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LE SOL

Le sol de l'Algérie cultivable est de formation relativement peu ancienne. Les terrains primaires n'y apparaissent qu'exceptionnellement et sous forme de lambeaux, tel par exemple celui qui constitue le massif de la Bouzaréa, le revers Sud de la Grande Kabylie et la majeure partie du massif de Collo. Ce sont généralement des schistes, des micaschistes, des grès au milieu desquels on rencontre parfois des lentilles de calcaire. Leur situation auprès du littoral, leur altitude appellent sur eux des pluies abondantes. Ils sont presque toujours boisés. Toutefois, dans une partie de la grande Kabylie, ils ont été défrichés. Seuls les oliviers et les frênes épars dans la broussaille y ont été les uns greffes les autres transformés en têtards. Ce sont des arbres vigoureux qui enfoncent profondément leurs racines entre les schistes et ils sont devenus végétaux, fruitiers et fourragers par excellence de la Grande Kabylie.

Le Jurassique a une assez grande importance dans le département d'Oran mais à peu près nulle dans ceux d'Alger et de Constantine.

11 constitue le massif élevé qui part de Tlemcen et aboutit à Frenda en passant par le Telagh et Saïda. Sa base est marneuse, immédiatement au-dessus se trouvent des calcaires durs à grain fin, puis des calcaires marneux. Il se présente parfois sous forme de plateaux

coupés par de hautes falaises au pied desquelles sourdent les plus belles sources d'Algérie. Telles en effet celles de Tlemcen, de Saïda, de Tiaret. Aussi des vergers splendides et des villes entourées de luxuriants jardins, des vignobles et des champs de céréales, de maïs, de luzerne lui ont-ils demandé asile.

Ailleurs le jurassique se présente sous forme de montagnes abruptes aux crêtes dentelées en lame de scie et alors couvert de bois et de broussailles, il donne encore naissance à d'autres sources parmi lesquelles il convient de citer celles de TOuarsenis, celles du flanc sud du Djurdjura et entre toutes la source de Miliana qui arrose, à elle seule. 200 hectares des plus beaux vergers d'Algérie, et fait tourner dix moulins avant de répandre la fraîcheur, la verdure et l'ombrage dans les rues d'Affreville et dlrriguer ses jardins.

Par leur décomposition les marnes jurassiques donnent des terres à céréales d'une grande richesse. C'est dans cette formation qu'à pris spontanément naissance le centre d'Aïn-el-Hadjar, au sud de Saïda, et que la colonisation individuelle s'approprie en ce moment toute la vaste région de Frenda où il n'est pas rare de trouver des terres qui, achetées de 20 à 70 francs l'hectare donnent, dans la seconde année de culture, un bénéfice net égal à leur valeur.

L'abondance et la qualité des eaux qui en proviennent, la nature calcaire et perméable de leur sol, le climat sec que leur veut leur latitude, la fraîcheur des nuits qu'elles doivent aux altitudes élevées qu'elles occupent habituellement donnent aux régions jurassiquejs une salubrité parfaite.

Beaucoup plus étendu mais moins salubre, moins

intéressant que le précédent parce qu'il est moins aquifère et moins fertile, le crétacé porte mal son nom en Algérie parce qu'il ne contient pas de craie.

Les immenses surfaces qu'il y occupe en Algérie sont montagneuses. Il se présente du moins tantôt profondément découpé par des ravins immenses, tantôt comme coupé de murailles à pic, son aspect varie à chaque instant dans sa pauvreté.

Il est gréseux, argileux, marneux ou schisteux, plus rarement calcaire. Le contact des calcaires et des mstrnes schisteuses correspond à la situation de ses principales sources. Ailleurs il donne naissance à des terrains secs, maigres, fréquement imperméables aux sources rares et peu abondantes.

Suivant les pentes, l'exposition, l'altitude, la latitude et la nature des sédiments, il est couvert de maigres genêts, de broussailles, de cèdres, de forêts de pins d'Alep immenses ou dénudé.

Le crétacé supérieur, profondément disloqué, peu calcaire, pauvre en phosphates, mais riche en azote et en potasse donne asile aux vignobles renommés du littoral cherchellois.

Le sol y est naturellement défoncé à des profondeurs que ne pourrait atteindre l'industrie humaine, les couches de marne et de grès ou de calcaire irrégulièrement intercalées en font un terrain relativement sain dans lequel pénètrent aisément les eaux pluviales et à leur suite les racines.

Depuis longtemps déjà dans la Petite Kabylie la hroussaille a fait place, dans le crétacé supérieur, aux merveilleuses olivettes de Seddouk, de l'Oued-Amizour et de Takitount.

Le Tertiaire constitue deux bandes de terrain assez larges qui encadrent le Tell au Nord et au Sud. Ses différents étages comprennent des sédiments de composition absolument différente. L'un d'eux tient actuellement une place prépondérante dans Tagriculture européenne. 11 n'est autre que Véocène inférieur.

Représenté en Algérie par l'étage suessonien, il n'oflre guère d'intérêt dans la province d'Oran. Mais à Sidi-bel- Abbès, Téniet-el-Haàd et Boghari, il s'élargit. Puis formant une ligne ininterrompue et prenant une importance de plus en plus grande,il continue jusqu'en Tunisie. A Téniet-el-Haàd, il est constitué par des grès jaunâtres assez friables intercalés de couches argileuses dont le mélange fournit d'excellentes terres à céréales. A Boghari, ces grès en couches très puissantes et parfois à Tétat rocheux forment sur la limite du Tell et des Steppes, jusqu'au commencement de la province de Constantine, les crêtes du Djebel-Lakhdar, du Djebel- Afoul, du Kef-Amris, qui sont dénudés et n'offrent que quelques boisemenls épars.

A Sétif, à Bordj-bou-Arréridj, l'assise inférieure du suessonien est composée de calcaires grisâtres et bleuâtres, noirâtres même, de silex noirs en rognons ou en bancs continus. A Tébessa, elle est formée de marnes grises intercalées de couches calcaires et de couches marnogréseuses. Si nous avons insisté sur cet étage, qui est presque toujours entouré de pays très riches en céréales, c'est que l'on en extrait les 334.000 tonnes de phosphates que TAIgérie exporte annuellement jusqu'à concurrence de 266.000 tonnes à l'Etranger et de 58.000 en France.

C'est en 1873 que M. Thomas constata pour la première (ois l'existence de phosphates dans la région sud

du Tell de la province d'Alger. En 1878, M. Tissot pressentait que ces phosphates dépendaient d'un phénomène général et écrivait ces curieuses lignes :

« La relation constante du terrain suessonien avec les (( régions fertiles en céréales, permet de penser que le « phosphate de chaux y existe. La structure y est d'ail- (( leurs fréquemment noduleuse. On parviendra peut- (( être à trouver, là, un élément de trafic important soit « pour fertiliser certaines plaines qui, comme la plaine « de Bône, sont connues pour leur peu d'aptitude à « donner des céréales. »

Ces prévisions sont actuellement réalisées. Depuis l'époque ou M. Tissot écrivait ces lignes, M. Thomas a découvert les nombreux gisements tunisiens de Gafsa qui alimentent aujourd'hui le chemin de fer de Gafsa à Sfax, spécialement construit pour leur exploitation.

En Algérie, les principales exploitations sont groupées autour de Téhessa. Le phosphate y forme plusieurs couches variant entre 2 et 3 mètres d'épaisseur, d'une richesse de 58 à 69 Vo de phosphate tricalci(|ue. La nature de ces phosphates ne laisse rien à désirer au point de vue de leur transformation en superphosphates : teneur élevée permettant d'obtenir couramment des superphosphates au titre de 15 à 16 % d'acide phosphorique ; produit friable, facile à écraser. Le prix de revient de la tonne de phosphate de Tébessa peut s'estimer comme suit rendu en Europe :

Abattage, boisage, roulage 3

Triage et séchage 1

Transport au chemin de fer 0 50

Transport au port d'embarquement 9

Mise à bord 0 50

Fret pour les ports de la Méditerranée. . , . 6

Fret pour les autres ports d'Europe »

Amortissement du matériel et prix de vente 4.80

Total 24.80 29 »

La première exploitalion algérienne, celle de Souk- Ahras, a aujourd'hni disparu.

A Tocqueville, près de Bordj-bou-Arréridj, existe une carrière de phosphates en pleine exploitation qui exporte ses produits par le port de Bougie. Ils sont noirs et plus durs que ceux de Tébessa. Néanmoins ils sont fort riches.

Pour en terminer avec Tindustrie des phosphates, nous dirons tout de suite quelques mots de ceux qui se sont dépr^sés aux autres Ages géologiques. Il existe quelques poches de phosphates très durs, sous forme d'apathites, dans le Jurassique du département d'Oran. Aux environs d'Inkermann, du Merdja, de Charon, de Relizane, de Djidiouia, le miocène moyen qui borde la vallée du Chélilï contient de nombreux gisements dont la teneur oscille de 9 à 10 " o de phosphate tribasique. Immédiatement au-dessus des couches phosphatées de Téocène inférieur, l'éocène moyen se présente sous la forme du nummulilique que Ton rencontre à Tétat de terrains grandioses dont les parois s'élèvent verticalement audessus des marnes. Ils forment do vastes tables plus ou moins régulières à leur sommet et portent chez les Indigènes le nom générique de Kelï ou Gelaat (forte-

resse). Le nummulitique est une roche calcaire, dure, à la base de laquelle sourdent des sources abondantes.

Par un contraste bizarre, sur ces gisements dont Tagriculture européenne tire la fertilité, sur ces roches de calcaire compact reposent des terrains d'une pauvreté extrême, souvent acalciques, presque dépourvus d'acide phosphorique qui n'y existe qu'à l'état de traces, et se présentent sous la forme de bancs de grès intercalés à des couches d'argiles, de marnes bariolées et schisteuses qui s'étendent sur une surface considérable dans la grande Kabylie, à CoUo, à Philippeville. Cette formation qui contient peu de terres de culture et reçoit les pluies les plus abondantes est la région forestière par excellence de l'Algérie.

Le miocène inférieur est composé à sa base de grès et de poudingues. Au-dessus ce sont les marnes dures rebelles à la culture, mais couverts de broussailles qui supportent les forêts de Ténès et de Bouïra.

Le miocène moijcn est coujposé de marnes calcaires qui s'écaillent profondément durant la sécheresse et dans lesquelles l'eau s'infiltre abondamment en hiver.

Dans les régions montagneuses, elles sont coupées de ravins escarpés dont la surface, constamment nouvelle et dénudée, ne se prête à aucune culture. Lorsqu'au contraire la configuration du sol ne présente pas trop de dénivellations et ne favorise pas les ravinements, ces marnes seraient propices à la culture des céréales, si celle-ci y était bien pratiquée. Mais exécutée tardivement faute de labours préparatoires, sans billons, faute d'instruments aratoires appropriés, elle sèche tantôt par les sécheresses prématurées, tantôt par l'excès

(rhumidité, toujours par l'envahissement des céréales, par la végétation adventice et en particulier par les carottes sauvages qui croissent en abondance dans les marnes friables.

Les années pluvieuses, les terres incultes, les talus escarpés, principalement des marnes miocènes, sont couvertes d'un épais tapis, vert au printemps, rouge sang à la chaleur. C'est du sulla. U donne un fourrage très apprécié des laitiers.

Le sol de la majeure partie de la région qui s'étend de Ténès aux Trois Palmiers, de la vallée de l'Oued Djer, de celle du Bou Roumi, les (lancs de la vallée du Chéliff, est formé par ces marnes.

Elles sont immédiatement recouvertes par des poudingues et des grès souvent très tendres, qui les surplombent encore sur les deux versants de la vallée du Chéliiï, dans tout le Dahra et dans la région de Médéa. A la jonction des marnes et du grès on rencontre des sources peu abondantes mais fort nombreuses. C'est aussi dans cette partie moyenne que se trouve le calcaire à mélaberies qui est notablement phosphaté. Aussi le mélange des trois sédiments produit-il en certains points, dans les régions de Kenault par exemple, des terrains d'une fertilité extraordinaire. C'est aux grès tendres du miocène moyen que Médéa, et qu'une partie de l'arrondissement de Mostaganem, doivent la fertilité de leur vigne et la qualité de leurs vins.

Le miocène se termine par une assise secondaire comme étendue, mais intéressant au point de vue agricole par la région particulièrement peuplée qu'elle occupe. C'est le Sahnlien qui constitue la base des coteaux des environs d'Alger. Ses marnes bleues d'une

grande épaisseur, ne sont que de médiocres terres de cultures. Dénuées de végétation arbustives, elles donnent asile au palmier nain et produisent en abondance des fourrages nutritifs pour la consommation locale et

relie des laitiers d'Alger.

Le pliocène, peu répandu en Algérie, forme toute les crêtes du Sahel. On en rencontre des lambeaux dans les départements d'Oran et de Constantine. Formé de grès, à ciment calcaire, de marnes et de terres silico-argileuses, il constitue des terrains de culture excellents pour ceux qui Tout disputé à la broussaille qui le recouvrait toujours. Il produit presque toutes les pommes de terre primeurs des environs d'Alger. Il est habituellement pauvre en acide phosphorique. Toutefois, sa nature poreuse et calcaire en fait un excellent sol à primeurs et à vignes, à la fois de production et de qualité.

Le quaternaire et les alluvions récentea, forment le sol des plaines et des vallées du Tell et celui des Hauts- Plateaux. Leur composition est variable et se rapporte généralement aux débris des diverses formations qui les entourent. Si sur le littoral ils présentent un aspect variable aussi, qui rappelle celui qu'ils ont dans les vallées Françaises, en Algérie ils sont tous uniformes et recouverts de la croûte dans les régions où il ne tombe pas plus de 500 m/m d'eau. Cette croûte que la charrue entame presque toujours assez facilement, consiste en une sorte d'agrégation de carbonate de chaux mélangé de silice, friable, fissurée, se présentant à la surface comme une roche, mais elle ne pénètre -qu'à quelques centimètres dans le sol et s'en détache pour laisser apercevoir de la terre sous laquelle se

trouvent parfois, à une faible profondeur, une seconde puis une troisième couclie de même nature.

Plusieurs analyses faites dans la région de Renault et de Rabelais ont accusé des teneurs en acide phosphorique de 2 et 3 pour mille. Les analyses suivantes sont encore une preuve de la richesse des terres de la région en éléments minéraux :

Saint-Aimé Inkermanu Médôa

Azote 1.27 O^U^^T^i 0.48 0.83

Acide ph«splMri^ie.. 1.60 3.09 2.05 1.00 1.59

Potasse 2.83 2 90 4.63 1.32 4.36

Chaux 50.00 123.00 155.00 2.40 99.00

Si Ton ajoute aux résultats de ces analyses, les qualités physiques de ces terres, qui sont do consistance plutôt légère, calcaires, faciles à travailler et saines, on conçoit que partout où elles n'occupent pas de trop fortes pentes, plies enrichissent leurs possesseurs.

Ces croûtes, d'origine moderne, ne sont autre chose que les dépôts des eaux contenant à la fois du calcaire et de la silice qui remontent en été des profondeurs du sous-sol après s'être chargées du bi-carbonate de chaux.

Dans une grande partie de Tarrondissenient d'Oran ce phénomène est étroitement lié à celui qui alimente les salins d'Arzew, dont le sol est ramené à la surface du chott par les eaux qu'il renvoie dans l'atmosphère qui les lui a données.

En effet, le sous-sol de cet arrondissement renferme d'immenses amas de sel gemme que les eaux pluviales n'atteignent point les années normales. Au contraire, en année humide, les eaux rejoignent le sel gemme et

lorsqu'elles reviennent à la surface elles sont chargées de sel et forment des salants dans les terrains les plus fertiles.

Les immenses plaines qui entourent Sidi-bfel-Abbès n'ont pu être transformées en champs fertiles qu'en rompant la croûte. Elle a servi à construire des villes et des villages, à élever des mûrs de clôture autour des champs, on a formé des tas énormes qui reste au milieu des champs.

Aussi ne trouve-t-on point de carrières dans le département d'Oran.

Quoique très calcaires les terrains à croûte ne contiennent que de faibles quantités d'acide phosphorique dans le département d'Oran. Plus riches dans celui de Constantine, on conçoit très bien qu'ils aient emprunté aux éléments fertiles qu'ils ont frôlés au-dessous dans le sous-sol. Les analyses suivantes en font du reste foi :

8idi-bel-Abbès Sétif

Azote 1.15 1.22

Acide phosphorique. 1.62 1.92

Potasse 2.10 2.73

Chaux 97.00 r>11.00

Sur le littoral algérien, les terraws éruptifs sont nombreux et se présenteni sous des aspects divers. Ce sont ici des pagmetites, là, des granits, des granulites, ailleurs, des tracliN très et des basaltes.

Mais partout les terres qu'ils ont fournies sont remarquables par leurs propriélés physiques et chimiques et, quelque soient les productions qui leur sont demandées, ces terres, qui sont admirablement constituées et n'ont

d'autre défaut que d'être un peu collantes, donnent les plus hauts rendements.

Les crus renommés d'Aïn-Témouchent, de Fontaine du Génie, d'El-Aflroun, les terres à céréales si riches qui les entourent proviennent de la décomposition de roches éruptives. Ce fait du reste n'est que la reproduction de ce qui se passe dans la plaine fertile de la Limagose.

Ce rapide exposé représente le sol de TAlgérie dans le Tell, où dominent les terrains secondaires et tertiaires sous Taspect d'un vaste massif montagneux, vaguement dirigé de Test à l'ouest, coupé de plaines et de vallées généralement parallèles à la mer, dans laquelle elles débouchent par des rivières qui ont creusé des profondes tranchées à travers les sédiments les plus tendres.

Le Tell algérien sera donc toujours à la fois un pays de cultures, mais aussi d'élevage. On ne doit point oublier que Tune de ses principales richesses résidait autrefois dans le troupeau de bœufs qui naissait dans les montagnes et venait achever son engraissement dans les plaines. Au point de vue cultural, certaines de ses vallées étaient considérées comme impropres à la culture des céréales qui y donnaient beaucoup de paille mais peu de grain. Le fait s'explique par 1 1 pauvreté de leurs terres en acide phosphorique. En effet, sur 389 analyses faites par la Station agronomique d'Alger, on trouve 221 terres contenant moins de 1 0/0 d'acide phosphorique, contre 168 en contenant plus. Mais le remède n'est pas loin du mal, et l'industrie des superphosphates ne s'étant pas encore implantée dans le midi, on mesure aisément la progression de l'usage qui

en est fait, en eonsultant la statistique qui en cinq ans constate que la quantité des phosphates sortis d'Algérie, qui nous sont revenus sous forme de superphosphates, est passée de 22.000 à 68.000 quintaux. Les résultats de cet engrais sont merveilleux. Ils hâtent la végétation, durcissent la plante, évitent la crise et doublent les rendements en grain dans la Mitidja en particulier.

Nos terres sont généralement riches en potasse, sur 389 analyses, la Station agronomique accuse également 17 terres en contenant moins de 1 0 0, 72 de I à 2, 83 de 2 à 3 et 217 en contenant plus de 3.

Quant à Tazote, sauf dans les terrains calcaires, il se présente habituellement en quantité suflisante. Nous devons du reste en être sobres sous notre climat irrégulier, si nous voulons éviter 1 echaudage, les années sèches et la crise des années humides. Du reste, Tadmosphériogène qui nous entoure est un producteur (razote dont il y a lieu de tenir grand compte, et, si on y ajoute une rotation raisonnée des cultures, cet élément sans aucun elïort d'engrais, tiendra toujours dans le sol une place suflisante, pour que tous les fumiers de ferme puissent être réservés aux cultures potagères ou irriguées.

I/utilisation des léguniineuses comme source d'azote remonte à la plus haute antiquité sur les bords de la Méditerranée. Cette pratique n'est peut-être pas encore appréciée à sa juste valeur dans le Nord çle l'Afrique.

Si nous cherchons à préciser les avantages des engrais verts, nous les trouvons nombreux et souvent d'un grand prix pour l'agriculture algérienne.

Os avantages ne sont pas toujours susceptibles

d'être tous obtenus dans toutes les exploitations ; mais bien peu de cultivateurs algériens ne se trouvent pas "dans les conditions requises pour tirer un profit de la pratique de la sidération ou enfouissement des plantes vertes.

L'enfouissement des plantes vertes donne au sol cet humus qui modifie son agencement, sa structure et le rend favorable aux plantes de culture.

La fumure verte se prête aux terres fortes comme aux terres légères, elle ameublit les premières et rend plus consistantes les dernières ; elle facilite aux racines des plantes cultivées l'accès dans les profondeurs où elles trouvent des réserves d'eau et d'aliments.

Dans les terres trop chaudes, la fumure verte maintient de la fraîcheur, elle tient le sol humide pendant une partie de l'été, elle favorise les condensations d'eau dans le sol pendant le refroidissement nocturne.

Les engrais verts se décomposent plus vite que les fumiers ordinaires, surtout si on les additionne d'une petite quantité de fumier de ferme pour activer les fermentations qui aboutissent à la nitrification.

Les engrais minéraux, les phosphates notamment sont plus actifs, plus rapidement assimilables quand ils ont été déjà en grande parlîe élaborés par les légumineuses à enfouir.

L'important apport d'azote de 100 à 250 k. par hectare des engrais verts rend l'eflet utile des phosphates et de la potasse bien plus certain, car l'emploi des phosphates et de la potasse, en provoquant, dans un sol riche en azote, d'abondantes récoltes, l'épuisé rapidement si l'azote n'est pas restitué.

Une culture pour engrais vert détruit les mauvaises

herbes qui occupent souvent, dans les cultures algériennes, une place importante.

Dans les terres lortes, les frais de culture étant beaucoup plus élevés, il peut arriver que la valeur de Tazote produit ne compense pas toujours les dépenses; mais dans beaucoup de terres sableuses, pauvres surtout en azote et en humus, l'emploi des engrais verts s'impose.

Les plantes sarclées sont celles qui profitent le plus des engrais verts, el nous pouvons principalement les recommander pour le tabac et le maïs.

Dès les premières pluies, les terrains destinés au tabac devront être ensemencés de Légumineuses qui prendront, pendant octobre à janvier, un développement su (lisant pour donner de 30 à 60 tonnes d'engrais vert à enfouir un mois ou deux avant la plantation, ce qui représente 150 à 300 kilos d'azote et de 5 à 10.000 kilos de matières humiques. Pour le tabac, cet azote a une grande valeur, car cette plante en est avide et les engrais chimiques impurs, qui apporteraient une quantité équivalente, laisseraient aussi dans le sol d'importantes quantités de chlore ou de soude qui sont des corps essentiellement nuisibles à la qualité du tabac ; les engrais verts communiquent aussi dans ce cas au sol, une fraîcheur qui persiste en été et favorise singulièrement le développement du tabac. La combustibilité parait sensiblement augmentée dans les tabacs faits sur engrais verts.

Bien que la culture de la pomme de terre ne soit pas en Algérie, comme en France, une grande culture, il est fait néanmoins quelques plantations de ce tubercule au printemps et à la fin de l'été. Cette culture gagnerait

souvent à être faite sur engrais vert surtout sur une Légumineuse à racines profondes.

La culture du maïs peut facilement se faire en terre sèche, sur beaucoup de points, si on a la précaution d'enfouir des engrais verts. Dans les vignes, les engrais verts rendront de grands services par leur apport précieux d'humus et d'azote.

Le figuier et l'olivier gagneraient beaucoup si des ejigrais verts étaient cultivés et enfouis à leur pied.

Dans une grande partie du Tell, la végétation de beaucoup de Légumineuses commence avec les premières pluies d'octobre et se continue régulièrement, les années pluvieuses surtout, pendant tout Thiver, si bien que dès janvier-février, les plantes destinées à la sidération peuvent être enfouies. C'est là un avantage qui compense l'inconvénient de ne pouvoir semer, comme en Europe, dès la moisson sur un déchaumage.

Il peut cependant arriver que les pluies précoces d'automne permettent de faire produire à un champ 25 à 40.000 kilos de Légumineuses, deFenugrec notamment, avant la fin décembre, époque qui convient encore pour les ensemencements en céréales.

Mais d'une manière générale, les Légumineuses seront semées dès les premières pluies pour n'être utilisées qu'à la Un de l'hiver pour les cultures d'été ou les cultures arbustives.

Dans certains cas, une partie au moins des Légumineuses cultivées pour engrais vert serait plus avantageusement convertie en fourrage vert ou ensilée. C'est ainsi que le Fenugrec peut donner une première coupe de fourrage et repousser aj^sez pour donner, en mars, il) tonnes d'engrais vert à enfouir.

Les Légumineuses fixent, comme il n'est pas douteux, une quantité considérable d'azote emprunté à l'atmosphère, mais toute plante cultivée pendant la saison des pluies, dans un sol rendu perméable par des labours, aura pour effet, comme l'a démontré M. Deherain, de retenir les nitrates, déjà lormés, qui seraient entraînés dans le sous-sol et hors de portée des plantes ; un sol nu est donc, pendant cette période de l'année, lessivé, il perd ainsi sa lertilité. Les cultures d'engrais verts, dans les vignes notamment, ont donc un double but : fixer de l'azote et retenir les nitrates déjà formés, les maintenir à portée des racines de la vigne.

L'enfouissement des engrais verts ne doit pas être trop retardé, il doit se faire bien avant la fin de la saison pluvieuse, car effectué trop tard la décomposition des débris végétaux et la reconstitution des nitrates qui en est la conséquence, n'auraient pas le temps de s'effectuer en temps utile et la récolte qui suivrait l'engrais vert n'en profiterait pas.

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