètres d'intensité auditive. Mais cette inexactitude d'évaluation ne se produit que pour les 4, 8, 6, & dont l'amplitude buccale équivaut à peu près à l'amplitude nasale ou lui est supérieure ; ailleurs, grâce aux éliminations opérées, elle est minime; dans tous les cas, les mesures obtenues sont suffisantes pour faire apparaître à sa place l’accent d’intensité que le présent ouvrage à pour but d’étudier.
Donc, pour donner un exemple de nos notations, nous transcrirons un vers entier. On lira à la première ligne les durées, à la seconde les hau-
teurs musicales, à la troisième les intensités : Point de pain quelquefois et jamais de repos (XXV H r°).
Puwè dæ __pè kel ke fwa e ja mé dæ r@ p6 29 14 38 19 19 43 : 13 20 32 14 17 38 7!
340 380 380 400 460-380. 400 380 420 460 520-460 360 320 400 420 480-440 360 440 400 440 480-400 30 IIO IIO 170-120 155 145 IO$ 170-70 130 150 160-130 95 105 200-190