VU V
Jusque là, tout est très simple et l’on pourra noter soit une longue secondaire, soit un déplacement d’accent. Mais il peut arriver que le phénomène ne se présente pas aussi nettement. Supposons par exemple que la voix commence seulement son mouvement en avant sans le terminer entièrement. Supposons que nous obtenions les chiffres suivants :
13 37 38 ret qu'après cette dernière syllabe la durée s’abaisse tout d’un coup jusqu’à 15%. Quelle sera la notation ? Il y a progression temporelle jusqu'à la troisième syllabe inclusivement, de telle sorte qu’on doit forcément écrire : 13 37 38 15 LV V — : . . . F ON 214 , nc , … IF , ] d sans tenir compte de cet effort oratoire qui vient affecter le deuxième élément du groupe et qui rend la syllabe ainsi allongée presque légale de
celle notée —.
Ceci bien établi, au lieu de nous en tenir à des chiffres imaginaires, nous transcrivons, pour les deux vers précédemment cités, la déclamation
de F :
Pur plèr a v0 tre pux il vu Jo dré pæ té tr(æ) 33 70 8 162803000207 19 el: 10111 129 24 tie U e Ü U Ü Re w: Se, u ü =
Pro di oé le du nÔ dæ par ju e dæ trè træ
28 29 43 20 30 64 16 50 72 12 16 SI 4e
(Andr., 17-18 EF.)
| ; ; ee à Les deux alexandrins sont analogues, la syllabe notée * dans le premier compensant la chute de le muet. Or, les durées respectives sont de 4” 19 et de 4” so. Mais dans le second, la huitième syllabe marquée du signe Ÿ atteint 50, Cette valeur, qui est loin d’être aussi considérable chez les autres sujets, provient d’un déplacement d’accent, déplacement non total, mais du moins fortement ébauche. Il faut tenir compte, dans la mesure
du possible, des phénomènes de cet ordre, pourtant le temps marqué, à lui tout seul, donne une indication suffisante et les vers possédant
un même nombre de groupes rythmiques restent comparables.
De la règle précédemment posée en découle une autre, que nous formulerons de la manière suivante : de deux vers consécutifs, toutes autres choses restant égales, le plus long est celui qui contient le plus grand nombre d’accents. Nous le montrerons par deux alexandrins isolés, inscrits par G dans la même séance, par conséquent dans un même mouvement de déchire
tion, et où des préoccupations d’expression pathétique, vu l'absence de tout contexte, ont assez peu influencé le sujet :
Ce ne sont que festons, ce ne sont qu’astragales. : (VIE, G.) DES OSEE Bois, prés, fontaines, fleurs, qui voyez mon teint blême. , (XIL, G 1.) s chiffres sont :
Sæ nœ so He fes 1ôÔ sæ nœ sô kas tra ga lœ loc ER 15 16-757 30 43 13 14 43 20 24 41 14 v v Æ v U S v u = Ÿ > É. ü Bi pré 240 tè nœ flèr ki vwa yé mô të blé me ts 74 78 28 SI 29 72 22 30 36 23 30 65 25 ME CoPeees CÉT Le RARE RTE 7 Ex 4 &: =
Durée du premier — 3” 24, du second $” 63 : la fréquence des temps marqués contribue beaucoup à l’accroissement constaté. A : : ,e : . . ; See é De même les vers qui constituent la série ci-après, et pour lesquels le tableau des durées comparées indique une valeur temporelle supérieure | à celle des alexandrins dont ils sont précédés et suivis, se distinguent par un plus grand nombre d’accents :
Est-il juste, après tout, qu’un conquérant s’abaisse… (Andr., 5.) Mais, sans me soupçonner, sensible à mes alarmes. (Bér., 34.) Pas un nuage au ciel.. Tout, comme nous, repose, (Hern., 7.) Regarde ! plus de feux, plus de bruit. Tout se tait, (Hern., 9.) Lui songe à sa Jeannie, au sein des mers glacées. (PGR AID) 3
Voici une seconde série. Chacun des vers transcrits ci-dessous accuse une diminution de durée par rapport à celui dont il est immédiatement
suivi ou précédé. Il a en effet moins d’accents : : ;
Mon trouble se dissipe et ma raison revient. (CHERE)
Je ne te puis blâmer d’avoir fui l’'infamie … (Cid, 2 — sauf C.)
Demandait à l’ardeur d’un généreux courage. (Cid, 6.)
Et cet affreux devoir, dont l’ordre m’assassine.… (Cid, 21.)
Sous la servile loi de garder sa promesse. (Andr., 6.)
Et vous ne me cherchez que pour vous en vanter. (Andr., 8.) 5 Si je t'ai fait parler, si jai voulu t'entendre.… (Bérs,"3.) nu
+ Pour le 3e exemple, G et J font exception. Le 8e vers du morceau est un peu plus long que le 7e. — Pour le 4e exemple, G fait exception ; le vers est seulement plus long que Le 10°, mais non que le 8e. On rend d’ailleurs compte de ces désaccords dans les lignes qui suivent. 2. Je dis « moins d’accents » même quand il a seulement un accent faible, lorsque le précédent a un accent plein où bien so tes temps tiarques secondaires, emphatiqües où
‘sé
non, constatés dans l’alexandrin antécédent, font défaut en lui: - : . 20 PME SONAN ET FÉDÉRAL EEE
J'ai voulu devant elle en ouvrir le discours. : (Bér., 29.)
Lui feraient pressentir notre commun malheur... (Bér., 33 — sauf J.) La lune tout à l’heure à l'horizon montait. (Hern., 10.)
Qui glisse sur les eaux par un beau soir d'été... A CHEr 182)
Dans les brisants, parmi les lames en démence. (PG., 29.)
Un des meilleurs exemples serait le sixième de la série. Nous ne transcrivons que les chiffres obtenus pour un seul des sujets :
Nô nô la per "=" f di a de kwa vu 1ä lé 67 78 14 40 24 55 13 14 36 19 Ft 76 1712 En 6 SES U VU = U UV ÉA U UV — +68 nl = = r E vu nœ M £er €é kœ@ pur vu za va té 16 19 14 21 37 59 16 20 IS 26 38 54 U U w UV 1e U U U U EE Kwa sa kœ mi. ser ma ni deæ vwar vu ræ tyè nœ 44 A7 18 20 36 47 15 10 AI 14 18 48 22 — ? 104 VU 9 2 — LV V LE [92 2 Le V2 s 60
(Andr., 7-9 À.)
On peut constater les faits suivants. Le vers 7, de 6 accents, dure 4” 81; le vers 8, de 2 accents (les accidents secondaires sont négligeables), dure 3/ 35 ; le vers 9, de $ accents (l'accident secondaire est négligeable), dure 3” 80. L’alexandrin le plus court est celui dont les temps marqués sont le moins nombreux, et inversement le plus long est celui qui en contient davantage. De même pour tous les sujets et pour des raisons identiques, le v. 7 l'emporte non seulement sur le v. 8, mais aussi sur le v. 6.
Les divergences constatées entre les différentes déclamations confirment la loi dont il s’agit d’une façon non moins éclatante. En effet, il n’y a
point toujours unanimité parfaite et l’examen des graphiques, à cet égard, est très instructif. Soient ces exemples :
Tu voudrais fuir : en vain, Cinna, je le confesse ; Si tout est découvert, Auguste a su pourvoir... (Cin., I, 4-5.)
Pour I GR, le second vers dure moins que le premier, pour C au contraire il a une valeur temporelle plus grande. La cause en est tout simplement que C y a introduit deux forts accents, dont l’un est secondaire, qui n’existent pas dans les autres tracés. Nous transcrivons les chiffres :
Tu va dre friir ä vè Sin na jC@) le Mere Se)
GATE 25 26 46 21 53 31 24 27 27 47 (7 Le] Le] = 12 — VU 734 Le U — l 18 16 29 30 16 49 37 38 m2 15 26 46 V V — VU — — V VU VU — J 13 28 28 13 42 20 30 21 13 22 35 17 LU Le VU VU — V — U 0] ÜU = 2 750 Ru: 14 17 24 48 26 35 26 38 29 29 41 23
Si tu te de ku ver O gus ta su pur vwar (ES a 7% 0) 33 14 16 16 so 21 40 18 45 24 54 12 V V V - 42 12 — 12 YU 19] = MAI Ï 20 14 14 19 19 52 16 33 16 24 28 48 ] 16 17 II 18 19 49 14 35 15 22 18 46 VU Y + NV VU Le] ARS [2 + VU Y VU ne r RARES 18 12 13 21 40 18 33 15 17 23 43 LV LV VU L°A LV Se UV — VU NV UV =
(Cin., 1, 4-5.)
Les durées respectives sont pour le premier alexandrin : C 3" 40, 1 — 3" 32, J—2" 91, R — 3" $o; pour le second, C— 3/51, I — 3/03: J, 280, R = 2769; Il en est de même pour cet autre exemple :
Et comme notre esprit, jusqu’au dernier soupir. | (Gin, IL'11.)
Il ya pour tous les sujets, sauf pour C, une diminution de la valeur temporelle par rapport au v. 10. C’est que C est justement le seul à avoir détaché la première syllabe en la frappant d’un fort accent :.
Signalons enfin un cas intéressant :
Je ne te puis blâmer d’avoir fui l’infamie ; \ | Et de quelque façon qu’éclatent mes douleurs... (Cid, 2-3.)
Dans toutes les déclamations le second vers, ayant plus d’accents, est plus long, sauf pour J. C'est que J a corrigé ainsi le texte proposé :
Je ne puis te blâmer d’avoir fui l’infamie.
Pour lui, les deux alexandrins ont le même nombre de temps marqués, et, en allongeant la troisième syllabe, il a établi entre eux une analogie qui n'existait pas. Il est certain que si les autres sujets, surtout C et KR, avaient suivi son exemple *, les variations temporelles eussent été les mêmes pour tous, preuve bien évidente que le nombre des accents est, dans le langage, un élément important de la durée.
Cependant nous n’en avons pas fini, au sujet de l’accroissement et de la diminution des vitesses, avec les causes qui relèvent de la constitution interne du vers. On a pu noter, par les chiffres cités jusqu'ici, que le nombre des syllabes n’est pas toujours identique. Les rimes féminines, en effet, succèdent aux rimes masculines ; on ajoute ou l’on retranche des e muets; on réduit les hiatus intérieurs sans tenir compte des diérèses voulues par le poète. Le texte lui-même ou les libertés prises avec le texte expliquent un certain nombre des variations dont font foi nos tableaux
généraux.
1. On peut ajouter : Cid, 19 (pour CJR, la durée se maintient ou augmente, pour G, seul sujet qui n’ait point mis #ais en relief, elle diminue); — Cid, 26 (diminution pour
CGR, augmentation pour J qui introduit des accents secondaires); — Andr., 2 s’allonge pour A parce qu’il contient un très fort accent de plus que le précédent); — Andr., 15 (en diminution partout, sauf chez ] qui présente un fort accident secondaire en plus); — P.G., 19 (en diminution pour tous, sauf pour J qui accentue une syllabe de plus que les autres).
2. L'importance de la durée de ce vers chez J, sa faiblesse chez G ne sont point dues uniquement aux modifications des accents ; le présence ou la disparition des e muets y ont aussi leur part. On attire d’ailleurs l’attention sur ce phénomène.
BEA des tracés permet d’aboutir à toute une série de constatations. Le vers de rime féminine ou celui qui présente un e féminin en surnombre est plus long, toutes choses restant égales par ailleurs, que le vers de rime masculine dont il est précédé ou suivi. De même, le vers dont toutes les syllabes restent intactes possède une valeur temporelle plus forte, toutes autres choses restant égales, que celui dont il est immédiatement précédé ou suivi, quand ce dernier présente une apocope ou une synérèse. De deux vers enfin dont le nombre de syllabes est diminué, pourvu qu'ils ne manifestent pas entre eux d’autres différences, le plus long est celui dans lequel les réductions ont été le moins fréquentes.
Tout ceci se conçoit aisément, et le rôle joué par le nombre des syllabes se marque au début du morceau de Bérénice:
Pour jamais je vais m'en séparer.
Mon cœur en ce moment ne vient pas de se rendre. (Bér., 1-2.)
Le commencement du premier vers, placé par le poète dans la bouche du confident, n’a pas été prononcé. Les durées sont : v. 1 C— 2" 72 G— 2/73, J] — 2/ 39, R — 2" 56. Mais pour le v. 2 on trouve : C — 3” 69, G = 3/07, ]J— 3” 24, R— 3/21. Le second alexandrin, parce que complet, l'emporte sur le premier. C’est assez naturel. Les suppressions d’e muets et les synérèses produisent Le mêmes résultats. Mais il faut des exemples. Nous choisirons d’abord des vers isolés :
Grands mots que Pradon croit des termes de chimie. GER HE) C’est à vous, s’il vous plaît, que ce discours s'adresse. (X P.)
Ils ont été prononcés dans la même séance, à peu d'intervalle l’un de l’autre, et par conséquent dans un même mouvement déclamatoire. Voici
les chiffres :
Gra mô kœ Pra dô krwd de tr m(œ) CREER mi (æ) 40 32 16 22 RIMRRELS 40 12 NA 16 24 33 2 Y (81 U VU ER VU #3 (w] VU < Se ta va sil vu plè kœ sœ dis kür sa dré sæ 24 19 41 25 17 42 13 15 23 32 13 47 21 (#7 VU 22 (#1 UV 6 VU VU VU Es : e] =, 9]
Les accents sont sensiblement de valeur égale et les accidents Fous ou emphatiques se compensent. Cependant, d’une part il y a 11 syl-
labes, et de l’autre 13. Les durées s’en ressentent et l’on trouve : IX — 2/ 87, X — 3/ 22. On peut cependant refuser de se laisser convaincre, puisque ces alexandrins ont été séparés l’un de l’autre par quelques secondes, et que la disposition du sujet, pendant ce temps, a pu changer. Nous emprunterons donc ces deux vers à l’un des morceaux inscrits :
Enfin tout ce qu'adore en ma haute fortune D’un courtisan flatteur la présence importune… (Cin., Il, 5-6.)
Les déclamations ont été celles-ci :
ART 181.5 (@) EGP TOr OUR MONO E)" fer tu n(œ)
CoR2rr a 45 25 16 20 48 14 19 44 31 34 19 \Y eur 722 U U VU Ex U U = U En u 130 PT EG 27 12 13 IS 42 9 I PORT 32 7 e 12 — 1#2 V LV — VV VU VU 1#] — V9 1
Lore. — L'alexandrin. 17
nt
il 170010 19 27 44 7 16 33 23 RUE20 35 20 14 15 39 7 21 24 14 28 V —— +48 LV VU LV — VU VU — VU L°2
D& kur ti zà fla tr l1 PTE TS ë Ce 26 20 32 25 53 15 27 - 46 14 VU 2 2 =) LV x LV VU ee VU
Il 18 23 14 19 24 3 13 17 23 9 Le] ŸY VU [0] Le] = VU VU + (e]
por lu 28 30 18 23 6 E 22 30 22 27
(Cin., II, 5-6)
La suppression de le muet amène une fois (s [) la disparition d’un accent. Les durées respectives sont : v. 5 C = 3” 34, I = 2/ 37, J] — 2/78,
R — 2” 73. Pour le v. 6 on trouve :
de syllabes suffisent à expliquer les différences constatées.
Dans tous les alexandrins que nous allons citer, les augmentations de durée, constatées par nos tableaux généraux et pour certains sujets par rapport au vers antécédent ou subséquent, trouve leur explication partielle ou totale dans la règle formulée plus haut : le vers long est celui qui
possède les syllabes les plus nombreuses :
Si tout est découvert, Auguste a su pourvoir...
N'est que de ces beautés dont l'éclat éblouit.…
Demandait à l’ardeur d’un généreux courage.
Et contre ma douleur j'aurais senti des charmes.
Me quitter, me reprendre, et retourner encor.
Bérénice a longtemps balancé la victoire.
Crois qu’il m'en a coûté pour vaincre tant d'amour.
Au fond, dans l’encoignure où quelque humble vaisselle. On distingue un grand lit aux longs rideaux tombants. Or, la nuit, dans l’ondée et la brume, en décembre...
Notre assertion se vérifie d’ailleurs par les différences des déclamations. Pour un même vers, il arrive que tel e muet n’est pas prononcé par un
(Cin., I, 5.) (Cin., LI, 8.) (Cid, 6.) (Cid, 17.) (Andr., 11.) (Bér., 6.) (Bér., 9.) PAG) CPG577) (P:G%534)
sujet tandis qu’il l’est par un autre. Les divergences s'expliquent aisément. Soient en effet deux alexandrins :
Ce pouvoir souverain que j'ai sur tout le monde, Cette grandeur sans borne et cet illustre rang...
Les chiffres sont :
pa U(&) 2 re 12 RES sur tu CN 19 46 31 256 26 AI 23 26 VU VU VU — LV — 122 VU
(Gel 25 7
LC mô -
C— 3" 47,1— 2" 52, J — 2" 94, R— 2" 85. Partout le second l’emporte sur le premier, et les réductions
Ï 21 14 32 20 17 30 16 16 20 18 10 40 LV LV == VU VU — VU VU VU LV VU = / ] 18 20 ARE 24 20 27 13 20 18 20 66 14 UV VU 2 U Le (®] VU [#7 = 050 RO T7 23 44 21 1 26 17 17 22 15 62 20 UV rh (02 VU = U VU 7 VU — VU Se UC) PSI AE bor ne se til lus træ râ nœ C8 16 44 54 39 ASS 9 18 29 39 24 40 LV V VU — V 36 L°2 LV L°2 — V — 49 I 16 10 24 25 20 28 21 13 15 18 18 23 VV Le #2 = VU = 21 VU VU VU VU ES 49 } 18 38 21 28 45 10 17 20 26 23 41 VU = Le] VU — V (97 YU VU Æ R 25 27 35 31 41 13 15 2I 24 18 33 VU VU VU 2! 7 VU U YU V
(Cin., II, 2-3.)
On trouve donc : nombre de syllabes v. 2 C — 11, I — 12, J— 12, R— 12; v. 3 C— 13, 1 — 12, | — 11, R== 11. Les durées donnent : RAC" 70, pan a ln gouR = 2-00; vs 6 = 78e) Eat J= 27 87, R — 2” 82. Il y a pour J et R moins de syllabes dans le v. 3 que dans le vers 2 : la durée diminue. Il y a au contraire pour C 11 syllabes dans le premier vers, mais 13 dans le second : ce dernier est le plus long :.
Ajoutons enfin que plusieurs des causes signalées peuvent concourir conjointement à l’accroissement ou au ralentissement des vitesses. L’alexandrin suivant, possédant moins de syllabes et moins d’accents, est plus court que ceux dont il est immédiatement encadré :
À ne te laisser point ta fuite en ton pouvoir. (Cr LE 6e)
Ou bien la’ cause varie avec les sujets, et le graphique donne les indications nécessaires. Voici quelques vers dont la valeur temporelle est diminuée soit parce que les syllabes ont été moins nombreuses, soit parce que les accents ont été moins fréquents :
Ce pouvoir souverain que j'ai sur tout le monde... (Cin 12) L’ambition déplaît quand elle est assouvie… (C2 MIE AT O®) Car les petits enfants ont faim. Il part le soir. (PAG Er)
Nous avons ainsi justifié notre première proposition et nous passerons maintenant à la seconde, à savoir que l'importance littéraire du vers et le sens qu’on lui accorde sont facteurs de sa durée.
Nous avons déjà constaté que l’importance des temps marqués amène une certaine lenteur dans la diction. Il faut en chercher la raison. Pourquoi certaines syllabes longues le sont-elles plus que d’autres ? Tout simplement parce qu’elles sont plus riches en force significative et qu’elles
1. Même remarque pour les vers suivants : 10 moins de syllabes et durée réduite : Bér., 21, RJ — Hern., 2, RJ (pour ces deux vers, la suppression d’une syllabe par J ne suffit pas à rendre compte de la différence constatée ; on doit aussi considérer la faiblesse des accents) — P,G., 12, B — P,G., 17, R — R.B., 39, R (pour ce sujet, le vers n’a que 9 syllabes ; pour les autres il en a davantage) ; 2° ou inversement : nombre de syllabes plus grand et durée accrue : P.G., 2, B—P.G.;12, E.
132 L'ALEXANDRIN FRANÇAIS f
méritent un relief particulier. On peut donc dire que tout élément pathétique contenu dans le texte déclamé tend à allonger le vers auquel il appartient.
Dans la catégorie des éléments pathétiques entrent d’abord les termes exclamatifs, non seulement les exclamations et les interjections au sens grammatical du mot, mais encore toute apostrophe adressée à l’interlocuteur, toute prise à partie directe, impératif ou « vocatif », toute particule de liaison à valeur expressive. Toutes choses restant comparables par ailleurs, la règle se vérifie toujours. On a donc dressé la liste suivante où chaque exemple l'emporte soit sur l’alexandrin antécédent, soit sur l’alexandrin subséquent :
Pardonne à mon amour cette indigne faiblesse. (Cin., 1, 3.) Tu voudrais fuir en vain, Cinna, je le confesse. (ib., 4.) : Porte, porte chez lui cette mâle assurance. Gh2975) Ah! Rodrigue, il est vrai, quoique ton ennemie... (Cid, 1.) Seigneur, dans cet aveu dépouillé d'artifice. (Andr., 1.) Mais, Seigneur, en un jour, ce serait trop de joie. (Andr., 22.) Crois qu’il m’en a coûté, pour vaincre tant d'amour. (Bér., 8.) Et vous osez! … — Messieurs, en vingt ans, songez-y.…. (RB 5419 Dis, ne le crois-tu pas, sur nous, tout en dormant. (Hern., 5.)
L'allongement s’opère ou bien par l’accent rythmique seul, ou bien, en cas de déplacement emphatique du temps marqué, par le groupe métrique tout entier. Mais il faut citer des chiffres : |
Mè se 2 ANR US. INC sœ re trô dæ jwa (æ) A DT 87 31 90 18 35 74 17 15 16 47 17 | 64 FRA 36 59 18 32 55 18 30 34 34 9 55
— Le —734 VU VU = UV VU 24 [#1 VU — 745 CRT 29 70 9 29 74 18 17 19 48 17 so
Y VU “36 12 (97 = VU Le] = VU = +80 ] 37 16 69 18 3 65 22 20 22 41 14 47
a V — 22 V VU FES 1° VU LV Sr. VU or 737
É sà eèr €e ra yr ” de ti træ xâ præ lé A 46 30 37 18 17 43 12 19 13 28 34 44 Fa Sré 23 31 24 13 40 27 32 18 21 45 45
L°2 a+ — V LV = LV — 1° LV LV — Y42- Grfra 26 33 19 13 48 16 25 15 17 37 34
V V TEA LV V Le LA CT. LV L°4 — 734 \ [ 12 22 29 22 11 45 19 23 18 17 35 33
2 VU LV VU (02 V V — LT To
J 23 18 25 22 14 34 16 28 13 19 27 34 (Andr., 22-23.)
/ / Les durées re SONRENVS 22 As / 1 F = 4/21. Ge s 60! Ï —2/ RE Hoover PA ar EP — 37 36, G= 3" 27, I 2" 85, ]—2" 73- On peut voir que pour toutes les déclamations, les deux termes ere ou l’un d’eux seulement, sont supérieurs aux autres accents. De plus pour I, le v. 22 ne dépasse que faiblement en valeur temporelle le v. 23. C’est que I est le seul sujet à n’avoir point vu vu à avoir négligé l’eflet indiqué. Quant à A et à G, ils ont fourni un tel effort que le vers 22 l’emporte non seulement sur le suivant, mais encore sur celui dont il est précédé. Mis ainsi en pleine lumière, il s’isole parfaitement au milieu de ceux qui l'entourent. Les différences des dictions confirment d’ailleurs la règle. Soient trois alexandrins empruntés au morceau enregistré d’Hernani :
. Etta voix, toutes deux m'allaient au cœur ensemble, Je me sentais joyeuse et calme, à mon amant, Et j'aurais bien voulu mourir en ce moment. (Hern., 12-14.)
D RTC dure vui2 ARE F3 138, Gaz 1 SR 0 overz A = 37, E— 3" 00, G — 2" 74, ] — 4" 18, R=— 3” 56; v. 14 A — 4" 38, E — 2” 84, G — 2" 68, J — 4" 10, R — 3/ 92. Or les deux sujets À et J sont les seuls à avoir mis en relief la neuvième syllabe du v. 13; A lui a accordé 745, J 325. Pour ce dernier, cette circonstance a suffi à changer l’ordre des successions temporelles adoptées par EGR ; chez A l’ampleur du second alexandrin se trouve considérablement accrue.
De plus, il faut considérer les détails importants du sens comme analogues, pour le résultat qu’ils entraînent, aux termes exclamatifs ci-dessus énoncés. La déclamation se saisit en effet des mots ou des groupes rythmiques où s'exprime un argument, ou tout simplement de ceux auxquels il paraît possible de conférer une certaine valeur oratoire ou émotive. Bien entendu les appréciations individuelles peuvent varier. La règle se vérifie pour certaines dictions dans toute une série d'exemples : toutes les fois que les sujets ont fait un effort sur les mots que nous soulignons, il en est résulté un accroissement notable dans la durée totale du vers.
Ma gloire à soutenir et mon père à venger. (Cid, 12.) Me force à travailler moi-même à ta ruine. (Cid, 22.) Mais par où commencer ? vingt fois, depuis huit jours. (Bér. 28.) Perdu le Portugal, le Brésil, sans combattre. CREB 015.) Il est nuit. La cabane est pauvre, mais bien close. CAGE) On distingue un grand lit aux longs rideaux tombants. CPR CE 7) Médina, fou d'amour, emplit Naples d’esclandres. (RD 282)
Il est indispensable que la voix s’attarde sur les termes exclamatifs ou sur les membres métriques semblables à ceux qu’on vient de signaler. On peut et l'on doit dire que la durée, sous ce rapport, est intimement liée à l’expression poétique. Le vers perd de sa signification, de sa force, si les sentiments qu’il traduit ne sont point marqués par une diction intelligente. C’est par le ralentissement de la parole que se rendent l’indignation, la douleur, la joie, presque tous les grands états affectifs, et c’est faire un véritable contresens que de ne point mettre la « couleur » de la voix en harmonie avec les passions reflétées par le texte. Il faut faire dans la déclamation l'accord des inflexions et des nuances avec la signification des mots.
1. 10 Les trois derniers vers s'expliquent ainsi — P.G., 1 : il est nuit, fait tableau — P.G., 7 : grand lit, longs rideaux fixent le décor et sont des détails nécessaires à la compréhension du récit — R.B., 18 : fou d'amour a une valeur causale.
ne
Les faits que nous venons de signaler avaient été en partie mis en lumière par M"° Genlis. : «On accentue de préférence certains mots, surtout à la fin d’une phrase, tels, par exemple, que ceux qui expriment une idée de fluidité, de langueur, de mélancolie, de souvenance, d’extase, de
rèverie, d’espérance, de complaisance, de tendresse, de douceur :
Si tu veüx faisons un réve
Montons sur deux palefrois… Ils vont, l’espace est grand : dans le désert immense, Dans l'horizon sans fin qui toujours recommence
Ils se plongent tous deux. »
(Hugo, Légende, Eviradnus.)
(Hugo, Orientales, Mazeppa.)
De même dans l’alexandrin déjà cité : Et j'aurais bien voulu mourir en ce moment, (Hern., 14.)
R accorde 113% à la huitième syllabe afin d’exprimer par là la frénésie de l'amour confinant à la pâmoison. Le vers est à la fois plus long pour ce
sujet que le 13° et le 15° du même morceau.
Inversement du reste la règle se vérifie encore, et voici des exemples où l'accélération de vitesse est notable par rapport au vers antécédent
ou subséquent parce que celui-ci contient soit un terme exclamatif, soit un détail important pour le sens :
Digne de notre amour, digne de ta naissance. (Cr 0068)
Et sans chercher ailleurs des titres empruntés,
Ne vous suffit-il pas de ceux que vous portez ? (Andr., 23-24.) J'ai voulu devant elle en ouvrir le discours. (Bér., 29.)
Le temps de respirer et de voir seulement. ; (Hern., 2,)
La nature à demi veille amoureusement. (Hern ., 6.) Conseillers vertueux ! voilà votre façon. (Ra: 2»)
Le logis est plein d’ombre et l’on sent quelque chose... (P:Ge22 Tout près, un matelas s’étend sur de vieux bancs. (PAGES 367)
Mais le pathétique de l'expression peut n'être pas limité à un seul mot ou à un seul groupe de mots; il peut s'étendre à un vers tout entier, résulter des sentiments personnels de celui qui parle, être de qualité purement morale, ou s’attacher à la représentation de choses terribles et
effrayantes.
Soit donc le cas suivant : ; Cet effort sur ma flamme à mon honneur est dû;
Et cet affreux devoir, dont l’ordre m’assassine, Me force à travailler moi-même à ta ruine. (Cid, 20-22.)
Nous donnons les chiffres obtenus pour deux de ces alexandrins :
Se le for sur ma flm a môû n0 nr e di fla me C 16 17 45 17 19 372 23 8 13 LP à 14 33 V —— V LV — v 740 V 2 V — V — 150
1. Mme Genlis, L’e muet connu sous le nom général et souvent impropre d’e muet, 1902.
GA 20 16 85 17 15 58 14 15 16 22 8 43 U w7 eb w U Ens U w UV #5 UV bs 954 / J II 19 67 21 25 60 IS 23 47 10 48 4 LV VU ee LV V ee VU VU LV do Ke: 46 RIARTE 16 44 24 17 55 10 II 14 37 14 AI FE se ta fræ dæ ‘vwar do lor dræ ma sa si n(æ) Gr 13 17 27 13 45 2; 34 12 19 23 ZT ET LV VU VU LV L°4 — VV — VU V VU Le 740 CARS 18 16 25 14 50 20 22 17 18 19 43 VU VU UV 7 VU a VU = VU [0] UV eu J 10 12 17 28 16 40 18 24 II 20 20 47 17 ro VU U U = VU Le VU U UV ee © Feu R 14 15 21 II 45 17 21 13 16 22 49 UV UV 92 Le = VU ce Ÿ 0] VU 947
On note que les temps marqués du premier vers sont en général beaucoup plus considérables que ceux du second. Et les durées respectives sont 00203 G 220, J— 345, R 7000 var 0 2079 GG 2 780.]— 2/80, R= 2" 52. C’est que le v. 20 contient une opposition antithétique, un regret mélancolique et en même temps une volonté fortement exprimée. Entre les vers 20 et 22, le v. 21 est d’un caractère atténué et sert pour ainsi dire de transition. Il est plus court.
Conformément à cet exemple, les alexandrins se révèlent plus longs que l’antécédent ou le subséquent parce qu’ils expriment :
1° La décision énergique :
De quoi qu’en ta faveur notre amour nentretienne… (Cid, 25.)
2° L’horreur et le reproche :
Me quitter, me reprendre, et retourner encor. (Andr., 11.) Tandis que dans son sein votre bras enfoncé... (Andr., 27.) Dans des ruisseaux de sang Troie ardente plongée. (Andr., 29.)
3° L'horreur et la pitié :
Il livre au hasard sombre une rude bataille. (PR Gr) Comme il faut combiner sûrement les manœuvres. (1b., 38.) Les flots le long du bord glissent, vertes couleuvres. (ib., 39.)
4° La pitié seule : ;
Portant sa charge énorme et sous laquelle il ploie… (R.B., 36.)
Et cinq petits enfants, nid d’âmes, y sommeillent. CPGE 08) Une femme à genoux prie, et songe, et pâlit. GAMES)
s° L’abattement et la douleur :
Je sentis le fardeau qui m'était imposé ; Je connus que bientôt, loin d’être à ce que j'aime... (Bér., 17-18.)
6° Une vision émue : | Nous avons sur la mer, où Dieu met ses colères. (R.B., 32.) Puis priant Dieu sitôt que les cinq enfants dorment. (P1G:225°)
Il y a exception au cas d’élan passionné, de protestation véhémente, lorsque le sujet veut donner à ses paroles une certaine chaleur spontanée, ou bien au début d’un développement, quand il y a reprise plus vive d’un argument déjà présenté, On constate ainsi une accélération de la vitesse déclamatoire dans les vers suivants : |
Car enfin, n’attends pas de mon affection
De lâches sentiments pour ta punition. (Cid, 23-24.) Ah! qui n’oublierait tout à cette voix céleste ? (Hern., 15.) Ce silence est trop noir, ce calme est trop profond.
Dis ne voudrais-tu pas voir une étoile au fond ? (Hern., 21-22.)
La rapidité de la diction sert alors à rompre la monotonie d’une émotion trop égale.
Enfin l’alexandrin qui finit une période manifeste généralement un allongement notable : la voix s’y appesantit. Le phénomène, ici encore, est d'ordre purement littéraire et n’a rien à voir avec la constitution interne du vers. Il s’agit uniquement d’une question de sens et d'interprétation. Le devoir du diseur est en effet de faire sentir tout le poids des paroles qu’il profère. Or le maximum de signification de la période est souvent réalisé dans le vers qui la clôt, mais le fait de terminer la phrase ne serait point sufhsant à lui seul pour conférer aux syllabes de conclusion le privilège dont il s’agit. L
Nous citons un court fragment de Ruy Blas :
Nous avons, depuis Philippe quatre, Perdu le Portugal, le Brésil, sans combattre ; En Alsace, Brisach, Steinfort en Luxembourg, Et toute la comté jusqu’au dernier faubourg ; Le Roussillon, Ormuz, Goa, cinq mille lieues De côte, et Fernambouc et les montagnes bleues! Mais voyez ! — Du ponant jusques à l'Orient. (R.B., 12-18.)
Le passage tout entier est lancé dans un même mouvement et n'est guère qu'une accumulation de reproches successifs. Le v. 13 est plus long, non point parce qu'il est suivi d’une forte ponctuation, mais parce qu'il contient un détail sur lequel il faut insister (sans combattre). De même, il n’y a point en réalité fin de phrase au v. 15, et le développement se continue ensuite : l’allongement par conséquent ne se produira pas. Les conclusions ne sont donc pas marquées forcément par des signes graphiques ; c’est l’appréciation individuelle qui décide, selon les indications du sens.
Au contraire, ce fragment de Cinna nous fournit l’exemple d’une augmentation de durée au terme de la période, parce que la ponctuation ne laisse plus rien attendre après elle et que le sens est réellement complet :
Et comme notre esprit, jusqu’au dernier soupir,
Toujours vers quelque objet pousse quelque désir,
Il se ramène en soi, n’ayant plus où se prendre,
Et monté sur le faite, il aspire à descendre. (Cin., 11-14.)
Nous donnons les chiffres obtenus pour les deux derniers alexandrins :
/ RSC Ps
Ses,
RTS
Gr:30