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CULTURES ORNEMENTALES

Les Arbres

Les végétaux arborescents déjà acclimatés sur le littoral algérien sont très nombreux et impriment au pays un faciès particulier.

Pour le moment, ce sont les Eucalyplm qui, partout dans les régions ouvertes à la colonisation, donnent un refuge contre les ardeurs du soleil et reposent la vue, soit qu'ils se présentent en file le long des routes, soit qu'ils forment des bouquets épars dans la riante perspective des plaines défrichées.

L'Eucalyptus Globulus est le plus ancien ; il en existe des sujets d'une trentaine d'années qui sont déjà de bien gros arbres. On préfère aujourd'hui VEu^calyplus rostrata dit Redgum, qui est souvent planté en compagnie des K, rudù, colossea, tereticomis, cornula.

Une belle collection d'Eucalyptus a été réunie à Maison-Carrée par M. Cordier ; plus de 100 espèces y ont acquis un grand développement. Des indications précieuses sont tirées des intéressantes observations faites depuis par MM. Cordier.

La réunion d'un grand nombre d'Eucalyptus sur un même point a eu pour conséquence l'hybridation spontanée de quelques espèces. En 1880, on signalait un premier Hybride entre E. botri/oidex et E. rostrata, cette forme nouvelle qui a reçu le nom de E. Trabuti Vilm, s'est montrée très fertile et robuste, les nombreux sujets

issus de ce croisement se sont toujours faits remarquer par leur rapide développement et par la densité de leur feuillage.

D'autres Hybrides ont été observés depuis et il parait certain qu'un grand nombrede formes nouvelles d'Eucalyptus se produiront par cette voie en Algérie.

L'Eucalyptus est recherché pour la rapidité de sa croissance, c'est là son principal mérite. Cet arbre a joué un rôle important dans l'assainissement obtenu concurremment par la mise en culture.

N'ayant pas répondu à toutes les illusions qu'avaient fait naître ses propagateurs, cet arbre est injustement discrédité.

Beaucoup de colons qui ont semé des Eucalyptus ont, cinq ou six ans après, coupé dans leur plantation les bois dé charpente, de hangars ou de toutes les constructions de la ferme. C'est là un avantage qui fait oublier bien des défauts du bois de ces jeunes arbres.

Au point de vue ornemental, l'Eucalyptus est peu recherché dans les jardins, il est regardé comme voisin trop vorace, cependant quelques espèces méritent un meilleur accueil : VEucalypim polianthema elE. Cinerascens, Calophylla, Leucoxylon à fleurs roses.

Les rameaux fleuris de cette dernière variété peuvent même être employés à la décoration des appartements comme certains Mimosas.

D'autres Myrtacées arborescentes viennent aussi très bien en Algérie, tels les Trûlania, Angophora, Sizygium, Jambosa. Le Tristania conforta est représenté par de beaux sujets malheureusement trop rares.

Le genre Ficus joue un grand rôle dans la plantation des avenues et dans l'ornementation des jardins ; de

nombreuses espèces ont été introduites et paraissent bien acclimatées. Le Ficus elastica peut prendre un grand développement, mais il est supplanté par le h\ macrophylla beaucoup plus ample dans son port comme

Ficus macrophylla

dans son feuillage ; celte espèce laisse tomber, de ses branches qui ont une tendance à s'étaler horizontalement, des faisceaux de racines adventives qui donnent aux sujets âgés Taspect de Figuier de pagodes. Le F. magnolioides de Borzi est confondu avec le F, macrophylla,

c'est un bel arbre à feuilles atténuées à la base et à stipules rouges, le port est très ornemental. Le Ficus retitsa, avec ses feuilles de Camélia est l'espèce qui orne les rues et les places sur le littoral, il s'accommode bien des conditions qu'il y rencontre et peu d'arbres se développent aussi bien et se prêtent mieux à la taille.

Ce F, retusa a été mal déterminé, il est connu sous le nom de F. lœvigata avec lesquels il n'a aucune ressemblance. Le F. relma est très peu différent du Figuier des Hanyan, il est très cultivé en Chine. C'est le F. nilida Thunb. non Blume.

Le Ficu^ religiosa est beaucoup plus rare, c'est aussi une magnifique espèce rustique qui prend, àBiskra, un grand développement et y mûrit une petite figue comestible grosse comme une mûre.

Les Ficus Sycomorus et rubiginosa sont aussi plantés ça et là dans les avenues et jardins.

D'autres Ficus pourraient être introduits en Algérie, il existe, au Jardin botanique des Ecoles supérieures, un Ficus Vogeli et des espèces indéterminées d'Afrique et de Madagascar qui végètent vigoureusement el portent un magnifique feuillage.

Le Ficus scandem ou slipulata couvre facilement les murailles de ses rameaux appliqués et fixés par des crampons ; à un âge plus avancé, il prend des feuillen très différentes, coriaces, ses rameaux se dressent et se couvrent de gros fruits ; en Algérie, les Ficus acclimatés se multiplient facilement de boutures, les grosses boutures faites en été en terres irriguées reprennent très bien; il est absolument inutile de rechercher, comme on l'a dit, les branches pourvues de racines aériennes, ces racines ne facilitent en rien le bouturage.

Les Malvacées arborescentes contribuent pour une

bonne part au peuplement des jardins. Les Sterculia Ausiraliens ou Hrachychiton populifoliumel acerifolium sont très résistants et de croissance rapide, ce sont des

Groupe^de Bombacées, Ckorisia

arbres superbes encore trop peu appréciés. LesChorûia attirent l'attention par leurs troncs couverts d'énormes épines qui se forment sans cesse sur l'écorce à mesure que le diamètre de Tarbre augmente. La floraison abon-

dante en aatomne et aussi tmt beHe. Les Cfîkr, Pëckira atteignent de grandes dimensions.

Les Tiliacées sont représentées par quelques rares tilleuls et par les Grewia. Tout le groupe des Bombacées pourrait être très bien acclimaté dans nos jardins où ces arbres prennent rapidement un port majestueux et sont toujours admirés par leurs fleurs, leur feuillage et leur tronc droit renflé et épineux. Le Cciba Baillonana, récemment introduit au Jardin botanique des Ecoles supérieures, donne une magnifique floraison qui se prolonge jusqu'en hiver.

Le lUelia Azedarach est depuis longtemps introduit et supporte très bien le climat ; une race en parasol très ombreuse et originaire d'Amérique est propagée par le service botanique. Les Cedrela sont trop rares et peu connus. Le Jujubier est facilement cultivé pour son fruit ; I dans les oasis, on rencontre le Zizyphm Spina Christi, très bel arbre qui se développe assez rapidement, même sur le littoral.

Le groupe des Sapindacées est surtout intéressant par les Sapindus, dont une espèce du Japon S. Mukorossi est très bien acclimatée et peut à la fois être cultivée comme arbre d'alignement et aussi pour le fruit qui est très riche en saponine utilisable dans l'industrie. Les ^sculm sont rares et peu prospères, les Erables et Negundo sont fréquents, le Kœlreuteria prospère, surtout à une certaine altitude.

Dans les Térébinlhacées, le genre Pistachier est bien représenté à Tétat spontané par les Térébinthes et les Betoum {Pistacia allanlica), cette dernière espèce mériterait d'être cultivée. Les Schinus sont très bien adaptés au climat méditerranéen, le Sckiniis Molle se trouve partout ; le Sch. lerebirUhifolia, plus récemment introduit.

commence à se répandre comme arbre d'alignement, il vient bien dans les stations arides et même salés comme à Sfax.

Le genre Rhus pourrait fournir de nombreuses espèces qui résisteraient très bien comme les Hhics vernicifera, succedanea, Odina déjà introduits.

La famille des Légumineuses est bien représentée parmi les arborescents. Le Caroubier, qui est spontané,

Melia ombrelle du Texas {.\felia A<eclararh, var. umbrarulifara)

est souvent cultivé aussi pour son ombrage et pour ses fruits si utiles pour Talimentation du bétail. Les Erythrines sont admirables quand elles se couvrent de fleurs rouges. On utilise les Sophora, Robinia, Gleditchia, Parkivsoma, Cercis, Bauhinia, Virgilia ; plus récemment a été introduit le Tipa (Tipuana speciosa), arbre à croissance rapide qui promet d'être intéressant pour le littoral algérien.

.La tribu des Mimosées a de nombreux représentants

dans les jardins algériens, les Mimosa, Albizzia, Acacia,

Lcucœuna, Prosopis, Inga, sont presque tous des arbres

à croissances rapides et prodigues de tleurs en aigrette.

Un seul représentant de la famille des Sapotées et

Betoum {Pistacia Atlantfro)

vraiment acclimaté, c'est VArgania Sideroxylon du Sud du Maroc ; cet arbre est très épineux.

Les Ebénacées nous donnent les nombreuses espèces et races du genre Diospyros qui sont surtout des arbres

fruitiers. Cependant tous les Diospyros concourent à l'ornementation par leur beau feuillage et souvent par leurs fruits très décoratifs.

Les Oleinées nous donnent les Oliviers qui sont de très beaux arbres quand ils peuvent prendre leur développement. Certaines formes sauvages sont très bien branchées et feuillées. Les Phyllirea sont aussi des arbres spontanés. Les Frênes occupent, dans la montagne, la zone supérieure à celle de TOlivier, la variété algérienne du Fraxinm australis ou Frêne de l'Atlas (F. Numidica Hort) est très belle. Dans l'Aurès, on trouve un Frêne encore peu répandu, le Fraxinm dimorpha qui, d'abord buisson épineux à petites feuilles, devient ensuite arbre feuillu. Les Frênes exotiques viennent très bien en Algérie. Le F. Berlandieriana, introduit récemment, se fait remarquer par une grande vigueur, son feuillage est très ample.

Le Jacaranda mimosœfolia des Bignoniacées a été une heureuse introduction, ce grand arbre à feuillage très élégant se couvre de grandes fleurs bleues en mai.

Le Belombra ou Phytolacca dioica est aussi un arbre précieux pour le littoral. Son tronc, épaté à la base, ses pousses vigoureuses et bien feuillues, en font un arbre très pittoresque ; sa qualité principale et sa résistance aux influences de la mer.

Les Magnolia sont assez rares, ils croissent cependant bien dans les sols un peu frais, comme à Boufarik ; le Tulipier est dans le même cas.

Le Cocculus laurifolius dés Ménispermées devient un petit arbre fort élégant.

Les Pittosporum prennent, en Algérie un grand développement, le Pitloxparum undulalum est fréquent, le

- âsô -

P. Bidwili est rare, VHymenosporum flavum supporte la pleine terre.

Les Tamarix, nombreux à l'état sauvage, sont aussi cultivés, le T. articulata, de la région saharienne, vient très bien sur le littoral et rend de grands services dans les terrains exposés à l'influence maritime.

Les Laurinées sont d'abord représentées par le Laurier, très commun à l'état sauvage, le Camphrier et ensuite la Laurinée qui paraît le mieux s'accommoder au climat du littoral. Une série d'autres espèces, peu répandues, viennent cependant très bien, ce sont des Persea, Umhellulana, Litsea, etc.

Les Protéacées sont surtout représentées par le Grcvillea robusta qui croît très rapidement et peu donner un beau bois. Les Hakea et Banksia sont aussi à noter.

Le Slillingia sebifera est la seule Euphorbiacée arborescente répandue, c'est un très bel arbre bien branché et de croissance assez rapide. Depuis peu, le Touï (Bischofia Irifoliala) est acclimaté et promet de donner rapidement un arbre de grande taille, ayant un peu l'aspect d'un Aralia.

L'Orme forme des boisements importants dans le fond des vallées du Tell ; les différents Ulmus et Planera sont d'une culture facile, il en est de même du Micoucoulier, abondant dans la montagne où il acquiert de très belles dimensions. Le Planera Keaki du Japon, récemment introduit, parait un arbre fort intéressant pour la région méditerranéenne. Les Mûriers sont anciennement cultivés, les fruits sont recherchés par les Indigènes.

Le Broussonetia papyrifera est fréquent, mais il ne tarde pas à se creuser et à dépérir quand il a atteint un

certain développement. Le Maclura est cultivé jusque dans le Sud. Le Platane vient très bien dans les fonds humides, cet arbre se reproduit facilement de graines, et certaines pépinières, ayant récolté les jeunes sujets de semis, ont mis en circulation un assez grand nombre de formes intéressantes, parmi lesquelles il serait bon de faire une sélection.

Le Noyer est souvent cultivé dans les gorges humides des montagnes où il prend tout son développement, Les Carya, qui viendraient aussi sont très rares, de beaux sujets existent cependant à Maison-Carrée et à Miliana.

Les Ptecocarya donnent d'excellents résultats dans les fonds humides, mais sont presque encore inconnus.

Les Chênes sont nombreux en Algérie et couvrent une bonne partie du pays, le Chêne-vert et le Chêne-liège surtout. Dans la partie montagneuse croissent deux autres Chênes très beaux, le Zeen et TAfarès. Le Zecn est le Qucrcus Mirbeckii, très belle forme, du type du Rouvre, qui mériterait une meilleure place dans les parcs et squares ; à l'état sauvage, il existe un très grand nombre de formes à feuilles plus ou moins larges. Il existe même sur le littoral une race à feuilles persistantes, celte forme serait à utiliser pour les parcs de la Provence et des régions similaires. Le Chêne Afarès a des feuilles de Châtaignier, il est aussi très beau ; il se croise avec le Chêne-liège et donne un type intermédiaire assez curieux, nommé autrefois Q. Pseudo-suber, et qui est devenu le (J. Numidica.

Beaucoup de très belles espèces de Chênes pourraient être acclimatées en Algérie, les Q. Cerris et Q. JEgylop$ sont très rustiques et vivent dans les terrains arides.

Le Châtaignier, qui est spontané dans TEdough, est encore très rarement propagé.

Les Peupliers abondent près des cours d'eau ; en Kabylie, c'est le Populus mgra, partout vient le Populus a/6a ou Grisard qui présentent de très belles races spontanées. Le Peuplier de l'Euphrale se trouve dans le Sud.

Toute une série d'espèces de ce genre peut prospérer dans les fonds humides. Les Peupliers de la Caroline y ont une croissance très rapide.

Les Saules cultivés sont le Salix alba et le Salix fraglis qui présente des formes rameaux pleureurs rappelant le Salix Babylonica, Les Oseraies trouveraient leur place sur les bords abandonnés des rivières.

Les Casuarina se plaisent sous le climat algérien et un assez grand nombre d'espèces ont été introduites. C'est Ir* C. tondom et sa forme tenuûsima qui parait le plus intéressant, formant un arbre élevé, rappelant par le port un Epicéa. Les Casuarina à rameaux pendants sont moins estimés et plus rarement plantés.

Les Conifères indigènes de l'Algérie ne sont pas sans intérêt au point de vue horticole. Le Cèdre de l'Atlas est très estimé ; il existe des races argentées qui ont depuis longtemps été distinguées par les amateurs. Le Cèdre est peu cultivé en Algérie. L'Abies Numidica est une des plus belles espèces du genre. Cette magnifique Conifère forme un petit peuplement sur le versant nord du Babor, c'est bien à tort que r.4 . Numidica a été confondu avec l'^l. Pinsapo, il est intermédiaire entre cette dernière espèce et VA. Cilicica, Plus récem-

ment, il a été découvert dans les montagnes de Tétuan un Abies nouveau .1. Marocana Tr?ib. qui est intermédiaire entre VA. Pinsapo et VA. Numidica.

Les Genévriers abondent en Algérie. L'Oxycèdre se plaît dans la région montagneuse inférieur. Sur le littoral, il prend un aspect différent et des fruits plus gros

Le Juniperus thurifera dans l'Aurès

{.T, macrovarpa), le Jiuiipcniuphenicea est à peu près la seul essence qui résiste dans les montagnes du Sud.

Le Juniperus thurifera est un très l)el arbre localisé dans TAurès, les magni(i(iues spécimens que Ton trouve, surtout sur le Mahmel, sont privés de descendance.

Le Thuia d'Algérie est le Callilris quadriralvis très abondant et remarquable par ses souches qui émettent sans cesse des rejets malgré les incendies et les mutilations ; cette conifère est précieuse pour les terrains secs, elle peut jouer un rcMe important dans les jardins algé-

riens. H existe des races remarquables par le dépùt cireux blanc qui recouvre te fruit.

Le Pin d'Alep est très répandu en Algérie; dans quelques jardins ù terrain sec il rend des services, un bou-

(!\ lires

quel de cette essence présente un ton vert gai (pii Irancbe agréablement sur le v(M't sombre des autres végétaux à feuilles persistantes, il se renconire sur louirs les montagnes élevées.

Le Cyprès (Cupressus sempcrvircas) est spontané en Tunisie dans la région de Maclar ou il forme des peuplements assez importants.

Les Conifères introduits en Algérie sont très nombreuses ; d'abord, les Cyprès qui y trouvent un climat qui semble leur convenir admirablement ; dans les anciens jardins maures le Cyprès pyramidal était toujours représenté, il en existe de beaux sujets très anciens.

Les Frenela, d'un si joli ton, croissent aussi bien que le Callilris dont ils sont voisins.

Le Taxodinm et Séquoia sont assez rares, il en existe cependant de beaux sujets. Le Séquoia sempervirens croit rapidement et mériterait d'être beaucoup plus fréquemment planté.

Le Wellingtonia gigantea est cultivé avec succès au Djebel-Ouach, près deConstantine ; les Abiès ne prospèrent que dans la région montagneuse comme à Médéa. Les Pinuspourraient être très nombreux dans nos collections, nous avons surtout le P. Pinea, le P. Canariensu, P, longifolia, P. insignU, P, Laricio.

Les Araucaria font l'orgueil de nos parcs. V Araucaria excelsa est dans tous les jardins du littoral ; les plus anciens donnent des graines et la plante jaune est exportée en assez grande quantité.

Les Araucaria Cookii, Cunninghami et Bidwillii sont plus rares; il en existe cependant de très âgés et très beaux. De très intéressants Dammara âgés de 45 ans existent sur la colline du Jardin d'Essai et s'y comportent très bien, ne recevant aucun soin particulier, ils vivent au milieu des Podocarpus, Torreya et Taxus. Le Ginkgo biloba est peu répandu ; mais c'est regrettable, car il vient très bien dans les plaines humides du littoral

Les Palmiers. — Les Palmiers sont, de tous les végétaux introduits dans les cultures du littoral algérien, ceux qui contribuent le plus à donner un aspect exotique qui impressionne vivement les personnes les plus étrangères à Fart des jardins.

Un groupe de Palmiers, bien disposé près d'une habitation de style local, est un motif dont on ne se lasse pas.

Lenombre des espèces de Palmiers pouvantcontribuer à l'ornementation de nos jardins est très considérable, mais on |)eut dire que l'on a peu usé de cette richesse. Les amateurs ont manqué, pour propager les nouveautés intéressantes et ce n'est que depuis (pielques années que nous voyons les jardins se peupler des formes les plus variées et les plus gracieuses empruntées à celle admirable famille.

Le Dattier fut longtemps l'unique Palmier d'ornement, il reste un type très gracieux et (|ui n'est pas dépassé ; il existe de nombreuses variations dans cette espèce reproduite généralement par semis. Une dizaine de Phœnix rivalisent, aujourd'hui, avec le Palmier saharien.

Le l*h(t')iix canariensis, beaucoup plus lourd, plus ample, plus vert, forme de belles avenues. Les l^h. recliiutUt, pumila, spinom ne sont pas rares dans les grands jardins ; les /'/«. Sciiegalcusis, q/caïUfolia, lomeiilosa, zelaniai, paludosa sont beaucoup moins répandus et croissent cependant très bien. Les Phœnix (|ui sont tous dioïques peuvent donner une inlinilé d'hybrides fort intéressants.

Quelques spécimens sont déjà remarquables ; un des plus anciens Palmiers de celte origine existe à la villa Djenian-Muphti, à Mustapha. Il est âgé de plus de trente

ans et paraît être issu d'un Ph. reclinala fécondé par un /'/ï. Canariensù.

Ph(i*nix reclimita x canariensis hybride

Au Jardin d'Kssai où les différents Pliœnix sont réunis ces tiybridations se produisent spontanément.

Les croisements entre les différents Phœnix acclimatés peuvent devenir l'origine des formes très recherchées pour la production de Palmiers d'appartement, car il importe de créer des types nouveaux à mesure que les premières formes se vulgarisent. Ces hybridations seront plus nombreuses quand on croisera les espèces qui ne fleurissent pas à la même époque en conservant le pollen. Le Chamœrops humilis, si répandu en Algérie, présente déjà, à Tétai spontané, un grand nombre de variations. Dans les cultures elles sont assez marquées pour recevoir une dénomination. Le Ch. tomenlosa à feuillage blanchâtre très découpé est un Palmier qui peut être présenté comme un des plus gracieux ; il se reproduit de graine et devrait être bien moins rare.

Les Trachycarpus sont aussi rustiques que les Chamœrops, le Tr. excehaou Palmier de Chine, est très répandu, il prend un très beau développement ; les Hhapis du même groupe sont plus rares, cependant le Hhapis flabelliformis forme des touffes plantureuses quand l'eau ne manque pas en été ; les Thrinox sont très peu connus chez nous; ces Palmiers fort élégants ne sont pas encore acclimatés dans nos jardins où ils ont cependant une place à prendre.

Les Livistonia sont bien représentés par le Latanier (Livistonia Chinensis) le Livistonia auslraln est fréquent.

Les Pritchardia qui ont pris une place importante en Provence sont encore très rares en Algérie ; ils sont vulgarisés seulement depuis 5 ou 6 ans par les soins de la Société d'Horticulture. Les Pritchardia fiiifcra et robusta ont une croissance très rapide, ces Palmiers se développent difficilement en pot et doivent être mis en terre dès la deuxième année Les Erythea et llrahca sont dans le même cas.

Le Caryota

Les grands Sahal sont U*s plus décoratifs de ces Pal-

miers ; des S. urnbraculifera, S. Ilavaiievm atteignent de grandes dimensions et portent de larges palmes. Toutes les espèces de ce genre viennent bien sur le littoral algérien.

Les Carijola sont très rares, cependant les grandes

Cocos RornanzoITiana

espèces fructifient depuis longtemps à Alger ; Ces Palmiers mériteraient nieilleure place dans les jardins et les appartements. Les Oreodoxa, avec leur tronc lisse et élevé, ne sont guère sortis de chez les horticulteurs ; il en est de môme des Areiuia, riychospenva, Arvhontophenix. Les Krntia (Honea Ikdmoreaim et Fontrrcana), commencent à se répandre depuis (|uel(|ues années ; en pleine terre ils prennent un beau développement, mais redoutent l'action trop directe du soleil et du siroco.

Le mplotheiiium maritimum est un très beau Palmier acaule qui parait très rustique à Alger, mais il n'a pas été multiplié.

Les Coros sont assez nombreux, les espères acclimatées sont originaires de l'Amérique du Sud, une cer-

Yucca clei)hnntiiK's

laine confusion règne dans leur dénomination : les Cocos Homaîizolfinna, plumout et hniil sont des formes d'une seule espèce très pofymorphe. Les Cocos anstmlis, flcxuosn, Yalaï, Cnmpeslris v{ autres, sont aussi très faciles à cultiver dans les jardins du lilloraL où il serait bon

de grouper encore une centaine de Palmiers de l'Amérique du Sud des genres Haclris, Orbignya, (ieonoma, Diplotheniuvi, Acrocomia, Ccroxylon, Knnihia, Morenia. Seul le Cocos Romanzoffiana sous le nom de Cocos Dalil est Tobjet d'une culture importante et donne, en abondance, des graines qui lèvent spontanément dans les jardins. Les jeunes sujets sont très reciierchés comnie plante d'appartement. Le Jubœa spcctabiliseiii représenté dans quelques jardins.

Monocotylédones arborescentes. — Avec les Palmiers, les autres Monocotylédones à grand développement jouent un rôle important dans les jardins algériens, ce sont les grandes Streliizia, comme le SI. Augusla, les Bananiers, les (iloba, les Hedychium, puis les grandes Aroïdées, Momlc.ra, Colocasia, dont une espèce existe à l'état subsponlané dans un ravin du cap Rosa, près La Calle et au Maroc. Les Yucca elephanlipes, Treculeana, IJraconù, Filifcra, etc, atteignent de très grandes tailles. Les Dracœna ne leur cèdent en rien ; les Agaves, Heschorncria, Furcrœa et Doryanlhes sont bien représentés, les Aloès sont aussi très vulgarisées ; une espèce, ÏAloe vulgaris est nîême spontanée sur la côte.

Enfin, les Bambous trouvent dans les terres humides d'excellentes conditions pour un rapide développement.

Gycadées. — Le climat du littoral est très favorable aux Cycadées, il existe cependant peu de collections de ces intéressants végétaux, le Citais rcvolula seul est très

fréquent, les Diooif, Ceraiozamio , Enrephalartos, Macroznmia sont rares, mais il en existe de beaux sujets qui

Dracu'iia Dràco

(lénionlrent le parti que Ton pourrait tirer de ces vég(^laux si reniar(|ual)les à tant de points de vue.

Arbustes florifères ou & feuillage.— Les arbustes florifères forment aver les arbustes à feuillage vert, le fond de la végétation des grands jardins. Ces plantes sont, par leur mode de vie, mieux en harmonie avec les

conditions cliraatériques que les plantes herbacées qui, dès la saison chaude, deviennent difliciles à entretenir. Les Araliacées se plaisent très bien sur le littoral algérien et les espèces les plus décoratives prennent un grand développement.

Les Sciadophillum pulchrum. VAralia papyrifcra, les Oreopanax, les /'aro/ropm portent de magnifiques feuilles qui décorent les moindres jardins ou cours.

Le Lierre à l'état spontané présente une très belle variété locale connue de tous les horticulteurs sous le nom de Lierre d'Afrique ; il existe des variations nombreuses dont quelques-unes sont fort élégantes et méritent d'attirer l'attention.

Les Acacia ou Mimosa sont très nombreux, depuis la Cassie qui donne ses capitules odorantes, jusqu'au superbe Ac, dealbata, qui se plaît dans les terrains siliceux et que l'on propage aujourd'hui dans les terrains moins favorables, au moyen de la greffe, sur une espèce moins calcifuge, comme r.4. reiinoide^. Ce genre réserve beaucoup de surprises aux amateurs qui voudront réunir une centaine d'espèces, ce qui est facile à réaliser.

Les Templelonia se multiplient bien des graines et donnent d'intéressantes races très florifères. Le iHumbayo du Cap est précieux en été, ses tleurs d'un bleu tendre reposent la vue au moment où tout est aride.

Les Tccoma slans, Capensis fleurissent abondamment, il en est de même du Largenlrœmia indica, fleur à mousseline si légère avec ses broderies roses ou blanches.

Le Scrium ou Laurier-rose qui est chez lui, offre de belles variétés. Les HondclcVa, Abiitilon, Hibiscus, Callicarpa, Callislemon, Cimin, (estrum, Clerodendron, Cocco-

loba, Dotura, Deutzia, Meliardhm, Mim^aya, Pittosporum , Poindnia, Poimettia, Polygala, Punica, Kaphiolepis, Helama, limselia, Salvia, Sida, Solanum, Sparmania, Spinva, Theophrasla, Thevelia, Viburnum, Wigandia et bien d'autres arbustes empruntés aux régions les plus diverses du globe, complètent la flore arbuslive des jardins algériens.

Les plantes grimpantes trouvent dans les jardins algériens un milieu très favorable, aussi jouent-elles un grand rôle dans la décoration. Ce sont d'abord les Bougainvilles, qui couvrent les murs, escaladent les vérandahs et y étalent en gros paquets leurs bractées si vivement colorées. Aux Pongainvillea spectabilis, Lalvriiia, glabra est venu s'ajouter dans ces dernières années, le //. Sanderiana, fleurissant toute Tannée et dont le feuillage est très élégant.

Les Bignoniacées sont très nombreuses. C'est le PhœdraïUhm Lindleyafnis, avec son beau feuillage sombre, sur lequel se détachent le pourpre de ses grandes corolles, qui est le plus remarquable, sa multiplication est assez diflicile ; aussi est-il resté rare.

Le Bignoniajasminoides^ donné par semis une race à fleur toute blanche. Le W. Twediana s'accroche avec ses griffes sur les murailles et produit en été de grandes fleurs jaunes-dorées. Citons encore le H. Mauglem et le B. venmia, qui provoque l'admiration parla richesse de sa floraison et le //. liivasoliniana trop rare.

Les Passiflores trouvent une place dans tous les jardins, les espèces qui peuvent y venir sont nombreuses, le Tacwnia manicata avec ses fleurs rouges est une des plus remarquables. Les Passiflores ou Barbadines à fruits comestibles viennent aussi mais sont rares. Toute

la série des Ipomées, Pharbilis est représentée, mais c'est VIpomœa Leari, espèce vivace, presque naturalisée, qui joue le rôle principal et porte en été ses coroles bleues jusqu'au sommet des arbres à sa portée, tandis que ses rameaux rampants cberchent l'humidité et établissent souvent de gros faisceaux de racines dans les pièces d'eau. Les Argyreia étonnent par leurs feuilles argentées.

Les Rosiers contribuent aussi largement à la parure des véradahs et des tonnelles ; à l'état sauvage le Hosa sempervirens escalade déjà les arbres à sa portée. Les Arabes cultivèrent longtemps une espèce voisine, le W. moschala (Necery), dont le parfum agréable était conservé par la distillation d'une eau de Rose et d'une essence aujourd'hui encore usitées en Tunisie.

Les Rosiers Banks blancs et jaunes sont très décoratifs et nous voyons aussi d'autres variétés sarmenteuses comme le Rêve d'or, Gloire de Dijon, Reine Marie-Henriette. Ophirie, prendre leur essor et se couvrir de milliers de fleurs. Le Clemalû cirrhosa est spontané. Cette espèce est très décorative, ses grandes fleurs à clochettes sont très variables à l'état sauvage, il en existe de grandes taches de violet; mais les Clématites à grandes fleurs ne paraissent pas s'acclimater très bien. La Buddieya sont surtout représentés par le H. Madagascarieiisis, qui se montre une liane vigoureuse et envahissante ; son feuillage est terne, grisâtre et ses petites fleurs jaunes sont disposées en longues grappes. Le Bxidiiletja variabilis à fleurs violacées est introduit depuis peu, ainsi que le W. Colrilei, magnifique espèce des montagnes de l'Inde. Le W. Asiatica à fleurs blanches odorantes est aussi d'introduction récente. VOxera piilchella, qui se couvre

de grandes inflorescences blanches, est très remarquable, les ManderUlea et Hhyvchospermum sont aussi de belles lianes fleuries qui, avec les Jasmins, et Chèvrefeuilles, embaument les jardins ; une nouvelle venue, le Morremn odorala ajoute aussi son parfum pénétrant. Les Légumineuses nous donnent les Glycines, le joli Dioc- Uea, et Dolichosligiiosus, les Guiluandina, les charmants Kcnnedi/a. Les Solanum grimpants sont représentés par le S. jasmitwide^, S. Scaforihianum et S. Wcndlandii. Ces belles espèces pourraient être le point de départ de très jolies variétés d'ornement.

Les Aristoloches ne sont connues que par deux espèces sauvages assez décoratives, r.4. allissima et Arist. bu'dca, qui sont parfois cultivées ; VA, elegam croît facilement, beaucoup d'autres espèces pourraient être élevées dans les arbres toujours verts qui ombragent les jardins.

Le Smilax maurilanica abonde ù l'état sauvage, VAsparagus altissimus dans TOranie escalade les Oliviers et se couvre de petites fleurs blanches, ÏAsparagus acutifolius est très répandue sur le littoral et s'élève aussi dans les fourrés. Le Mcdeolas^ naturaliserait facilement, il convient très bien pour garnir le tronc de Palmiers, IM/ot» n/irr/'/.s s'élève COU) me une liane. Pour être complète, rénumération des plantes grimpantes devrait co:n prendre encore toute la série des Cissiis, Ampélopsis et r///.v, les Hexacenlris, Cohaea, Araujn, Cryploslcgia, A nligoimm, Muchlenbeckia.

Le Salpichroa rhomboidetim est naturalisé aux environs d'Alger et s'élève au milieu des roseaux qui clôturent certains jardins maraîchers. Les Ephedra sont représentés en Algérie par deux belles espèces à grand dévelop-

pement YEphcdra altimma qui s'élôve dans la raimire (les arbres comme sur les eonstruclions et VEphedra fragilis, (|ui est plus résistant aux vents de mer et peut rendre de grands services dans les jardins qui y sont trop exposés. Le Hoirnivifanllia haselloides et le Senecio mikanoides, sont aussi d'une culture très facile et le dernier donne, en plein hiver, une abondante floraison.

Les Rosiers. — La culture du Rosier est très ancienne ; dans les jardins maures on rencontrait les deux Roses odorantes à essences : le Hosa moschnta (Xecery) et le l(. Damascetta.

Aujourd'hui il existe, chez de nombreux amateurs, de très belles collections de Roses importées et parfaitement acclimatées, (lénéralemenl, les Rosiers sonl gretfés sur Hosa indien qui, résistant à la sécheresse et aux irrigations, est un excellent |)orte gretïe pour les contrées méridionales où l'Kglanlier ne résiste pas longtemps.

Reaucoup de Rosiers sont aussi bouturés. Les variétés qui tleurissent en hiver sont particulièrement intéressantes pour le littoral, elles pourraient être plus nombreuses, ce sont le Safrano, Ifomer, Papa (îontier, Marie van lloutte. Paul Nabonand, Niphetos, la France, Reine Olga, Aimé Viberl. Rêve d'Or, CJiromatelle, Lamarque, Socrate, (i. Nabonand, Tillier, Mme Lombard, Catherine Mermet. The Bride, Oénéral Schablekin, etc.

Quelques essaisd'ex|)ortation ont été faits avec assez de succès, mais ont porté sur de petites (piantités. La rapidité des transports et les facilités, tous les jours plus nombreuses, accordées aux expéditions, permettent de

prévoir un débouché pour un produit d'obtention facile dans les bonnes expositions.

Les Plantes aquatiques pourraient être variées et nombreuses dans les pièces d'eau qui ne gèlent pas ; mais Teau est rare et ce décor manque dans beaucoup de nos grands jardins, on redoute aussi, en été, les eaux stagnantes.

Le Cyperus Papyrus est superbe quand il peut atteindre sa taille normale ; d'autres Cyperus, le Cyperm aUcrnifolius, notamment, sont très cultivés. Au jardin botanique, le Cyperus texiilis donne de longues tiges à la fois ornementales et très propres à faire des liens, cette espèce mériterait d'être plus répandue.

Les Pontederia, Thalia, Iris dressent au-dessus de l'eau leur hampe fleurie, tandis que VAponogelon distachyon court sur la surface liquide qui est bientôt couverte d'un tapis vert avec des épis blancs odorants. Ce sont les Nelumbium qui ont le plus de majesté, ils éveillent aussi la curiosité par leurs grandes feuilles, qui nagent ou émergent, et sur lesquelles les gouttes d'eau brillent et courent sans rien mouiller. Cette fleur, qui est le Lotos des anciens, emblème de la fertilité, est aussi la Rose du Nil, elle évoque les souvenirs poétiques de l'antiquité.

Plantes grasses. — Les amateurs de plantes grasses pourraient bien facilement constituer sur notre littoral de très riches collections, presque toutes les

Cactées sont susceptibles de prendre tout leur développement en pleine terre.

Les Eupkorbia cactiformes sont dans leur climat, le bel Euphorhia abfimnica devient gigantescjue, VE. gran-

Agave attenuata

diiievs peut former un véritable arbre.. La généralité des Aloe, des Agave, les grands Lempcrvium, viennent aussi bien que dans leur pays d'origine. Les Mésembryanthèmes décorent les talus ou pendent sur les murailles avec de brillantes tleurs qui aiment le soleil.

Aroîdées. — Le groupe des Aroïdées est nombreux en Algérie. Les Anlhurium sont encore assez rares chez les amateurs, quelques espèces peuvent vivre dans les sites abrités. Le Monsteria deliciosa est très répandu et mûrit ses fruits.

Les Philodendron^ Colocasia, Richardia prennent de grandes dimensions et contribuent à Tornementation des jardins.

Graminées ornementales. — Les Gynerium sont depuis longtemps acclimatés, dans les bonnes terres de la plaine ils prennent des dimensions énormes et produisent de très beaux panaches plumeux qui pourraient, comme en Californie, être exploitées. VArundo Donax a une variété panachée qui est très décorative. Deux Pennùelum, le P. villosum et le P. Ituppelianum, tous deux d'Abyssinie, rendent de grands services, ce sont des plantes très résistantes à la sécheresse. Le Pennisctum villosum est très employé en bordure, il tend à se naturaliser. Un Chiendent africain, le Slenolaphrum est assez résistant pour donner, en été, d'assez jolies pelouses, mais, en hiver, il prend un ton jaune désagréable.

Les Eulalia croissent très bien, les Cannes à sucre prennent un beau développement.

A l'état sauvage, VAgrostis Reuteri, très répandu dans le terrain argileux, est cueilli pour les bouquets secs. Dans la région des forêts de Chêne-liège abonde VAira capillam qui pourrait y être ramassé en grandeqnantité.

Un grand nombre de Bambous peut contribuer à l'ornementation des jardins, depuis le Bambusa gracilis,

81 élégant en bordure dans certains sttes, jusqu'au R. arundinacea formant des berceaux ombreux.

Floriculture. — La culture des fleurs n'est pas pratiquée avec beaucoup d'intensité et de frais en Algérie. Pendant tout Tété, les beaux jardins sont généralement exposés à la grande sécheresse, ils sont le plus souvent abandonnés par leurs propriétaires qui émigrent vers des climats moins chauds.

C'est en hiver et au printemps que les fleurs sont produites et recherchées.

Les Chrysanthèmes cultivés depuis quelques années réussissent très bien, le climat de Blida et de Constantine a permis à quelques amateurs d'obtenir de beaux spécimens très remarqués aux expositions delà Société d'Horticulture.

Les Anémones (Anémone coronaria) qui abondent déjà à l'état sauvage, forment d'admirables parterres pendant le printemps.

Les plantes bulbeuses jouent un grand rôle : les Jacinthes, Narcisses, Glaïeuls, Tritonia, Sparaxis^ Babiana, Freysia, se succèdent pendant la saison prinlanière.

Les Cyclamen sont très abondants dans les jardins algériens ; depuis quelques années les Cyclamen de Perse ont fait leur apparition. Avant, on se contentait du Cyclamen Africain qui est très commun à l'état sauvage, présente de très belles variations. Ce Cyclamen, à gorge pentagonale et orné dans les angles, se prêterait bien à la culture et donnerait des races plus élégantes que celles que l'on a déjà obtenues du Cyclamen peni-

cvm. Le feuillage très abondant et très beau du Cyclamen algérien doit aussi lui assurer une bonne place dans les sous-bois avec la Pervenche, le Ruscus hypoglossum, le Lierre.

La culture de rOËillet est surtout intéressante par la floraison hivernale ; on obtient de très belles fleurs et des plantes très robustes par les semis qui commencent à être pratiqués par les amateurs professionnels.

Les Canna ont été cultivés avec beaucoup de succès par un des plus anciens horticulteurs d'Algérie, M. Lombard, qui a été un des premiers obtenteurs d'hybrides à grandes fleurs.

Les Tulipes sont assez rares dans les jardins, mais les Iris sont très florifères, 17m scorpiodcs et 17m stylosa, qui abondent sur les coteaux des environs d'Alger ont été admis dans beaucoup de jardins.

Les Amaryllis donnent abondamment de grandes fleurs vivement colorées.

Beaucoup de fleurs de pleine terre ne présentent rien de particulier, comme les Cinéraires, Dahlia, Reine Marguerite, Ancolies, Pensées, etc.

Les grands Echium, des Canaries, ont leur place dans beaucoup de parterres, il en est de même des grands Siatice.

Les Pelargonium trouvent en Algérie un climat très favorable. Ces plantes prennent un beau développement et donnent abondamment des graines qui permettraient d'obtenir d'intéressantes nouveautés.

Les Violettes fleurissent à profusion pendant la deuxième partie de l'hiver.

CULTURE maraîchère

Les ressources infinies, de Tart horticole, commence seulement à devenir pour l'Algérie une mine féconde de richesse, une des principales causes de sa prospérité.

Jusqu'à ces derniers temps, les conditions économiques n'étaient pas favorables à une grande et rapide exportation et la consommation locale était relativement peu importante.

La culture légumière, qui nécessite moins d'efforts soutenus que la culture fruitière, a fait d'importants progrès et les résultats obtenus méritent de fixer un moment l'attention, car ils révèlent certainement pour notre Colonie, une source de prospérité qui peut s'accroître encore.

La culture légumière est faite en Algérie et en Tunisie, dans des conditions très variées, parmi lesquelles nous distinguerons de suite la culture des Primeurs pour l'exportation et la culture Maraîchère pour la consommation locale.

La culture des primeurs est, à de rares exceptions près, cantonnée au littoral et à proximité des grands ports d'embarquement. Toutefois suivant la nature des produits, elle longe le bord même de la mer où elle occupe des points particulièrement chauds et abrités, ou bien elle peut s'en éloigner de quelques kilomètres, et même se localiser dans des régions réputées pour leur température élevé et leurs ressources en eau, comme Orléansville où les artichauts arrivent en avance

sur ceux du littoral, comme aussi les oasis où les pommes de terre poussent en tous temps.

Les primeurs délicats qui ne supportent que le rivage immédiat de la mer sont le haricot vert et la tomate. Les principaux centres de leur production sont Mers-el-Kebir,Aïn-el-Turk, Bou-Sfer, El-Ançor, lesAndalouses, Bérard, Cherchell, Castiglione, Fouka, Guyotville, Hussein-Dey, Maison-Carrée, Mustapha, Staouéli, St- Eugène, Zéralda, Bône, Philippeville et Stora.

A ces centres viennent s'ajouter pour la culture de Tartichaut, des petits pois et des pommes de terre, La Sénia, Valmy, Misserghin, St-Denis-du-Sig, Dublineau, Aïn-Taya, Birkadem, Chéragas, Coléa, Fort-de-rEau, Rouïba, Mahelma, Maison-Blanche, Draria, Saoula, Ouled-Fayet et Rivet.

Enfin les raisins primeurs parviennent exclusivement de Castiglione. Chéragas, Bérard, Fouka, Guyotville, Zéralda et Staouéli.

En principe les primeurs sont cultivés pour l'importation. Mais la consommation locale en absorbe une grande quantité sous forme de produits de qualité inférieure ou'de moindre précocité. Les chiffres suivants donnent une idée du développement qu'à pris Timportation des primeurs depuis six ans.

Quantités en quintaux de I^rimeurs exportés en Algérie Années Pommes de terre Légumes frais Raisins

li8.246

Si Ton se reporte à 15 ans en arrière, on constate qu'en 1890, l'exportation des pommes de terre ne dépassait pas 22,000 quintaux, celle des légumes frais 15,000 quintaux et les raisins ne figuraient pas à la statistique.

A cette époque la culture des primeurs n'était pas encore rémunératrice. L'incertitude et la lenteur des transports étaient le plus gros obstacle à son extension.

Le jour ou les moyens d'accès au port d'embarquement sont devenus plus rapides par la création des tramways sur routes, où les compagnies de navigation se sont outillées pour accélérer l'embarquement et le débarquement de la marchandise, où la compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée elle-même a organisé des trains directs et des correspondances qui supprimaient les longs stationnements sous le soleil ardent et l'humidité des quais de la Joliette, l'expédition des primeurs n'a pas tardé à quintupler.

Avec les facilités de transport, les procédés culturaux se sont améliorés. Les abris artificiels, morts ou vivants, en roseaux, en serments, en pierres, se sont multipliés.

Les plus riches cultures ont fait place à la misère et transformaient en terrains valant dix mille francs l'hectare les rochers abrupts ou soixante ans auparavant, les survivants des premiers colons terrassés par les fièvres, traqués par les panthères, ne conservaient d'autres ressources que de demander leur rapatriement aux frais de l'Etat.

Ce n'est pas uniquement à la richesse du sol que doit s'attacher leprimeuriste. La proximité de la mer d'abord l'exposition ensuite, la nature physique qui doit être légère, la composition chimique qui doit avant tout

comporter une absence presque complète d'argile et un terrain de 15 à 30 Vo de calcaire, sont les facteurs de la précocité des végétaux. Quant au vent de mer, les abris en viennent à bout. Ils ravageaient autrefois les rochers de Guyotville, ils tempèrent aujourd'hui ses riches vignobles et ses verdoyants jardins.

La culture maraîchère en vue de l'exportation est certainement la plus importante en raison du développement considérable qu'elle a pris dans ces dernières années et aussi en raison de l'étendue qu'elle occupera dans l'avenir par suite des facilités de communication qui augmentent chaque année.

Limitée au littoral, elle n'est pas cependant impossible dans la région saharienne et nous avons pu, à différentes reprises, apprécier les Primeurs de Biskra, qui avaient tous les mérites possibles. La Pomme de terre, notamment, récoltée en mars-avril, est excellente et nous a paru supérieure aux produits similaires du littoral.

Les cultures . maraîchères de Primeurs sont le plus souvent installées dans le voisinage même de la mer, sur des sables qui, abandonnés à eux-mêmes, sont stériles.

Ces terrains arénacés proviennent des grès quaternaires qui apparaissent à une faible profondeur ; ils sont généralement assez calcaires, maispresquetoujours très pauvres en azote et acide phosphorique. La terre rouge du Sahel reçoit aussi pendant l'hiver. Haricots, petits Pois et Pommes de terre dans les sites bien exposés.

Enfin, les Artichauts sont surtout cultivés dans les

riches alluvions des plaines, où ils couvrent des surfaces très considérables.

Les abris jouent un rôle capital dans les cultures maraîchères des Primeurs ; ce sont deux espèces de Roseaux qui font, généralement, les bordures protectrices des jardins maraîchers ; les grands abris sont demandés au grand Roseau ou Canne de Provence et les petits et moyens abris au Roseau maurilanique.

Abris pour les cultures maraîchères de primeurs

employé vivant ou mort. Beaucoup de maraîchers complètent cette défense contre les vents par des lignes protectrices de Sorgho ou de Maïs ; le Seigle pourrait aussi être utilement employé.

Par suite de ces obstacles variés opposés aux vents, les cultures maraîchères du littoral se trouvent ainsi formées par de petits carrés entourés de toutes parts. Chaque case montre très bien relïicacité de cette protection qui a aussi pour effet de concentrer la chaleur ; les coins et les bords mieux abrités portent des plantes plus puissantes et plus fertiles.

Il est bien évident que tous les accidents du sol sont

aussi utilisés pour abris ; les versants bien orientés sont fort recherchés et, malgré leur pente parfois très raide, on les couvre de Haricots et de Ponimes de terre.

Une abondante fumure est nécessaire ; dans le voisinage de la ville, les gadoues sont recueillies par les maraîchers, entassées après un triage des substances non utilisables. A Alger, une grande partie de ces engrais est perdue ainsi que tout le débit des égouts. A Tunis, les eaux d'ëgouts sont refoulées dans la banlieue ; dans les environs immédiats de la ville, les maraîchers puisent directement dans les canaux par le moyen d'une vis d'Archimède, ou reçoivent les eaux fertilisées pour l'irrigation.

Une grande quantité d'eau est nécessaire pour irriguer les cultures, non seulement dès la fin de Tété pour les Artichauts, mais aussi souvent pendant le courant de l'automne, quand les pluies font défaut, ce qui est assez fréquent, pour élever l'eau, la noria mahonaise a été longtemps le seul engin pratique ; de nos jours, elle est légèrement modifiée et souvent actionnée par un moteur.

La culture des Légumes aux environs des grandes villes est généralement faite par la main-d'œuvre étrangère ; ce sont les Mahonais qui se distinguent dans ce travail et y acquièrent une grande habileté.

L'exportation des Primeurs représente un trafic de plus de 270,000 tonnes, les Pommes de terre devant être comptées pour près de moitié.

Pomme de terre. — La Pommes de terre est l'objet d'importantes cultures ; sur le littoral elle peut végéter presque toute Tannée ; on plante des Pommes de terre en août, en automne et au printemps. Les plantations d'août doivent être arrosées ; elles donnent souvent de bons rendements. La Pomme de terre rouge hâtive est aussi culivée ainsi que la Saucisse rouge, cette dernière pour la consommation locale. D'autres Pommes de terre ont été essayées et ont donné de bons résultats, même dans les oasis, comme à Biskra.

Les indigènes ne cultivent pas encore régulièrement la Pomme de terre ; dans bien des régions où cette culture serait possible, la conservation des semences est presque impossible et ils hésitent à acheter de nouveaux tubercules chaque année. La Pomme de terre est aussi très fréquemment volée dans les jardins, et cette perspective a fait abandonner cette culture sur bien des points où elle constituerait une précieuse ressource.

Dans les oasis sahariennes, la Pomme de terre pousse parfois avec une trop grande vigueur et ne donne que peu ou pas de tubercules. Pour obvier à cet inconvénient les indigènes consomment le tubercule dont ils ont préalablement enlevé les yeux avec la pointe d'un couteau et ne plantent que ces derniers. Ils obtiennent ainsi des récoltes convenables avec une dépense insignifiante de semences.

La Pomme de terre cultivée en autonme et en hiver pour l'importation est la Pomme de terre hollandaise dite royale Kidney.

La semence est issue des récoltes tardives faites dans le pays même, soit d'importation du Nord de la France, de Belgique, de Hollande et d'Allemagne. En ces derniers

temps, des semences importées du Vauclu$e ont donné de nombreux déboires. Les cultivateurs qui les ont uti* Usés se sont vite aperçus que les tubercules du Midi, malgré leur maturité plus avancée ne donnèrent que des rendements inférieurs.

Les semences récoltées dans le pays sont connues sous le nom de Grenadines. Elle se composent de petits tubercules récoltés tardivement et conservés en magasin pendant Tété. Du 15 août au 15 septembre, ils sont mis en terre sèche et ne reçoivent aucune irrigation. Cette semence entre en végétation aux premières pluies d'automne.

Les semences qui arrivent du Nord de la France sont souvent en retard et manquent de maturité : sauf ces inconvénients, ce sont encore les meilleures. Mais leur rendement est faible. Il varie entre le un et cinq pour un et souvent il faut plutôt demander le bénéfice au prix de vente des tubercules récoltés à la lin de Thiver qu'à leur quantité Toutes ces semences sont mises en terre sur le versant sud-est de petits bi lions de 0™80 de haut, en lignes distantes de 0°^50. Le sol est fortement fumé aux engrais chimiques et au fumier de ferme. Fendant la végétation les plantes reçoivent deux ou trois binages et autant de sulfatages.

Les premières expéditions de ces Pommes de terre, dites hollandaises, ont lieu dans le mois de février. Les plus petits tubercules sont consommés sur place ou s'arrêtent dans les villes du Midi. Les moyens sont expédiés à Paris. Enfin les plus gros sont exportés dans les pays du Nord. Les envois se poursuivent jusqu'en mai et atteignent leur maximum pendant la semaine de Pâques. Les cours les plus élevés s'obtiennent généra-

lement en février. Puis ils baissent de plus en plus, tandis que l'exportation vers TAUemagne, la Suisse, l'Angleterre prend au contraire de plus en plus d'importance.

C'est alors que parallèlement à la Royale Kidney commence l'exportation de la Saucisse rouge, moins hâtive, mais beaucoup plus productive.

L'expédldilion des Pommes de terre supporte la petite vitesse accélérée. Elle se fait dans des barils de bois blanc doublés de papier d'emballage, dont le poids brut varie de 100 à 150 kilos. La Hollandaise se vend à la fin de l'hiver de 20 à 30 francs. Son prix baisse à l'arrière saison entre 10 et 15 francs.

La quantité de semence nécessaire pour complanter un hectare est de 25 balles environ qui en rendent, suivant les années de 25 à 100. Ainsi s'expliquent les écarts considérables que l'on constate entre les exportations des deux années successives.

Les essais à Alger du Solarium Coinmersoni soit disant amélioré n'ont donné que des résultats négatifs, les produits étant identiques à d'anciennes variétés bien connues comme la Géante bleue.

Patate. — La Patate est l'objet d'une grande culture, son rendement est considérable ; elle exige des terres légères bien fumées ; les feuilles sont utilisées pour la nourriture du bétail. Ce légume n'estconsommé,en grand que par les Espagnols et la classe pauvre. Cependant les bonnes variétés de Patates, comme la P. Rose de Malaga se prêtent à la confection d'excellents entremets qui rappellent le marron glacé. Ce légume devrait êtrepropagéen France; les enfants aiment beaucoup les Patates

simplement cuites au four. Le transport doit être fait avec soin, car les Patates blessés subissent une fermentation qui développe une essence parfumée rappelant Tessence de Géranium.

L'exportation de la Patate est peu importante. Ce produit est au contraire importé du Sud de l'Espagne où il est d'excellente qualité.

Une collection de Patates a été introduite par le Service

Patate dorée

Botanique en vue de l'obtention de tubercules supportant bien le transport, la Patate des Açores ou Patate dorée a déjà donné de bons résultats.

Si la distillerie agricole prenait en Algérie de l'importance la Patate pourrait peut-être donner en abondance de la fécule et du sucre susceptibles d'être transformés en alcool.

Il existe de très nombreuses variétés de Patates qui n'ont pas encore été expérimentées en Algérie.

Topinambour. — Le Topinambour se trouve sur les principaux marchés, mais en petite quantité. Ce légume devrait être propagé chez les indigènes à qui il pourrait rendre de grands services.

La Chayote {Sechium eduie). — Ce légume est originaire du Mexique et des Antilles ; sa culture tend à se répandre dans tous les pays chauds ; en Algérie et dans le Midi de TEspagne, il donne encore d'excellents produits. Son introduction en Algérie est déjà ancienne ; voici ce qu'écrivait en 1860, dans la Revue Horticole de l'Algérie, M. Hardy, directeur du Jardin d'Essai :

« Cette plante grimpante, de la famille des Cucurbitacées, nous a été donnée, en 1845, par M. Ortigoza,qui l'avait apportée du Mexique. Les tiges débiles sont nombreuses et s'étendent à peu près autant que celles des Courges calebasses ; il leur faut lé support d'un arbre ou d'une tonnelle ; elles donnent aussi de très beaux produits en rempant le sol...

(( Nous ne saurions trop engager les colons à entretenir quelques pieds de cette plante dans leur jardin. Elle leur donnera des produits aussi abondants qu'agréables. Nous estimons qus c'est une des plantes alimentaires les plu^s précieuses et les plu^ dignes d'être propagées en Algérie. ^

Il faut reconnaître que, depuis que ce sage avis était donné, on a planté très peu de Chayote. Ce légume est

resté bien longtemps cantonné au Jardin d'Essai ; c'est à peine si, depuis quelques années, on le voit chez les marchands de légumes et de primeurs. Cependant il est, aujourd'hui, bien certain que les faits énoncés en 1860, par M. Hardy, sont abolument l'expression de la vérité. La vulgarisation de cette culture ne changera pas les conditions économiques du pays, mais contribuera, certainement à augmenter les revenus de ceux qui ne craindront pas de faire une innovation.

La Chayote peut devenir un produit très important d'exportation. — Londres consomme des quantités très considérables de ce légume. Paris et les autres grandes villes d'Europe le demanderont quand on aura fait quelques efforts pour le faire connaître. Le fruit de la Chayote a la forme d'une grosse poire verle profondément côtelée, sa surface est hérissée de quelques aspérités, la chair est blanche, ferme, homogène, pas trop aqueuse, sans odeur ni saveur prononcées, son poids moyen est d'environ 600 grammes.

Le légume fourni par cette plante peut se conserver frais plusieurs semaines ; il peut être transporté facilement à de grandes distances.

Ces avantages n'échapperont point aux expéditeurs.

D'après M. Naudin, un hectare de Chayotes, bien fumé et irrigué, peut donner jusqu'à 120.000 fruits du poids de 600 à 700 grammes. Dans ces conditions, la Chayote cesserait d'être un légume de gourmets, elle deviendrait, comme au Mexique, le légume du pauvre. Avant toute préparation la Chayote doit être passée à l'eau bouillante pendant une heure. Après cette cuisson la peau coriacée se détache facilement, on l'arrache par lambeaux ; la

graine est aussi supprimée. Le légume présente alors une chair blanche semblable à celle du navet bouilli ; coupé en tranches, il peut être préparé à toutes lessau-

Chayote {Sechium odulej

ces ; mais c'est en gratin, seul ou avec du céleri qu'il a généraleuienl le plus de succès. A la Martinique, la chair, privée d'une partie de son eau par pression dans un

- as*? -

linge, est triturée avec du pain trempé de lait ; il en résulte une pâtée fort savoureuse quand elle est convenablement assaisonnée. Les restaurateurs font avec la Chayote des fonds d'artichauts factices.

Depuis quelques années, Paris consomme lesCbayotes provenant des Antilles ; les arrivages ont lieu pendant les mois de novembre et le prix de vente est assez élevé.

Les maraîchers algériens peuvent produire avec bénéfice la Chayote au prix de 15 et 20 francs les 100 kilos. Avec les frais d'emballage et de transport ce légume peut arriver pendant tout l'hiver à Paris et être vendu de 30 à 50 francs les 100 kilos, ce qui est un prix très bas pour un produit qui se prête à maintes combinaisons culinaires^

Navet. — La culture du Navet, très anciennement pratiquée par les indigènes, réussit très bien pendant la saison des pluies en Algérie. Les indigènes ont des races communes, mais qui, dans leurs jardins, prennent parfois un développement énorme. Le Navet devrait être cultivé plus généralement par les indigènes qui auraient ainsi, pendant la saison d'hiver, un aliment qui est facile à obtenir et d'une grande ressource pour des populations exposées à la famine quand les maigres provisions de céréales sont épuisées trop tôt au printemps.

Courges. — Toutes les Courges viennent très bien et sont cultivées par les Européens et les Indigènes.

Les Courgettes, petites Courges non coureuses, sont cultivées comme primeurs. Ce fruit se mange jeune, avant d'avoir pris tout son développement. La Courge

à la moeUe donne un produit analogue et supérieur, moins précoce.

La Courge patate, qui appartient au groupe du Pâtisson, est un excellent légume à chair ferme, farineuse, qui a été récemment introduit et propagé par la Société d'Horticulture.

Benincasa

La Courge bédouine est très bonne, elle est presque pleine. C'est une variété de la Courge de Naples.

LeLAGENARiA,ouCourge bouteille, présente une variété longue, cylindrique qui est consommée, jeune, par les indigènes.

Benincasa. — Cette belle Cucurbitacée est encore peu connue, elle mérite, cependant une place dans les jardins maraîchers ; la chair blanche et très fine du Benincasa se prête à la confection de mets délicats. Cette

Courge se conserve très bien et peut être transportée au loin très facilement.

Concombre. — Le Concombre est très recherché pendant tout Tété par les européens et les indigëes.

Melons. — La culture du melona pris en Algérie une grande importance à la suite des prescriptions de la loi phylloxérique qui prohibait les importations des légu-

Melon de Tizi-Ouzou

mes d'Espagne. Les Melons recherchés à Alger, pendant Tété, sont surtout les Melons doux, à chair fondante.

Les indigènes ont cultivé, de tout temps, un Melon très allongé, à peau tigrée de vert et de qualité médiocre.

Depuis quelques années, il s'est répandu en Kabylie un Melon allongé, à chair très fine, fondante, sucrée et parfumée ; ce Melon, dit de Tizi-Ouzou, commence à

être recherché et entre dans la grande culture avec le Melon vert d'Espagne.

Les Cantaloups viennent aussi, mais ne sont pas recherchés par la consommation locale. Tous les ans une certaine quantité de Melons précoces sont exportés sur les marchés de la métropole. Cette culture pourrait prendre de l'extension.

La culture du Melon est susceptible de recevoir encore de nombreuses améliorations, les bonnes races d'Orient et d'Amérique sont encore peu connues et seraient certainement très appréciées.

Le Melon, en Algérie, est surtout consommé comme fruit sucré de dessert, pendant toute la saison chaude et par toutes les classes de la société.

Pastèque. — La Pastèque est surtout recherchée par les indigènes et les Espagnols ; cependant les Français nés en Algérie ne dédaignent pas ce fruit. Les variétés de Pastèques cultivées en Algérie ne sont pas nombreuses, c'est la Pastèque verte à grains noirs qui est préférée.

On trouve aussi chez quelques amateurs d'autres variétés, entre autres une Pastèque à chair très ferme qui convient très bien pour confiture. Les tranches fines cuites avec des fragments d'Orange prennent l'apparence et le goût d'un excellent fruit confit. Cette Pastèque à confiture peut rendre des services à la confiserie en imitant très bien le Cédrat confit quand elle est préparée avec des oranges.

Haricot. — De nombreuses variétés de Haricots sont cultivées étiez les maraîchers pour la consommation locale et pour Texportation.

Le Haricot d'Alger noir nain et à longue cosse est très estimé sur les marchés ; cette culture, qui peut, dans certaines stations prévilégiées du littoral, se poursuivre en plein hiver, est parfois très rémunératrice et depuis quelques années l'exportation des Haricots verts fins a pris une grande importance. La rapidité de transport permet à ces légumes d'arriver à Paris en parfait état.

DoLiQUE. - Les Indigènes cultivent beaucoup une variété de Dolichos Lubia à grain blanc avec une tache noir. Ce Haricot, qu'ils nomment Lubia, n'est consommé que par eux et par les Espagnols. D'autres Doliques à longues cosses vertes cylindriques, comme le Dolique de Cuba et le Dolique asperge, donnent en plein été un légume très tendre et qui mérite une meilleure place.

Dans les stations chaudes ces Doliques résistent mieux que les Haricots

Lablad. — Depuis quelques années on cultive dans quelques jardins et surtout dans les oasis un gros Lablad mange tout. Cette Légumineuse est très fertile et ses grosses cosses blanc d'ivoire sont très tendres ; le grain, qui a le goût de Fève, peut aussi se consommer frais pendant tout l'été. Ce légume, introduit de Chine par le Service botanique du Gouvernement, peut rendre des services, surtout dans les jardins des oasis.

Pois. — Le Pois est l'objet d'une importante culture pour la consommation locale et pour l'exportation comme primeur. Le Pois vient, sans soin, après les autres cultures ; on préfère, pour les cultures d'hiver, les races naines et hâtives ; toutes les variétés de Pois prospèrent dans nos jardins. Les indigènes cultivent le Pois gris qu'ils mangent sec.

VOrobanche spcciosa est Tennemi principal des cultures de Pois ; il devient nécessaire, dans beaucoup de cas, de cesser cette culture quand la terre contient beaucoup de graine d'Orobanche.

Fève. — La Fève est une plante de grande culture en Algérie ; elle est admise dans les jardins et souvent consommée verte ; les jeunes graines sont mangées comme hors-d'œuvre.

La jeune Fève entière est parfois consommée comme les Haricots mange tout. Ce légume pourrait très bien être sélectionné dans ce sens.

Lentille.— La Lentille est cultivée par les indigènes ; en Kabylie la lentille est petite, vert-clair. Les Kabyles versent sur les Lentilles sèches une certaine quantité d'huile et les enduisent de ce liquide pour détruire les Charançons. Ce légume sec ainsi traité ne peut être consommé que par les indigènes en raison du goût rance qu'il prend.

Les Lentilles consommées en Algérie sont importées; on pourrait facilement donner de Textension à cette culture qui peut, sur le littoral, être faite en plein hiver

pendant la saison des pluies dans des terres relativement pauvres.

Soja. — Les tentatives de propagation de Soja en Algérie ne remontent qu'à quelques années. Différentes variétés de cette Légumineuse réussissent bien. Chez les indigènes le Soja pourra prendre une place à côté du Dolique. Les préparations à base de Soja sont très compliquées, elles ne sont pas usités en Occident.

Mais sucré. — Malgré les publications et les distributions de graines de ces Maïs-légumes faites par le Service botanique et la Société d'Horticulture d'Alger on ne trouve ce produit que chez de rares amateurs.

Les Maïs sucrés sont d'une culture facile en Algérie ; le produit est bon, mais il faudra un certain temps pour le faire adopter. Généralement on cueille les épis trop mûrs et le grain n'est pas assez tendre. Le Mais sucré cueilli très vert, bouilli au sel et préparé au beurre, constitue un met donnant l'illusion des Petits Pois sucrés. Dans tous les pays chauds le Maïs sucré est appelé à rendre de grands services.

Aubergine. — Est un des légumes qui approvisionnent sans relâche les marchés pendant tout l'été.

Baselle. — Une Baselle à larges feuilles (Baselle cordifolia), introduite il y a quelques années, peut

rendre de grands services dans les stations chaudes et même sahariennes.

Pendant tout l'été cet épinard donne un aliment frais qui est recherché instinctivement.

Gardon. — Le Cardon vient très bien, mais il est très rarement cultivé, c'est là un fait singulier ; plusieurs maraîchers ont essayé de présenter de beaux Cardons sur le marché d'Alger, la vente en a été difflcile. Les Indigènes consomment beaucoup le Cardon sauvage qui est très bon en hiver et qui blunchi, pourrait très bien être utilisé par les Européens qui généralement le dédaignent.

Choux. — La culture du Chou-cabus ne présente rien de particulier. Les Choux-raves appelés Choux-boule sont assez abondants sur le marché. Les Chou-navets, qui viennent cependant bien, ne sont pas connus ; les Brocolis ne sont pas cultivés en grand non plus, mais le Chou-fleur est très abondant et d'excellente qualité ; le Chou-fleur d'Alger, le Chou-fleur de Malte sont les plus estimés.

Mâches — Les Mâches sont peu cultivées, mais on récolte en grande quantité les jeunes plantes du Fedia Cornu4^opiœ, plante spontanée, excessivement répandue et nommée Mâche d'Alger.

Arroche. — L'Arroche prend en Algérie un beau développement ; il s'est même formé une race locale géante qui devient une précieuse plante potagère pour les stations sa;lées et sèches du Sud (Arroche kabyle).

Tétragone cornue. — Cette plante, qui résiste bien aux étés secs, peut rendre quelques services et donner pendant Tété des feuilles rappelant assez bien TEpinard.

Moutarde frisée. — Cette moutarde, récemment introduite de Chine, donne en abondance un feuillage frisé qui peut être consommé comme salade ou comme Epinard. Peu répandus, le Pcisaï et le Pak-Kai viennent aussi très bien, mais ne sont pas recherchés faute d'être connus.

Asperge. — La culture de l'Asperge n'a pas encore pris en Algérie une place bien importante ; cependant, dans les

Asperge du Chélif {A sp. horridus)

localités du littoral comme de la montagne qui possèdent un sol léger, cette culture réussit très bien.

La production fournit des primeurs pour l'exportation à des prix élevés, mais la consommation locale n'est pas suffisamment approvisionnée. En Algérie, comme dans les régions similaires du bassin méditerranéen, les Asperges cueillies blanches et très jeunes n'ont pas de saveur, elles doivent être mangées vertes. C'est faute de connaître ce fait de simple observation qu'on se prive d'un excellent légume.

Sur tous les marchés figurent pendant tout l'hiver des Asperges sauvages qui sont récoltées dans les broussailles ou les plaines incultes, sur les souches de deux espèces spontanées Asparngux aibm et VAs^paragvx konri' (tus ; cette dernière donne de grosses Asperges vertes, très tendres et dignes de l'exportation ; il y aurait même intérêt à tenter la culture de cette asperge susceptible d'être améliorée par les soins culturaux et peut-être par l'hybridation.

Artichaut. — L'Artichaut est une des principales productions de la culture maraîchère pour l'exportation; il est cultivé en grand dans toutes les plaines voisines des ports d'embarquement.

L'Artichaut violet précoce de Provence est uniquement cultivé pour l'exportation dans le dépailement d'Alger.

On trouve cependant dans les jardins quelques variétés différentes et même des races épineuses.

L'artichaut ou Cardon sauvage (Cynara Cardunculm), couvre en Algérie d'immenses surfaces que l'on peut évaluer à plusieurs centaines de mille hectares ; les

indigèDes récoltent en grand les jeunes capitules vendues sous le nom de Korchef et utilisent aussi au printemps les feuilles jeunes comme Cardon. Ces deux légumes sauvages sont excellents quand ils sont frais. Il est même à supposer que les Cardons sauvages blanchis par un attachage seraient, pendant Thiver, fort bien acceptés sur les marchés de la Métropole.

Dans tous les jardins indigènes on trouve un carré planté de Cardon sauvage ; dans un jardin près de Tizi- Ouzou j'ai observé une race légèrement améliorée par la bonne culture.

£U)olyme d'Espagne, en arabe Guernina, en kabyle Thar' çddioulh, est un légume qui ne fait jamais défaut dans un jardin indigène. Le Scolyme est excessivement commun à l'état sauvage, mais néanmoins les femmes kabyles en entretiennent toujours un carré à proximité de la maison. Cette plante vivace, très épineuse, reçoit tous les ans avant les pluies une forte fumure ; les rosettes de feuilles poussent ensuite vigoureusement pendant l'hiver et le printemps. Ce sont ces feuilles qui, cueillies à point et réduites à leur nervure principale, deviennent un légume ayant beaucoup d'analogie avec le Cardon.

Ces Cardons minuscules sont bien à tort dédaignés par les Européens, ils sont tendres et très fins.

La racine du Scolyme n'est jamais utilisée, contrairement à ce qui se pratique en France.

La Tomate. — La Culture de la Tomate a pris dans le monde entier une grande extension depuis un certain nombre d'années. Les bonnes variétés obtenues sont pour beaucoup dans le succès de ce légume qui, autrefois, était peu charnu, aqueux sans grand mérite autre que son acidité.

La culture des Tomates fut longtemps faite pour Tété

Champ de tomates de primeur â El-Ançor

seulement ; mais aujourd'hui on trouve toute Tannée des Tomates sur le marché, on a demandé aux pays privilégiés des Tomates mûrissant en hiver, on a établi cette culture sous verre.

L'Asie-mineure, l'Egypte, les Canarie, puis le Sud de l'Espagne, de l'Italie, enfin l'Algérie, envoient aujour-

d'hui des quantités énormes de Tomates sur les grands marchés d'Europe et ce légume qui atteignait il y a quelques années les prix de 5 fr. le kilog est vendu couramment 1 fr. de janvier en avril.

A ce prix cette culture est encore très avantageuse sur bien des points abrités du littoral algérien.

C'est aux environs d'Oran que la culture des Tomates primeurs prends de l'importance depuis une dizaine d'années. El-Ançor dans la plaine des Andalous, est le centre de production et en 1900 plus de 200 hectares étaient consacrées à la culture des Tomates d'Hiver.

Ce sont des viticulteurs espagnols les iomateros qui ont importé celte culture du Sud de l'Espagne, ils ont loué des terrains sans valeur, pierreux, couverts d'Alfa, y ont ouvert des tranchées et enfoui du fumier ; sur ces terres arides ils obtenaient bientôt 50 à 60 quintaux de Tomates par hectare vendues 50 à 80 fr. le quintal.

Les bénéfices importants ainsi réalisés dans des terres considérées jusque là comme peu propres à la culture ont décidé d'autres maraîchers et on peu dire que ces cultures nous ont permis de substituer, sur les marct^és de la Métropole, un produit algérien à un produit importé de l'étranger, les Tomates d'Oran vont remplacer les Tomates d'Egypte.

Il est bien certain que cette culture, faite en hiver, ne peut pas s'éloigner de la côte où la mer maintient une température assez élevée, il est même probable que la côte Ouest est plus favorable que la côte Est.

La température ne s'abaisse pas au-dessous de 0 et pendant les journées très ensoleillées la terre se réchauffe très fortement, les jours de pluies sont assez peu fréquents car de janvier à mai il ne tombe pas à El-Ançor

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plus de 300 m/m. d'eau, la Tunisie a des rives ayaut le même climat.

Culture. — La culture des Tomates comprend aujourd'hui, en Algérie trois espèces :

a. Tomates précoces, récoltées en avril-mai ;

b. Tomates d'été, de mai à novembre ;

c. Tomates tardives, de novembres à décembre.

a. Tomates pkécoces. — La culture des Tomates précoces est certainement Ja plus particulière, celle qui présente le plus de bénéfices, quand elle est faite dans de bonnes conditions.

Cette culture ne peut être entreprise que sur le littoral, dans les sols légers et au moyen d'abris.

Un point fondamental pour le succès de cette culture est le choix de la variété, chaque localité, doit par des essais et une sélection méticuleuse, déterminer la variété qui convient le mieux. Les variétés connues pour la rapidité de leur développement et leur précocité sont : la Rouge grosse hâtive, la Rouge naine hâtive, la Champion naine hâtive, la Reine des hâtives et la Perfection.

Non seulement la Tomate choisie doit être très hâtive, mais elle doit avoir une bonne forme et être bien charnue.

Nous trouvons encore trop fréquemment des tomates très côtelées irrégulières et avec une large cavité.

Il est très important de faire dans chaque région la sélection de chaque pied, de récolter la graine sur les sujets qui ont mûri les premiers et qui sont vigoureux tout en donnant une bonne récolte de beau fruits.

Le cultivateur de Tomate suivra avec attention le

développement de ces plantes et marquera ses portegraines.

Semis. — Une grande attention doit être apportée du côté des semis pour les Tomates précoces, ils doivent être faits en lin novembre sur couche avec abris, ces abris sont généralement des appentis en bois et roseaux recouverts de dyss ou d'alfa et tournés vers le Sud.

Les semis en ligne sont préférables, la germination a lieu 8 à 10 jours après, il est important de mettre ces semis k Tabris des pluies et de ne donner Teau d'arrosage qu'avec parcimonie.

Dès que ce plant est constitué, on le repique en pépinière sous des abris analogues à ceux qui ont servi pour les semis.

Cest en janvier que l'on plante les jeunes pieds bien enracinés et vigoureux.

La terre est préparée de la manière suivante :

On ouvre des tranchées de l'Est à l'Ouest à l'^SO, et dans ces tranchées on enfoui le fumier, le sol est ensuite disposé en billons. C'est à la base des billons du côté Sud, sur les bords de la tranchée que sont plantés les pieds de Tomates à 45 centimètres les uns des autres.

Chaque billon est du côté Nord, garni de diss ou d'alfa retenu par une légère charpente en roseaux appuyés sur des tuteurs qui porteront les pieds de Tomates quand ils seront chargés de fruits.

Pour la confection de ces abris on utilise les ressources locales, à El-Ançor, c'est l'Alfa qui est sur place et peut être utilisé économiquement.

Quand la plante a pris son développement, elle est

palissée de roseaux qui soutiennent Tabri puis les pincements sont effectués comme dans la culture ordinaire.

Les binages et bultages légers sont nécessaires.

La récolte commence (in mars et se poursuit en avril et mai ; on cueille les Tomates dès qu'elles rougissent sur une face. La maturation continue pendant le voyage et les fruits, partis verts, arrivent écartâtes sur les niarchés.

Ces Tomates sont assez facilement emballées dans des paniers en osier contenant environ 25 kilogs.

On dispose les Tomates par couches, en les isolant avec de la frisure de bois.

Les premières Toniates sont parfois eml)allées aussi dans de petites caissettes.

Si l'exportation des Tomates devait se faire sur Londres qui consomme l)eaucoup do ce légume, il conviendrait de soigner l'emballage, chaque Tomate pourrait être pliée dans un papier léger et emballée ensuite dans de la sciure, du liège ou de la poudre de coco.

Les dépenses pour cette culture sont élevées, le fumier et les abris coûtent déjà près de 750 fr. à l'hectare, à El-Ançor on évalue à près de 1.500 francs les frais de culture et de loyer du sol, il faut prévoir aussi un matériel d'emballage de 400 francs par hectare.

Les rendements sont assez variables, 70 quintaux à rhectare vendus à 45 francs le quintal, sont regardés comme une récolte ordinaire. Certains cultivateurs prétendent dépasser 100 quintaux.

En mars, dans les entre-rangs, on plante souvent des haricots qui donnent, à peu de frais, une récolte supplémentaire.

Tomates tardives. — Enfln quand les terres sont irrigables, une deuxième récolte est faite en automne.

Les semis ont lieu en août, en septembre, on repique en place puis on arrose toutes les semaines jusqu'aux pluies. On palisse puis on pince, et la récolte peut commencer lin novembre et se prolonger pendant l'hiver.

Pour cette deuxième récolte on profite des fumures et façons de la première et les dépenses sont réduites à la plantation, aux arrosages, binages, écimages et récolte ; mais dans les coteaux pierreux et arides qui conviennent aux Tomates précoces, elle n'est pas possible faute d'eau d'irrigation.

Culture d'été. — La culture d'été de la Tomate est largement pratiquée en Algérie et connue de tous les maraîchers. Dans les contrées méridionales notamment en Italie, les Tomates d'été sont palissées très haut et conservées jusqu'à l'arrière saison ; on obtient aussi des fruits en novembre au moment où ils atteignent un prix assez élevé.

Comidératiom générales sur la culture de la Tomate, — Engrais, — Peu de plantes sont plus sensibles aux engrais que la Tomate, et la manière de les employer comnie la dose a une grande influence sur la bienvenue, la résistance, la fertilité.

Le nitrate de soude donne de bons résultats, mais il ne doit pas être donné à trop hautes doses, car il augmenterait la fertilité au dépens de la précocité.

Dans les sols pauvres où le fumier de ferme fait défaut, on aura de bons résultats avec :

Superphosphate 400 kilogs.

Chlorure de potassium 200 —

Nitrate de soude 150 —

Une deuxième application de 150 kil. de nitrate pendant le développement sera nécessaire.

Pour faciliter cette distribution il faudra étendre le nitrate avec de la terre sèche ou de la sciure.

Taille. — La taille a pour effet de réduire la végétation et de favoriser le développement des premières inflorescences en les obligeant à mûrir de bonne heure. Pour obtenir un produit hâtif on conserve la première inflorescence et deux ou trois branches latérales, les autres ramifications sont supprimées à mesure qu'elles se produisent. On peut aussi supprimer la première inflorescence et conserver quatre branches latérales qui porteront chacune deux ou trois inflorescence.

Bouturage. — Les forceurs de tomates à Paris arrivent à produire la précocité par le bouturage. M. Cornu, professeur de culture au Muséum, pensait qu'en Algérie le bouturage pourrait aussi rendre des services entre des mains habiles. On fait un semis préalable en petit, les pieds obtenus en nombre restreint sont entourés de soins et de protections. On bouture ensuite leurs rameaux sur couche, sous châssis. Ces pieds enracinés tleurissent bien plus tôt que les semis faits à la même époque. Les plantes sont bien plus petites, il faudra en tenir compte au moment de la plantation. Ce bouturage est à essayer il n'est pas douteux que quelques pieds de tomates très abrités même sous verre, pendant janvier et février pourraient par bouturage

fournir en mars du plant qui, mis en place à ce moment prendrait un beau développement et donnerait des tomates aussi précoces que les pieds plantés en janvier qui risquent d'être détruits par les intempéries. Le bouturage permettrait aussi de conserver les races qui présentent des avantages.

Des essais permettront d'être bientôt fixé sur les avantages que peut présenter !e bouturage dans la culture des tomates de primeur sur notre littoral.

Les Conserves. — L'industrie des Conserves de Tomate, pourrait prendre une certaine importance en Algérie, on pourrait surtout donner de Textcnsion à la préparation des Tomates séchées, des conserves Appert, des coulis, des pulpes concentrés.

Piment. — Le Piment joue un rôle considérable dans l'alimentation. Dans tout l'Orient on cultive le Piment, non-seulement pour en retirer un condiment, mais aussi pour utiliser ses gros fruits comme un véritable légume : on réserve à cet usage les gros Piments doux.

Les indigènes ont toujours des Piments dans leurs jardins. Les fruits séchés et piles constituent le Poivre rouge en usage dans la préparation culinaire du Midi. La culture des variétés très colorées pourrait en Algérie être faite en grand et donner lieu à une industrie consistant à préparer divers poivres rouges qui bien présentés, deviendraient d'un usage aussi courant que le poivre gris.

Ognons. — L'Algérie serait un pays de prédilection pour ce légume ; il est rare cependant de trouver de bonnes variétés ; les beaux oignons nous viennent généralement de Valence. Cette culture est en grande partie abandonnée aux indigènes qui vendent, à bas prix, de longues chaînes d'un Ognon grossier venu presque à rétal sauvage.

La culture de TOgnon, bien comprise, permettrait probablement l'exportation des Ognons du type de Madère ou de Valence, très recherchés sur les marchés d'Europe, spécialement à Londres.

AIL — La culture de l'Ail n'est pas encore étendue en Algérie ; l'Ail est en grande partie importé d'Espagne ; cependant cette culture ne présente aucune difficulté et les terrains convenables ne manquent pas.

Câprier. — Le Câprier n'est pas cultivé, mais il vient à l'état sauvage dans les stations arides, schisteuses, depuis le littoral jusqu'au Sahara. Dans la région de Bougie on récolte les Câpres depuis quelques années et on obtient un produit de première qualité.

La récolte est faite en mai, juin et juillet, par des femmes et des enfants indigènes qui vendent les Câpres à des industriels à raison de 25 à 30 centimes le litre qui pèse 600 grammes. Les Câpres triées au tamis sont divisées en cinq catégories suivant la grosseur : la première catégorie dite Sans Pareille et qui représente la moitié de l'ensemble, se vend de 105 à 108 fr. ; la cinquième qualité vaut encore 50 fr. les 100 kilogs.

L'exportation des Câpres par le port de Bougie a pris une certaine importance.

Câpres exportées en 1889 60.000 kil.

— 1899 210.000 kii.

Gombo. — Cet Hibiscus est largenient cultivé en Orient et dans toutes les colonies lro])icales. En Algérie, le (îombo ou Mouloukia n'est connu que des indigènes. Les européens qui n'ont pas fait connaissance avec ce légume aux colonies le méprisent bien à tort. Les fruits encore jeunes et tendres qui sont bons à consommer pendant tout Tété, constituent un légume frais très mucilagineux et qui convient très bien pour atténuer les effets sur l'intestin d'une cuisiné forcément relevée.

Le (îombo présente de nombreuses races ; en Algérie on trouve un Gon^bo long et un (Iombo très court, surtout cultivé dans la province de Conslantine.

La Société d'Horticulture d'Alger s'efforce depuis quelques années de faire connaître ce légume en distribuant les graines de bonnes variétés introduites par le Service botanique du Couvernement.

Crambé. — Le Crambé vient très bien dans les sols sableux, mais ce légume est complètement inconnu sur le marché, i^ Colonie anglaise et les hiverneurs consommeraient pourtant le Crambé qui est très cultivé en Angleterre.

Cresson. — Le Cresson vient à l'état sauvage dans beaucoup de cours d'eau en Algérie. Depuis quelques années seulement, les maraîchers ont établi des cressonnières qui sont très prospères.

Fenouil de Florence. — Cet excellent légume, introduit par la Colonie italienne, commence à se répandre ; il mérite une place plus importante.

Arachide. — Cette Légumineuse tropicale, curieuse par ses fruits se développant sous terre, vient très bien dans les terres sableuses. Ce fruit, séché et grillé, est consommé sous le nom de Cacaouette. L'amande grillée a un bon gortt, est très nourrissante ; elle est bien à tort dédaignée par une partie de la population. Celte légumineuse pourrait être Tobjet d'une culture intéressante comprenant les meilleures variétés. La consommation augmenterait certainement.

L'arachide grillée se consomme en grand en Amérique.

Souchet comestible (Cyperus cstulcnlus) ou Chufa des Espagnols, est consommé en assez grande quantité à Alger par les enfants et les Espagnols ; ce produit est importé d'Espagne. Cependant, le Souchet comestible réussit très bien dans une terre légère et irriguée. Ce petit tubercule sucré, huileux et parfumé peut servir à la préparation d'une sorte d'orgeat très estimé en Espagne.

Fraisier. — Le Fraisier est d'importation récente dans les jardins algériens ; il y a vingt ans on ne connaissait dans les grandes villes que la petite I^aise qui n'était pas abondante. Depuis quelques années cette culture prend une grande extension. Les grosses Fraises liybrides ont été introduites et les dernières créations sont aujourd'hui d'une culture courante.

La Fraise du D^ Morère et la Noble paraissent convenir pour l'exportation qui peut être faite dès mars-avril, à des prix rémunérateurs.

Alkekenge (Phymlis peruviana), — Groseille d'Amérique. Plante très ramiflée à calice vésiculeux, renfermant un fruit juteux, acidulé, jaune orange, de la grosseur d'une cerise. Ce fruit, trop dédaigné, vient très bien sur le littoral ; il serait susceptible d'améliorations et pourrait devenir un objet d'exportation. On prépare avec le Physalis d'excellentes confitures et fruits glacés.

Il existe d'autres espèces comestibles du même genre.

Dans tous les jardins l'Alkekenge devrait avoir sa place.

Talrouda (Bunium incrasmtum et Mauritanicum). — Cette ombellifère est très commune dans les moissons du Tell, elle est pourvue d'un volumineux tubercule amylacé que les indigènes récoltent les arinées de disette. Ces tubercules séchés et légèrement torrifiés donnent une farine alimentaire. Le tubercule frais contient un produit essentiel acre provoquant des accidents intestinaux et nerveux.

Dans les montagneâ les B. Alpinumei Macuc.a donnent un tubercule agréable au goût.

Begouga. — Sous ce nom, les indigènes comprennent les tubercules de VArum ilalicum et d'autres Aroïdés comme le Rianim Hovœi. Ces tubercules sont récoltés à la fin de Tété et consommés.

On désigne encore sous le même vocable de Begouga les racines tubéreuses du Ficaria callhœfolin qui, dans les terres fertiles, prennent une grande proportion et constituent un légume très agréable. Il ne serait peutêtre pas impossible d'obtenir par la sélectiou un bon légume de cette plante généralement méprisée.

Raisins de Table Primeurs. — Depuis six ans l'exportation des liaisins de table a triplé. En 12 ans elle a quintuplé. Il y a 15 ans elle ne tigurait pas sur les statistiques algériennes

La superticie cultivée en raisins pour primeurs est d'environ 1.000 hectares. Elle augmente chaque année. A mesure que les débouchés se multiplieront, que la consommation augmentera en France, que l'Allemagne, cliente d'hier, nous demandera de plus grandes quantités de Raisins de table ; les plantations, la transformation parla greffe des vignobles existants prendront un essor nouveau, et la culture du chasselas, cantonnée actuellement dans le département d'Alger, comme en témoigne le tableau ci-dessous, envahira les terres légères du littoral de l'arrondissement de Mostaganem,

dévorées actuellement par !e phylloxéra. Il n'est pas douteux que cette région n'acquière une renommée plus grande encore que celle qu'ont acquise les com munes de Guyolville, de Staouéli, de Zéralda, deCastiglione, de Fouka sur le littoral et d'Alger, où la culture du Raisin de table est encore cantonnée comme en témoignent les chiffres suivants :

EXPORTATIONS

des autres d'Alger départements Total

Années Quintaux Quintaux Quintaux '

Mostaganem en effet, par sa latitude à plus d'un demi degré au Sud d'Alger, par son terrain léger, par sa législation viticole enfin, qui lui permet de hâter encore la précocité par le greffe sur souches américaines se trouve dans des conditions de réussite assurée. Le Chasselas, pour produire du raisin xl'une précocité convenable, doit croître au voisinage immédiat de la mer.

De Bérard à Guyotville, les sables en grès tendres à ciment calcaire, l'exposition du couchant, sont les conditions les plus favorables à la précocité. Les terres argileuses, les sables siliceux foncés, le Nord ou le Levant sont moins recherchés. La feuille du Chasselas est tendre, le raisin n'a de valeur que s'il est intact. Aussi les abris doivent-ils être fort rapprochés et s'ils peuvent être distabts du Nord au Sud de 40 à 50 mètres

ils ne doivent jamais dépasser de l'Est à l'Ouest une distance de 10 à 12 mètres.

Au début, les façons culturales sont les mêmes que celles appliquées aux vignes à vin. Mais dès que les grumes ont la grosseur d'un pois, il devient utile pour produire une marchandise de prix, de relever les sarments au moyen de supports en roseaux qui empêchent la grappe de traînera terre, on effeuille aussi pour que les feuilles ne viennent pas lisser la pruine du raisin, on cisèle enfln les grappes trop serrées.

La vendange ensuite est faite en plusieurs fois, de préférence le soir, selon que le raisin est légèrement flétri par la chaleur, et chaque grappe détachée, sans secousse, avec des ciseaux, est déposée soigneusement dans la corbeille qui l'accompagne à l'atelier d'emballage.

L'emballage, l'un des travaux les plus délicats de tous ceux qui concourent à la livraison du chasselas algérien, est fait par des femmes dont la journée est payée au prix moyen de cinq francs. Quelques propriétaires expédient eux-mêmes leur récolte. La plupart Tendent leur production à des négociants qui, suivant la saison, font le commerce des oranges, des petits pois, des haricots, des tomates, des pommes de terre ou des raisins. Suivant les années et la saison le chasselas vaut de 20 à 45 francs les 100 kilos rendus à l'atelier. La production est de 50 à 70 quintaux à l'hectare, donnant un béhéflce brut de t. 000 à 3. 150 francs. Les frais de culture s'élèvent de 600 à 1.500 francs l'hectare. Les terres nues susceptibles d'être transformées en vignobles à chasselas primeurs sont vendues couramment 5.000 fr. l'hectare et sont louées pour 16 et 18 ans, au prix de 3 à 500 fr .

de location annuelle avec obligation pour les preneurs de les planter et de les mettre en valeur à leurs risques et périls. En ces dernières années lorsque le Chasselas a manqué on a expédié du Cinsault. Ces raisins noirs semblent obtenir la préférence sur le marché anglais.

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