‹ L'Algérie agricole en 1906Chapitre 21 sur 40 · CITRONS · texte numérisé non relu

CITRONS

ORAN6BS

souvent dans les plantations qui souffrent quelquefois des gelées que les fruits sont plus savoureux et de plus de valeur.

Dans la région saharienne, les Orangers sont généralement exclus par l'effet de raltitude, mais dans les stations basses comme Biskra, le Djerid en Tunisie, les Orangers prospèrent sous les Dattiers et donnent même des fruits d'une douceur et d'une saveur extraordinaire. Dans le Nord de l'Afrique, l'étendue des terrains susceptibles d'être couverts d'orangers est très considérable. L'Algérie et la Tunisie pourraient facilement consacrer à cette culture 50.000 hectares et réaliser ainsi le jardin des Hespérides.

L'eau est après le climat l'élément important qui favorise les Orangers ; les irrigations doivent être fréquentes et copieuses surtout à la fin de l'été, au moment ou les eaux sont généralement basses.

C'est une erreur grave que de planter des Orangers si on ne peut les arroser dans de bonnes conditions.

L'Oranger n'est pas très difficile sur la nature du sol ; il lui faut, comme à la généralité des arbres, une terre profonde et bien drainée tout en restant capable de conserver de la fraîcheur ; les terrains sableux, graveleux se dessèchent trop rapidement. Un sous-sol un peu argileux n'est pas défavorable si la couche arable est asrcz légère pour être facilement cultivée et si le drainage se fait bien.

Les différents Agrumes ne sont pas également sensibles au froid. Le Citronnier et le Cédratier sont les plus frileux, puis viennent les Orangers doux, les Bigaradiers, les Mandariniers, les Chinois, enfin, lesSatzuma et Kunquat du Japon.

En utilisant le Citrus trifoliata comme porte-greffe du Kunquat ou du Satzuma, on peut cultiver ces intéressantes Aurantiacées à une altitude qui ne conviendrait déjà plus aux autres Citrus.

Dans les sites sujets à des gelées, il se constitue, par la sélection des sujets résistant les années froides, des races locales qui ont une grande importance, par leur adaptation; il serait sou vent imprudent de leur substituer des variétés paraissant plus avantageuses.

La France importe d'Espagne 50.000 tonnes d'Oranges.

L'Ilalie fournit 2.000 tonnes d'autres provenances.

La France reçoit 1.500 tonnes, soit un total de 53.000 tonnes d'Oranges et Citrons de provenances étrangères.

L'Algérie exporte déjà environ 5.300 tonnes d'Oranges.

La consommation des Oranges, en Europe, peut augmenter aussi par suite de l'arrivée sur les marchés de fruits de qualité supérieure ou de nature différente. Les Mandarines prennent tous les jours une plus grande place dans la consommation. La mise en vente d'Oranges précoces et d'Oranges tardives allongerait aussi la durée de la période de grande consommation qui pourrait pratiquement s'étendre de fin novembre à fin avril.

Les variétés très tardives, donnant des fruits en plein été, entrent en concurrence avec trop de fruits et n'ont qu'un marché restreint en Europe.

Mais les variétés précoces trouveraient un grand débouché ; actuellement, les Mandarines et Oranges expédiées en novembre et décembre sont incomplètement mûres. Il est important de leur substituer des races vraiment précoces.

En Italie, la culture des Agrumes subit une crise depuis quelques années par suite de la constitution, en Amérique, de très importantes orangeries, en Californie et en Floride, 80.000 hectares.

I^es Américains ont, dans cette culture, fait des progrès considérables, A nos anciennes variétés qu'ils ont

d'abord implantées chezeuxjls substituent, tous les jours, des races nouvelles de meilleure qualité ou plus productives. D'importateurs, les Américains tendent à devenir exportateurs.

Il faut prévoir une lutte considérable, sur les grands marchés et, pour être rémunératrice, la culture des Orangers doit être faite dans des conditions qui assurent une abondance d'excellents fruits à des prix peu élevés.

Le prix des Oranges a, depuis* quelques années, une tendance à baisser, c'est du reste une des conditions qui amènera une très grande consommation.

Les producteurs seront amenés à former des Coopératives de rente à moins d'avoir une importante production permettant de faire les frais d'une installation pour les expéditions.

La surproduction ne parait pas encore à craindre; les terrains ([ui se trouvent dans les conditions convenables pour la culture de l'Oranger sont répartis dans une zone assez étroite de notre littoral ; mais il n'est que trop vrai que la partie commerciale a une importance au moins aussi considérable que la partie agricole dans cette question de la culture des Orangers.

Nous avons eu, dans le Vieux monde, des Auteurs qui se sont rendus célèbres par d'importantes publications sur les Citrus : Ferrari, Risso et Poiteau, Gallesio, sont cités constamment.

Mais nous ne trouvons dans tous ces grands mémoires qu'un esprit didactique donnant autant d'importance à toutes les variétés connues sans se préoccuper de leur utilité. Quand on a parcouru les belles planches qui illustrent ces ouvrages on se demande si cet effort n'aurait pas été mieux employé à l'étude des seules variétés utilisables dans les cultures.

Les auteurs américains ont compris l'étude des Citrus d'une toute autre manière ; laissant de côté ce^ innombrables formes, sans valeur, que Ton obtient par les semis, ils ont fait un inventaire complet de toutes les races cultivables pour la valeur économique de leur fruit. Ils ont de plus procédé à des semis méthodiques et créé des centaines de variétés répondant à la fois aux exigences du sol, du climat, du commerce, et même au goût des consommateurs.

C'est à l'Amérique que nous devons, maintenant demander les races de valeur pour nos Orangeries, si nous voulons les établir en vue d'ime lutte commerciale qui ne tardera pas à se produire, sur les grands marchés d'Europe, entre les Agrumes du Vieux et du Nouveau monde.

Pour faire progresser cette culture, les services de l'Agriculture du Gouvernement de l'Algérie ont depuis dix ans dirigé leurs recherches sur les points suivants :

l^ Étude des races locales dignes d'être nommées et conservées ;

2^ Production, par semis et croisement, de races nouvelles ;

3*» Introduction de variétés nouvelles présentant des qualités remarquables pour la consommation locale et pour l'exportation ;

4** Étude des meilleurs porte-greffes résistant à la gommose ;

5^ Moyens pratique de détruire les Cochenilles et de prévenir leur propagation ;

6^ Soins culturaux, greffage, irrigations, etc.

Les races locales sont loin d'être sans valeur, elles résultent des semis qui depuis bien longtemps sont pra-

tiques par les Indigènes. Parmi ces Orangers de semis, il se trouve des sujets de mérite très inégaux» beaucoup ne donnent que des fruits médiocres ; mais il faut bien reconnaître que certains arbres produisent des Oranges délicieuses qui peuvent supporter la comparaison avec les fruits classés et déjà renommés sur les marchés.

Les Orangeries algériennes peuvent donc déjà trouver, dans ces formes locales, quelques bonnes variétés à fixer par la greffe et à désigner par un nom particulier. Malheureusement, lors de la constitution de beaucoup d'Orangeries, on ne s'est pas assez préoccupé de cette question capitale du choix des meilleures variétés. On s'attachait alors plutôt à la nature du sol et on comptait dessus pour imprimer à des variétés quelconques les qualités du cru.

Peu d'Oranges des régions voisines de l'Algérie ont été propagées. On peut citer seulement l'Orange sanguine dite de Malte, assez répandue, et l'Orange de Jaffa, encore très rare.

La Mandarine a été introduite par Hardy vers 1850. Cependant, ce n'est que vingt-cinq ans plus tard que la culture de cette Orange a commencé à prendre sa place dans les Orangeries et aujourd'hui c'est la Mandarine qui est surtout demandée par le commerce d'exportation.

Les meilleures variétés nouvelles ont été introduites depuis dix ans par le Gouvernement de l'Algérie. L'Orange de Bahia ou Navel est appelée à un grand succès. Le fruit est excellent, il vient par grappes abondantes et serrées ; il est sans pépin, très juteux, à pulpe très fine.

Le Néflier du Japon Le Néflier du Japon est

appelé à prendre une place importante dans la zone de rOranger ; il remplace au printemps les Cerises qui sont encore rares. Introduit à la Pépinière centrale du Gouvernement, il y a 50 ans, le Néflier du Japon est resté longtemps un fruit médiocre. Multiplié toujours par semis, cet arbre a donné de nouvelles variétés qui, soumises à la sélection, ont acquis aujourd'hui un degré remarquable de perfection.

Les belles Nèfles, très juteuses, sucrées et agréablement parfumées, ne sont plus très rares.

D'importants progrès sont encore susceptibles d'être réalisés, soit par la même méthode, soit par l'introduction de nouvelles races. Juscjuà ces dernières années, le Néflier n'étant que très rarement greffé, la Société d'Horticulture d'Alger a donné une grande impulsion à la diffusion de belles races par le greffage à l'écusson, qui se fait facilement [au commencement de juin. Le Néflier du Japon peut servir de porte-greffe pour un grand nombre de Pomacées fruitières ou d'ornement, les Cratœgus, Pholinia, Vyrm, Chemomelen, Cydonia soudent très bien leurs greffons. Les avantages que l'horticulture algérienne peut tirer de ce porle-greffe ne sont pas encore bien déterminés.

Les Nèfles peuvent être pressées et donner, après fermentation, un cidre léger, très agréable ; l'eau-devie obtenu par distillation de ce cidre, ou un kirsch obtenus des fruits fermentes avec une partie seulement de leur volumineux pépin sont deux liqueurs très flnes.

Ce kirsch surtout trouverait une place très honorable parmi les produits de la distillation. Et quand les Nèfles

Variétés de Nèfles du Japon améliorées répandues dans les cultures à Alger

DoD Carlos

Mercadal

sont très abondantes et inutilisées comme fruit, la production de cette liqueur est un débouché assuré.

Les Plaqueminiers et le Kaki. — Le groupe des Plaquemiriiors ou Kaki est aujourd'hui très nombreux et ce sont des arbres fruitiers encore assez mal connus ; quelques variétés médiocres ont compromis la réputation du genre qui, forcément, doit prendre une place très importante dans les jardins algériens. Les Plaqueminiers croissent avec une très grande vigueur dans les différentes zones de l'Algérie, les fruits très abondants sont beaux et plusieurs sont très bons.

Les races cultivées proviennent, les unes, d'espèces américaines, les autres, plus nombreuses, d'espèces asiatiques.

Les variétés américaines dérivées du Diospyros Virgù niana sont encore peu nombreuses et peu appréciées, cependant ces types très rustiques et très fertiles méritent d'attirer l'attention.

Le p. Virginiana peut servir de porte-greffe, mais on lui préfère le D. Lotus. Le Uiospyros Lolu$ est un bel arbre d'origine asiatique à beau feuillage vert foncé, très vigoureux ; ses fruits sont trèt petits, quand ils sont bien mûrs ils sont comestibles, mais peu recherchés.

Cet arbre multiplié de graines présente quelques variations.

Le D. Lotus et surtout intéressant comme porte-greffe pour les nombreuses races améliorées de Kakis qui ne peuvent se perpétuer que par le greffage.

Dyospyros Sinensis. — Ce Plaqueroinier est anciennement répandu dans les jardins, il a été souvent multiplié de graines, ses feuilles sont pubescentes, ses fruits tantôt ronds, tantôt ovales, de la grosseur d'une grosse Prune, sont d'abord très verts et deviennent jaunes verdàtres en mûrissant ; la chair à maturité est assez fondante et souvent agréable. Ce Plaqueminier chinois est plus sensible au vent et au froid que le type japonais, il estbien moins décoratif ; les bonnes races mériteraient d'être fixées par la greffe, il varie très peu par le semis, devrait être hybride avec le suivant.

Diospyros Japonica ou U. Schi'T$e. — Le vrai Kaki des Japonais est un arbre cultivé depuis des siècles en Chine et au Japon ; il a produit d'innombrables variétés qui se perpétuent surtout par greffe, car certaines sont dépourvues de graines.

Ce Kaki est le plus intéressant du genre, il n'a été introduit en Europe que depuis une trentaine d'années et beaucoup de ses variétés sont encore peu connues.

En 1894, le Service Botanique du Gouvernement a reçu directement du Japon 15 variétés de Kakis qui ont été multipliées et répandues en Algérie et en France ; ces arbres paraissent très fertiles, surtoutdans la région montagneuse. Le Kaki Japonais a un feuillage très large, glabre, luisant, d'un vert foncé, puis rouge à l'automne. Aux fleurs très nombreuses succèdent un très grand nombre de fruits dont les ovules n'ont pas toujours été fécondés; aussi, dans quelques variétés, les graines manquent ou sont rares. Le fruit variable de forme et de volume, est tantôt comparable à un Abricot, tantôt atteint les dimensions d'une Orange ; il est très lisse, d'un beau jaune orangé ou rouge vif. Sous une peau

plus ou moins épaisse se trouve la pulpe sucrée et très savoureuse quand la maturité est complète.

Sur les marchés d'Alger on trouve déjà communément la variété dite Cortata, la seule introduite depuis une trenlaine d'années, mais les nouvelles variétés, notamment Vllachiya, Hiakume, Miiw Kaki, sont supérieures.

Les bonnes races de Kakis constitueront bientôt une ressource importante pour l'alimentation ; peu d'arbres fruitiers peuvent donner une récolte aussi abondante et aussi régulière.

Dans les variétés introduites du Japon en 1894, on peut distinguer deux séries : la première comprend des Kakis qui mûrissent en septembre, au moment ou le marché est largement pourvu de fruits, d'autres mûrissent en novembre et peuvent facilement être conservés jusqu'en janvier en gagnant beaucoup par une maturation au fruitier ; ces Kakis tardifs sont remarquables par la quantité de sucre que contient leur pulpe exempte de toute âpreté ou parfum étrange.

Les Indigènes apprécient beaucoup les Kakis et en consomment de grandes quantités.

Le Grenadier. — Le Grenadier est très cultivé, il tend à croître à l'état subspontané dans les haies et broussailles. Certaines localités produisent de beaux fruits, mais le plus souvent on néglige trop cet arbre. Les variétés de premier choix pourraient être exportées. La consommation locale est considérable, car la Grenade est très recherchée par les Indigènes et les populations d'origine méditerranéenne.

L'Abricotier. — L'Algérie, qui pamtt avoir un climat et des terres très propices à la culture de TAbricotier, ne peut encore présenter que les cultures indigènes anciennes de cet arbre. Il est vrai que ces cultures ontunecertaine importance, elles sont établies <\ la limite de la région désertique dans les oasis, dont le climat, trop froid en hiver, ne convient pas au Dattier ou sur les versants Sud des montagnes qui bordent le Sahara.

L'Abricotier dans ces régions est cultivé pour la préparation d'un fruit sec appelé Mechmech, qui est Tobjet d'un commerce considérable dans tout le Nord de l'Afrique. Dans les autres régions de l'Algérie, l'Abricotier est cultivé ci et là pour la consommation des Européens. En général, ce fruit manque sur les marchés et, jusqu'à ce jour, aucune culture en grand n'a été tentée en vu de préparer des conserves, soit des pâtes, soit des abricots secs, comme ceux que nous recevons de Californie:

Il ne serait pas didicile cependant de trouver des sites très convenables pour cette culture, soit dans la région montagneuse inférieure, soit dans les plaines irrigables, comme le Chélif. Actuellement, les débouchés sont assurés pour une certaine quantité, puisque la France importe de l'étranger des abricots secs qui peuvent être produits en Algérie, aussi bien qu'en Californie.

Le commerce des fruits a pris, depuis quelques années une importance extraordinaire, non seulement on les transporte facilement et rapidement frais, sur les centres de consommation, mais on est arrivé à en assurer la conservation par de nombreux procédés. Ces fruits conservés pénètrent partout et en toute saison, ils restent à des prix très abordables par la grande consommation.

A en juger par les quelques échantillons que l'on

trouve dans nos jardins, l'abricot peut acquérir en Algérie toutes les qualités désirables pour tous les usages et surtout pour la préparation de Tabricot sec.

L'Abricotier est originaire de Chine, il a ensuite été cultivé en Asie occidentale, et ce n'est que depuis une époque relativement récente, qu'il s'est répandu dans tout le bassin méditerranéen et a remonté jusque dans l'Europe moyenne.

L'Abricotier est un arbre des contrées méridionales, c'est seulement sous un climat chaud, en été, qu'il atteint tout son développement. C'est dans un sol profond, riche, bien drainé que l'Abricotier prend tout son développement, atteint ses grandes dimensions en arrivant à un âge très avancé. Mais l'Abricotier pouvant facilement se greffer sur Pruniers, Pêchers et Amandiers, on arrive à le faire pousser dans les sols les plus variés.

En Algérie, à de rares exceptions près, il ne faut compter, ni sur la consommation locale, ni sur l'exportation en fruits frais pour écouler toute la production de plantations d'une certaine étendue.

Il faut absolument avoir recours à la dessiccation ou à la préparation d'une conserve ou d'une pâte.

En Syrie, les abricots sont abondants, et les Indigènes fabriquent une pâte par des procédés primitifs.

Les abricots bien mûrs sont écrasés dans des tamis, la pâte qui traverse est reçue sur des planches huilées et mises au soleil ; cette pâte, en feuillets de moins d'un centimètre, est exportée en grande partie en Allemagne. Ce produit est assez bon, mais il conserve un parfum d'huile d'olive, il est employé dans la confiserie et pâtisserie.

En Algérie, cette pâte serait aussi facilement produite qu'en Syrie, avec la main-d'œuvre indigène.

Il serait, probablement, plus avantageux d'adopter un procédé industriel plus moderne.

Dans tout le Sud, les Indigènes font sécher de grandes quantités d'un tout petit abricot. Cette conserve se fait sans soins et le produit est médiocre, il n'est consommé que par la population indigène. Les Mechmech servent de condiments arides dans les préparations culinaires. It^s abricots provenant d'une culture un peu étendue peuvent, pour le moment, être avec profit desséchés suivant le procédé en usage en Californie.

Ce pays exporte, depuis quelques années, des quantités croissantes d'abricots secs en Kurope, la France en reçoit une bonne part, comme on peut le voir par les chiffres ci-dessous, qui représenlent les importations en fruits secs d'Amérique, non compris les pommes sèches pour le cidre ou la consommation, qui ont atteint, on 1903, 10.000 tonnes.

Importation de prunes sèches et abricots d'Amérique : 1901 1902 1903

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