CÉRÉALES
Les auteurs latins ont fait ù la Barbarie la réputation d'une terre féconde en céréales. Rome tirait de l'Afrique les crains nécessaires aux subsistances nationales. Elles ne nécessitaient, il est vrai, qu'une importation de 400.000 tonnes environ de céréales.
C'est enfin une (|uestion de règlement de fournitures de blés qui fournit, en 1829, à la France, le prétexte de rompre avec les pirates barbaresques et de rétablir la paix et la sécurité dans la Méditerranée en s'emparant de l'Algérie.
Sauf dans quelques régions montagneuses, où Tolive et la figue constituaient déjà des ressources de quelque importance, la culture des céréales et l'élevage du bétail se partageaient à peu près exclusivement le sol algérien lorsque nous vînmes nous y établir. Quelles étaient alors les surfaces emblavées? 11 est à présumer que, suivant les années et suivant la situation politique du pays, elles variaient considérablement.
Toutefois, depuis 1865, elles oscillent entre 2 mi lions et 2.500.000 hectares. Elles sont en diminution pour les indigènes, mais ont augmenté de moitié chez les européens qui les font progresser vers le sud, par des méthodes culturales appropriées. Vainquant ainsi le climat sur des hauts plateaux ou des vallées en feu délaissés par les indigènes et regagnant du même coup les espaces conquis par la vigne et les autres cultures industrielles sur les céréales.
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Longtemps on a considéré comme limite de culture a rendements réguliers des céréales, les zones dans lesquelles il tombait 600 '"/'"de pluie. Actuellement, Tamélioration des cultures permet de la reporter à des territoires n^en recevant que 350.
Sur le littoral, l'excès de pluies en hiver est souvent une difficulté pour cette culture, car elle ne laisse pas le temps do faire les labours en temps voulu ; cependant, au point de vue végétatif, la répartition en est excellente. Les premières pluies y commencent en septembre, elles se généralisent en octobre. La saison humide est alors commencée ; elle durera près de six mois avec des alternatives de beau temps qui maintiennent toujours la moyenne de la température à plus de 6".
Au début de Toccupalion, on ne cultivait en Algérie (|ue le blé dur qui seul est apte à faire des semoules que les indigènes consomment sous forme de galette ou de couscous. On trouvera plus loin la liste de ces blés qui ont chacun leur habitat et qu'il importe de ne cultiver que dans les sols et sous les climats qui leur conviennent.
Avec l'occupation française est apparue la culture du blé tendre qui a une certaine importance entre les mains des Européens. Entre celle des indigènes, elle continue à n'exister qu'à l'élat (Texception.
Tableau des principaux Blés durs indigônes
A Epi long droit :
a Glumes glabres :
b Glumes claires barbe noire PéiÎHsier.
— barbe paille : épillets 3 4 grains Aïcha-el-Beïda.
— — Bec de la carène
très long Marocain.
bb Glumes rouges arête noire :
Epi effilé au sommet, grain clair Médéa.
Epi égal, 3-4 grains par épillel BeUouni.
bbb Glumes noirâtres ou noires :
Grain ambré, foncé Kakla.
Epi plus court, grain opaque peu coloré. Sioaf.
Glumes très noires Zag ghorab.
Epi plus gros MerouanL
a a Glumes velues :
b Grain rouge.
Epi en forme de massue Tebdoani.
Epi égal ou effilé au sommet FA-Aoudja,
(irain court, épais v . . . Bog/tar,
bb Grain ambré.
c Glumes très grandes, jaunes :
Epi moyen effilé, glumes inégales Ei-Safra.
Epi plus long Bou-Richa.
ce Glumes blanches :
Glumes grandes velues RichL
Epi long, grain long, courbe Sab-eL-Bel.
Epi étroit, grain court DJenahenNacer
Grain bossu Medeba.
ccc Glumes rougeâtres :
Epi long, rouge Hamra.
Epi plus effilé Azizi.
Glumes striées de noir Maroc,
Epi plus gros : Makaoui,
A A Épi court dense :
a Arête persistante :
b Épis 5-7 cent, atténué au son^mel, grain
ambré foncé Zedouni.
hh Grain très clair, épi plus long Ouphda,
bbb Épi non atténué, 1-5 c. de large AdjinL
2 5 c^nt. de large A urès.
aa Arête caducpie à maturité Forlan.
L'étude comparée des blés durs indigènes a permis de mettre en évidenee quelques rares qui se sont montrées supérieures et qui ont été propagées.
Mais l'introduction et l'acclimation de races nouvelles étaient aussi nécessaires.
Pour les blés tendres, qui étaient très peu cultivés par les indigènes, il fallait trouver des races très résistantes à la fois à la rouille et à Téchaudage. Ces deux fléaux rendent l'acclimatation des blés plus difficile qu'on ne le croit généralement, et si les premiers colons n'avaient pas trouvé des blés déjà acclimatés, ils auraient certainement conclu, après quelques essais des meilleurs blés de la Métropole, que le blé n'était pas susceptible d'être cultivé, avec profit, en Algérie. Les uns auraient vu leur récolte rouillée, les autres échaudée, très peu auraient récolté assez de grain pour payer leur peine.
En Algérie, les beaux blés durs des montagnes de l'Aurès ne réussissent que médiocrement dans les plaines. Les blés introduits qui ont donné des résultats provenaient de contrées à climat analogue à celui de l'Algérie ou plus ingrat.
Kn multipliant les introductions, on peut arriver à Irotiver des races bien adaptées parce qu'elles ont été
crées dans un milieu presque identique. Mais la solution du problème réside dans la création de races locales.
En matière de blés, on exagère souvent l'influence modificatrice du milieu sur l'héridité ; on a même admis que les blés durs deviennent tendres et, inversement, que les blés tendres deviennent durs, en les cultivant dans des régions différentes. C'est une erreur absolue, due à une observation très superficielle des faits
Si on sème un blé dur dans un pays qui ne comporte pas, pour ce blé, une période assez longue de végétation normale de la plante, une maturation hâtive anormale se produit et le grain, au lieu d'être glacé, transparent, est, par place au moins, blanc amylacé comme un blé tendre, on appelle ces grains des mitadins. Quelques cultivateurs, et même certaines administratioi\s qui achètent du blé, admettent que ces blés mitadinés proviennent de croisements entre blés durs et blés tendres. C'est là aussi une grosse erreur, les blés ne se croisent pas spontanément, le blé est une plante très bien organisée pour se défendre contre l'hybridation et contre le mitadinage, la fécondation s'opère entre les glumelles fermées.
Les blés dits mitadinés sont des blés incomplètement murs, la période de sécheresse étant arrivée trop brusquement. C'est donc, en Algérie, le manque d'eau dans le sol qui seul en est cause et qui donne, à ces grains de blés durs, l'aspect de grains de blés tendres. Le manque de chaleur dans les pays septentrionaux doit produire le même effet.
Certains blés tendres, dit-on, dégénèrent dans le Nord de l'Afrique et deviennent durs, ce caractère se retrouve dans la Tuzelle qui a un beau grain bien renflé, denu
corné, dans le Riéti, mais ces blés sont naturellement très riches en gluten et peuvent, dans les contrées méridionales, acquérir toute leur maturité. Des blés pauvres en gluten, comme ïMloraspriag, le Sonora, la iHchelle, conservent leurs grains trop blancs et trop amylacés, malgré plusieurs années de culture en Algérie.
Dans les régions où les blés durs mitadinent, il est bon de cultiver des blés tendres qui trouvent facilement leur emploi.
Les indigènes, qui consomment des semoules, n'ont jamais cherché à acclimater les blés tendres, tandis qu'ils ont fait certainement de nombreuses introductions de blés durs depuis les temps anciens, il en résulte que nous trouvons, déjà acclimatés, tous les principaux types de blés durs et c'est chez nous que les nations étrangères viennent chercher des semences de choix. Les blés algériens réussissent très bien en Australie et les Américains font des efforts considérables pour les acclimater en vue de la production de blés à pâtes alimentaires el semoules.
Les blés durs peuvent cependant être avantageusenient modifiés par la sélection el par les métissages. Le Service botanique a déjà isolé des races intéressantes et modifié avantageusement les types en usage chez les indigènes. C'est ainsi que les croisements de certaines races à épis court avec des races à épis long a amélioré le premier type, le Kahla de Médéa croisé par le Bouricha, a donné une descendance remarquable par un beau grain sur des épis plus longs.
Le seul blé tendre qui se soit répandu depuis la colonisation, c'est l'Odessa, nommé aussi Tuzelle ; en Kabylie on trouve encore un blé barbu originaire d'Espagne,
Hybrides
dp Kahah. et Bou.nich,,^.g.^.^^^^^QQQQ|ç
(Slalioii Hotaniqiio) ^
Hybriflos do Hichelle X Hielti
(Sl.itioii Rot.in iqiK*)
dénommé aussi blé de Mahon. C'est un blé très répandu dans tout le bassin méditerranéen.
Nos terres sont mlex ; si on veut utiliser le sol chaque année il est difficile de les nettoyer parce que la saison humide succède tout à coup à la saison sèche pendant laquelle il est impossrfble de faire entrer la charrue dans le sol, s'il n'a élé spécialement ameubli à cet effet et lorsque les pluies qui viennent en septembre ou octobre nous permettent de labourer, l'obligation où nous sommes de faire rapidement et de bonne heure nos semailles, nous empêche d'une façon presque absolue de semer nos blés sur plus d'un labour. Cette profusion d'herbes vient comme nous Tavons vu de ce que les éléments fertilisants nécessaires aux céréales ne se trouvent pas associés dans de bonnes proportions : nos terres rendues bien complètes, relativement à nos blés, donnent à ceux-ci une force suffisante pour étouffer presque entièrement toute autre végétation adventice. Encore cela ne suffit-il pas.
Beaucoup de propriétaires éclairés se sont préoccupés sérieusement de cette question si importante au point de vue de Tabondance et de la régularité de nos récoltes de céréales ; la création des établissements d'enseignement agricole est venue à point pour ffxer les agriculteurs algériens sur les éléments essentiels dont la diminution appauvrit leurs terres.
Les fumiers d'écurie et surtout le repos seuls moyens employés jusqu'à ce jour pour augmenter et conserver la fertilité des terres ont fait place, comme nous l'avons vu, aux phosphates.
Chez les peuples de l'antiquité, la jachère parait avoir alterné avec une céréale ; les Arabes, qui n'ont rien changé à leurs traditions les plus anciennes, pratiquent
ce mode d'assolement partout où ils ont assez de terrain pour le mettre en usage ; aux environs de Tunis les indigènes font des labours de printemps ; c'est un assolement biennal perfectionné et qui leur provient bien probablement des Carthaginoisdont les méthodes culturaleséta'ient très avancées et furent continuées par les Romains.
En Algérie, les labours de printemps ont été essayés par les Français avec succès, au point de vue de l'abondance du rendement, mais la dureté du sol les a rendus très onéreux et difliciles tant qu'on ne les a pas fait assez tôt et que pour utiliser le pâturage de la jachère on le labourait trop tard ; de plus, ils exigent Tassolemcnt biennal, c'est-à-dire de grandes surfaces, ce qui paraissait difficile à mettre d'accord avec l'augmentation du prix des terres.
I.e D' P. Mares, en 1899, prévoyait que l'on pourrait revenir à ce mode d'assolement qui provient d'une longue tradition, mais en le modifiant autant que possible par remploi de fumures qui permettraient de faire, dès la seconde année, une bonne récolte de fourrages de chaumes ; il ajoutait judicieusement que si nos terres sont presque impossible à labourer à la fin de la moisson, elles sont encore presque toujours abordables un mois avant, au moment des fauchages.
Comme nous le verrons plus loin, ce but est actuellement dépassé dans l'Oranie en particulier.
Si les propriétés physiques de nos terres sont bonnes, la plupart manquent dans la culture ordinaire de cette souplesse, de cet état de division que leur donne une culture constante et suffisamment profonde ; elles sont généralement fortes, comme nous l'avons dit, et c'est une excellente qualité surtout dans un pays où la chaleur
et la sécheresse arrivent souveot presque sans transition, car si l'état de division est parfait les plantes ne souffrent pas ; malheureusement, il n'en est pas ainsi en Algérie où les terres, encore trop peu cultivées, donnent généralement, malgré une bonne proportion d'humus, des mottes énormes sur lesquelles la herse et les rouleaux n'ont pas une action suffisante et qui nuit beau* coup à la bonne et régulière levée des semences.
Dans des terres mal ameublies, le blé craint, en effet, d'être trop profondément enterré ; si le grain est à peine recouvert de i à 2 centimètres de terre, sans sécheresse, il lève bien ; à 6 et 7 centimètres il pousse encore, mais au-dessous de 10 centimètres il a de la peine à sortir et sa tige se contourne en terre sans arriver au jour. En outre, le blé craint beaucoup les creux, c'est-à-dire les vides que laissent entre elles, même après de bons hersages, les mottes trop fortes ; on voit donc combien une terre qui n'est pas bien ameublie doit laisser perdre de semence : or, les labours d'Algérie présentent presque tous les mêmes défectuosités.
Le fumier d'écurie peut n'être pas suffisant comme engrais complet dans nos terres, mais employé sans excès il est précieux par sa composition physique et favorise l'état de division et de friabilité si nécessaire aux terres fortes qui n'ont pas été assez assouplies par des labours profonds et fréquents. Il est facile de c>onstater aujourd'hui l'amélioration très remarquable que nous obtenons dans nos champs argilo-marneux par le défoncement à vapeur à 50 el 60 centimètres pour les plantations de vignes ; le sol ainsi remué, mis à l'air, s'ameublit, devient friable; facile à travailler el ne ressemble plus à ce qu'il êtail avant.
Dans les terres bien cultivées on retrouve couramment en plein mois d'août, après défoncement, Thumidité à 0 ™ 20 ou 0" 25 alors qu'on la retrouve à peine à 0™50 dans la jachère nue.
On sait combien la qualité des blés de semence est importante ; les indigènes ne semaient que des blés durs, l'expérience a prouvé que leur tradition était bonne et qu'il fallait s'en tenir à cette espèce dans les terres argileuses ou la variété à barbe noire donne les nieilleurs résultats. Dans les terres franches mieux valent les variétés à barbe rouge ou à barbe blanche qui donnent un grain plus glacé et plus clair.
Sur le littoral, dans les régions où le calcaire fait défaut, on sème depuis bien des années une jolie variété de blé tendre barbu, à petit grain, ayant de l'analogie avec les poulardes, aussi précoce que les blés durs qui sont des blés de printemps en France ; il est à peu près aussi rustique que ces derniers.
Sur les Hauts -Plateaux, où se répandent peu à peu les semences sélectionnées par la Station botani(|ue, la majeure partie des semailles est encore faite de Tuzelle de Provence.
L'hiver rigoureux de ces régions, qui oblige à utiliser un Mé d'automne relativement précoce, la nature calcaire et saine du sol ont jusqu'ici favorisé cette variété
Le Charbon et la Houille attaquent fortement nos récoltes; des champs entiers semés de grains peu résistants sont détruits par ces parasites ; il est facile de les préserver du premier, comme en France, par l'emploi du sulfate de cuivre ; mais les Arabes usent peu, encore, de ce procédé si simple; quant à la Rouille, elle provient surtoutde l'état hygrométrique constamment élevé de l'atmosphère sur le littoral.
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Sur les coteaux ventilés, la rouille est moins désastreuse ; sur les Hauts-Plateaux, enfin, elle est à peu près inconnue et on commence à y cultiver avec profit les avoines grises et noires dont la culture est rendue impossible sur le littoral par les Rouilly.
Pour les plaines basses la lutte contre la Rouille ne peul être poursuivie que par le choix de races résistantes. Le blé résistant à la Rouille est encore à créer. Certaines années toutes variétés sont atteintes.
Malgré le peu de soin avec lequel on sème le blé et la grossièreté des labours, on n'emploie guère que la moitié du grain semé en France sur une même étendue de lorrain : ainsi, en octobre et novembre on répand à peine 80 kilos à l'hectare ; plus tard, on monte à 90 et 100 kilos et, dans les terrains bas, à 120 kilos ; ces quantités sont plus que suffisantes si le terrain est bien préparé ; si les terres étaient assez ameublies et divisées pour permettre de faire usage des semoirs, on ferait de très fortes économies de semences ; pourtant, les parasites sont au moins aussi nombreux que partout ailleurs, lesoiseauxabondent et quelquefois, dès le mois de décembre, les grosses fourmis se montrent en telles quantités que l'on est obligé de faire suivre le semeur par les herses, sans cela tous les grains répandus sur la terre et restant à découvert sont immédiatement ramassés, quoique sulfatés, mis en petit tas et portés ensuite par les actives maraudeuses dans leurs nombreux silos, à 20 centimètres environ sous terre. Le grain, une fois couvert, est respecté des fourmis.
En Algérie, on n'a guère à se préoccuper de la levée du blé, chose si importante ; la température du Teil, au plus fort de l'hiver, sauf des points exceptionnels, ne
descend pas au-dessous de 3 ou 4*», et lorsque la tigelle est sortie, elle se trouve, presque partout, dans des milieux dont la température est égale ou supérieure à G*», chaleur à laquelle la tige se développe ; aussi nos blés ta lient-ils de très bonne heure.
Rn Algérie, on fait peu de semis de blé en ligne ; cependant, ils ont ce très grand avantage de permettre un binage entre les lignes ; nous avons dit combien les terres ensemencées donnent d'herbes : parfois, c^tte végétation spontanée, dont les espèces varient beaucoup suivant les lieux et Tengrais, empêche complètement la bonne venue de nos céréales et en atténue la production à un point extraordinaire ; dans des terres très riches, mais très sales, il nous est arrivé, malgré de bons labours faits à point, de voir le jeune blé tellement étouffé qu'on devait se résigner à faire du fourrage au lieu d'attendre la maturité du blé : celui-ci n'aurait pas donné la semence tandis que le fourrage produisait plus de 40 quintaux métriques à Thectare.
Si nous n'avons guère à nous préoccuper des effets du froid, sauf sur quelques points limités dans les parties élevées du Tell et des Hauts-Plateaux, nous avons à craindre les effets de la sécheresse et surtout du siroco.
La sécheresse se présente par périodes générales, comme nous l'avons vu plus haut, mais il est bien rare que dans toute la partie moyenne ou littorale du Tell, sauf à l'Ouest d'Oran ou dans la vallée du Chélifl, elle atteigne des proportions désastreuses pour les céréales ; mais le siroco est un ennemi cruel par la facilité avec laquelle il amène Véchaudage ; on peut le combattre, il est vrai, par une terre bien divisée, profondément labourée, par le soin qu'on apporte à bien équilibrer
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les éléments nourriciers du sol ; du reste, ce vent n'est généralement pas fréquent au printemps, mais au mois de mai il tombe encore assez souvent de légères pluies ; c'est aussi à cette époque que fleurissent les blés, qu'ils se mettent en lait pour arriver à leur maturité dans les premiers jours de juin ; à cette époque, l'influence seule du siroco peut suffire pour imprimer à l'atmosphère une chaleur lourde et calme qui, lorsqu'elle succède à une légère ondée, est plus dangereuse que le vent luimême et peut détruire, en quelques heures, les plus belles apparences de récolte.
Ce ne sont là, heureusement, que des accidents ; il faut les redouter, mais ils ne sont pas plus fréquents qu'ailleurs.
Sur les points où sévit la sécheresse, les peuples méditerranéens ont recours à l'arrosage des céréales lorsqu'ils disposent d'une quantité suffisante d'eau : voici les indications que nous avons à ce sujet sur l'Algérie :
« Les Arabes recourent aussi à l'irrigation ; dans la Medjana seule, elle est employée à la culture des céréales sur une superflcie de 22.000 hectares. Dans le cercle de Bousaàda, 17.500 hectares ; dans le cercle de Sétif, 3.500 hectares et dans le Hodna, 8.000 hectares reçoivent la même affectation ; en tout 51.000 hectares pour quatre circonscriptions de la province de Constantine.
« Cet arrosage est pratiqué par les indigènes depuis un temps immémorial. Ils ont même le nom particulier de Djellefs pour désigner les terres non irrigables, consacrées à la culture des céréales. Les Djellefs ne produisent absolument rien, nous l'avons mentionné, si Tannée n'a pas été pluvieuse, et. malgré cette incertitude.
ils sont, dans quelques localités, traversés par de grandes rigoles, faites suivant certains plis de terrain et destinées à recevoir les eaux pluviales dont la chute est ordinairement torrentielle. Toutes ces rigoles se combinent en un réseau dont la distribution est fort intelligente, etc. » (1).
Dans le Hodna et ailleurs, on trouve d'anciens barrages non loin des ruines des villes romaines, aujourd'hui remplacées par quelques villages berbères et des douars de tribus demi-nomades ; dans le Sud, actuellement l'administration en fait construire : c'est là une question de première importance dans toute l'Algérie, mais notamment sur les Hauts-Plateaux où les chutes de pluie trop abondante par moment noient les terrains pour les laisser ensuite se dessécher outre mesure, alors cependant que la quantité d'eau annuelle est sufflsante et dépasse même celle dont les terres auraient besoin.
Plusieurs milliers d'hectares de céréales cultivées par les Européens dans la zone irrigable des barrages de Saint-Denis-du-Sig, de Perrégaux, d'Orléansville, sont aussi soumis à l'irrigation. Celle-ci est appelée à prendre d'autant plus d'extension que si les eaux d'irrigation de Tété sont rares, celles du printemps, seules nécessaires aux céréales, sont presque toujours très abondantes. Ce n'est, en effet, que vers le mois de mai, époque à laquelle la récolte n'a plus besoin d'eau, que le débit des sources et des oueds diminue naturellement.
La fertilité, en céréales, d'une grande partie des step-
(1) E. Milieu, Etudes économiques et agricoles sur TAlgérie, Paris, Baillère et fils, 1870, p. 289.
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pes, les années où la pluie est suffisante et bien répartie, rappelle les récits des anciens qui parlent de récoltes donnant 100 et 150 fois la semence, et, ce qui peut paraître le plus étonnant, c'est que ces produits extraordinaires s'obtiennent presque aussi abondants, en année favorable, avec la charrue arabe, qui gratte à peine le sol, qu'avec nos instruments les plus perfectionnés : nous en connaissons des exemples très remarquables.
Nous avons dit plus haut que Tassolement biennal avec labours préparatoires était connu dans l'antiquité. Nous avons vu que les territoires les plus colonisés par les Romains, le Dahra, le massif de l'Aurès, les plateaux de Sétif, étaient dans les zones à phosphates. La solution du problème se trouve dans ces deux points. En Algérie, la question de la maturation est difficile à bien résoudre par suite de l'activité que prennent la lumière et la chaleur vers la tin de mai et dans les premiers jours de juin. Sur beaucoup de points il faudrait pouvoir faire tomber la récolte presque en bloc, tant, à un certain moment, la maturité arrive avec rapidité.
Dans ces conditions, il devient très difficile de faire la moisson en tous lieux parfaitement à point, quel que soit le nombre de bras disponibles. Il serait toutefois très intéressant d'être fixé sur les avantages que l'on pourrait avoir à moissonner soit un peu tôt, soit à matu- ' rite complète, ainsi que des modifications qui peuvent s'opérer dans le grain conservé plus ou moins longtemps en meules.
Le battage se fait de plusieurs manières, soit sous les pieds des choraux et des bœufs, soit au rouleau, soit enfin avec les machines. Les Arabes, les petits propriétaires qui n'ont que de faibles quantités de céréales, se
servent des premiers moyens, mais plus les récoltes sont grandes, plus on tend à se servir des machines à grand travail ; aussi, voit-on se créer de nombreuses entreprises de battages avant les moissons : ce moyen, qui revient entre 1 fr. 50 et 2 francs les 100 kilos en sac, a le grand avantage, par sa rapidité, de permettre la vente presque immédiate de la récolle, d'éviter le coulage et de donner aux colons de Targenl et du temps pour continuer les autres travaux.
La récolte moyenne, sur un même espace, est plus forte chez les Européens (jue chez les Indigènes, mais elle reste faible chez les uns comme chez les autres. Les Indigènes n'ont guère que le 6 environ, et les Européens le {) ; on est satisfait quand on dépasse 10 quintaux à l'hectare. Aussi la récolte du blé est-elle peu rémunérai ri(*e. et sans les droits protecteurs, elle serait onéreuse, car au-dessous de 10 quintaux elle ne laisse guère d'autre bénéhce que la paille et le loyer du terrain, les frais réels devant être estimés à 170 francs environ. Il y a donc beaucoup à faire dans cette culture ; on pourra certainement en augmenter le rendement normal dans de fortes proportions et apporter ainsi une amélioration notable dans Tagriculture algérienne, car la paille est un. élément de première nécessité, dans une exploitation agricole, et de plus, la vente du blé toujours facile, assure une première rentrée utile à l'exploitation.
D'après les récits des anciens auteurs, il semblerait que la terre d'Afrique paraîtrait plus fertile autrefois qu'aujourd'hui. On doit certainement tenir compte des exagérations probables. Toutefois, on reviendrait à cette fertilité avec de bonnes cultures. Nous trouvons des faits précis indi((uant une fertilité extraordinaire ; ainsi,
Pline parle d'un rendement de 100 pour un dans la Byzacène ; Strabon raconte qu'un procurateur du Byzacium envoya à Tenïpereur Auguste une touffe composée de 400 épis tous sortis du même grain, et Néron en reçut une de 300 tiges; M. Lacroix, premier préfet d'Alger (1848-1849), qui cite ces faits, rappelle qu'il a vu à Alger, en 1849, un faisceau de 180 tiges, toutes issues du même grain de blé ; ce faisceau figura à Paris, à l'Exposition nationale de la même année (1). Mais ajoutons que dans les terres légères du Sud, on réduit la semence à 25 et même 15 kilos à l'hectare, ce qui lui permet de taller infiniment les années humides.
Nous avons indiqué aussi, plus haut, les rendements actuels que peuvent donner les terres des Hauts-Plateaux dans des années favorables.
La parfaite qualité des blés durs algériens a été reconnue de très bonne heure et les prix qu'ils ont obtenus à toutes les Expositions européennes ainsi que les mentions, les rapports, les études dont ils ont été l'objet en font foi largement ; dans les recherches qu'a faites M. Lacroix sur la valeur des blés romains, nous trouvons que d'après Ph'ne les évaluations, converties en valeurs françaises, des poids des blés les plus recherchés à Rome étaient :
Blés des Gaules et de Chersonèse par modius 6 k. 520
Sardaigne - 6 683
Alexandre et Sicile — 6 628
Béotie - 6 846
Afrique — 7 090
Italie, au-delà du Pô - 8 150
Glusiuiïi - 8 476
(1) Revue Africaine, T. XII, p. 417.
Le poids de l'hectolitre examiné dans l'antiquité et actuellement ne parait pas avoir varié d'une manière bien sensible, surtout si Ton a égard, comme le fait remarquer M. Lacroix, à ce que les moyennes du Ministère du Commerce, sur lesquelles a été basé ce calcul, sont prises sur les blés de 1^" qualité :
Dans l'Antiquité Aujourd'hui
Gaule 75k2l France, mag.génér. 76k160
Chersonèse (Crimée). 75 217 80 »
Sardaigne 77 081 78 124
Alexandrie 76 449 75 »
Sicile 76 449 . . . .• 78 750
. Tunis 78 750
Afrique 81 776 Hône 78 125
^ Alger 76 125
D'après Pline, « le blé d'Afrique donnait 80 7» de farine et 20 Vo de son.
« Aujourd'liui, d'après les documents affichés du Ministère de l'Agriculture et du Commerce, la moyenne de Tunis, Bùne et Alger donnerait en poids 81 «/o de farine et 19 "/o de son ; la proportion n'a donc varié qu'en raison des progrès de la minoterie. »
A la fin de l'ancienne ère, « dans le cours des 70 ans qui séparèrent Varron de Pline, le froment, que l'on payail d'abord 2 sesterces 12 ou 3 tout au plus le modius, monta jusqu'à 12 et au-delà. En d'autres termes, le prix quintupla et s'éleva de 5 à 6 francs l'hectolitre à 24 francs et plus. ») Ces variations et ces prix sont intéressants à mettre en comparaison avec ceux de notre époque.
Orge, — Nous n'avons parlé que du blé, mais comme
on le voit dans le tableau suivant, TAlgérie produit aussi de grandes quantités d'orge. Les Arabes en sèment beaucoup, car ils la considèrent comme une nourriture de première nécessité pour leurs chevaux et ils en consomment eux-mêmes lorsqu'ils n'ont pas de blé ; elle donne de meilleurs rendements que celui-ci dans les terrains nouvellement défrichés et non ameublis ; elle craint moins la sécheresse et mûrit en moins de temps ; aussi peut-on, dans bien des cas, substituer avantageusement sa culture à celle du blé, et les Arabes, souvent très en retard pour leurs semailles, trouvent dans la culture de l'orge le grand avantage de pouvoir poursuivre très tard leurs labours : ils sèment parfois, encore, jusqu'en février ; Forge semée de bonne heure épille bien avant le blé et les moineaux la dévorent quel que soit le soin avec lequel on la fait garder ; du reste, ces oiseaux, sur certains points de l'Algérie et surtout dans les parties boisées, sont parfois un véritable tlcau avec lequel il faut compter, mais dont on peut suffisamment se préserver, lorsqu'on s'en préoccupe.
Les orges de l'Algérie sont estimées à l'étranger pour les brasseries; l'Angleterre en emploie beaucoup; ce débouché pourrait devenir très important ; mais on ne connaît pas encore assez les variétés qui seraient les plus avantageuses pour le commerce. Dans l'Est, les Arabes cultivent une orge noire qui paraît leur donner parfois de meilleurs résultats que leur variété ordinaire.
L'Avoine n'est guère récoltée que par les Européens qui en donnent volontiers à leurs chevaux ; elle est de bonne qualité et' sa culture tend à augmenter dans ces dernières années elle est souvent parasitée par l'ergot.
Le Seigle vient bien, mais n'est guère cultivé qu'éventuellement pour sa paille qui est employée pour des couvertures de hangars et surtout pour des liens.
Le Seigle sur le littoral est employé aussi comme abri.
Le Maïs devient très beau, toutes les variétés peuvent être cultivées avec succès ; néanmoins on en récolte relativement peu ; la production européenne tend à dépasser celle des Indigènes ; il est probable que ce fait est dû à Télevage des porcs que Ton engraisse principalement avec ce grain ; la nature épuisante de cette récolte empêche probablement son extension.
Le Béchena des Arabes {Sorghum vulgare), n'est cultivé que par les Indigènes dans les parties montagneuses, surtout en Kabylie ; on peut le cultiver en terrain sec, dans les terres à blé et remplacer des cultures d'hiver qui auraient manqué ; les Arabes en mangent le grain, et la paille donne une nourriture précieuse pour les animaux qui, au mois de septembre, sont souvent privés de pâturages.
Les Kabyles cultivent aussi un autre genre degraminée d'été, à haute tige, qu'ils nomment Uni (Peniselum typhoideum). Cette plante constitue, chez les Kabyles, ainsi que le sorgho et le maïs, des cultures d'été sur les collines de la Kabylie. (1)
Nous ne saurions quitter cette brève étude des céréales sans retracer brièvement un procédé de culture importé il y a quelques années dans le département d'Oran par les Andalous. Il se répand chaque jour
(1) Les cultures kabyles sont trailées aver détail dans le savant ouvrage de MM. Hanoteau et Letourneux : La Kabylie et les Coutumes kabyles, chez Challamel, ù Paris.
davantage et tend à rendre à la Barbarie la réputation de « terre féconde en céréales » qu'elle tient de Tantiquité.
Comme nous le disions plus haut, jusqu'en ces dernières années on n'avait essayé de lutter contre la sécheresse que par des labours profonds et contre Tenvahissement des mauvaises herbes par des labours de printemps. Les uns ne répondaient pas au but en ce qu'ils prolongeaient la durée du labour pendant une période déjà trop courte, les autres occupaient la terre pendant une année sans donner cependant des avantages suffisants.
I^orsque nous sommes arrivés en Algérie, nous avons imité les Indigènes. Les Arabes n'avaient rien changé aux plus anciennes traditions, comme les peuples de l'antiquité, ils pratiquaient la jachère Talternant avec une céréale partout où ils avaient assez de terrain pour le faire.
Nos instruments, plus puissants, nous permirent de nous attaquer aux terres fortes dans lesquelles on obtint jusqu'à vingt récoltes de suite sans repos, ni fumier, dans la Mitidja. A mesure qu'elles s'épuisaient on approfondissait les labours.
Puis vint le moment ou Ton fuma, et avec le fumier de ferme, si les années étaient propices, on améliorait le rendement, on assurait la verse les années humides, et les années sèches, le grillage et l'échaudage; les colons n'en obtenait pas moins des rendements moyens de 9 à 10 quintaux à l'hectare.
Mais ce n'était là ni un progrès ni un moyen de développer la colonisation. Tandis que progressait la science agricole les colons s'apercevaient que beau-
Coup de leurs terres manquaient de phosphates, principalement sur le littoral. Certaines régions réputées riches en céréales, comme celle de TOued-Riou, de Tiaret, de Sétif, de Constantine, la plaine de Bône, possèdent des terres qui contiennent de ^,5 à 2 0/0() d'acide phosphorique. Par contre les terres du Sahel d'Alger, de la Mitidja, de la Kabylie sont généralement peu pourvues de ces éléments. C'est dans les terres riches en phosphates que les céréales donnent les meilleurs rendements, croissent le plus rapidement, résistent au siroco. Aussi le colon se met-il de plus en plus à employer les superphosphates, à Texclusion de tous autres engrais, les apports d'azote poussant à la verse, à l'échaudage et à la Rouille.
Dans la partie du Tell qui n'est plus soumise à Finfluence du littoral jusqu'à la limite de la culture des céréales, limite que les colons reculent chaque années au moyen de méthodes de culture plus rationnelles et mieux appropriées au climat qui les régit, le critérium de la culture du blé sans irrigations, c'est de faire profiter un sol de toutes les pluies de la saison pluvieuse et en quelque sorte même des pluies tombées pendant la précédente saison.
Ici ce n'est plus au fumier, ce n'est plus aux engrais que le colon demande les excédents de récolte, mais à une augmentation de loyer et de main d'œuvre.
C'est du reste la constatation de ce fait qui a poussé le Gouvernement général a augmenter l'étendue des lots de culture qu'il concède sur les Hauts Plateaux aux immigrants.
Ce n'est pas en faisant au sol de grosses avances sous forme de main-d'œuvre ou de fumure que les colons du
département d'Oran, puis ceux de Sétif, et enfin une partie de ceux du Chélilï, sont arrivés à un produit net qui, en peu d'années, a fait doubler le prix des terres et a amené l'aisance dans des régions que Ton considérait comme des pays de ruine ou encore comme incultivables, tels Frenda, le Sersou et les plateaux qui s'étendent entre Sétif et Batna.
Les colons, à Texemple des Andalous qui sont venus leur donner les premiers principes du procédé de culture à employer, ont bien compris que ce n'était pas vers de grosses récoltes qu'il fallait tendre. Ce serait bien dans un pays où il pleut beaucoup, car une surface donnée de feuilles évapore proportionnellement à son étendue. Ce serait bien encore sur des terres de valeur élevée, mais nous avons à faire ici à des terres qui ne valent que de 100 à 300 francs l'hectare.
Le problème consistait à diminuer les frais de culture et à régulariser la production sur des territoires, où le lléau est la sécheresse, sans tenir un compte trop exclusif de la valeur du loyer et sans s'atlacher par conséquent à de gros rendements, produire le plus de grain possible avec le minimum d'évaporation et de mettre le blé en état de profiter de toute l'eau de la saison pluvieuse Il fallait donc avoir des terres parfaitement propres et être prêt à semer dès les premières pluies. Enfm, pour que l'eau pénètre dans le sol et que le vent et le soleil ne viennent pas l'en tirer, il fallait que la terre fût très meuble à la surface et bien aplanie afin d'absorber toute la pluie d'abord, de ne pas se crevasser et, enfin, de présenter le minimum de surface évaporante.
En hiver, quand les journées sont courtes et la terre alourdie par les pluies, il faut au moins trois équipages,
qui mangent cependant toute l'année, pour faire un travail à peine égal à celui que produirait un seul équipage. On est arrivé à remplir ces conditions en faisant du blé une sorte de plante bisannuelle, sa culture empruntant la terre pendant deux années de suite.
Nous suivrons pour plus de clarté cette culture pendant un cycle complet sur une exploitation comportant par exemple 160 hectares, que nous supposerons situés à la lisière sud du Tell, dans Fune des trois provinces algériennes .
Dans le mois de décembre ou de janvier, le colon qui ne possède que 8 à 9 chevaux ou mulets arabes d'une valeur de 250 à 450 francs, attèle à chacune de ses deux charrues, Brabant simple ou double, quatre colliers et donne un premier labour à une profondeur de 20 à 22 centimètres aux terres qui seront ensemencées en blé à l'automne suivant ; ce labour est exécuté sur le sol qui a produit une céréale moissonnée dans le courant de juin précédent.
Les deux charrues à quatre bètes poursuivent leur travail jusqu'en mars, époque à laquelle elles ont pu effectuer chacune une étendue de labour de 40 hec^tares environ. Ce labour a pour but d'ameublir profondément la terre, de l'exposer aux intempéries, d'aider à l'infiltration des pluies dans le sous-sol.
Au mois de mars, selon l'outillage que possèdent les colons, les équipages sont attelés à des trisocs ou bien ils sont doublés et attelés à de petites charrues assez semblables aux charrues vigneronnes dont les mancherons sont tenus par un homme qui conduit ses deux bêtes au moyen de guides.
Ce labour varie entre 10 et 15 centimètres de profon-
deur. Il a pour but de détruire les herbes qui ont poussé sur le labour d'hiver, d'ameublir la surface du sol de telle façon qu'il soit toujours possible à l'automne suivant d'y pénétrer avec la charrue avant l'année des pluies et surtout d'y maintenr une humidité qui favorise la nitrification. Parfois, les colons qui en ont le temps, donnent un troisième labour en été. Quand la saison des pluies est arrivée, c'est-à-dire vers le mois d'octobre, on sème dès que la terre est assez détrempée, d'abord l'orge, puis le blé, enfin l'avoine, à raison de 50 à 100 kilogs à l'hectare. Généralement, la semaille de l'orge est faite la première, puis celle de l'avoine, cette pratique pertnet d'échelonner les récoltes, de telle sorte que le battage de l'orge et de l'avoine et terminé avant le commencement de la moisson du blé. Avec le prix de son, l'orge qui a été vendu et livré, le colon fait parfois la moisson du blé. Mais il se présente un autre cas encore qui oblige à agir ainsi. Si vers la première quinzaine de novembre les pluies n'ont pas apparu, les colons enfouissent l'orge et l'avoine en terre sèche, leur grain est moins sujet à s'échauffer que celui du blé. Il peut y séjourner sans inconvénients jusqu'au moment où il est tombé assez de pluie pour détremper le sol de telle sorte qu'il devient possible de semer le blé en toute sécurité.
Le grain est toujours enterré à la charrue à une profondeur de 10 à 12 centimètres, grâce à l'ameublissement parfait du sol il lève facilement. Les colons considèrent cette profondeur comme indispensable pour le préserver des longues sécheresses qui peuvent se produire avant la levée. Il faut à peu près deux charrues pour recouvrir un hectare de semence en un jour.
Après le labour, on fait ce qu'on appelle le planchage. Cette opération se pratique surtout sur les terres légères et ressuyées. Elle consiste à traîner sur les terres ensemencées une planche de trois mètres de long environ sur laquelle est monté le conducteur et que traînent en travers du champ un ou deux chevaux. Le planchage a pour principal effet de tasser légèrement la terre, de diminuer la surface évaporante, d'empêcher Tair de pénétrer trop facilement jusqu'au grain et de mettre ce dernier en contact immédiat avec le sol.
Dans des terrains ainsi tassés et parfaitement ameublis, il est fréquent de voir l'orge germer et lever avant les premières pluies.
Grâce au système de culture qui vient d'être décrit, le rendement des terres de Tannée qui après les belles années du défrichement était descendu à 7 ou 8 quintaux à l'hectare avec des intervalles d'années nulles, a pu remonter à 10 à 12 quintaux à l'hectare en moyenne, comme les semences sont mises en terre aux premières pluies, les céréales profitent de toute l'eau tombée pendant la saison pluvieuse.
Les années nulles disparaissent et tandis que les dépenses diminuent les produits augmentent et avec eux la fortune apparaît.
En somme dans une grande partie des départements d'Oran et de Constantine de grosses fortunes se réalisent, la colonisation conquiert sur la sécheresse 200.000 hectares jusqu'ici incultes au Sud du Tell par la méthode des labours préparatoires.
On peut de suite établir de la façon suivante le bilan d'une telle exploitation, ce qui donne une idée des bénéfices que peuvent donner, avec le mêuje produit; 200 hectares de la plaine du Sersou par exemple :
Achat de 200 hectares à 200 francs 40.000
Cheptel, 12 chevaux ou mulets à 300 francs. . . 3.600
Quatre grosses charrues 800
Sept petites charrues ou trissocs 600
Matériel divers, 2 moissonneuses 6.000
1" Etablissement. Construction d'une écurie et
d'un logement * 6.000
Total ' 57.000
Dépenses annuelles pour ensemencer 400 hectares
Nourriture des animaux 4 380
Avance de main-d'œuvre 2.500
Réparations et amortissement du matériel 1 500
Semences 2.000
Frais généraux \ .500
Intérêt du capital 4.133
Total 16.013
Vente de 1 . 100 quintaux de blé à 20 francs 22.000
Bénéfice net -5.987
Frais à Vhectare
Deux ou trois labours 40
Semences et semeurs 20
Labour pour enterrer 10
Planchage 2
Moisson et transport au gerbier 20
Battage 15
Loyer de 2 hect. ou intérêt du capital. . . 40
Frais généraux 13
Total... 160
iid
Il résulte de ce compte, dans lequel les dépenses sont plutôt majorées, qu'en tO ans on a amortit un capital de plus de 70.000 francs nécessaires à la mise en valeur d'un domaine de 200 hectares.
Cette méthode de culture n'est pas définitive mais les immigrants doivent la connaître parce qu'elle est immédiatement praticable même avec les plus modestes ressources, elle assure des bénéfices là ou la culture primitive du Colon et celle plus primitive encore des Indigènes s'est presque toujours résolue par le déficit.