‹ L'Algérie agricole en 1906Chapitre 24 sur 40 · PRODUCTION M · texte numérisé non relu

PRODUCTION M

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payer un peu plus cher en France et en Algérie les tabacs actuellement achetés à Télranger, il ne faudrait

pas hésiter à le faire — d'un autre côté, si il est nécessaire de modifier les habitudes des fumeurs, on pourrait le faire sans inconvénient, Tessentiel est de ne plus aller chercher au loin les produits que notre agriculture peut nous donner sans trop de difficultés.

En un mot, si les cultures de tabacs sont faites en terrains convenables, si les variétés plantées sont bonnes, si la préparation de la feuille est bien faite, il devient possible de faire entrer dans la consommation une plus grande quantité de tabacs indigènes.

Les Plantes a Essence et a Parfum, Tanifères Saponifères, Médicinales

Oranger. — Les Orangers fournissent à la distillation une assez grande quantité de produits.

VERsence de Néroli est surtout produite par la Maison Chiris, à Boufarik, qui possède une très belle installation. Mille kilog de fleurs de Bigarade rendent environ 1 kilog d'essence. Une plantation de quarante hectares de Bigaradiers à fleurs alimente celte usine agricole admirablement organisée.

La distillation des feuilles donnent l'Essence de petit grain, le rendement est de 2 à 3 kilogs d'essence pour 1.000 kilogs de feuilles.

Eucalyptus. — Pendant un certain temps la distillation des feuilles d'Eucalyptus globuJus fut prospère ; mais les prix ont baissés en même temps que les (Uobulm devenaient plus rares. UEu£alyptus citriodora peut donner des produits intéressants.

GMranlttiii (Pelargonium capitalum). — Le Géranium est robjet de cultures assez importantes en Algérie, principalement aux environs d'Alger, à Cbéragas, à Rovigo et à Boufarik . Elles auraient pris un développement beaucoup plus important sans la baisse énorme survenue sur les essences de Géranium, très concurrencées par celles des Indes, d'Espagne, de Bourbon et de la Martinique. Elles valaient autrefois de 50 à 60 francs le kilo et même 80 à 100 francs, et aujourd'hui trouvent à peine preneur à 30 et 35 francs.

A ce prix, ragriculteur-distillateur couvre à peine ses frais, aussi le nombre d'hectares complantés a-t-il considérablement diminué.

Le Géranium demande des terres légères, profondes, fertiles ; le Sahel lui convient admirablement.

La plantation a lieu par boutures plantées à 0'"35 ou 0°^40 en lignes distantes elles-mêmes de 0°*70 à 0™80 ; elle comprend donc environ 40.000 pieds à l'hectare et dure généralement de 6 à 7 ans, nécessitant de nombreux piochages et binages ; elle produit, en arrosant, trois coupes par an: Le rendement en essence varie de 0 k 800 à 1 k200 p. 0/00 kilos de feuilles, et ne dépasse pas en moyenne 20 kilos à l'hectare et par an.

La maison A. Chiris (de Grasse), qui possède à Boufarik une exploitation considérable et une très belle usine, sans rivale même en France, pour la distillation des plantes à parfums, produisait annuellement de 8 à 10.000 kilos d'essence de Géranium, produits des cultures de son vaste domaine de Sainte-Marguerite. Par suite de la baisse considérable que noas venons de signaler elle a réduit notablement ses plantations et il en a été de n>ên>e pour les Trappistes de Staouéli et les autres producteurs algériens.

- âoe-

Bois de Cèdre. — La distillation du bois gras du Cèdre, Cedrus Libani, recommandée, il y a quelques années, par le Service botanique, donne un produit d'une réelle valeur pour la thérapeutique. Cette Esseiicc de Cèdre a des propriétés balsamiques remarquables, elle peut être avec avantage substituée à l'essence de bois de Santal d'un usage courant ; cette distillation est facile à Batna, où il existe des scierie importantes de Cèdres.

Ga&sie. — La culture du Cassie, Acacia Famesiana, est faite par la Maison Chiris qui récolte environ 40.000 kilos de fleurs, le parfum est extrait par les essences légères. Un hectare de Cassie produit 500 à 1.000 kilogs de fleurs. La fleur de Cassie est aussi utilisée pour l'enfleurage.

Thym. — Le Thymus Fontanesi, assez répandu en Algérie, est parfois distillé ; il donne une essence analogue à l'essence de Seirpolet.

Menthe. — On distille le Pouliot, Fliou des Arabes ; on doit distinguer deux Pouiiots très différents : le vrai Mentha Pulcgium, commun surtout dans les lieux humides des parties élevées, plante glabre à odeur agréable, et le Menlha Gibraltarica, qui est velu, à odeur commune, répandu dans les bas fonds des plaines. C'est cette espèce qui est le plus souvent distillée, aussi l'essence

n'atteial qu'un prix peu élevé de 5 à 6 fraocs. La quantité produite est de 4 à 5.000 kilos ; le rendement est de 500 à 800 grammes par 100 kilos de plante verte.

La culture de la Menthe Poivrée n'a pas été faite jusqu'à ce jour. Cependant une tentative faite par un distillateur-liquoriste de Kabyiie parait encourageante. Les plants fournis par le Service botanique lui ont donné un produit qui lui convient très bien pour la fabrication de ses liqueurs.

Lavande. — Le Lavandula dentala indigène ne donne qu'une essence médiocre non utilisée. La Lavande vraie pouvant être cultivée dans la région montagneuse où elle vient très bien dans les jardins.

Rue. — Il est produit, surtout dans le département d'Oran, une certaine quantité d'essence de Rue.

Origan. — VOriganum cinercum des montagnes de l'Atlas de Blida donne une assez grande quantité d'essence riche en thymol.

Roses. — Les Indigènes ont cultivé autrefois les Roses à parfum, le Nmri ou Itosa moschala à petites fleurs blanches très odorantes, était commun dans les

jardins maures. Ce Rosier fournit encore, en Tunisie, quelques quintaux de fleurs pour la préparation de l'eau de roses.

Les nouvelles variétés améliorées du Ro$a cenlifolia et damascena trouveraient certainement, en Algérie, dans la région montagneuse, à Médéa par exemple, des conditions qui rendraient leur culture rémunératrice si les frais de distillation étaient réduits par une action coopérative.

Fenouil. — Le Fenouil sauvage ou poivré est parfois distillé, cette plante fournit une essence assez abondante mais de médiocre valeur. La culture du Fenouil doux serait très facile, mais elle n'a pas été faite jusqu'à ce jour.

Anis vert. — L'Anis vert, qui est produit en grande quantité en Espagne, peut aussi trouver en Algérie le sol et le climat qui lui convient ; de modestes essais on! déjà démontré que celte culture était possible. Les distilleries d'Anisetle utiliseraient une assez grande quantité sur place d'Anis vert.

Jasmin. — Le Jasmin Sambac ou d'Arabie, qui est beaucoup cultivé dans le Var, vient très bien en Algérie, mais n'est pas cultivé. Le Jasmin à grande fleur est cuHivé pour l'usage qu'en font les Indigènes comme

parfum ; mais cette plante ne fournit aucune quantité connue de fleurs à l'enfleurage industriel.

Myrthe. — Le Myrlhe est très abondant ; il peut fournir une essence estimée ; le rendement est de 250 à 300 grammes par 100 kilos de feuilles.

Laurier. — Abondant sur certains points du littoral (Bougie) peut y être e^^ploité.

Le Camphrier. — Le Camphrier est acclimaté en Algérie depuis plus de cinquante ans, il en existe de très beaux spécimens. Cet arbre croît assez bien pour qu'on ait proposé d'en faire des boisements forestiers ou de grandes plantations en vue de Texlraction du camphre. Ces projets ne se sont pas réalisés parce que les semis de camphrier donnent des sujets qui produisent des quantités très inégales de Camphre. Ce fait n'avait pas échappé à Hardy, ancien directeur du Jardin d'Essai, qui distinguait, sous le nom de Camphora inuncta, la race sans Camphre du Jardin d'Essai. Ce manque de Camphre ne tient pas au sol ni au climat, il tient à une variation du type spécifique, ces individus pauvres en Camphre, existent même à Formose dans les peuplements naturels. Le Camphrier se greffe très facilement et il est donc possible de ne propager que les races très riches en Camphre.

Le Camphrier peut, dans nos régions, produire une assez grande quantité de Camphre que l'on peut retirer des feuilles en hiver, des essais du Service botanique remontant à dix ans, ont démontré que des feuilles de Camphrier placées dans un local clos, et pouvant recevoir un jet de vapeur, abandonnent rapidement le Camphre qui, très volatil, va se sublimer dans un récipient refroidi. Cent kilogs de feuilles ainsi traités ont abandonné en quelques minutes de 500 grammes à 800 grammes de Camphre très pur sans huile et pouvant être employé sans purification ultérieure. Il est important de noter que pour extraire le Camphre des feuilles il est inutile de faire une*distillation, le Camphre se sublime dès que la chaleur a pénétré dans la masse de feuilles placées dans un récipient clos et chauffé, il en résulte que la dépense de combustible est insignifiante ; il est très étonnant que dans le pays d'origine on n'emploie pas ce procédé et que l'on persiste à abattre les arbres pour extraire péniblement le Camphre du bois.

En résumé l'Algérie peut, très facilement, produire du Camphre en abondance, les terrains convenables pour la culture du Camphrier ne sont pas rare, surtout dans le nord du département de Constantine.

Verveine. — Le Lippia citriodora est cultivé à Boufarik ; les feuilles séchées trouvent un débouché dans l'herboristerie.

Thapsia Garganica. — La production de la résine

de Thap^a a, en Algérie, occupé quelques petits industriels. On exporte aussi Técorce de la racine.

Il est important de distinguer deux Thapsia très voisins l'un de l'autre ; le Th, Garganica vrai, qui est cantonné sur les Hauts-Plateaux et les montagnes, et le Th. dccmmia du littoral. Cette dernière espèce est à peu près complètement dépourvue du principe actif rubéfiant et sans valeur pour la préparation du révulsif bien connu.

Les Acacias & tannin. — La culture des Acacias ù tannin a été tentée sur trente-cinq hectares, dans les environs d'Alger, par le D' Bourlier. Il résulte dé ces essais que V Acacia dccurens, dans les fotids frais et non calcaires donnent, rapidement, de beaux arbres dont l'écorce titre jusqu'à 38^ 0/0 de tannin ; la préparation de cette écorce est facile et sa vente assurée.

L'A. pycnanlha est aussi capable de donner dans des sols moins profonds des arbres de plus petites tailles susceptibles d'être exploités avec profit à 8 ans ; l'écorce dose aussi de 35*^ à 38^ 0/0 de tannin.

Takaout. — Les Indigènes du Tafilalet et du Gourara désignent sous le nom de Adzba (a.; j^) ou Tkaout (w.jLLj) une galle de la grosseur d'un gros pois, très abondante sur le Tlala (Tamarix articulata). Cette galle, qui est récoltée en décembre, est riche en acide gallique ; elle est employée sur place ou exportée dans le Tell, notamment à TIemcen, où elle est vendue de 45 à 50

frafîcs les 100 kilos. C'est celte galle qui est employée pour le tannage des cuirs de Taftialet. Cette galle est dû à un Lépidoptère le t^mmc plwraonana.

Le Tamarix articulata a été depuis quelques années acclimaté dans le Tell, sur le littoral, où il vient très bien. Mais les tentatives d'introduction deTinsecte producteur de la galle ont échouées.

La culture du TIaia serait peut-être rémunératrice si, comme dans le Sahara, une touffe de Tlaia pouvait donner tous les ans 25 kilos de Takaout.

Lentisque. — Les feuilles de Lentisque ont beaucoup d'analogie avec^les feuilles à Sumac, elles servent à falsifier ce produit ; leur exploitation est limitée en Tunisie.

Rhus pentaphylla, Tczera des Indigènes, très employé dans rOuest pour son tannin.

Rhus oxyacanthoides, en arabe Djedari, écorce des racines, très employée par les Indigènes pour le tannage, la teinture en rouge des peaux.

Rhus corlaria. — Le Sumac signalé, par erreur, comme spontané en Algérie, à la seule station connue, à Bouzaréa on ne trouve que des sujets femelles jamais

fécondés ; la multiplication s'est faite par rejets ; cette plante, qui a du être anciennement introduite, vient très bien, elle s'est même naturalisée.

Henné. — Le Henné (Lawsonia inermù) est consommé par les Indigènes ; ce produit est importé en assez grande quantité, souvent pulvérisé et falsifié.

La production de la feuille d'Henné est facile dans les oasis et même dans les parties chaudes du littoral.

Centaurea acauUs; en Arabe Ardjag'nou (^.oU,^) plante spontanée très commune dans les Hauts plateaux, sa racine donne une belle teinture jaune très employée.

Polyporus tinctorius, en Arabe Sorra (^j^^). Ce champignon, du groupe des amadouviers, atteint de grandes dimensions, il est récolté dans le Sud sur les vieux Betoum {Pistacia atlantica), il fournit une belle matièrec olorante jaune employée avec TArdjag'nou pour la teinture.

Pyrèthre. — La racine du Pyrèthre (Anacyclus Pyrethrum), El guenteuss(^^LlaKi.^!) des Indigènes, est récoltée en grande quantité sur les Hauts plateaux, elle est employée par les Indigènes et exportée en grande quantité sur rinde et TEgypte ; elle est inscrite à la Pharmacopée anglaise pour différents dentifrices.

Là Petite Centaurée. — Ei^lhrœa Centanrium. La variété Algérienne de cette espèce médicinale est plus

élevée, plus forte ; elle fournit un très beau produit pour la droguerie, il s'en exporte certaines années 5 à 6 tonnes ; un moment employée par les brasseurs pour donner de l'amertume à la bière, la Petite Centaurée fut très demandée.

Le Pyrèthre de Dalmatie (Pyrethrum cinerariœfolium). — La culture du Pyrèthre de Dalmatie a été expérimentée en Algérie; la plante vient très bien, il n'existe qu'une seule culture de quelques hectares près de Coléa. Le produit obtenu paraît de bonne qualité, il est employé sur place pour la préparation d'un liquide alticide efficace. Les capitules du Pyrèthre, offerts au commerce dès la récolte, n'ont pas l'odeur forte caractéristique des capitules qui viennent de Dalmatie ; mais, au bout d'un an, cette odeur se développe très bien et le produit est marchand.

Le Sapindus. — Parmi les végétaux introduits, en Algérie, par la Pépinière du Gouvernement, un des plus intéressants est une espèce du genre Sapindus importée en 1845. Cet arbre, qui provenait des collections du Muséum, s'est rapidement développé et, en 1859, des jeunes sujets étaient déjà mis en vente sous le nom de Sapindm indicus.

En 1867, M. Hardy, dans une très intéressante note à la Société d'Acclimatation, appelle l'attention sur la fructification abondante des Sapindus élevés à la Pépinière du Gouvernement ou Jardin d'Essai.

Ce Sapindus est d'origine japonaise. C'est le Sspindvs Mukorom légèrement modifié, ce qui justifie sa dénomination de Sapindus nlilia appliquée à la forme fertile susceptible d'être cultivée.

Le fruit est formé par une coque charnue, luisante, devenant coriace, gommeuse, translucide par la dessi-

Fig. 2 b fruit ; a coupe du fruit et de la graiae ; d c graine : e coupe de la graine vide ; /'coupe de la graine avec l'embryon.

cation. Les plus gros fruits pèsent 6 à 7 grammes, les plus petits pèsent 2 à 5 grammes, la graine est noire lisse, sphérique, elle représente, à peu près, le tiers du poids total du fruit, sous une enveloppe solide, se trouve un gros embryon huileux.

Pendant longtemps on a reproduit le Sapindus de

graioe. Les arbres ainsi obtenus sont souvent stériles. La culture du Sapindus est devenue pratique que depuis qu'on le multiplie de bouture ou par la greffe sur les pieds de semis.-

l'ig. 3. Inflorescence du Sapin(fni* utilL^.

La cult-ure du Sapindus utilis n'a été essayée que dans la zone de l'oranger, c'est-à-dire non loin du littoral, à des altitudes basses.

Le Savonnier exige une station abritée et une terre meuble et profonde ; pendant les premières années les arrosages sont nécessaires.

Les diverses espèces du genre Sapindus donnent un fruitdont la pulpe, riche en Saponine, est utilisée comme succédané du savon en Chine, au Japon, dans Tlnde, aux Antilles. Depuis quelques années ce produit est admis sur les marchés d'Europe. On peut comparer le fruit de Sapindus au Bois de Panama qui est beaucoup plus connu ; Tun et Tautre n'ont de valeur que par la Saponine qu'ils renferment ; mais tandis que le Bois de Panama, ne renferme que 8 à 9 0/0 de Saponine, le fruit de Sapindus en contient 18 0/0. La coque de Sapindus vaut donc deux fois le bois de Panama.

En éliminant la graine, quand le kilo de bois de Panama vaut 1 franc, le kilo de fruits secs de Sapindus doit valoir 2 francs.

Un arbre adulte donne une moyenne de 50 kilos de fruits secs, faciles à cueillir vers la fin de l'automne et même dans le courant de l'hiver. On peut, avec un sécateur, couper toutes les inflorescences et les drupes se séparent d'elles-mêmes quand la grappe se dessèche.

Les débouchés ne manqueront pasau Sapindus quand ce produit sera abondant sur le marché ; le Bois de Panama, aujourd'hui d'un usage très répandu, sera bientôt remplacé dans maints usages par le fruit du Savonnier, qui sera plus économique et d'un emploi plus facile. Une matière gommeuse assez abondante dans la coque du Sapindus donne une sorte d'apprêt aux tissus de laine et de soie lavés dans une décoction de ce fruit saponifère. C'est là un avantage fort apprécié dos ménagères qui, depuis quelques années^ utilisent te Sapindus.

Les Textiles

Le Coton. — La culture du Coton fut entreprise par les Indigènes, avant l'occupation française le Gossypium herbaceum qui était mis en œuvre est une plante humble ne donnant qu'un coton très médiocre.

Pendant la période de 1858 à 1867, la culture du Coton, fut assez florissante, les prix étaient très élevés (5 à 7 fr. le kilo) et le Gouvernement acccordait des primes. Dans la province d'Oran, 1.200 hectares étaient consacrés au coton. Pendant cette période les rendements ne dépassaient pas 7 à 8 quintaux de coton brut à l'hectare, soit environ 160 à 200 kilos de fibres.

Dans les cultures très soignées, ces chiffres ont pu être dépassés.

Quand les prix des cotons sont très élevés, ces rendements peuvent être rémunérateurs. La graine qui autrefois était sans valeur se vend aujourd'hui facilement 15 fr. les 100 kilos.

Depuis deux ans des essais sont faits en vue de déterminer dans quelles proportions l'Algérie pourrait concourir au ravitaillement du marché européen. Les essais sont poursuivis avec les meilleures variétés d'Amérique et d'Egypte Une variété bien adaptée fait encore défaut et les beaux cotons égyptiens n'arrivent pas à mûrir toutes leurs capsules, d'où une perte sensible.

Cependant les rendements paraissent supérieurs à ceux de la période 1850-1867.

La culture du coton en Algérie ne parait pas susceptible de prendre une grande extension, les terrains propices à cette culture pouvant, le plus souvent, être consacrés, avec plus de profit, à des cultures arborescentes, fourragères et maraîchères.

Si pendant la guerre de sécession la culture du coton fut florissante en Algérie, il faut attribuer ce succès aux conditions extraordinaires de la vente des produits ; le Gouvernement achetait le coton à 7 et 9 fr. le kilo, alors que sa valeur n'était que de 3 à 4 fr. Le Gouvernement donnait 100 fr. de prime à l'hectare de culture et une prime de 2 fr. 50 par kilo de fibre. On comprend que, dans ces conditions, les cultivateurs de coton aient fait d'excellentes affaires.

Sorgho à balais. — Bien que la culture du Sorgho à grain soit pratiquée sur de vastes étendues par les Indigènes, la culture du Sorgho à balais a toujours été négligée ; ce n'est que depuis quelques années> sous l'impulsion des Services techniques du Gouvernement général et à la suite de distributions importantes de bonnes semences que cette culture a commencé à s'étendre, elle donne de très belles pailles qui sont en partie utilisées sur place et en partie exportées.

Les Agave. — Les Agave ont de tout temps fourni, dans leur pays d'origine, des produits utilisés par les populations indigènes. Des fibres, des boissons alcooliques, des légumes sucrés, des matières^ saponifères tirés de différentes espèces d'Agave sont préparés en grand, principalement dans le Mexique, dans des régions sèches, pierreuses, où, sans le secours de l'irrigation, peu de cultures sont possibles. Les fibres depuis un demi siècle figurent sur les marchés européens ; mais

ce «'est que depuis une quinzaine d'années qu'un commerce important est alimenté par cette matière qui semble de plus en plus recherchée.

Agave riglda avec bulbilles dans rinflorescence

On peut diviser les libres d'Agave en deux sections : 1« les fibres rigides, épaisses qui ont une apparence de

crin et sont utilisées principalement par la brosserie, le Crin de Tampico est le type le mieux connu de ce groupe. 2? Les fibres souples plus ou moins résistantes, blanches, soyeuses et qui sont produites par diverses Agave et Fourcrœa et dont le Sûal est aujourd'hui le type com-

Slsal {A (/ace sisalntia)

mercial le plus estimé et le plus répandu on raison des cultures importantes du Yucatan et des Baliama.

Le succès des cultures entreprises depuis une cinquantaine d'années a été constaté par maintes communications dans les publications qui traitent des cultures coloniales.

Une certaine indécision a régné pendant longtemps sur la nomenclature des espèces utilisées, mais aujourd'hui cette question paraît élucidée. Si plusieurs espèces d'Agave et de Fourcraea peuvent donner des filasses utilisables, on ne s'occupe de planter que les variétés de VAgave rigida désignées sous le nom de Sisal.

C'est à Ambrose Shea, gouverneur des Bahama, qu'on doit attribuer la première extension de la culture industrielle des Agave en dehors du Mexique.

Les prix du Sisal ne sont pas très élevés, mais laissent un bénéfice qui ne peut que s'accroitre par l'usage plus général des machines plus perfectionnées pour l'extraction.

Sur le marché de Londres les prix ont oscillé assez largement de 60 à 40 francs les 100 kilogs. Au Bahama, on estime le prix de revient de 25 à 30 francs.

Le succès des premières cultures ont attiré l'attention des colons et des Gouvernements et de nouvelles tentatives sont faites pour acclimater VAgave rigida dans les paysaridesdont laclimatologie rappelle celle du Yucatan.

Les sols sableux, caillouteux, rocheux sont suffisants et c'est sur ces terrains que la fibre acquiert le plus de valeur. La quantité d'eau de pluie suffisante pour le Sisal est de 35 à 40 centimètres répartis en trois ou quatre mois d'hiver. Pendant les mois d'été, la plante résiste aux chaleurs élevées et aux sécheresses prolongées. Le Sisal craint les gelées et ne supporte que quelques degrés au-dessous do zéro.

En Algérie, la place du Sisal parait être limitée au littoral et principalement aux terres sableuses.

Introduit en 1892, au Jardin botanique des Écoles supérieures, le Sisal a pris rapidement un beau dévelop-

pernent ik Alger, et les quelques bulbîlles reçues fies

Sisal, hampe avec bulbilles

Bahama ont donné naissance à de nombreux sujets. Sous notre climat, le Sisal prend les mêmes proportions que dans son pays d'origine et donne une fibre aussi abondante et d'aussi belle qualité. Il paraît donc logique de tenter quelques expériences d'exploitation de ce textile qui peut être produit par des terres inutilisées et de peu de valeur.

L'Agave Sisal {A. Sisalana) est facile à distinguer

Bulbilles (ormes daas les inflorescences après la floraison

par ses feuilles longues, rigides, étroites, à bords non dentés-épineux, pourvus seulement d'une longue épine terminale. Cette feuille n'est pas charnue mais au contraire d'une faible épaisseur de 10 à 15 millimètres dans le centre, ce qui facilite beaucoup la préparation des fibres par les machines. Le Sisal est sans tige apparente

comme la plupart des autres Agave et donnent des rejetons à la base. Mais en coupant tous les ans les 20 à 30 feuilles inférieures, la tige se dessine et peut atteindre plus d'un mètre. Les plantes non exploitées fleurissent généralement après six ans de plantation, la

Culture du Sisal 6 la Station botanique, h Roulba

hampe s'élève rapidement et atteint 5 à 6 mètres, elle se ramifie et les fleurs apparaissent.

Les capsules ne se forment pas sur les sujets observés en Algérie, les fleurs tombent et, sur les rameaux de l'inflorescence, il se produit un bourgeonnement très abondant, un mois après la floraison plus de 3.000 bul-

billes peuvent être ramassés. Ces bulbilles prennent rapidement des racines et tombent très facilement ; ils atteignent des dimensions très inégales.

Le Sisal est une race cultivée, elle est remarquable par l'absence de dents épineuses sur les bords des feuilles ; cet Agave se rattache à VAgave rigida que Ton regarde comme le type spécifique.

VAgaverigida type diffère très nettement par la teinte glauque, blanchâtre des feuilles qui sont pourvue de petites dents sur les bords. Les bulbilles ont une forme différente et persistent sur les rameaux de Tinflorescence ; c'est cet Agave qui est exploité au Yucalan. Il existe aussi dans les Agave du Jardin botanique une race en tout semblable au Sisal mais ayant de petites dents acérées sur les bords des feuilles, c'est le Faux Sisal. Ces trois Agave, qui ont des fibres très belles et très résistantes, méritent d'être mis à fessai, ainsi que d'autres variétés obtenues récemment par hybridation du Sisal.

Les terrains destinés à recevoir les Agave sont souvent sableux et dénudés, il suffit alors d'opérer la plantation. Dans d'autres ca§ il faut défricher et la. terre peut donner une récolte ou deux de céréales pendant que les Agave sont encore jeunes.

La plantation se fait au moyen des bulbilles que f on a conservés un an ou deux en pépinière ou des rejetons plus gros pris à la base des sujets plus âgés.

La plantation est faite, autant que possible, en ligne, la distance entre les plants est de 1 m. 80 environ et la distance, entre les lignes, peut varier de 2 m. 50 et 3 m. 50. Ce qui donne de 1.500 à 2.000 plants à l'hectare en tenant compte des vides dûs à la nature souvent rocheuse du sol. Pendant la première année le sol doit être tenu

propre, on donne aux Bahama deux façons, pendant les années suivantes une façon suflQt.

Suivant la force des sujets plantés et suivant la nature du sol on commence la récolte la quatrième ou la cinquième année. On ne coupe que les feuilles mûres qui ont pris une position horizontale ; à la sixième année on peut enlever de 20 à 30 feuilles par Agave, cette opération est faite au moyen d'une sorte de sabre.

La récolte annuelle des feuilles retarde la floraison des plantes.

Au Yucatan on récolte pendant 12 à 20 ans sur les mêmes pieds. Aucune culture spéciale n'est utile, on se borne à retrancher les rejetons qui sont généralement employés à étendre les plantations. Quand un Agave est âgé et se dispose à fleurir, on plante à côté un plant nouveau ou bien on laisse un rejeton pour remplacer le pied qui doit périr après floraison.

Les feuilles de Sisal qui donnent, suivant les machines, 3,5 à 4 0/0 de fibres utilisables, constituent un produit lourd et encombrant ne pouvant pas supporter un long transport, Texlraction de la fibre doit donc se faire sur place. Dans les grandes exploitations des Decauville apportent les feuilles aux machines.

Il faut aussi noter que la feuille doit être traitée aussitôt coupée ; la récolte de la journée doit être mise en œuvre le lendemain.

Mille feuilles rendent 25 à 26 kilogrammes de fibres. 30.000 à 45.000 feuilles à Thectare peuvent donc donner de 750 à 1.200 kilogrammes de fibres d'une valeur de 40 à 60 francs les 100 kilogrammes.

Pour des terrains très médiocres et sans valeur, c'est encore un rendement passable, si les frais d'extraction

de la flbre sont assez limités par l'usage d'une borne machinerie.

L'exploitation du Sisal peut être entreprise toute Tannée ; en hiver, les feuilles gorgées d'eau sont plus lourdes de près d'un tiers, il en résulte un accroissement notable des frais de transport.

J^ préparation de la fibre du Sisal ne présente aucune difficulté. Dans les exploitations primitives, on se bornait à racler la feuille avec un fragment de bois dure el anguleux, la pulpe se détache facilement et bientôt la fibre blanche très propre est séparée ; il suffit de la faire dessécher rapidement pour avoir la matière à livrer au commerce.

Il n'a donc pas été difficile d'inventer des machines à traiter les feuilles de Sisal et le nombre en est aujourd'hui très considérable.

Crin de Tampico. — Le Crin de Tampico est fourni par un groupe d'Agave très particulier ; les fleurs sont en long épi de 3 à 4 mètres et enserrées deux par deux ; les feuilles ont une marge épineuse qui se détache très facilement.

LA gare univiUaln, qui est le type des Agaves dits Tampico, se multiplie de graines et de rejetons.

Feuilles de Sisal

Les feuilles récoltées en Algérie sur cet Agave qui jf croît avec vigueur ont donné une très belle fîbre rigide

Tampico tAff*it<.* urtfrittaîaj

propre h tous tes tisages de la libre d'origine, le rendement dépasse 5 0/0 du poids de la feuille*

Luffa. — La Courge torchon ou Lu fia est depuis uiic

dizaine d'années assez communément cultivée par des amateurs ; le fruit allongé de cette cucurbitacée est très fibreux et après un court rouissage à la pluie ou dans un bassin il devient une sorte de torchon ou éponge dont il est facile de tirer parti.

Celte plante croît très facilement sur le littoral et l'Algérie pourrait fournir facilement au commerce cet article qui est importé du Japon.

Roseau et Bambou. — La culture de la Canne de Provence est très ancienne, elle élail limitée par une consommation locale assez peu importante; mais depuis que les expéditions de primeurs se sont multipliées, la vannerie emploie de plus en plus la Canne pour la confection de corbeilles. Dans ces conditions la culture du Roseau est devenue avantageuse près des centres d'exportation.

Les Bambou pourraient aussi fournir un très bon article de vannerie. La culture du Bambou n'a pas encore sur le littoral algérien pris l'importance qu'elle mérite. Le lUimbma milis, si apprécié au Japon, croît très bien en Algérie et donne de très belles tiges longues et solides.

Le Palmier nain. — Le Chamerops humilis, plus souvent connu sous le nom de Palmier nain, a joué dans l'histoire de la colonisation un rôle qui est pour lui un titre à la reconnaissance publique. Il en joue actuellement encore un non moins humain auprès d'une population indigène nombreuse.

Lorsque Bugeaud créa ses premiers villages au Sahel, ses colons étaient perdus dans le lentisquequi en occupait les terres graveleuses, le dyss qui poussait dans les marnes et le palmier nain qui peuplaient les terres franches. Aussi le terme de terres à Palmier nain était-

Palmier nain (Chamerops humUts)

il l'équivalent de bonnes terres. Mais la carotte, c'està-dire le tronc du palmier était profondément enfoncée dans le sol et dur à arracher. Alors on défrichait de préférence les terres à lentisques qui donnaient du bois de chauffage et, à égal travail, permettaient de mettre une plus grande surface en culture. Mais à cette époque

tes concessions de 6 hectares étaient insuffisantes pour nourrir une famille et lorsque les rations militaires manquèrent, ce fut la misère noire dans les villages du Sahel. C'est vers cette époque que MM. Averseng et Delorme eurent l'idée de faire du crin végétal avec la fibre des feuilles du Palmier nain.

Découvert en 1847, le crin végétal fut d'abord fabriqué à Toulouse. Puis l'industrie s'implanta en Algérie même et il n'est pas exagéré de dire que de 1860 à 1880, époque à laquelle la plantation de la vigne conduisit au défrichement rapide des coteaux du Sahel y amena une aisance jusqu'alors inconnue et une plus-value inespérée des terres, les familles de colons vécurent de la fabrication du crin végétal.

Femmes et enfants ramassèrent les feuilles, tous les peignèrent et tous les mois les chariots chargés, transportaient le produit à Alger et ramenaient en échange de la farine et des vêtements. Le Palmier nain a presque seul maintenu la population de Mahelma, de Sainl- Amélie, de Saint-Ferdinand, de Douera, de Crescia et encore une partie de celle de Chéragas.

Les villages de l'Kst et surtout de l'Ouest de la Milidja y ont longtemps trouvé une source de profils importants.

Aujourd'hui toute la matière première, grâce à la vigne, y a disparu sous la pioche des défricheurs. Pour retrouver du Palmier nain, il faut s'éloigner des grands centres. C'est ainsi que de Nemours à Beni-Saf et Aïn- Temouchent, dans la vallée du Chéliff, dans la petite Kabylie, les montagnes peu élevées de l'arrondissement de Bône, te Palmier nain fait vivre désormais une armée d'Indigènes tant ramasseurs que peigneurs.

Aujourd'hui les peignes ont presque disparu et le crin n'est plus fabriqué qu'exceptionnellement par les familles qui se partagèrent autrefois le travail depuis le ramassage de la feuille jusqu'au cordelage.

Les Indigènes se contentent de cueillir la feuille du Palmier nain et de la transporter aux usines.

Aussi y arrive-t-elle abondante, les mauvaises années et aux époques de chômage, tandis qu'elle est rare pendant les labours et les moissons.

Le prix de la feuille varie entre 1 fr. 75 et 2 fr, le quintal.

Les procédés de transformation du palmier nain en crin, ont^ franchi trois phases ascendantes depuis l'époque de la découverte.

La machine primitive exige la main de l'homme pour le peignage du palmier. Elle est constituée par une table "rectangulaire très épaisse longue de 1 mètre et large de 0 mètre 30 centimètres sur le devant de laquelle et pratiquée, dans toute la longueur, une ouverture de 4 centimètres environ. Les deux panneaux, qui maintiennent cette table à 1 mètre de hauteur, sont fixés sur deux solives parallèles qui sont la base de la machine. De ces solives, et sur l'arrière de celles-ci, partent deux montants qui vont obliquement se flxer sur les panneaux à 30 ou 40 centimètres de hauteur : ces deux montants sont eux-mêmes munis, vissés en leur milieu et en dedans, de demi bagues en fer dans lesquelles passe une rondelle en bois qui peut librement s'y mouvoir. Sur cette rondelle est assujettie, par l'une de ses extrémités, une planche dont l'autre extrémité est projetée en avant de la peigneuse en passant entre les deux panneaux ; sur les bords de cette

planche, dans le milieu de la longueur, sont fixés les bouts d'une tringle en fer recourbée en forme d'U, dont Tare supérieur passe dans la rainure de la table.

Entre le plancher de celle-ci et la partie de la tringle qui la dépasse on place un paquet de Palmier nain, les pointes tournées vers Textérieur ; l'ouvrier monte sur la planche qui forme levier grâce au jeu de la rondelle sur laquelle elle est fixée, elle attire vers le bas de la tringle en fer qui, rencontrant l'obstacle que forme le palmier nain, le maintient dans une immobilité parfaite.

Le peigné est fait d'un arc en bois dur garni de lames en acier trempé dites alênes. L'ouvrier le tient des deux mains, les lames tournées dans sa direction, il le lance avec force sur les feuilles et l'attire à lui. Après plusieurs exécutions de ce mouvement et lorsqu'il juge le crin assez fin, il peigne la partie inférieure du paquet qui n'a pu encore être convenablement travaillée ; ensuite il procède à la même opération pour la partie des feuilles demeurées sur la table durant le premier peignage.

Ce labeur demande une grande habitude et procure des fatigues extrêmes : on comprend donc l'exigence des ouvriers qui y sont employés, pour la rémunération de leurs peines.

La peigneuse primitive n'a cependant pas été abandonnée. Elle est encore utilisée par les industriels dont le chiffre minime d'affaires ne permet pas une installation coûteuse ; dans les tribus, les Indigènes eux-mêmes détiennent de ces machines mises à leur disposition par des commerçants auxquels ils livrent du crin au lieu de Palmier nain. Enfin quelques fabricants persistent

à l'employer afin d'obtenir une qualité supérieure de crin, le surchoix dont ils ont en quelque sorte le monopole.

Il parait en effet démontré par l'expérience qu'en cette matière, le travail de l'homme, moins violent, plus délicat produit un crin plus fin et beaucoup plus long. D'autre part il n'en résulte qu'un faible déchet alors que les peigneuses mécaniques arrachent le crin, le brisent et laissent choir une grande quantité de feuilles imparfaitement travaillées que la trituration à laquelle elles ont été soumises ne permet plus de transformer en marchandise de bonne qualité.

A la peigneuse à la main a succédé le tambour.Celui-ci est formé par un cylindre dont l'axe en fer est mis en mouvement par une force motrice quelconque, vapeur ou eau. Ce cylindre est garni de lames en acier minces et effilées : il est placé dans une enveloppe au centre de laquelle il se meut librement. La partie antérieure de cette enveloppé est faite d'une plaque de fer sur la gauche de laquelle est pratiquée une large ouverture rectangulaire : de celle-ci et à la partie inférieure, part, horizontalement, vers la droite, une rainure à laquelle intérieurement fait face le tambour. On met ordinairement plusieurs tambours à la suite les un des autres.

L'ouvrier assis, ayant l'ouverture rectangulaire à sa gauche, saisit des deux mains une poignée de Palmier nain, l'introduit les pointes en avant, par celle-ci et le fait courir de gauche à droite et de droite à gauche dans la rainure : toute la partie qui se trouve dans l'intérieur de l'enveloppe est peignée par les lames du tambour. L'ouvrier recommence la même opération

pour la portion des feuilles qu'il maintenait dans les mains, en saisissant alors le Palmier par la partie peignée, durant ce travail il présente au tambour tous les côtés du paquet de palmier afin que le peignage soit uniforme.

L'opération n'est pas sans danger pour le tl^availleur; il doit en maintenant le palmier, opposer une grande force de résistance à la vitesse du tambour qui n'est pas inférieure à 650 ou 700 tours à la minute. On a vu très souvent des imprudents ou des maladroits se laisser gagner par le tambour ; le pouce de la main droite, le plus rapproché de la rainure, y est alors entraîné et se trouve mis en lambeaux par les lames : il en résulte d'horribles blessures qui, dans de nombreux cas, nécessitent l'amputation.

Le tambour est très en usage dans la province d'Oran il a presque disparu dans celle d'Alger.

Ces accidents, malheureusement fréquente, suggérèrent de bonne heure l'idée de doter, l'industrie du crin végétal, de machines perfectionnées supprimant les risques de mutilation pour les ouvriers et pouvant produireune plus grandesommedetravailque les tambours, dans un temps identique. La peigneuse mécanique a réalisé ce rêve : en voici une description sommaire.

Deux chaînes sans fin, l'une supérieure, l'autre inférieure, sont placées l'une contre l'autre à 1™50 de hauteur et se meuvent d'avant en arrière ; elles tournent à chacune de leurs extrémités autour de roues crénelées dans les rainures desquelles leurs maillons s'encastrent exactement. A droite et à gauche de ces chaînes sont deux groupes de tambours en tronc de cône garnis de lames en acier trempé.

Ces premières chaînes ne dépassent pas le milieu de

la machine : mais alors deux autres chaînes sans fin placées un peu sur la gauche et animées du même mouvement, leur font suite. A ces deux dernières chaînes ne font face que deux tambours sur la droite, il existe aussi sur la gauche un tambour, mais il est indépendant de la machine et peut être séparé sans inconvénient.

Un ouvrier, appelé engreneur, alimente la machine en palmier : les extrémités extérieures des deux premières chaînes, en raison de la convexité des roues autour desquelles elles tournent, laissent entre elles, un écartement qui peut être agrandi ou réduit à volonté. L'engreneur présente à cet écartement un paquet de feuilles, les pointes du côté gauche : elles sont aussitôt saisies entre les deux chaînes et entraînées avec elles. Elles rencontrent tout d'abord un premier groupe de deux tambours, l'un à droite, l'autre à gauche tournant tous deux de droite à gauche. Il en résulte que le tambour de droite peigne la partie supérieure des feuilles tandis que celui de gauche peigne la partie inférieure.

Lorsqu'elles arrivent au deuxième groupe de tambours le travail inverse est opéré : car ceux-ci tournent de gauche à droite si bien que celui de droite pratique le peignage à la partie inférieure des feuilles et celui de gauche à la partie supérieure . C'est alors que le Palmier nain, abandonné par les premières chaînes est aussitôt pris, vers son extrémité gauche, par les deuxièmes. L'extrémité droite, c'est-à-dire la naissance de la feuille la plus pénible à peigner qui présente encore des fibres mal travaillées et la partie tenue entre les premières chaînes qui n'a pu être soumise à l'opé ration du début, sont alors peignées,le premier tambour

tournant de gauche à droite, la seconde de droite à gauche.

La grande difficulté était d'assurer le maintien du Palmier nain entre les chaînes sans que la vitesse des tambours puissent Tentralner. Ce résultat est obtenu grâce à de puissants ressorts qui pèsent sur les chaînes supérieures au moyen de roulettes. Quant aux chaînes inférieures, elles courent sur une rainure en fer flxe ; la structure particulière des chaînes conlribue également à assujettir entre elles le Palmier.

Mais lorsqu'il arrive en face du dernier tambour, les deuxièmes chaînes présentent le même écartement que les premières à l'entrée de la machine, les ressorts disparaissent et la filasse, entraînée par la vitesse du tambour, est projetée par dessous et à l'extérieur, tout en étant éparpillée.

Sous chaque tambour sont des vides dans lesquels tombent les déchets, ceux-ci sont ramassés par des enfants qui les livrent à un ouvrier dont le rôle est de les peigner au moyen du tambour indépendant dont il est parlé plus haut.

La vitesse est communiquée à chaque machine par un arbre de couche placé horizontalement au-dessus d'elle, dans le sens de la longueur, à une hauteur de 3 mètres: des courroiesque soutiennent des poulies fixes sur l'arbre découche actionnent les tambours : quant aux chaînes elles sont mues par une vis sans Un placée au centre de l'arbre de couche et qui met en mouvement un engrenage de cinq roues.

Le crin, au sortir des peigneuses n'a pas encore acquis toutes ses qualités marchandes. Il est aussitôt étendu sur de vastes aires pour être complètement

séché : on le retourne à de fréquentes reprises, soit avec des fourches, soit avec des tanneuses identiques à celles employées pour les fourrages. Cette opération arrivée à son terme, le crin est mis en muions puis livré aux cordeurs.

Ceux-ci usent des mêmes procédés que pour le chanvre. Le cordeur tient sous son bras droit une grosse quantité de crin, il forme une boucle qu'il passé dans un crochet auquel une roue, mue par un ouvrier, imprime un rapide mouvement de rotation. Le cordeur s'éloigne peu à peu en laissant progressivement glisser entre ses doigts les filaments qui- s'enchevêtrent, se tordent : il en résulte un lien auquel on donne une longueur déterminée. Lorsque le cordeur est sur le point de s'arrêter, l'ouvrier préposé à la roue l'abandonne et se munit d'un instrument fait d'une tige de fer de 20 à 25 centimètres, séparée du manche en bois par une plaque également en fer.

Il est remplacé à la roue par un ouvrier plus robuste qui donne à celle-ci une plus grande accélération. Quant à lui, étant à gauche de la corde, il place son outil à droite de celle-ci la pointe dirigée vers la terre, lorsque le fileur s'arrête d'un mouvement rapide il enroule la corde autour de la tige de son instrument : il s'éloigne alors insensiblement et la corde affecte la forme d'un tire-bouchon ou d'un ressort très serré Elle est ensuite pliée en deux.

Cette dernière opération est celle du frisage ou coquillage, la première prenant le nom de cordelage. Elles sont toutesdeux capitales, car c'est, grâce à elles, que le crin végétal acquiert cette élasticité qui a toujours fait la supériorité du crin animal.

Encore faut il que le premier ait séché et soit demeuré longtemps sous forme de corde pour avoir le ressort nécessaire aux divers usages auxquels on le destine. Aussi les usiniers, dès le coquillage achevé, ont-ils soin de suspendre les cordes au soleil le plus longtemps possible avant de les mettre en ballot et de les expédier.

Le crin végétal est employé pour la garniture des coussins de voiture, des harnais^ de tous les meubles communs et pour la confection des matelas (1).

La France, la Russie, l'Angleterre, les États-Unis d'Amérique en font une forte consommation. L'Allemagne l'importe pour la fabrication des matelas de troupe.

L'exportation du crin végétal s'est élevée pendant ces dernières années à :

Années

Quintaux

Valeur en francs

(1) Voy. le Palmier nain, par Martin-Dupont, Alger, 1900.

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