‹ L'Alexandrin Français: D'après la Phonétique ExpérimentaleChapitre 98 sur 282 · Guyau, Esthétique contemporaine, p · texte numérisé non relu

Guyau, Esthétique contemporaine, p

hémistiches deux à deux, ou, à défaut (v. 4 et 12), les différents groupes rythmiques, pour chacun des sujets C, I, J, R. Dans une seconde colonne (+ S) on a ajouté à la valeur réelle la longueur du silence. On obtient le tableau ci-après : :

Il résulte de ces chiffres que l’isochronie n'existe pas, qu'on fasse entrer ou non en ligne de compte le silence. Pour s’en tenir aux valeurs réelles, * "+ I Re [14 £ [/4 x !! ï = 3 A la durée a varié de 2” 95 à 4” 08 chez C, de 2” 12 à 3”02 chez I, de 2” 48 à 3” 63 chez J, de 2/12 à 3/33 chez R, soit à peu près pour chaque sujet un écart d’une seconde entre le vers le plus long et le vers le plus court. È . 22e . ; < . = . x » > ,» 1 . . 1 Quant à la question de savoir si l’alexandrin classique à quatre accents l'emporte toujours et régulièrement sur l’alexandrin romantique à

trois accents, il suffira d’emprunter un court passage à l’un des morceaux inscrits :

Je me sentais joyeuse et calme, d mon amant, Et j'aurais bien voulu mourir en ce moment.

— Âh! qui n’oublierait tout à cette voix céleste... (Hern., 13-15.) La déclamation de R donne ces chiffres :

Je ne SAS QUE TE NE EN Al RP ETES mô na mà 19 18 23 16 26 42 8 76 22 14 22 16 54 VU UV LAS VU VV aus VU —. [9] 713 VU UV VU = 45 E jo re. byÿê vu lu mu rir GTS) Emo Ca \ .

15 17 17 27 19 18 32 113 26 AI 67 VU VU VU = VU VU U = [82 VU Ps 70

1. Les chiffres sont des secondes et les fractions des centièmes de seconde.

A ki nu Ph = ra EE MANS) e vba 1 set ls 4(œ)

61 15 15 23 15 49 IS Rx CEE 25 21 UOTE = Le] Le] Y VU re, VU [9] = VU =? 152

Il/y a là un vers romantique à trois accents, le second, encadré entre deux vers classiques (du moins le sujet a conservé cette forme au premier) dont chacun possède quatre accents, et un temps marqué sur la sixième syllabe. Or, toujours pour s’en tenir aux durées réelles et en faisant abstraction des silences, le premier alexandrin est de 3” 56, le second de 3” 92, le troisième de 3/ 17. Les coupes sont les mêmes, sauf déplacement oratoire, dans la déclamation de G, et les valeurs respectives sont au contraire de 2” 74, 2! 68, 3" 32. Concluons donc que sa facture ne saurait faire attribuer à tel vers, & priori et sans enquête objective, telle supériorité ou telle infériorité temporelle, ou du moins que le nombre des temps marqués n’est point l’unique facteur des variations dont il s’agit.

Ces accélérations et ces ralentissements dans le mouvement des vers vont maintenant attirer notre attention. Pour chacun des morceaux enregistrés, pour chaque sujet et pour chaque alexandrin, les durées ont été calculées par l'addition de toutes les syllabes, et les résultats de ces opérations : quelque peu fastidieuses ont été consignés dans de longues listes incorporées à nos tableaux généraux. La discussion qui va suivre est basée sur les chiffres ainsi obtenus. Nous nous sommes efforcé de rechercher la raison d’être des variations temporelles et de formuler les règles qui paraissent se dégager de nos observations.

Fallait-il faire entrer les silences en ligne de compte ? Nous nous sommes décidé pour la négative, malgré l'opinion de Becq de Fouquières et de Guyau : d’ailleurs, nous avons déjà vu, par les exemples fournis ci-dessus, que les pauses ne rétablissent jamais l’isochronie absente d’une série de vers consécutifs. Nous avons pourtant, pour un seul morceau, celui du Cid, ajouté la durée des arrêts de la voix à celle des articulations réelles, afin de bien montrer que le phénomène n’était point particulier au passage analysé plus haut ?. Partout ailleurs les tableaux contiennent exclusivement la somme des syllabes qui constituent l’alexandrin, sans égard pour les éléments extrinsèques.

Il faut justifier notre décision. On n’a pas fait intervenir le silence dans la détermination de la valeur du vers, pas plus que dans celle de la valeur de l'accent, parce qu’il n’y a point là uniquement, si l’on peut dire, un fait d’expression. On le montrera plus amplement ailleurs, mais dès maintenant quelques indications sont obligatoires. Des nécessités d’ordre purement physiologiques peuvent en effet forcer le diseur à une pause tandis qu'un autre sujet, dont les provisions d’air ont été plus amples ou dont la capacité pulmonaire est simplement plus grande, pourra réciter plusieurs alexandrins successifs sans avoir besoin de reprendre sa respiration. En outre, les divergences entre les déclamations, si l’on tient compte des silences, ne sont pas moins considérables que dans le cas contraire, mais l’incorporation du temps d’arrêt à la durée totale a l’inconvénient de masquer les différences importantes, celles qui tiennent à la constitution du vers et à sa valeur littéraire. Enfin, en écartant les paüses, il y a un avantage certain de simplification, car, si on les néglige, on dissocie un tout trop complexe, et l’on isole ainsi des éléments dont chacun mérite un examen minutieux. Donc, valeurs temporelles d’une part, silences de l’autre, notre exposition ne peut qu’y gagner en clarté : tel est le parti que nous devons adopter. |

1. Nous espérons que nos additions sont exactes, sans pouvoir le garantir. Elles ont cependant été vérifiées plusieurs fois. 2. Pour ce fragment du Cid, les tableaux généraux donnent donc deux séries de chiffres, la première calculée sans la pause, la seconde avec la pause. Je raisonne toujours d’après la première. ; Lot, — L’alexandrin. 16

122 au L'ALEXANDRIN. FRANÇAIS

L’alexandrin le plus long que nous ayons rencontré a été déclamé par A. C’est celui-ci : Regarde ! Plus de feux, plus de bruit. Tout se tait. (Hern., 9.)

Il est de 6/12. Le plus court est de 1” 75; le voici :

Et toute la Comté jusqu’au dernier faubourg. (R.B., 15 J.)

mais il a été diminué d’une syllabe par la chute d’un € muét. On trouve au contraire 1/98 pour celui-ci :

Il s’en va dans l’abime et s’en va dans la nuit (CPGE 2 7IGRA)

sans qu'il y ait eu réduction d'aucune sorte. Par conséquent, le vers le plus court et le vers le plus long sont dans le rapport approximatif de 1 à 3. Les variations de durée les plus considérables survenues dans un même morceau et pour une même diction sont les suivantes : 1/75 à 3" 76(R.B., 15 et 8 J), 1/81 à 4” or (Andr., 12 et 22 TJ), 1” 95 à 3” 93 (P.G., 32 et 41 G), 2” 62 à 5” 29 (P.G., 23 et 9 B), soit un écart de plus du double,

Quant aux sujets, ils HR Ce des habitudes de déclamation différentes. Les moyennes comparées sont surtout intéressantes en ce qui concerne les comédiens (A et B) et l’illettrée (x). Ce sont les premiers qui parlent le plus lentement, car ils ont été formés par et pour le théâtre. Ils savent la nécessité de se faire entendre, de mettre les mots importants en relief, et tout cela ne s'obtient que par une prononciation très distincte et peu précipitée. L'illettrée au contraire articule beaucoup plus vite et l’emporte à cet égard sur tous les autres sujets. Elle ne connait pas les. nuances et sent assez peu les effets. Elle ne met qu’un écart de 57‘ dans les 19 vers du Cid et un écart de 56% dans les 15 vers de Bérénice qu’elle a récités. Particulièrement dans le premier morceau, il y a chez elle des suites d’alexandrins dont les différences de durée sont insignifantes., Visiblement elle tend vers l'égalité, et les variations temporelles de.son débit concordent rarement avec celles qui se manifestent dans les autres déclamations. |

Deux causes sont déterminantes de l’accroissement ou de la diminution de la vitesse : |

1° La constitution interne des vers, la valeur, le nombre de leurs accents et de leurs syllabes.

2° Leur importance littéraire et le sens qu’on leur accorde.

Nous allons essayer de démontrer ces deux propositions. Mais il est besoin de quelques explications préliminaires.

Il nous a paru superflu de transcrire tous les exemples fournis par nos tableaux généraux, et quelquefois, sans qu’on en ait fait mention spéciale, les échantillons choisis ne réunissent pas toujours l’unanimité des sujets. C’est qu’alors telle divergence est tellement minime qu’on l’a jugée D Por ou bien elle a une cause accidentelle parfaitement définissable et qui rentre dans le cadre d’une des observations qui seront faites ailleu

D'a autres difficultés ont surgi. Parfois un vers est seulement plus pe que celui dont il est suivi, tandis qu'il est plus court que celui dont ilest précédé. C'est que ce dernier vers lui-même est long pour un autre motif. Ou, si l’on veut, les causes de rapidité ou de lenteur entrent en conflit. Il est vrai d’autre part qu’un alexandrin riche en accents est plus long que les autres. Mais si deux vers de. constitution analogue se succèdent, on ne peut préjuger de celui qui aura la durée la plus grande : il est cependant certain qu’ils seront tous les deux dans un mouvement relativement lent. Toutefois à supposer que le second soit plus court, et qu’il soit suivi lui-même d’un alexandrin de valeur diminuée, il se trouve être seulement plus long que ce dernier sans s’isoler clairement dans le groupe auquel il appartient. On a cependant considéré, pour les raisons indiquées, que l’on pourrait faire état d'exemples semblables, sans qu'il fût besoin que le vers appelé long le fût à la fois plus que les deux alexandrins dont il est encadré *.

1. La question s’est posée plusieurs fois, par exemple, pour les vers 4, $, 6 d’Hernani.

Ce n’est pas tout. Deux vers peuvent paraître de constitution identique, avoir le même nombre d’accents, refléter des nuances de sens analogues, exprimer un même sentiment, sans. que leur valeur temporelle soit semblable. Cela tient d’abord à l’impossibilité pour la voix de mesurer exactement son effort. Mais il y a d’autres causes. Supposons que l’un d’eux se rapproche de la limite maxima ou minima de la durée. La parole ne saurait se maintenir longtemps dans un mouvement par trop lent ou par trop bref. Elle est plus à son aise pour évoluer dans des vitesses moyennes. Nous avons indiqué les temps extrêmes dont témoignent nos tableaux généraux : 6” 12 et 1” 75. Ces temps demeurent exceptionnels, et, comme tous ceux qui s’en approchent, ne sont point stables.

Soient par exemple deux vers construits de façon analogue ($ accents) et traduisant la même idée de bonheur calme :

Tout s’est éteint ; lambeaux et musique de fête. Rien que la nuit et nous, félicité parfaite! (Hern., 3-4.)

La durée descend chez A de 5/ 13 pour le premier à 4” 79 pour le second. La seule raison de ce fait est celle que nous avons indiquée. En d’autres termes, le mouvément de la voix n’est point extensible ou compressible d’une manière continue. Autre exemple en sens inverse :

Et toute la comté jusqu’au dernier faubourg;

Le Roussillon, Ormuz, Goa, cinq mille lieues DÉLCOE RE Ma rene RE EE OCT as (P.G., 15-16.)

La durée remonte chez J de 1/ 75 à 2/ 15. Ou encore :

Rome vous trompe, il faut ne risquer qu’à demi Une armée en Piémont, quoique pays ami. CRÈB 122-220)

Chez le même sujet la durée passe de 1” 83 à 2” Cette observation, si on la généralise, ane un certain nombre de de ergences entre les déclamations. Soient ces deux vers :

C’est la mère. Elle est seule. Et dehors, blanc d’écume, Au ciel, aux vents, aux rocs, à la nuit, à la brume... (P.G.,.13-14.)

Pour tous les sujets, sauf pour B, le second alexandrin est plus long que le premier. C’ést que chez B, le v. 13 ayant atteint 4” 67, il est difficile à la voix de retarder encore son allure. La durée tombe à 3/ 88, mais B n’a sans doute pas apprécié exactement le changement produit : 4” 67 était pour lui une allure lente; 3” 88 l’a été également. Au delà ou en deçà de certaines limites, et dans bien des cas, la parole ne mesure plus avec précision les proportions du temps.

Ces réserves faites, nous pouvons maintenant entrer dans notre sujet, et nous allons établir notre première proposition, à savoir que la constitution interne des vers est déterminante de leur durée.

-Nous avons en effet montré qu'il-y a en poésie des rythmes faibles et des rythmes forts, que ces derniers sont obtenus par une valeur plus grande accordée aux accents. Ce fait, dont nous aurons à chercher plus loin les causes, devait être rappelé ici. D'où la règle qu’on peut formuler de la sorte : de deux alexandrins de construction identique, le plus long, toutes autres choses restant égales, est celui dont les temps marqués lemportent. On comparera dans l'exemple ci-après les déclamations de A et de ] :

De la fille d'Hélène à la veuve d'Hector…

Les chiffres sont :

De la: ff YWæ) = dE Un. a lé pa Note) PME tèr ERREUR RC TT D 'UREE ARE ES LS 11 15 88 } 11 9 22 12 25 4 10 24 17 47

(Andr., 12.)

Durée pour À = 3" 32, pour J = 1” 81. Les brèves, dans les deux dictions, sont à peu près équivalentes ; les longues chez J sont extrèmement réduites, tandis que chez A elles ont une valeur considérable.

On 2 d’ailleurs déjà remarqué que dans le vers cité plus haut : Et j'aurais bien voulu mourir en ce moment, (Hern., 14 R.)

, - x J: x , : : TAPER la syllabe accentuée du mot mourir vaut 113, c’est-à-dire qu’à elle seule elle est presque le tiers de l’alexandrin tout entier (Hern., 14 R= 3” 92). Autre exemple. Soient deux vers consécutifs de construction semblable :

Pour plaire à votre épouse, il vous faudrait peut-être Prodiguer les doux noms de parjure et de traître. (Andr., 17-18.)

Le sujet À fait le second plus long que le premier parce qu’il s’attarde davantage sur les temps marqués, particulièrement sur la syllabe de la

rime. D’autres au contraire passent sans appuyer et le résultat s’en trouve modifié. Sublata causa, tollitur effectus. On comparera les déclamations de AetdeÏ:

Pur plèr à vo tre puz il vu fo drè pæ ‘té træ pu x@ A 30 54 8 12 20 65 15 13 16 26 15 p7 40 IS [#7 — [9] VU Le —— VU 36 VU VU [#1 VU 102 = VU plè rœ I 20 70 22 13 13 23 66 I4 14 23 23 15 44 14 [#2 — VU 737 UV [#2 — 931 VU VU VU — VU V Pro di gé le du no des par ar bhpe GE EIRE A 30 12 77 16 21 +7 12 34 so 10 12 94 28 2 VU 2 — #2 102 —= VU VU FE VU “50 I 20 15 26 17 27 AI I4 26 28 10 13 42 20 Y VU VU = VU VU Pen VU re) : VU 947

Pour À la durée s'élève de 3/ 46 à 4” 33. Pour I elle s’abaisse de 3/ 81 à 2” 99. Pour que l’unanimité des sujets fasse apparaître les mêmes variations de vitesse, il faut donc que les accents subissent des modifications concordantes.

Les syllabes brèves ( *) ne méritent généralement pas qu’on leur accorde une attention particulière, car elles conservent le plus souvent une valeur à peu près constante ou changent dans les mêmes proportions que les temps marqués :, de telle sorte que ceux-ci suffisent à rendre compte du

1. Cf. VIT H 10 et J : on peut comparer entre elles non seulement les syllabes longues, mais aussi les brèves.

mouvement général du vers. Quant aux syllabes notées *, il faut tantôt les négliger, tantôt les compter comme longues, par comparaison avec les autres éléments du vers. Cependant les syllabes brèves ( *) peuvent jouer un certain rôle dans la durée de l’alexandrin, quand elles ont le caractère que nous allons définir. Dans ce cas encore, c’est l'accent qui se manifeste, mais d’une façon indirecte.

Il s'agit des accidents emphatiques. Nous avons vu que l’emphase produit un déplacement du temps marqué qui peut avancer d’une, deux syllabes, ou même davantage. C'est-à-dire qu’un mot trisyllabique dont les syllabes auraient dans une diction normale les durées respectives de :

13 25 so

V V — peut devenir dans la déclamation :

28 10 so

LV LV ou bien encore :

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