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LES FORÊTS

Malgré l'opinion classique de Salluste qui, trop occupé de pressurer ses administrés, n'avait guère eu le temps de voyager, l'Algérie n'était pas, de son temps, VAger arbori in fecundus qu'il dépeint Sans doute les plateaux sétifiens d'un si bon rapport pour lui, devaient être couverts de moissons ; mais il est certain qu'à cette époque, le Tell, dans son ensemble, était un pays essentiellement forestier, et il l'est demeuré jusqu'à notre époque, même après sept siècles de domination arabe.

Rien n'est plus varié que les forêts algériennes ; deux influences prépondérantes en règlent la distribution et la composition : la nature du sol et la quantité des pluies.

Les vraies forêts ne se rencontrent guère en dehors de la zone qui reçoit au moins 500 millimètres d'eau de pluie par an. Dans les zones plus sèches, les arbres, qui peuplent encore de grandes surfaces, se montrent éparpillés et sans descendance assurée.

Les beaux arbres, les peuplements très denses se rencontrent non loin du littoral, sur des territoires qui reçoivent de 800 à 1.000 millimètres de pluie.

Les sols siliceux, formés de gneiss ou de grès, se recouvrent de Chênes-lièges et d'autres Chênes à feuilles caduques, leZéen et TAfarès. Dans les terrains calcaires viennent le Chêne à glands doux, le Pin d'Alep, le Thuia, les Genévriers, etc.

Quand les massifs montagneux boisés se sont trouvés aux prises avec une population pastorale dense, les

arbres n'ont pu persister, les chèvres détruisant les jeunes sujets et empêchant toute reproduction, les hommes s attaquant aux arbres faits pour en tirer du boisd'œuvre ou du combustible. Cette destruction s'est accentuée, depuis notre occupation, par suite de Taccroîssement de la population et de la création de centres importants consommant du bois pris à la forêt la plus proche en dehors de tout contrôle.

Les colons fixés depuis longtemps dans ce pays commencent à salarmer, ils se souvienneni des anciens boisemenis touflus retenant une terre noire, perméable à Teau sur ces flancs escarpés, qu ils voient maintenant nus et se couvrant de ravines plus profondes après chaque pluie ; de ces ravines en hiver s'élancent des eaux bourbeuses et dévastatrices, inondant la plaine qu'elles ébrèchent en gagnant trop rapidement la mer pour y verser un tribut, bien inutile, d'élément liquide et de matières fertilisantes.

Cette destruction progressive des forêts en montagne est d'autant plus dangereuse qu'elle s'eflectue, surtout, dans les pays qui ont le plus besoin de massifs forestiers denses pour résister aux ravinenients qui mettent la roche à nu étendant ainsi le domaine du désert. Ce sont les massifs des bourrelets sahariens, les Amours, l'Aurès, puis les massifs de Tell en contact avec la Steppe qui sont les plus dévastés.

Les grands massifs forestiers du littoral ne sont compromis que par les incendies périodiques auxquels ils sont soumis. Mais la puissance de végétation est telle que ces forêts de Chêne-liège se reconstituent par les repousses sur souche ou les semis naturels.

La superficie du sol forestier en Algérie peut être

évaluée à 3.250.000 hectares dont les deux tiers appartiennent au Tell, l'autre tiers aux montagnes des steppes ou versants sahariens. Le Tell aurait donc un coefficient de boisement assez élevé de 19 0/q.

Mais il faut remarquer que la consistance des peuplements algériens est souvent très appauvrie et que le maquis remplace, sur beaucoup de points, la forêt.

L'étendue des forêts domaniales, soumises au régime forestier, était en 1888, de 1.735.000 hectares.

D'après M. Lefebvre, conservateur des Forêts d'Alger (1), les forêts du Tell se répartissent comme suit, d'après la surface occupée par chaque essence :

Chêne-liège 480 000

Pin d'Alep 570.000

Chêne-vert et Chêne Kermès 460.000

ZeenetAfarès.: 50.000

Cèdre 35.000

Thuya 100.000

Genévrier 80.000

Pin maritime i . 500

Diverses essences, forêts et plaines, Orme,

Frêne, Olivier, Peuplier 25.000

Maquis 250.000

Le Chône-liège forme au point de vue de l'exploitation les peuplements les plus importants, on évalue à 426.000 hectares la superficie de ces peuplements, plus denses et plus étendus à l'Est qu'à l'Ouest.

Le Chêne-liège vit en contact avec des congénères : le Chêne Kermès (Quercus coccifera), le Chêne Ballote

(1) Les Forêts d'Algérie, 1900.

(Q. Ballola,) le Chêne Zen (Q, Mirberki) et enfln le Chêne Afarez (Q, Afares), avec lequel il s'hybride, dans d'assez fortes proportions, pour constituer quelques peuplements d'un intermédiaire dont le liège est sans valeur ((). Kabylica). •

Le Chêne Ballote {OJhllota), d'isiingué par Desfontaine, est un type bien différent du Chêne-vert proprement dit (Q, ilex). Le Ballote constitue de très beaux boisements, il ne redoute pas le calcaire comme le Chêneliège et exige moins d'humidité, le Ballote a un gland doux recherché comme aliment par les indigènes, il est caractéristique de la région montagneuse en Algérie.

Le Pin d'Alep (Pinus halepensis) forme la plus grande partie des forêts de l'Algérie, dans l'intérieur, il prédomine à la base des montagnes que recouvre le Chêne Ballote. Le Pin d'Alep est peu exigeant, on le voit végéter dans les sols les plus stériles. Malheureusement le Pin d'Alep est, plus que tout autre essence, sujet aux incendies ; en quelques minutes de belles forêts sont ravagées par les flammes qui, souvent, ne consument que les aiguilles, laissant en place l'arbre mort.

Les semis spontanés, qui se produisent alors, régénèrent rapidement les boisements, mais la fréquence des incendies a raison de cet arbre quand il est brûlé jeune dépourvu des cônes murs qui assurent sa régénération.

Comme le Pin d'Alep, et souvent avec lui le Thuya, forme sur les collines sèches, à la base des montages, à moins de 800 mètres, des peuplements importants, surtout dans l'Ouest. Le Thuya souvent incendié se reconstitue au moyen de rejets de souche.

L'Oxycèdre (Juniperus Oxycedrus) vit avec le Pin d'Alep et le Chêne Ballote dont il protège les jeunes sujets

contre la dentdu bétail, il forme plus souvent des boise ments à lui seul.

Le Genévrier de Phénicie (/. Phemcea) croit sur les reliefs secs et stériles des montagnes du Sud où il se détache en mouchetures noires, le Qenévrier de Phénicie sur ces versants ne paraît pas se régénérer, les peuplements clairs ne sont formés que par de très vieux sujets.

Le Genévrier thurifere (/. thurifera) de TAurès est un petit arbre qui est en voie de disparition, il couvrait autrefois une partie des reliefs de TAurès, il est maintenant réduit à l'état de témoin sans descendance assurée.

Le Cèdre (Ccdrus Libani var Atlantica) est réfugié dans les massifs élevés, il constitue une très belle forêt à Téniet-el-Haâd, il est exploité dans la région de Batna

Le Sapin dr^s Babors (Abies Sumidica) est une espèce endémique. Cet Abiès qui ne se trouve qu<î dans les massifs des Babors, est un vestige de la Flore d'une autre époque.

Cet Abiès a été un moment confondu avec VA.Pimapo d'Espagne. Un nouveau Sapin de ce groupe a été découvert récemment dans les montagnes de Tétuan, c'est VAbies maroccana, qui est intermédiaire entre le Sapin des Babors et le Sapin de la Siéra Nevada.

Le Pin Maritime est cantonné entre Bougie et Collo, il forme sur le littoral quelques boisements de peu d'importance (1.700 hectares), il est souvent en mélange avec le Chêne-liège.

La flore forestière comprend encore un certain nombre d'arbres qui se trouvent disséminés dans les forêts ou sur le bord des cours d'eau dans les plaines.

Le Frêne, associé à ÏOrmr, constitue des forêts de plaines. Le Frêne est aussi fréquent dans les stations

fraîches des montagnes jusqu'à une altitude de 1 .200 m. Le Frêne d'Algérie est une espèce distincte du Frêne de France, c'est le Fraxinus angustifolia Vahl. Ce Frêne, dit de Kabylie, est un très bel arbre résistant dans les climats méridionaux, son bois est estimé. Dans TAurès se trouve le Fraxinus dimorpha.

Le Peuplier blanc, vulgairement appelé Tremble en Algérie, vient partout où l'eau est à sa portée. Le Peuplier noir est plus rare. Quant au Vrai Tremble (P. Tremula) il est à l'état de vestige dans les Babors comme le Peuplier de l'Euphrate, dans le Sud-Oranais. Le Micocoulier se rencontre à l'état isolé dans les massifs montagneux. L'Orme ne se voit qu'en Kabylie le long des cours d'eau et au bord du Lac el Bout, à La Galle. Le Châtaignier est spontané, mais rare, dans l'Fklough el à Aïn-Draham. Le Caroubier est répandu dans tout le Tell avec l'Olivier, le Phylaria, l'Arbousier. Le Cerisier est commun dans les ravins des montagnes. Le Poirier {Py rus longipes Coss.) est assez répandu dans les bois de l'Aurès, on rencontre aussi des Sorbiers, TAzeroUier. L'Amandier forme de petits peuplements dans les montagnes du Sud avec le Térébinlhe et le Betoum (Pùtacia allantica). Le Houx est fréquent sur les pentes des hautes montagnes.

Les Erables sont dispersées dans les régions montagneuses où on peut observer quatre espèces A. Italum, A. Obtusatum, A. Campcstreet A. IHompessulanum. Le Laurus nobilU n'est pas rare dans les ravins des montagnes, à Bougie vers l'oued Agrioun, il forme des peuplements important».

Sur les bords des Oueds, les Tamarix et les Lauriers roses vivent avec quelques Saules. Le Tamarix gallica a

formé de véritables forêts aux embouchures de quelques cours d'eau de TOranie.

Exploitation, — L'exploitation des forêts algériennes a été longtemps entravée par le manque de crédit.

En 1862, la mise en valeur des forêts de Chêne liège a commencé par des concessions de 90 ans dans les forêts de TElat ; en 1877, l'exploitation du Liège atteignait 50.000 quintaux, mais les incendies ont toujours compromis ce genre d'exploitation.

Depuis 1884, l'Etat a mis directement en rapport les 280.000 hectares, qui lui restait de ses forêts de Chêneliège, par des démasclages qui, aujourd'hui, s'étendent sur plus des trois quarts de l'étendue totale.

Les résultats de ce système ont été excellents et les revenus des forêts ont été en augmentant rapidement comme Tindique le tableau suivant :

En 1890 de 1.203 quintaux vendus 34 032 francs en 189") de 14.084 — — 503.991 ~

en 1900 de 40 181 — — 1.443.637 —

en 1905 de 107.831 — — 3 525.760 —

Le total général des produits forestiers est évalué pour 1905 à 5.800.000 francs.

Le produit des Lièges est la ressource la plus importante des forêts algériennes, il est à prévoir que les ressources que tire le Budget algérien des Forêts ira en augnjentant.

Les .mciennes concessions de Chêne-liège qui représentent environ 180.000 hectares, produisent 70.000 à 90.000 quintaux d'une valeur de 4 à 6 millions.

Quand la totalité des forêts de Chêne-liège algériennes

sera en valeur, on peut prévoir une récolte annuelle de 320,000 quintaux, d"une valeur de 20 millions. La France avec TAlgérie et la Tunisie possède plus de la moitié des peuplements de Chêne-liège du monde.

IJEcorcc à Tan est un produit forestier important, en Algérie, l'exportation va de 80 à 115 mille quintaux par an. L'Kcorce à lan est fournie par trois Chênes : le Chêne-liège, le Chêne Ballote et le Chêne Kermès.

Le Ch^ne-liège donne une écorce très riche 15 O/o et permettant un tannage rapide Les êcorces sont exportées en Italie, en Portugal et en Irlande ; Undustrie française a jusqu'ici dédaigné ce produit. L'exploitation de TEcorce de Chêne-liège a été surtout efïecluée par des propriétaires qui ont été séduits par les prix élevés des écorces, les Indigènes, notamment, ont détruit un très grand nombre de Chênes-liège pour en livrer le tannin. La demande qui fut très considérable un moment (120.000 quintaux) est plus réduite aujourd'hui en raison des nombreux produits tannifères exotiques, apportés sur le marché.

L'Ecorce de Chêne Hallole est recherchée par les tanneries algériennes et est aussi exportée en France.

Cette écorce, riche en tannin, récoltée et séchée, dans de bonnes conditions, est très recherchée.

Le Chêne Kermès est surtout exploité dans TOranie, Técorce est tirée des souches extraites pour faire du charbon.

Les souches n'étant pas complètement extraites, les racines donnent des repousses qui remplacent la cepéo disparue en quatre ou cinq ans.

Les vieilles écorces du iHn (VAlep, détachées par écailles, sont employées par la tannerie indigène.

Le Chêne Zeen que Ton exploite pour les traverses de chemin de fer pourrait donner une écorce contenant environ 16 O/o de tannin semblable à l'Ecorce du Rouvre.

Bois d' Œuvre. — La construction des voies ferrées, en Algérie, a consommé une grande quantité de traverses, environ quatre millions, l'entretien nécessite plus de 300.000 traverses par an, les nouvelles lignes sur routes nécessiteront plus de 1.500.000 traverses d'ici quelques années.

La consommation est donc assurée et il reste à déterminer, dans quelle mesure, la production locale peut suffire.

Pendant toute la période de construction des {i^andes lignes et jusqu'à ces dernières années il était admis, comme un article de foi, que les Bois algériens étaient absolument impropres à la confection des traverses de chemin de fer, seul le Cèdre était accepté et il ne fut employé qu'en petite quantité, et dans la région de Batna, centre de sa production.

Le Chêne Zeen qui forme des peuplements importants dans le Tell fut d'abord rejeté ; mais il est aujourd'hui démontré que le Chêne Zeen donne des traverses de qualité égale à celles des Chênes d'Europe, par une injection de créosote on obtient une durée de 15 ans. La Compagnie de l'Est-Algérien utilise des traverses de Chêne Zeen créosotées qui lui reviennent à 5 fr. 75, tandis qu'elle paye 6 fr. 75 les traverses de Chêne importées. En 190i,ilaété délivré 24.000 traverses de Zeen, le Zeen fournit aussi 5 à 6.000 poteaux télégraphiques.

Le Cèdre fournil des traverses qui peuvent être employées sans injection, elles ont donné de bons résultats.

Le Pin dWlep, 25.000 par an, est rarement exploité pour traverse, il serait préférable de réserver cette essence pour les poteaux télégraphiques.

En raison du développement que prend Tindustrie minière, la consommation du Bois de mine ira en augmentant, toutes les essences peuvent être employées et ce sera là un débouché important pour nos produits forestiers inutilisés.

Le Pin d'Alep et le Cèdre peuvent fournir du Bois de sciage,le Cèdre seul est employé dans la région de Batna; le Pin d'Alep est peu accessible et difficilement exploitable, son bois trouvera un jour un emploi dans la charpente et la menuiserie.

Des essais assez nombreux ont été faits, à diverses époques, avec le Bois de Zeen employé comme merrains, les douelles sont lourdes, dures et bien plus difficiles à travailler que celles qui sont importées, c'est là l'obstacle le plus s?rieux à son emploi dans la tonnellerie qui importe plus de 3.000 tonnes de merrain.

Le Bois de chauffage et le charbon sont tirés des forêts, le meilleur combustible est le Chêne Ballote.

Le charbon de très bonne qualité est fait avec les Chênes, rOlivier, le Phylaria,leLentisque,les souches de Bruyère. La consommation n'utilise que les produits des forêts algériennes ; le charbon provient le plus souvent de défrichement, il donne lieu à une exportation d'environ 2.000 tonnes.

Les Indigènes fabriquent, en forêt, une assez grande quantité de goudron par des méthodes primitives, ils utilisent le Pin d'Alep et les Genévriers, il faut environ un stère de bois de Genévrier pour avoir 30 litres d^ Goudron fluide ou Huile de Cade. Le Goudron est l'objet

d'un trafic important chez eux, ils l'utilisent pour conserver les peaux de bouc dans lesquelles ils renferment l'eau, et pour enduire les chameaux, au printemps, en vue de les préserver de la galle et des tiques.

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