tonnes 5.000 tonnes 10.000 toimes
Il est certain que si l'Algérie avait fait vers la culture fruilièrc une partie des efforts fails en Californie, elle aurait encaissé les millions que représentent les importations d'Amérique en France.
La dessiccation par les producteurs américains, se fait de deux manières : la dessiccation au soleil, la dessiccation par l'évaporateur.
En Algérie il semble que. dans l'intérieur au moins, la dessiccation peut donner de bons résultats. La récolte des abricots se fait en secouant les branches au-dessus d'un drap tendu sous l'arbre, les fruits mûrs sont de
suite coupés en deux, le noyau est enlevé, et les deux moitiés sont placées sur des plateaux comme pour les autres fruits à sécher. Ces plateaux chargés de fruits sont disposés dans un local facile à clore hermétiquement. Dans cette chambre à blanchir, on brâle du soufre, à raison de 20 gr. par mètre cube. Cette combustion du soufre devra être faite lentement, de manière à laisser les abricots pendant deux ou trois heures exposés aux vapeurs d'acides sulfureux. Ce blanchiment est indispensable pour obtenir des fruits transparents ayant une bonne apparence. La dessiccation s'effectue mieux après cette opération. Si Tair est sec et le soleil chaud, la dessiccation peut être obtenue en 48 heures.
5 à 6 kiiogs de fruits frais sont nécessaires pour obtenir un kilog de fruits secs Un hectare d'abricotiers peut produire 20 à 30 quintaux d'abricots secs. Ces chiffres peuvent être dépassés dans les situations très favorables, ou les années de grandes productions.
Les abricots secs sont vendus par les producteurs, environ i fr. le kilog.
En Amérique on compte i fr. par 100 kiiogs pour le ramassage et les manipulations pendant la dessiccation.
Si nous admettons que 6 kiiogs de fruits frais sont nécessaires pour faire 1 kilog de fruits secs, le quintal se trouvera vendu 16 fr. 60, moins les frais de préparation au soleil, que l'on peut évaluer à 1 fr. 60, il reste donc 15 francs pour un quintal de fruits frais, ce qui peut être très rémunérateur, si les arbres bien choisis et bien soignés portent régulièrement et abondamment.
Les abricots secs sont généralement emballés dans des caisses de 20 kiiogs, la caisse est remplie par le fond, la première couche est disposée avec art, les fruits sont
régulièrement imbriqués et en lignes, puis les autres sont jetés en tas par-dessus, puis comprimés à Taide d'une presse, le fond de la botte est ensuite cloué. Il est important d'effectuer rapidement celte mise en botte pour éviter que les teignes ne pondent des œufs, qui, éclos, deviendraient des larves détériorant rapidement le produit.
Les noyaux d'abricots ne sont pas sans valeur, les doux peuvent être employés dans la confiserie, ils peuvent servir à la préparation d'un orgeat. Les noyaux d'abricots donnent surtout une huile qui est vendue comme huile d'amende.
Les essais de dessiccation au soleil faits à M'Sila en 1905, ont démontré que l'abricot séchait très rapidement, qu'il conservait une très belle couleur et tout son parfum ; les abricots étant de petites dimensions les fruits secs obtenus ont été classés au-dessous de leur valeur réelle en raison de leurs faibles dimensions. Mais il sera très facile, dans la même localité, de cultiver des abricots à gros fruits. La pulpe des abricots indigène était par contre très belle et très parfumée après six mois de conservation dans des boites en fer blanc traitées par la méthode Appert.
Prunier. — Le Prunus Insititia, un des ancêtres de nos Prunes comestibles, est très commun à l'état spontané en Algérie ; les Pruniers du type Myrobolan sont cultivés depuis longtemps par les Indigènes ; ces fruits sont très médiocres, mais abondants.
Les Quettches sont assez répandues; les autres Prunes comme les Reine-Claudes sont plus rares, elles ne vien-
n^nt bien que dans la région montagneuse. Les prunes à pruneaux viennent bien dans la région montagneuse aussi et pourraient fournir une quantité considérable
Prunier Japonais Kelsey
de prunes sèches. En 1894, le Service botanique du Gouvernement a introduit dircclemenl du Japon la collection de Pruniers japonais.
Depuis dix ans, ces Pruniers ont montré des qualités très remarquables, ils s'adaptent très bien à notre cli-
mat depuis lelilloral jusque dans les montagnes. Parmi les quinze variétés introduites, certaines donnent des fruits très supérieurs comme le Kelsey et l'Hakubotankyo déjà surnommé la Reine-Claude japonaise. Des hybrides de japonais sont tout aussi lertiles et se montre supérieurs par la qualité du fruit à chair plus fine et plus
Coupe d'une i»rune Kelsey
savoureuse. Les prunes japonaises sont excellentes en compote et en confiture. Ces nouveaux Pruniers sont appelés à se répandre dans tous les jardins européens et indigènes. Le Service botanique en distribue, tous les ans, des milliers de greffons et les horticulteurs algériens, les multiplient pour la vente qui en est tle plus en plus active tous les ans.
Toutes les variétés de Pruniers japonais se sont mon-
trées d'une ferlililé extraordinaire, les arbres croissent avec une vigueur surprenante dans les sols frais.
Prune Japonaise au 2/3
La culture des Pruniers japonais est excessivement siniple.
La mulliplication par semis n'a pas encore donné de résultats. Les semis de belles prunes Kelsey ont produit que des sauvageons rappelant les Myrobolans.
La greffe réussit très bien sur Prunier, très bien aussi sur pécher et aniandier.
La greffe sur pécher, faite en fente au printemps, permet d'utiliser, sur le littoral, de nombreux arbres ne donnant dans nos jardins que des fruits véreux.
Les greffes sur pécher donnent souvent en quelques mois des rameaux de plus de deux mètres de long ; ces rameaux devront être pinces en vert pour provoquer une ramification, ce qui facilite la mise à fruit de ia deuxième année.
Le Prunier japonais vient mal en terre sèche ; sans irrigation il reste nain, donne cependant quelques fruits, mais tardifs et mûrissant mal. Les Botan, Burbank et variétés afTi nés peuvent être plantées jusque dans les régions montagneuses et même dans les oasis.
Les Kelsey sont plus exigeantes et ne mûrissent bien que dans les bonnes terres du Tell.
La Poche dure est cultivée depuis bien longtemps par les indigènes qui habitent la région montagneuse ; ses fruits sont beaux et abondants, mais tardifs et d'une saveur médiocre.
Les nouvelles pêches précoces sont cultivées depuis quelques années et commencent à paraître sur les marchés où elles atteignent encore des prix trop élevés. Elles pourront un jour être exportées.
Les Pêches lisses, Brugnons ou Nectarines sont cultivées surtout dans la région de Philippeville, mais ces excellents fruits sont encore très raros.
Au soleil d'août, la Pêche sèche très bien et donne une excellente conserve. Ces pêches trempées dans du
vin sucré reprennent un très bon parfum et constituent un excellent dessert.
Mais avant de songer à la dessiccation il y a lieu d'approvisionner les marchés qui manquent de ce fruit et il y a aussi à viser l'exportation des Pèches très précoces qui peuvent être obtenues en juin.
Cerisier. — Vil à Tétat sauvage dans beaucoup de nos forêts ; il n'est cependant cultivé en grand que depuis quelques années pour l'approvisionnement des marchés. C'est à TIemcenque les petits Guignes précoces furent d'abord abondantes; on adopta bientôt le Bigarreau qui, aujourd'hui fait l'objet d'un commerce important. Miliana envoie aussi des Cerises de très bonne qualité à Alger. A Constanline, depuis très longtemps, la Cerise abonde sur le marché. Dans toute la région montagneuse le Cerisier vient très bien, on le greffe de préférence sur le Mahaleb ou Sainte-Lucie. Mais il est préférable d'employer le Merisier sauvage de semis.
Le Ch&taignier. — Le Châtaignier qui existe à l'état spontané en Algérie dans le massif de l'Edough, près de Bône, n'est cependant pas cultivé dans une vaste région du littoral qui convient admirablement à cet arbre précieux.
Avant la conquête, il existait bien quelques Châtaigniers, notamment dans les environs d'Alger, dans les ravins de la BQuzaréa. En Kabylie, on cite un très vieux
Châtaignier à Daoud-Aïn, près Fort-National ; et il ne parait pas que cet arbre soit complètement inconnu des Kabyles qui nomment la châtaigne Qèsthela, dénomination dérivant évidemment du nom greco-latin Caslanea, En Khroumirie, on trouve à Aïn-Drahm quelques pieds de Châtaigniers qui y paraissent spontanés. Les Châtaigniers de TEdough, comme ceux d'Aïn-Drahm, ont bien les caractères des formes sauvages ; le fruit est très petit, à peine comestible ; et on conçoit très bien que les populations vivant au contact de ces arbres, ne les aient pas multipliés, de même qu'il ne viendrait pas à ridée de cultiver un Olivier sauvage.
En 1863, le commandant Cousin fit planter quelques Châtaigniers provenant de serais, il existe encore quelques beaux spécimens de ces arbres sur les bords de rOued-Djebel, dans le massif de Goufi, au-dessus de Collo.
Vers la même époque (1868), une plantation de Châtaigniers fut faite par M. Laval, au-dessus de Blida, sur un contrefort du petit Atlas, à une altitude de I.OOO mètres, dans des schistes du Crétacé inférieur. Ces arbres sont aujourd'hui fort beaux et donnent régulièrement de bons fruits qui sont vendus à Blida à un prix plus élevé que les châtaignes importées qui sont moins sucrées. Citons encore les Châtaigniers de Tababor.
Il existe enfin quelques Châtaigniers âgés à Birkadem, près Alger, ils sont plantés dans la terre rouge qui recouvre le luflfe calcaire. A Michelet, par les soins des Administrateurs qui se sont succédés depuis 1882, des plantations de Châtaigniers furent exécutées, et depuis bien des années déjà il se fait à Michelet une récolte
régulière de châtaignes. Il existe aussi, à Fort National, quelques Châtaigniers datant de cette époque.
En présence des résultats obtenus à Mîchelet, en 1892, le Service botanique demandait à M. le Gouverneur général de l'Algérie de faire distribuer au Service des Forêts des châtaignes pour créer des pépinières sur les points convenables. Quelques quintaux de châtaignes, provenant de Corse, furent ainsi mis en terre en 1894- 95 et 1896.
Voici en quels termes M. Charlemagne, Conservateur des forêts, rendait compte de*ces essais en 1896:
« En raison des avantages que la Colonie pourrait retirer de la culture en grand du Châtaignier qui. outre ses fruits, donne un bois très apprécié, M. le Gouverneur général a proscrit au Service forestier de procéder à un essai de culture de celle essence dans le massif forestier de (îouli, essai préconisé par le Directeur du Service botanique. L'expérience a été faite dans l'inspection de IMiilippeville, canlonrioment de Collo ; elle a été conliée aux soins de M. l'inspecteur-adjoint Lemoine ; elle a pleinement réussi, comme le faisaient prévoir du reste la nature siliceuse du sol et Texistence du Châtaignier à l'état spontané dans les montagnes de l'Edough. '
« Une pépinière d'une contenance de 7 ares 50 centiares, créée à la maison forestière de Safsafa, ensemencée au printemps 189i avec 900 kilos de châtaignes provenant deCorse, a donné 39,050 plants d'une végétation vigoureuse. 8,7i5 de ces plants ont été mis en terre au 20 mars 1895 parle Service forestier dans les territoires vagues dépendant des forêts de Beni-ïoufout, de
rOued-Guelbi, TArb-el-Goufi et Ouichaoux. 1.000 plants ont été distribués à la commune mixte de Collo et 3.000 à ia commune mixte d'Attia,
« Il reste en pépinière, les besoins du service prélevées, 13 à 14.000 Châtaigniers de 3 ans qui peuvent être délivrés aux communes et aux particuliers sur demande adressée au Conservateur des forêts de Constantine.
« M. le Gouverneur général informé des excellents résultats de l'expérience qu'il a provoquée, désire que le Service forestier étudie dans les diverses inspections du nord de la province l'établissement de semis sur le plus grand nombre de points possible pour la prochaine campagne agricole (1896).
« A bref délai, de nombreuses pépinières de Châtaigniers seront créées sur le littoral et pourront fournir toutes les ressources en plants nécessaires pour donner un grand essor à la culture de celte précieuse essence.
« Des essais de greffage seront exécutés aussitôt que possible par le Service forestier. »
Cette tentative faite par le Service forestier de Constantine constitue l'effort le plus important fait en Algérie pour la propagation du Châtaignier.
Au-dessus de TIemcen, dans la forêt d'Hafir, le Service forestier d'Oran fit aussi, à la même époque, quelques semis qui réussirent très bien.
Les plants préparés par le Service forestier n'ont pas été demandés par les colons qui généralement ne possèdent pas les terrains qui conviennent au Châtaignier et peu de plantations ont été faites.
A El-Milia, M. l'administrateurMénétret a planté environ 300 Châtaigniers provenant des pépinières forestières, il a distribué 3,000 plants aux indigènes de la
commune qui commencent à s'intéresser au Châtaignier.
La culture du Châtaignier en Algérie est encore à l'état de projet comme on peut le voir ; mais il existe cependant des données qui permettent de prévoir une grande extension de cet arbre, si bien adapté aux terrains siliceux iît frais du littoral constantinois.
Climat et Sol. — Le Châtaignier est une essence méditerranéenne ; il s'étend assez au nord, mais il mûrit difïicilement ses fruits. C'est en Asie Mineure, dans le sud de l'Italie, de la France, en Espagne, dans les lies de la Méditerranée, en Corse, en Crête qu'il atteint le plus de qualité. Les meilleurs marrons sont originaires de Sardes en Lydie.
Les stations qui conviennent le mieux au Châtaignier sont occupées généralement par des chênes, et notamment par les chênes Zen et Afarès qui ont un feuillage ayant beaucoup d'analogie avec celui du Châtaignier.
Pour faire une plantation importante, il conviendrait môme de défricher quelques lambeaux des immenses peuplement de chênes, on subsliluerail facilement le Châtaignier au Zen au grand profit de tous. Le bois de Zen n'ayant qu'une faible valeur.
Le Châtaignier peut vivre aussi bien à une faible altitude qu'à 1.000 ou 2.000 mètres et même plus. Quand il est planté dans des terrains manquant de fraîcheur, comme dans les schistes du crétacé au-dessus de Blida, il réclame un peu d'eau d'irrigation en été. Les versants nords plus frais, les vallons et ravins lui conviennent mieux que les crêtes et les versants sud.
Dans le nord Afrique, sa région commence en Khroumirie pour se continuer dans les massifs montagneux
du littoral jusqu'à Yacourem et la base du Djurdjura, sur une ligne de plus de 600 kilomètres.
Quelques Ilots de grés ou de gneiss, dans les régions de Médéa, de Téniet-el-Hâad, du Dahra, de Tlemcen, dans TAurès, conviennent aussi au Châtaignier.
L'Amandier existe d'une manière certaine à Tétat sauvage dans beaucoup de massifs montagneux de l'intérieur (le TAIgérie, depuis la frontière du Maroc jusque sur les limites de la Tunisie. Cet Amandier a les fruits petits, allongés et amers.
La culture de TAmandier était faite par les Indigènes ; il existe de très vieux Amandiers dans la région de Cherchell.
L'Amandier est souvent cultivé sur le littoral pour Tamande fraîche qui est un produit important d'exportation.
L'Amandier est un des arbres assez rares qui, en Algérie, donnent des fruits dans les terrains non arrosés. Cependant, pour être rémunératrice, la culture de l'Amandier doit être faite dans de bonnes conditions.
La France importe plus de 5 millions de kilogrammes d'amandes ; malgré une baisse sur les prix ce fruit devrait être produit en plus grande quantité en Algérie où sa culture est très facile dans certains sites favorables.
Le choix des variétés à cultiver est très important et trop négligé.
fT
Noyer. — Le Noyer est cultivé par les Indigènes des montagnes, surtout par les populations de l'Aurès ; dans ce massif on observe de véritables oasis de Noyers. Ces arbres donnent une noix assez grosse, pleine, à coque demi tendre ; le prix^des noix est toujours assez élevé. Les noix fraîches sont très rares sur les marchés, la
Noix do semis donnant ri^gulièrement de très bons fruits non véreux dans la Mitidja
culture du Noyer pourrait recevoir une certaine extension ; cet arbre cependant ne donnera de bons résultats (|ue dans les gorges des montagnes, dans les terrains sains et irrigués.
Les Indigènes font un grand commerce d'écorce de racine de Noyer pour Tentretien des dents : c'est le Souak qui est utilisé dans tout le monde musulman. Ces racines sont le plus souvent prélevées sans mesure sur les arbres d'autrui. Il serait possible dans certaines con-
(litions de cultiver le Noyer uniquement pour rextraclion de Técorce qui alteinl un prix rémunérateur.
Le Noyer Pacanier est un produit du Nouveau- Monde ; le Pacanier sauvage, très répandu dans le sud des Etats-Unis, donne déji'i un fruit comestible, c'est une Noix allongée ayant la forme d'un gland de Chêne. Les pépiniéristes américains ont depuis près d'un siècle apporté une attention sérieuse à Tamélioration dû hran nul et depuis une dizaine d'années on Irouve dans le
Pacanes : 1 Pride of the coast. — 2. Colomb. - 3. Stuart.
sud-est de l'Union de très belles variétés à gros fruits (^f/. 7 et 9) ; aussi cet arbre est-il planté largement en Louisiane, dans les Etats du Mississipi, du Texas, Missouri, dans la Caroline du Sud ; les produits sont abondants et d'un prix très rémunérateur.
En Algérie, une tentative d'acclimatation du Pacanier fut faite il y a environ trente ans, par M. Cordier, alors vice-président de la Société Botanique do France. Dans son ancienne propriété d'EI-Alia, à Maison-Carrée, il existe un beau Pacanier. D'après M. Cordier, qui a con-
serve avec un soin religieux les précieuses collections de son frère, ce Noyer donne régulièrement une quarantaine (le litres de bonnes Noix Pacanes. A Miliana, dans te square de la ville, il existe un fort beau sujet qui doit avoir aussi une trentaine d'années ; cet arbre, très droit, très robuste et très sain donne régulièrement une récolte abondanle de petites Pacanes de la grosseur d'une Noisette.
Pacanes : 7. Colorado small. — 9. Large will pecan.
Le Jardin botanique puis la Station cultivent quelques Pacaniers qui se développent très bien.
Il semble absolument certain que les bonnes races de Pacaniers donneront en Algérie d'excellents produits ; mais cet arbre, comme le Noyer, doit être planté dans les fonds fertiles et frais. Les Pacaniers sont greflés comme le Noyer ; mais il est déjà certain que les belles variétés se reproduisent à peu près par semis.
Le Pacanier est assez difïicile à élever en pépinière ; il produit, dès la première année, un long pivot; il faudra pour obtenir des sujets à racines ramifiées, le trans-
planter fréquemment en rognant la racine principale. Semé en place, il donne de bons résultats. L'Arboriculture algérienne trouve dans le genre Carya des essences très intéressantes. Les Carya ovala, Shagbark, Hickory des américains sont de beaux arbres qui donnent un bois très léger, très élastique et recherché par la carosserie de luxe, ces bois sont importés en France en assez grande quantité et payés un prix très élevé. Ces Carya viendraient très bien dans les forêts des plaines humides qui sont actuellement peuplées d'Ormes et de Frênes.
Noisetier. — Le Noisetier est très rare en Algérie ; il ne donne des fruits que dans la région montagneuse. A Médéa, par exemple, et dans les situations qui lui sont favorables, on pourrait utilement développer cette culturc, car les noisettes fraîches manquent sur les marchés et les noisettes sèches sont importées ; il serait bon d'introduire les bonnes races de Noisetiers d'Orient et de les propager dans la région montagneuse.
Le Pistachier. — Quand on passe en revue les nombreuses plantes qui peuvent prospérer dans notre climat, on est étonné de ne pas trouver le Pistachier, sinon dans tous les jardins, au moins dans certains sites qui lui conviennent admirablement.
Il faut reconnaître que le Pistachier présente certaines particularités dont il n'a pas été sullisamment tenu compte par les horticulteurs. Nous avons vu dans quelques jardins ces arbres, mais ils n'avaient pas été greflés, la livraison en avait été faite sans indication du sexe ;
la plante étant dioîque, il en résultait des mécomptes. En greffant de bonnes variétés et en cultivant les deux sexes, le Pistachier doit donner de bons résultats, non seulement sur le littoral, mais aussi dans l'intérieur. Il peut se greffer sur les Pistacia indigènes, surtout sur le Pistacia atlunlica ou Heloum qui atteint en Algérie le développement d'un arbre de première grandeur.
Le Bananier. — La banane est un des fruits subtropicaux quia pris en Algérie la plus grande extension. Le Bananier ne peut pas s'éloigner du littoral, mais il existe dans cette région bien des terrains qui pourraient donner d'abondantes récolles ; les environs d'Alger, le fond de la rade de Bougie et le bas des vallées resserrées sur le littoral oranais, pourraient fournir à la consommation locale et à l'exportation un fruit excellent qui est actuellement beaucoup trop rare et trop cher.
Le Bananier exige des stations abritées, chaudes, un sol riche et beaucoup d'eau, mais le rendement est considérable. On ne cultive couramment que deux variétés du Musi SapicDlium, une variété à petits fruits très sucrés et une variété à gros fruits dite ilusa paradisiaca.
En 1886, le Gouvernement général de l'Algérie a introduit quelques Bananiers du Brésil ; parmi ces plantes une variété s'est assez bien comportée au Jardin du Hamma et est livrée par cet établissement sous le nom de Bananier du Hamma. Ce Bananier, très haut, exige plus de chaleur pour mûrir ses fruits.
Le Bananier nain (Miisa Cavendishi) qui fut pendant
longtemps regardé comme non susceptible à donner
Un régime de Musa Carendishi cultivé h Bérard
de bons produits en Algérie, est aujourd'hui cultivé à rOuest d'Alger sur le littoral au moyen d'abris, il y
donne d'excellents réginies de 150 à 180 bananes qui sont très recherchés. Le service botanique a introduit depuis quelques années toute une série de Bananiers, quelques-uns paraissent déjà susceptibles d'être utilisés
Figuiers de Barbarie. — L'inlroduclion du Fii»:uier
Village Kabyle entouré de Figuiers de Barbarie
de Barbarie a été pour la région méditerranéenne un événement agricole considérable.
La Figue de Barbarie est devenue un élément important de l'alimentation des classes pauvres ; pendant quatre mois ce fruit est abondant et à vil prix.
I/Opunlia Firm indira est la seule espèce cultivée couramment ; elle a produit un certain nombre de
variétés; quelques-unes ont des raquettes dépourvues d'épines, les autres sont très épineuses.
Les fruits sont de couleurs diilérentes, les uns jaunes, les autres rouges ; enfin, il existe aussi une race à fruits blancs dite Figue Muscade et cultivée seulement dans la région de Bône. Ce fruit est très sucré et mériterait d'être mieux connu.
Les Figuiers de Barbarie ne sont pas soumis a une culture soignée.
Cependant on devrait encore améliorer beaucoup ce fruit et le rendre digne de figurer sur les tables bien servies.
La suppression des fleurs en juin permet d'obtenir une deuxième floraison et des Figues bien plus grosses et plus savoureuses.
En Sicile et à Naples, la Figue de Barbarie est moins dédaignée que sur les côtes de l'Afrique ; il se fait même de Palerme, une exportation considérable de Figues à destination des pays septentrionaux.
Il y a longtemps déjà que Gasparin disait : « La Figue d'Inde est en Sicile, ce qu'est la Banane dans les pays équinoxiaux.
Quelques Opuntia cultivés au Mexique notamment, devraient être introduits en Algérie où ce genre, très bien adapté à son climat, peut rendre encore de grands services aux Indigènes et à la colonisation européenne.
L'Anone {Anona Chcirimolia). — Les arbres fruitiers qui peuvent, en Algérie, donner de bons résultats sont plus nombreux qu'on ne le pense généralement. Beau-
coup ont été jugés mauvais ou peu utilisables, parce que Ton a manqué de persévérance dans leur acclimatation.
Dans chaque contrée, il faut obtenir, par de nombreux
l/Anone
tâtonnements, les races à la fois résistantes et productives de bons fruits. Les fruitiers originaires des pays tropicaux sont plus particulièrement diflTiciles à juger, c'est ainsi que les Avocatiers sont encore presque incon-
nus ici et que l'Anone qui nous occupe est trop rare et généralement pas appréciée à sa juste valeur.
Les Anonacés fournissent des fruits assez nombreux, VAsimina triloba est Tespèce qui supporte le mieux les climats tempérés : aux Etats-Unis, on a obtenu, dans ces. dernières années, des races qui, très améliorées, sont dignes d'être propagées.
L'Anone qui, en Algérie, se montre très rustique, sur notre sol est le Chirimoia (Anona Cheirimolia), originaire des Andes.
Le fruit est sphero conique, plus gros qu'une orange pesant jusqu'à 500 gr. et même 1.200 gr., à écorce verte élégamment aréolée et à pulpe blanche crémeuse très parfumée, d'un goût très tin, suave même, les graines sont le plus souvent abondantes et d'un beau noir, plus rarement marron.
L'arbre est élégant, d'un beau vert, de taille moyenne, à rameaux pendants, à feuille grande, entière, blanchâtre en dessous.
L'Anonier a toujours été multiplié de graines, il en est résulté un très grand nombre de formes d'une valeur, très inégales, certains arbres sont mêmes stériles ou ne donnent que de très petits fruits sans valeur. Deux belles races sont surtout à noter : a un gros fruit bien vert à aréoles bien lisses ; b un fruit également gros, plus conique et à aréole présentant au centre une petite saillie, ce qui a fait confondre cette variété avec l'Anone muriquée ou Corossol. Cette variété paraît préférable.
Les amateurs d'Anonc trouvent tous les ans, en novembre et en décembre, sur les marchés d'Alger quelques bons fruits qui se vendent de 30 centimes à 1 franc pièce. Ces fruits viennent des jardins du littoral ouest où l'on trouve de magnifiques sujets.
II est peu de fruits exotiques qui plaisent aussi vite que TAnone, le premier fruit goûté parait généralement délicieux et si la consommation est si restreinte, c'est que la production est, bien à tort, limitée par la crainte de la mévente.
Tout au contraire, il paraît évident que le moment est venu de donner une certaine extension à la culture du Chirimoia, culture qui n'est pas plus diflficile que celle de TOrange et qui, pour le moment serait bien plus rémunératrice.
L'Anone peut facilement être exportée, le fruit est cueilli vert, dur, presque toujours plus d'une semaine avant sa maturité complète. Les expéditions sur les grands marchés seront donc faciles. Mais le public devra apprendre à ne manger TAnone que mûre à point, le fruit vert est immangeable et passé il n'est plus agréable au goût.
Ces fruits ne sont pas plus difficile à juger que les poires, on les observe, et quand le parfum est bien caractérisé et que la pulpe ne résiste plus sous le doigt, ont peut ouvrir et détacher avec une cueiller la pulpe juteuse qui se sépare facilement des nombreuses et grosses graines.
La multiplication de TAnonier se fera par semis, la germination est facile en avril. On peut pour de petites plantation faire les semis en place. On peut aussi élever les jeunes sujets en pots ; enfin, si on les forme en pépinière on transportera les jeunes plants au printemps, puis on mettra en place les jeunes sujets de deux ans en ayant soin de les transplanter avec la motte, toujours au printemps.
Ces sujets obtenus des graines des meilleurs Anones
peuvent donner d'excellents fruits ; mais il vaut souvent mieux greffer une bonne variété. On peut greffer en fente sur les sujets de deux ans.
Dans les serres on peut bouturer TAnonier, mais cette opération est assez difficile et ne peut être réussie que par des mains exercées.
On ne peut obtenir des fruits que la sixième année et en petites quantités. L'arbre ne larde pas à s'étendre et à prendre un beau développement si le terrain est riche, bien perméable et si les arrosages sont abondants en été. Surtout au moment de la floraison.
L'Anonier ne craint pas un abaissement de quelques degrés au-dessous de zéro ; en 1891, pendant un hiver rigoureux, ils n'ont pas été éprouvés. Cependant sa culture ne réussit bien que sur le littoral.
l/ennemi de TAnonier est la Cochenille blanche (l)aciylopim). Les plus âgés sont presque toujours envahis par ce parasite qui détermine une fumagine intense, les fruits sont alors moins beaux et moins bons. Cette cochenille doit être combattue en hiver par un traitement énergique à base de sulfure de calcium.
Si TAnonier n'est pas, par suite de la prudence de nos colons, planté par centaines, qu'au moins dans tous les jardins une place soit réservée à cet excellent fruitier qui, avant peu nous donnera communément en novembre el décembre un délicieux fruit pour la consommation locale puis une matière pour l'exportation. Ce qui démontrera, une fois de plus, que l'Algérie peut bien avec son climat très particulier, exporter sur la Métropole quelques produits dits coloniaux.
Framboisier. — La culture du Framboisier réussit
Framboise Groseille (Hybride de Idœuê X Vitifolius)
très bien dans la région montagneuse, dans les stations
fraîches. Sur le littoral, il est très difficile d'obtenir de bons fruits. Le Service botanique a introduit à la Station toute une série de llubus comestibles du Japon, du Caucase, d'Amérique. Un certain nombre paraissent très propices à donner des fruits agréables. Mais c'est un hybride de Framboisier qui donne pour le moment les meilleurs résultats ; à Alger même il produit, en abondance, un fruit plus gros que la Framboise, en ayant le parfum et en plus une acidité très agréable, d'où le nom de Framboise-Groseille.
Hovenia dulcis. — Cet arbre est curieux par ses longues grappes succulentes ; la rafle est, à maturité, semblable comme goût et consistance à du raisin sec et porte à l'extrémité de ses ramifications un grain sec. Ce Raisin est peu recherché ; il est cependant produit en abondance sur les quelques arbres qui ont atteint de grandes dimensions.
L'Ananas ne vient pas sans soins spéciaux ; une seule variété s'est montrée assez résistante pour donner des fruits à Maison-Carrée et à Blida, sous le couvert de Mandariniers. La culture devrait en être faite sous verre, mais en raison de l'importation facile de ce fruit, des régions tropicales, celte culture ne serait pas rémunératrice.
Avocatier. — L'Avocatier donne de très beaux fruits
sur le littoral. L'Avocat est un fruit gras qui ne plait généralement qu'aux personnes qui ont contracté, dans les pays chauds, Thabitude de le consommer.
Les Avocatiers sont longs à se mettre à fruit ; certaines variétés croissent plus rapidement et peuvent utilement être employées comme porte-greffe, telle est une variété à fruit noir du Pérou, qui est par erreur rapportée par les horticulteurs algériens au genre Vachi' Iw, La culture de l'Avocatier en Algérie peut fournir à un amateur un sujet très intéressant d'étude, elle peut aussi donner des produits rémunérateurs car les fruits sont vendus à un prix très élevés.
Groyavier. — f.e Goyavier {Pridium Guoyava) introduit dès le début de la colonisation algérienne n'est pas encore très communément cultivé, cependant cet arbre fruitier donne d'abondantes récoltes et n'est pas exigeant.
La Goyave a un goût térébenthine qui ne plaît pas toujours ; ce fruit doit être mangé en compote ou en confiture. Pour ces préparations, il est nécessaire dedisposer de plusieurs variétés de Goyave. Le Service botanique a introduit les Goyaves acides très parfumées qui doivent entrer pour une part dans les confitures de Goyave.
Des conserves de Goyaves pourraient être préparées en grand en Algérie et c'est bien à tort que Ton a essayé de présenter aux consommateurs le fruit cru.
Le Psidium Catleyanum donne aussi des fruits acidulés assez agréables, mais qui n'ont pas encore acquis beaucoup de qualité par les soins horticuUuraux ; le genre Psidium est à étudier et à améliorer par la culture.
Feijoa. — Sous le nom de Feijoa Sellowiana, il a été introduit en 1890, dans le Midi de la France, par M. André, un arbre fruitier de la Plata, du Brésil et de rUruguay qui est voisin des Goyaviers ; sa fleur rouge et blanche est très belle, son fruit assez semblable à une Goyave contient une pulpe douce très agréablement parfumée. A Alger, le Feijoa introduit au Jardin botanique y paraît très rustique ; il y fleurit abondamment et a donné ses premiers fruits.
Il est encore bien diflicilede se prononcer sur l'avenir de ce nouveau venu qui, du reste, pendant longtemps encore, restera plutôt un objet de curiosité.
Carica. — Le Papayer {Carica Papaya) peut, ù la rigueur, être cultivé sur le littoral, mais les fruits n'y arrivent pas à maturité. Le Canca quercifolia de TAmérique du Sud peut, au contraire, donner rapidement une très grande quantité de fruits assez agréable et contenant des quantités considérables de papaine.
Ce Carica est encore une espèce sauvage ayant besoin d'être améliorée par la culture et la sélection ; il peut rendre quelques services sur le littoral méditerranéen. C'est aussi une belle plante pour l'ornementation.
La Vigne. — Aucun pays ne convient mieux que l'Algérie pour la culture de toutes les variétés de Vignes. Ile st trèscurieux de voir dans une collection de cépages, les Vignes de toutes provenances donner des fruits
ayant tout leur éclat, toute leur saveur. On n'a pas abusé de cette faculté et la culture n'a porté que sur quelques cépages courants.
Pour l'exportation, le Chasselas doré a toutes les pré-
Treille Kabyle de raisin blanc Amokrane
férences ; il est cultivé en Vigne basse à bonne exposition souvent sur le bord immédiat de la mer avec des abris en roseaux. Ce Raisin mûrit de très bonne heure et dès la mi-juillet, les exportations atteignent un chiffre élevé.
C'est à Guyot ville que les Vignes précoces donnent les meilleurs résultatsdansles terres sableuses chaudes, mais fortement exposées au vent de la mer. C'est grâce à la multiplicité des abris que Ton obtient 60 à 80 quintaux de beaux précoces à Thectare.
La consommation locale est ensuite alimentée par quelques beaux raisins blancs comme le Valensi, legros Mayorcain, la Panse musquée, la Clairette, puis les raisins indigènes qui abondent sur les marchés jusqu'en Décembre. Le Farana, l'Amokrane, l'Oul-Bouzgeur, l'Ameur bou Ameur. Le Farana est un excellent raisin très fin et savoureux, l'Amokrane est surtout très beau, ses gros grains sont transparents, cireux, l'Oul-Bouzgeur est un gros raisin noir qui est parfois très tardif, ses énormes grappes sont très décoratives ; il en est de même de l'Ameur bou Ameur, dont les tons roses sont ravissants.
La quantité de Raisin consommée est très considérable ; pendant trois mois, les Raisins entrent pour une forte part dans l'alimentation. Les indigènes qui viennent vendanger chez les colons ne prennent guère d'autre nourriture et prélèvent ainsi une bonne part sur les vendanges.
Une grande partie des Raisins qui se trouvent sur les marchésproviennent des cultures indigènes, les Kabyles portent les produits de leurs treilles à, de grandes distances et en trouvent des prix rémunérateurs.
La culture de la Vigne est faite en Kabylie, de trois manières : sur les arbres, en treille et en vigne basse. Les Vignes qui grimpent sur les Frênes, Ormes, Chênes verts, Micoucouliers, Peupliers blancs ne sont soumises à aucune taille, les grappes acquièrent cependant de
grandes dimensions, elles sont généralement longues et lâches, la récolte est dillicile, car les betfes grappes pendent à l'extérieur et sont peu accessibles. Rien ne donne une idée de la puissance de la végétation de la Vigne comme ces arbres couverts de pampre que Ton trouve dans tous les jardins kabyles. La treille kabyle a environ deux métros de haut, elle est formée de piquets irrégulièrement disposés, portant les ramifications des ceps ; la taille est un élagage, les sarments sont toujours laissés très longs, le sol est pioché et parfois fumé.
Aucun traitement n'est effectué, TOïdium qui respecte généralement les Vignes grimpant couramment sur les arbres, atteint souvent les Vignes en treille basse et y cause des dégâts considérables.
Les Kabyles qui produisent du Raisin en abondance, vendent pour la confection d'un exce'Ient vin blanc, les grappes qui ne sont pas en état d'être présentées au marché. Le Bou-Afrarat et d'autres cépages secondaires sont surtout vendus à des européens qui en tirent un excellent parti.
Depuis les débuts de la colonisation, la question de la préparation des raisins secs, en Algérie, a été soulevée bien des fois, mais est resiée sans solution positive Cependant, sur bien des points du territoire, dans la région montagneuse, les Indigènes préparent, tous les ans, une certaine quantité de raisins secs, dont ils sont très friands.
Cette préparation très simple donne des produits qui, bien que n'ayant pas la valeur des raisins secs de Malaga, sont vendables et font l'objet de quelques transactions sur nos marchés.
Plusieurs raisins indigènes sont particulièrement aptes à être sécher :
VAvwkranc, qui est une grosse panse, est charnu, ses grains sont très gros.
Le Farana, à taille très longue ou non taillé, donne, en Kabylie. des grappes à petits grains, sans pépins, qui se prête aussi très bien à la préparation d'un bon raisin sec. Chez les Zatima, on prépare avec ce raisin un produit estimé.
Le procédé, usité par les Indigènes, est très simple, les raisins, aussi mûrs que possible, sont trempés quelques secondes dans une lessive bouillante et placés sur des claies au soleil, en moins de huit jours ils sont secs.
Ce produit est d'une belle couleur, les grains sont brillants, comme sirupeux, ils manquent de la pruine que Ton ne retrouve que dans les fruits séchés simplement au soleil.
Les rares colons qui ont voulu faire du raisin sec ont imité les procédés en usage à Malage où le Gros muscat d'Alexandrie, cueilli très mûr, est étendu au soleil sur des plates-formes spéciales qui sont cou vertes, le soir, ou, en cas de pluie, avec une tente de toile ou des planches. Ce procédé est long et n'est possible que dans nos climats de montage, sur le littoral il devait échouer. Les teignes, analogues à celles des tigues, se sont mis aussi dans ces raisins préparés au soleil.
Après ces premiers essais, devons-nous abandonner cette industrie qui est prospère dans toutes les contrées où la vigne croît sous un climat sec l'été ? En Orient, en Espagne, en Californie, en Australie, on prépare desquantités considérables de raisins secs, en tenant compte des conditions locales qui facilitent les opérations.
En Californie, la dessiccation en grand est aussi faite dans de très grands séchoirs où un calorifère et un ven-
tilateur combinés entretiennent un véritable siroco artificiel de 60» à 90".
En Australie, on commence à cultiver, en grand, le raisin de Smyrne (Sultanina) et on le sèche, au soleil, après l'avoir immergé quelques secondes dans une lessive.
Depuis quelques années, le Service botanique lait des efforts pour activer la solution de ce problème de la préparation de raisins secs, en Algérie.
Le cépage qui a paru apte à donner des produits utilisables est le Raisin de Smyrne ou Sultanina.
Ce cépage est très vigourçux, mais n'est pas fertile dans toutes les conditions, la taille en treille lui convient particulièrement.
Le Sultanina est originaire d'Orient, il est cultivé près de Smyrne et en Grèce pour la préparation du raisin sec dit de Smyrne.
C'est un cépage très vigoureux en Algérie, où il a été introduit avec l'importante collection des vignes du Luxembourg.
Ce cépage ne s'est pas propagé et il a été assez difficile d'en trouver quelques sarments pour la Station botanique. M. le D' P. Mares avait, à Kodjabery, conservé, dans sa collection de vignes, quelques beaux spécimens de Sultanina. Les Sultanina cultivés à la Station botanique se montrent identiques, cependant certains pieds sont plus régulièrement fertiles, il parait utile pour ce cépage de faire une sélection rigoureuse des boutures. Les petites différences observées peuvent aussi provenir du greffage. En effet, certains sujets sont francs de pied, les autres sont greffés sur un très vigoureux cépage indigène VAïn beugra, les autres sur du Muscat d'Alexandne et sur d'autres plants.
Les plants greOés sur Àïn beugra paraissent plus
SuUanlna de -Smyrno ri^ns in- pin, l/i trrandeur
fertiles, tout en ayant une vigueur extraordinaire. Les résultats obtenus, en Syrie, par la greffe sur américains ont démontré que ce cépage s'adaptait très bien et ne perdait rien de sa valeur primitive. Un peu plus précoce, sur américain, il devient plus facile à sécher.
M. H. Mares, dans son Ampélographie de la région méditerranéenne, fait observer que le Sultanina, greffé
sur américain, est plus fertile.
La greffe parait donc, d'une manière générale, augmenter la fertilité de ce cépage qui a sur ses propres racines une tendance à végéter trop vigoureusement et à donner plus de feuilles que de fruits.
Le caractère typique du Smyrneest d'avoir une grappe ambrée, très longue, généralement ailée d'un côté, à pédoncule tendre, non lignifié, à graine un peu au-dessous de la moyenne (17 à 18 «»/•" de long) elliptique, peau assez épaisse, tendre, chair croquante très sucrée, parfum agréable, pas de graines.
La souche est très vigoureuse, elle donne des sarments jaune pâle, très longs et très gros, portant de fortes ramifications. Les jeunes feuilles sont glabres et luisantes, elles deviennent grandes, à sinus pétiolaire fermé.
Le Smyrne doit être cultivé en treille et taillé à très long bois ; ce cépage a été jugé stérile par ceux qui l'ont taillé court ; il ne donne alors, comme beaucoup de nos cépages indigènes, que du bois. A la Station botanique, la taille, qui paraît donner les meilleurs résultats, con-
siste à conserver tout entier un sarment de 3 mètres, les ramifications secondaires seules sont taillées et c'est sur ces rameaux secondaires que naissent les plus nombreuses grappes, très aptes à être séchées ; un autre sarment taillé court donne du bois pour Tannée suivante, suivant le principe de la taille Guyol. Si le sarment ne présente pas de fortes ramifications secondaires, il est simplement taillé très long.
Cette question de la taille de Smyrne doit être encore Tobjet de nouvelles recherches.
Les grandes treilles, les hautains, les crosses, conviendraient à ce cépage qui a besoin de prendre un grand développement ; porté à une certaine hauteur, il serait plus difficile à traiter, mais il serait aussi moins sujet aux maladies parasitaires.
C'est surtout dans les régions qui ne sont pas sujettes à des excès d'humidité atmosphérique, que le Smyrne doit être cultivé, car il craint Toïdium, le mildiou et surtout Tanthracnose ; mais, avec les traitements convenables, dans la Mitidja, on peut obtenir une récolle régulière. Dans la région montagneuse, comme à Médéa, Mascara, une bonne partie du département de Constantine, on obtiendrait plus facilement et à moins de frais une bonne production.
Les plaines sèches, comme celle du Chélif, lui conviendrait aussi en le plaçant dans de bonnes conditions de sol ou en l'irriguant.
La résistance à la gelée du Smyrne n'est probablement que médiocre; il faudrait, à ce sujet, faire des essais avant de se prononcer.
En raison du grand développement que prend le Smyrne, il devra être planté à grandes distances.
Récolte et préparation. — La maturité du raisin sera surveillée avec soin, car il est très important d'obtenir
des raisins très sucrés, le moût des grappes bien mûres doit contenir 35 0/0 de sucre, c'està-dire avoir une densité de 1142 à 1143 à 15^
Pour préparer rapidement le raisin de Smyrne, il faut, dès qu'il est récolté, l'immerger dans une lessive bouillante.
On préparera cette lessive dans un chaudron à raison de 300 grammes de soude caustique du commerce par 100 litres d'eau. En Californie, on emploie aussi : huile d'olive fine, 250 grammes ; soude, 750 gr. ; eau, 750 gr. ; faire une émulsion en agitant vigoureusement et verser dans 100 litres d'eau bouillante. Il est assez important de doser convenablement l'alcalinité de ces lessives et au cours de l'opération du trempage on doit ajouter de la soude de temps à autre.
Si la lessive est trop forte pour Tépiderme des grappes, on verra la surface du grain se gercer après l'immersion, il faudra alors ajouter de l'eau.
Pour immerger les grappes, dans cette lessive bouillante, il faut les placer dans un panier en fer, l'immersion ne doit être que de trois secondes. Au sortir de la lessive, les raisins sont étendus sur des plateaux en plan-
ches de 1 mètre sur 60 centimètres ; le panier peut con-
Claie, munie de ses tasseaux
tenir 10 kilos qui représentent la quantité que l'on peut étendre sur chaque claie.
Ces claies devront être munies, sur les côtés, de tasseaux qui permettront de les entasser sans écraser les fruits. Dans quelques exploitations, pour obtenir une bonne couleur, les claies sont empilées dans des armoires à blanchir où les grappes sont, pendant une vingtaine de minutes, soumises aux vapeurs d'acide sulfureux.
Panier pour piouKer ^cs claîes sont ensuite exposées au '®* la'iesslve*"* soleil pendant deux ou trois jours, si le temps est chaud et sec, les raisins sont alors suffisamment privés d'humidité pour qu'on puisse empiler les plateaux et laisser la dessiccation s'achever à l'ombre, car les raisins trop longtemps exposés au soleil perdent la transparence qui en augmente beaucoup le prix.
Les raisins de Smyrne séchés doivent être mis dans des caisses de ressuage pendant quelques jours et soigneusement fermés pour éviter la visite des teignes, avides de matières sucrées, comme celle des figues et des caroubes.
La mise en botte pour la vente est une opération assez délicate, il serait préférable de livrer en grandes caisses au commerce en gros.
Pour faciliter les transactions, il serait utile d-adopter les emballages usités en Grèce, à Smyrne et en Californie.
Le rendement varie beaucoup avec les conditions de milieu et avec Tâge de la vigne, il peut aller de 60 à 250 quintaux de grappes fraîches à Thectare, ce qui représente 17 à 70 quintaux de raisins secs. Ces chiffres sont atteints en Californie et en Australie, pays où cette culture prend tous les jours de Texlension.