‹ L'Alexandrin Français: D'après la Phonétique ExpérimentaleChapitre 34 sur 282 · Abbé Rousselot, Principes, p · texte numérisé non relu

Abbé Rousselot, Principes, p

On remarque, à la ligne des intensités, que certains sommets apparaissent à des intervalles variables. C’est par eux que s'établit, selon les règles que nous exposerons ailleurs, le rythme d'intensité. Nous-avons donc pensé, comme pour la durée et l’acuité, que les différences entre les syllabes devaient ètre traduites pour l'œil par des signes particuliers. Nous avons noté par À le temps marqué principal, par À le temps marqué secondaire, sans .désioner les atones d’une façon spéciale : elles sont suffisamment reconnaissables par l’absence de tout indice. Si nous reprenons par conséquent le vers cité, nous lui attribuerons définitivement la transcription suivante :

Puë do pè kel ke fiva e ja mê dæ r@œ pô 29 14 38 19 19 43 13 20 32 14 17 38 > ŸU — U VU RE 5 U VU = 2 U —

O O : O O 30 IIO 110 170-120 155 145 IOS 170-70 MH30 150 160-130 95 I0$ 200-190 AN A PA\ A ; VAN

L'intensité des voyelles et des semi-voyelles seules est indiquée et la sixième syllabe se lira ainsi : compréhensibilité de w — 105$ m. de 4, pour $20 v.s. — 170 m., du même 4, pour 460 v.s. —70 m.

La place du graphique où l'amplitude de la vibration doit être mesurée n’est pas indifférente. Elle est déterminée par l’acuité et doit être recherchée selon les indications fournies par la hauteur musicale, dans la tranche de la voyelle où le son est le plus aigu. Lorsque l’effort produit ne coïncide pas avec le maximum d’élévation de la voix, nos lectures ont été faites de telle sorte que nous avons transcrit la note sur laquelle l'énergie déployée a été la plus grande : cette éventualité n’est d’ailleurs à envisager que quand il s’agit de syllabes longues. Dans les syllabes longues et brèves, il'n’y a pas d’inconvénient à mesurer l’arc de la vibration immédiatement après l’explosion d’une syllabe occlusive, car cette explosion donne souvent à la voyelle une force dont il faut tenir compte. Dans tous ces cas, c’est l'amplitude la plus considérable qui doit être prise comme base du calcul. La distance de compréhensibilité peut paraître quelquefois un peu exagérée : on notera cependant que l’acuité déterminée n’est souvent pas /enue et que l'effort peut être limité à quelques vibrations pour s’atténuer aussitôt.

Lorsqu'une voyelle précède une consonne explosive, il faut avoir soin de ne pas mesurer l'amplitude immédiatement avant l’occlusion de cette consonne, car autrement on s’exposerait à des mécomptes. En effet, au moment où la bouche va se fermer, il se produit, selon la remarque de: M. Bourdon :, un débit d’air plus grand, sans que l'énergie réelle en soit le moins du monde accrue. On en fera l'expérience si l’on prononce une syllabe comme 4p contre le dos de la main. Un peu avant le commencement du p, le souffle devient plus fort; il faut Aonc prendre l’amplitude de la vibration la plus éloignée de l’occlusion dans la tranche choisie.

De même quand une voyelle, dans une succession de syllabes brèves, est située entre deux consonnes explosives, on constate souvent qu’elle possède à la ligne de la bouche une amplitude considérable. Celle-ci n’est point l'indice d’une intensité auditive plus importante : elle provient seulement d’une accumulation d’air produite dans le tambour ? et le chiffre obtenu doit être diminué selon les indications fournies par les voyelles les plus voisines. Soit donc un groupe comme : car tu parle bà (car tu parlais bas); si l’on trouve pour la voix en dixièmes de millimètre à —6, u—14,a—6,e—6, à — 12, on comptera l’u seulement pour 6 d’après les deux 4 placés l’un avant, l’autre après cette voyelle. La réduction opérée peut être de la moitié ou des deux tiers, jamais davantage ; c’est du moïns ce qui ressort des nombreuses lectures faites is nous.

1. Bourdon, Année psychologique, 1897 : Application de la méthode graphique à l'étude de l'intensité de la voix. 2. M, l’abbé Rousselot l’a noté. Cf. Princibes, p. 1061.

Un autre cas, assez peu différent de celui que nous venons d’examiner, doit être encore signalé. Il s'agit des voyelles qui précèdent ou suivent immédiatement une consonne nasale, Le mieux est dé mesurer l'intensité à une place où la nasalité de la consonne n’influence plus la voyelle. Si cependant la hauteur musicale exigeait qu'il en füt autrement, on abaisserait le chiffre trouvé pour la nasalité selon les indications fournies par les voyelles les plus voisines. Lorsque dans une syllabe brève, deux consonnes nasales encadrent la voyelle (aime-moi), la même réduction doit être opérée : l'amplitude considérable ést seulement le signe que le voile du palais n’a pas tout à fait repris sa place normale.

Dernière remarque enfin. L'on a vu que les courbes de M. l’abbé Rousselot n’ont pas été construites pour des sons plus graves que 200 v. Or, certaines syllabes de nos graphiques descendent jusqu’à 180, 160 et même, exceptionnellement 140 v. s. Nous avons mesuré ces acuités sur la ligne du 50, et nous avons reproduit le chiffre obtenu avec ou sans correction, selon les besoins du moment. Pour prendre un exemple, si ün a (180 v. s.), compris à 15 mètres, est suivi d’un # (160 v. s.) compris à $ mètres, nous transcrivons purement et simplement les nombres trouvés. Si, au contraire, un a (180 v. s.) compris à 15 mètres, est suivi d’un # (160 $. v.), compris également à 1$ mètres, d’après la courbe de 50/,, nous réduirons ce dernier chiffre à 8 ou 10 mètres, sans crainte d’erreur, puisque nous savons qu’un abaissement de hauteur musicale-entraine une diminution de l'intensité auditive. Il s’agit en effet pour nous, non point d’indiquer les distances exactes de compréhensibilité, mais de faire ressortir que telle voyelle l'emporte sur telle autre, que tel son est entendu plus loin que celui dont il ést précédé ou suivi. Nous avons pu également, sans difficulté aucune, étudier d’après le s, et le ré, les tracés dus à x, quoique la hauteur musicale moyenne de sa déclamation ait été plus aiguë que pour les autres sujets. Mais l'énergie déployée a été assez faible et le tableau suffisait TT on verra d’ailleurs que les résultats . obtenus concordent avec ceux que fournissent les autres graphiques.

L’intensité a été calculée en mètres d’audition. Mais il faut s’entendre. Les chiffres donnés signifient simplement que telle amplitude représenterait exactement telle distance de compréhensibilité si les sujets articulaïent toujours devant l’appareil enregistreur comme l'individu d’après lequel M. l'abbé Rousselot a dressé ses tables de réduction, c’est-à-dire comme moi-même. Mais certains rapprochent davantage l'embouchure de l’orifice buccal, d’autres l’en éloignent plus qué moi. Dans le premier cas, une masse d’air plus considérable parvient au tambour inscripteur et l’arc décrit par la vibration est plus grand. Dans le second cas, la masse d’air communiquant à la plume un mouvement moins violent, larc décrit par la vibration est plus petit. Par conséquent, deux articulations d’égale énergie réelle, selon le sujet qui déclame, peuvent être traduites par des chiffres différents. Il ne faut pas s’y tromper, et si, pour deux voyelles successives on lit, par exemple, 60 et 30, il faut comprendre que la première est entendue deux fois plus loin que la seconde : je n PE ainsi qu’une relation, non une mesure précise, mais cette relation suffit à l’objet de mon travail et au but que je me suis proposé, puisque j'avais seulement en vue de déterminer la position de l'accent.

Cependant, la précédente observation est encore d’un certain intérêt pour toute une partie de cet ouvrage. Comme pour la durée et l’acuité, on trouvera dans nos tableaux généraux des listes assez longues dans lesquelles nous opposons les vers les uns aux autres, selon l’ordre de succession que le texte leur confère. Nous indiquons pour chaque alexandrin deux chiffres différents : le premier est celui de la compréhensibilité la plus forte, le second celui de la compréhensibilité la plus faible :. Si toutefois l’on compare les différentes dictions, on ne dira pas que tel sujet a parlé deux ou trois fois moins fort que tel autre, mais on examinera si les variations d’intensité, de vers à vers, sont concordantes, si elles se produisent parallèlement dans les déclamations que l’on confronte.

Nous ne nous dissimulons pas que le maniement des tables de réduction est assez délicat, que, d’autre part, nos mesures auraient gagné en exactitude si nous avions possédé les courbes de toutes les voyelles ouvertes et moyennes, si nous avions pu éliminer par calcul direct l'influence de l’occlusion et de la consonne nasale sur larticulation vocalique. « Il est bien entendu, écrit lui-même M. l'abbé Rousselot ?, que ce tableau ne peut servir de mesure que pour des voyelles enregistrées de la même façon et pour les voix semblables à celles de M. Don Mais il peut se

1. Le point de moindre énergie est calculé d’après l'amplitude la plus forte de la tranche musicale la plus grave. Nous avons été obligé de renoncer à mesurer l'arc de la dernière ou des deux dernières vibrations, car cet arc est voisin de O, la voix, au moment où elle va s’éteindre, tendant à l’annihilation complète. 2, Abbé Rousselot, Principes, p. 1047.

transposer, et l’on en tirera des évaluations approchantes pour les autres voix. Quand des expériences de ce genre aufont été faites sut un grand nombre de sujets, on pourra établir une règle plus précise. Pour ma part, je me propose de m’y appliquer. Je livre cette esquisse, dont je sens toute l’imperfection, en attendant mieux. » C’est, en somme, ce que pense M. Roudet ‘ : « Ces graphiques, dit-il, ne sont valables que pour la voix du sujet qui a servi à les établir. » Toutefois, cette dernière formule, présentée en ces termes, risque d’induire en erreur si on ne lui ajoute pas les observations de M. l’abbé Rousselot.

La base est en effet sûre, et il est désormais acquis que l'intensité auditive dépend de la hauteur musicale et du timbre, que # articulé avec la même force que 4, à la même acuité, sera entendu, sauf entre 20 et 60 mètres, à une distance moindre, cela dans toutes les langues et pour tous les individus, par le seul fait que l’orifice buccal est plus ouvert dans la seconde voyelle que dans la première. Le grand honneur de M. l'abbé Rousselot est de l'avoir montré. D'ailleurs, ne concéderait-on aux tables de réduction qu’une valeur particulière et toute individuelle, il y a du moins dans mes analyses une centaine de vers prononcés par moi-même auxquels elles sont applicables, sans contestation. Or, les résultats obtenus pour ma voix ne sont pas dans l’ensemble différents de ceux que l’on rencontre si l’on étudie les autres déclamations : les mêmes lois partout apparaissent. En réalité, dans la parole, seule la limite de perceptibilité change avec les personnes, car l’organe est plus ou moin$” sonore, l’instrument plus ou moins souple, mais les relations établies subsistent : ce sont elles qui importent. à

Il est de même certain que l’audibilité décroît si l’on descend dans les tons graves ou si l'on élève jusqu'aux notes aiguës, le maximum de rendement utile étant fourni par le médium. Pour toutes ces raisons, il me semble qu’on peut faire crédit à la partie de mon travail qui concerne l'intensité. On le fera d’autant plus volontiers si l’on considère, comme j’aurai le loisir de le montrer, que les durées, les acuités, les compréhensibilités se répartissent dans le vers de façon semblable et sont soumises aux mêmes variations.

Enfin, un dernier point doit être examiné : jusqu’à quel point l'intensité potentielle ou psychologique est-elle une intensité vraie ou réelle, comment se combine-t-elle avec les accents de durée et de hauteur musicale de façon à agir efficacement sur l’oreille, comment aussi elle participe à la formation du rythme et quel rôle elle y joue. Cette question sera traitée à deux places différentes de notre ouvrage, d’abord au chapitre onzième, puis à propos des expériences où nous contrôlerons les résultats obtenus *.

Je rappelle, au terme de ce développement, les abréviations et les signes en usage :

[, Il, IT, etc..., ces chiffres désignent les alexandrins isolés ; ils sont suivis d’une lettre indiquant à quel sujet le tracé est dù : l’exposant qui accompagne cette lettre renvoie à la première, à la seconde, à la troisième déclamation du vers dont il s’agit (par exemple, XVO 2): :

Cin., I — morceau de Cinna, I, 4. |

Cin,H= — PAL TA |

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