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L'ÉLEVAGE

L'élevage en Algérie présente un caractère tout particulier. Le bétail n'y reçoit qu'exceptionnellement les soins qu'on est habitué à lui donner en France et pendant toute sa jeunesse, après avoir disputé au berger les restes du lait de sa mère, il doit lui-même trouver sa nourriture sur les pâturages, plus ou moins riches, que la nature lui fournit.

Qu'il s'agisse de bêtes de somme, de dromadaires, de gros bétail, de moutons, de chèvres ou de porcs, le régime ne diffère guère. Mais ils se répartissent les pâturages souvent appelés, et avec juste raison, terres de parcours, suivant leurs besoins réciproques.

Dans le Tell, partout où il pleut abondamment, où pousse la brousse sur les montagnes, où les graminées grossières dans les plaines plus ou moins marécageuses, on rencontre le bœuf et le porc.

Sur les plateaux élevés, dans les plaines plus ou moins sèches, mais favorables à la culture des céréales, le cheval et le mulet disputent le sol aux bœufs et aux moutons, qui trouvent dans la jachère et dans les chaumes les éléments de leur nourriture.

Plus au Sud, lorsque les points d'eau deviendront rares, qu'il ne sera souvent possible de ramener à l'abreuvoir, que tous les deux ou trois jours, le troupeau qui a été cherché au loin sa nourriture, que les plantes annuelles, sous un climat sec et brûlant, deviendront minuscules et que la végétation vivace se réduira alors

à quelques plantes coriaces, seuls les chameaux écrasant les unes sous leurs puissantes mâchoires, et les moutons, rasant les autres au plus près du sol, vivront solidairement, Tun alimentant et l'autre transportant dans les pérégrinations que lui impose sa vie pastorale, la famille de pasteurs nomades.

Les pâturages à bœufs comportent toutes les broussailles dont rétendue n'est pas moindre de 2.500.000 hectares. Ils partagent avec les moutons les chaumes sur une étendue à peu près égale. Enfin, ils utilisent presque exclusivement les marais et les prairies permanents, qui ne font qu'exception en Algérie, mais qui occupent encore une étendue de plus de 150.000 hectares et qui présentent une certaine importance par l'abondante nourriture qu'elles procurent.

Les chaumes, les sols incuites de l'assolement biennal fournissent au gros bétail son alimentation du printemps et de l'été. Graminées, Légumineuses poussent en abondance sur les terres en jachère. Dans les clairières les feuilles de Scille, d'Asphodèle ; sur les coteaux argileux des Scorpiures, des Hippocrepis forment des sortes de réserves pour l'arrière saison, parce que le bétail qui les respecte à l'état vert en est friand quand ils sont secs.

Dans les fourrés il trouve sa nourriture pour l'hiver, les panicules et les jeunes pousses de dyss, les tiges de genêts, les pousses entières d'oliviers, hs vieilles feuilles tombées et sèches au pied des philirea, des lentisques des arbousiers, du chêne-vert et parfois même celles du palmier-nain, du ciste et de la bruyère. Dans les marais, les inflorescences du jonc, les graminées grossières, les vulpins bulbeux, les typha, les petits roseaux restent le seul aliment d'été et d'automne lors-

que les mélilots, les rainettes puis les fines graminées ont disparu.

Les pâturages à moutons et à chameaux sont moins variés. Si parfois avec le bœuf, le mouton partage dans le Nord les chaumes où il ramasse adroitement les grains et les épis oubliés par les glaneurs, s'il trouve à l'automne bien de la nourriture dans les vignes vendangées, dans son vrai pays d'élevage qui ne commence réellement qu'au Sud de la région cultivée, sa pâture se réduit à quelques plantes vivaces qui couvrent, d'une façon à peu près ininterrompue, l'immense surface des Hauts-Plateaux, et à l'herbe fine qui pousse à leur abri pendant les quelques semaines qui suivent les grands froids de l'hiver et les chaleurs torrides de Télé.

L'un des arbustes les plus répandus dans les pâturages du Sud est le jujubier. Entre ses branches épineuses le sable s'amoncelle, ses feuilles le fument, des plantes nombreuses prennent naissance sous son abri et le vent répand au loin leur semence. Il n*est pas rare de trouver, au beau milieu d'une de ces touffes épineuses, un agneau qui s'y est faufilé en rampant pour y manger des minettes, des mélilots, des astragales, des linaires, des silènes, des bromes, des fétuques et du chiendent.

Ces mêmes petites plantes croissent à l'abri de l'Alfa ou de l'esparte dont les animaux ne mangent que l'inflorescence et les jeunes feuilles, et concourent à leur nourriture avec les pousses tendres ou les fleurs des genêts, des salsolacées, des hélianthèmes et de l'armoise.

Ce sont ces derniers végétaux, vivaces, ligneux, connus, dont se repaît le chameau.

Les pâturages de chèvres sont ceux où vivent les bœufs et les moutons, dans les régions à végétation

arbustive. La chèvre vit en leur compagnie et broute en l'air, tandis qu'ils paissent de préférence en bas. Ils ne se gênent donc pas réciproquement.

Les terrains forestiers conviennent aux porcs, partout où vivent sous terre des tubercules, des oignons, des rhizomes, on élèvera facilement le porc. Il est capable de purger une terre salie par Toxalis, le glaïeul ou Tarum en deux ou trois ans. Mais son habitat de prédilection c'est la forêt de chênes balotte, de chêne-liège, de chêne-zen ou la broussaille de chêne Kermès.

Racks Bovinks. — Jusqu'en ces dernières années, le bétail algérien n'avait été l'objet d'aucune sélection . Celle-ci s'opérait même à rebours, car alléchés par la valeur vénale de leurs plus beaux produits, c'était eux que les Indigènes vendaient les premiers à la boucherie, ne conservant, à de rare exception près, comme reproducteurs, que des rebuts de leur troupeau.

Les colons de (iuelma, alarmés par cet état de choses, ont depuis quelques années créé un Syndicat d'élevage qui possède un troupeau herdbooké, destiné à fournira la région des reproducteurs de conformation parfaite et d'origine connue.

Malgré les caractères disparates que doivent présenter des animaux d'origine aussi peu surveillée, on distingue nettement deux races bovines en Algérie : la race de l'Est, dite de Guelma, et celle de l'Ouest, dite Marocaine.

La race de TKst descendrait de la race asiatique et celle de l'Ouest de la race ibérique et serait autochtone.

La race de Guelma est de beaucoup la plus intéressante des races indigènes. On !a trouve presque sans mélange dans toute la région nord et nord-est du d^épartement de Constantine. Mais comme elle est très recherchée par les bouchers et les cultivateurs on la retrouve dans tout le déparlement d'Alger.

Elle présente plusieurs varrélés. La variété de Guelma, la plus rustique, est très pigmentée. La tête, les épaules, les membres sont noirs, le reste gris plus ou moins foncé. L'ossature est assez développée, le poids des vaches n'atteint pas 200 kilos, celui des bœufs 250. Elevée dans la brousse sur des pentes rocheuses, le principal objectif des éleveurs est de lui conserver sa rusticité à toute épreuve. • *

La variété Kabyle présente; ùn^ caractère spécial qui tient surtout au moded'élevage auquel elle est assujettie. La plupart des sujets ont été achetés tout jeunes sur le grand marché du Kroubs qui est le centre d'échanges de la race de Guelma et appartenant tant à la variété de Guelma qu'à celle des Cheurfa dont nous parlerons plus loin. Transportés dans la montagne schisteuse, dépourvue (îè^j)iiosphates, attelés de bonne heure à l'araire^ ne recevant comme nourriture au printemps que l'herbe maigre qu ils trouvent au bord des champs, et en hiver qu'une insuiïisante ration de feuilles de frênes, bouvillons et génisses restent petits. Leur conformation s'en ressent. Leur taille dépasse rarement 1™ 15 et descend parfois à 0"* 80. Leur pelage passe du noir au roux clairet môme au jaune ; les membres sont courts et tout en eux dénote l'aspect d'un animal ayant soutlert plus que de raison dans sa jeunesse. Souvent ces bœufs arrivent gras sur le marché. Il faut s'en méfier.

car ils sont plutôt soufflés par le repos et la feuille de frêne.

La vache est mauvaise laitière, son poids moyen est de 175 kilos ; le poids moyen des bœufs est de 220 kilos. Quand après les avoir fait travailler pendant quelques années, les Kabyles amènent leurs bœufs sur les mar-

Taureau de Guelma

chés des plaines, le changement de régime leur parait plutôt nuisible et ils perdent rapidement leur embonpoint, mais pour le reprendre ensuite avec plue d'ampleur, grâce à la merveilleuse aptitude à l'engraissement de la race.

On retrouve cette variété jusqu'à Tiaret et dans toute

la vallée du Ctiéliff. Mais 1^, son pelage est plus souvent roux et ses membres plus grêles et plus longs ; ces

Vache de Guelma

modifications semblent dues à Tinfluence de la race berbère.

La variété des Cheurfa à laquelle on pourrait rattacher les animaux élevés dans la plaine de Bône et, avant que la vigne n'y eut accaparé toutes les terres, dans la Milidja, est de beaucoup la plus belle de la race. Klle

est originaire de toutes les collines marneuses riches, phosphatées et fraîches qui s'étendent à droite et à gaucti^^>;eooslai>tifte jtisqu'^ la mer. Cesl là qu'allèrent aulrefoi9-etqtie-vtm^encore4es colons et les bouchers duyépûftéHfieftt d'AtIger et quelquefois, même de celui d'Or^n, pour Temonler leurs équipages et pour se ravitailjei\.

Le pelage le plus répandu est le blanc et le grisâtre ; en général, le cou, les jambes et la queue sont plus foncés que le reste du corps.

La^ taille varie entre 1 mètre et 1 m. 35. On peut accepter pour les vaches i m. 10 et pour les bœufs 1 m. 20. Leur longueur atteint 1 m. 90 chez les beaux sujets.

Lès cornes, assez fortes à la base, sont pointues et noires à leur extrémité. Courtes et tournées vers Tintérieur, la pointe en avant chez le taureau, elles forment lyre chez la vache. Les muqueuses sont noires. La tète est petite, carrée, les arcades sourcilières saillantes, les yeux vifs, Tencolure fine et courte, le fanon peu développé, le bréchet saillant, les épaules musclées, le dos droiU^large, la côte ronde. Seule, la culotte laisse quelquefois à désirer. La queue est bien attachée, les membres sont fins, parfois exagérément courts. Le poids moyen des bœufs est de 250 kilos, celui des vaches de 210, Certains bœufs arrivent à 400 kilos.

Outre ses qualités remarquables pour la boucherie, tant comme qualité de viande, qu'aptitude à l'engraissement et rendement qui arrive à dépasser 50 ^o, cette variété jouit d'une endurance remarquable à la fatigue et d'une rapidité d'allure qui permet de l'employer tant aux labours qu'aux charrois.

On demande couramment à six petits bœufs Guelma

ou Cheurfa attelés à un chariot chargé de 40 quintaux métriques de marchandise, une course de 30 à 40 kilomètres dans une seule journée.

La race de TOuest ou Marocaine ne se trouve dans toute sa pureté que dans l'ouest du déparlement d'Oran ou en troupeaux isolés, constamment renouvelés, de provenance marocaine qui alimentent les marchés de Marnia, d'Aïn-Témouchent et arrivent fréquemment jusque sur ceux de Boufarik et de Maison-Carrée.

Les bœufs marocains ont une ossature forte, des jambes longues, la côte plate, la culotte peu développée. La tête, loin d'être grosse, porte cependant des cornes longues, mais minces. Presque tous sont roux. Ils sont forts, mais lents, et les colons leur préfèrent de beaucoup les petits Guelma, plus faibles, mais plus alertes et courageux. Malgré leur grande taille, Tétroitesse des bœufs marocains en fait des animaux relativement légers et leur ossature saillante leur donne un aspect de maigreur qui est du reste leur état habituel.

Elevés dans les grandes herbes grossières des vallées du Maroc, ils sont aussi durs à Tengraissement que les Guelma le sont peu et quand par une alimentation rafraîchissante on est arrivé à les faire partir, leurs os saillants masquent jusqu'à la fin leur embonpoint.

Élevage. — Jusqu'ici Tindigène est à peu près exclusivement producteur de bétail. A de rares exceptions près, lorsque la vache a vêlé, il ne laisse téter le veau que les trois premiers jours de son existence. Lorsque le colœstrum a disparu, le veau n'est plus autorisé qu'à téter quelques gorgées de lait que la vache retiendrait en dehors de sa présence et à vider les quelques gouttes

que contient encore le pis lorsque la traite est finie. Aussi, faut-il voir Taspect lamentable du veau chétifet rabougri, au poil bourru, à la démarche vacillante, avec une tête énorme et un ventre encore plus gros lorsqu'il atteint la fin de sa première année d'existence.

Le ventre volumineux, dit M. Bonnefoy (I), pèse lourdement sur un dos décharné et tranchant; les fesses et les cuisses émaciées. creusées en gouttières profondes, font suite à une croupe sans muscles sur les côtés de laquelle l'articulation coxo-fémorale forme, sous la peau tendue, une saillie très apparente.

Si la deuxième année de son existence est favorable, c'est-à-dire si l'hiver n*a pas été trop rigoureux, si les pâturages sont précoces el abondants, il se relève assez vile et à la lin du printemps il est métamorphosé en taurillon ou en génisse au poil luisant, bien en chair, pesant 110 à 140 kilogrammes.

Dès lors, il est sauvé et affrontera sans défaillance les aléas nombreux de son existence, subissant allègrement, surtout s'il reste aux mains des indigènes, les alternatives d'extrême disette et d'extrême abondance. Tour à tour très gras et très maigre dans une môme année, sa croissance s'opérera lentement, par à coups périodiques correspondant aux régimes variables auxquels il est soumis.

Dans de telles conditions les bovins indigènes ne peuvent être précoces. Ils n'atteignent leur développement complet que vers G ou 7 ans. Il est même surprenant que l'Age arrive à corriger aussi coniplètement les

(1) M. Bonnefoy, ngrioulleur ô Aïn-Smara, près de Constantine, est l'nuleur d'un travail fort intéressant sur les bovins en Algérie, auquel nous avons largement puisé.

défauts inhérents à un mode d'élevage aussi barbare, en désaccord aussi absolu avec les règles les plus élémentaires de rhygiène et de la physiologie, dans lequel tout semble combiné pour dégrader Tespèce. Les races bovines algériennes sont douées, en effet, d'une puissance de vitalité, d'un fond de qualités extraordinaires qui ne demandent pour se développer que bien peu de soins : une lactation à peu près suffisante dans le jeune âge, une nourriture même grossière et parcimonieuse assurée en tous temps.

Elevé dans des conditions normales, c'est-à-dire tétant son sou, un veau de 6 mois pèse 80 kilos, si plus tard il est nourri convenablement il pèse couramment 175 kilos à 7 ans et fait à 6 ans un bœuf de 350 à 400 kilos.

Or, de 18 mois à 6 ans point n'est besoin de l'alimenter à l'étable. Il suffit de s'assurer que le pâturage est suffisant* pour lui permettre de se remplir d'aliments quelconques, de compléter sa ration les jours de mauvais temps par un peu de paille et de l'abriter pendant la nuit.

Les parcs dans lesquels les indigènes enferment leurs bœufs et vaches pendant la nuit, sont installés autant que possible sur un soi déclive pour faciliter l'écoulement des eaux de pluie et du purin. Ils consistent suivant le pays en un mur en pierres sèches, en une simple palissade en branches ou en un amas circulaire de jujuWers sauvages.

Tout le jour le troupeau est dehors sauf pendant le printemps et l'été où on le rentre au parc de iO heures à "À heures, afin d'éviter les courses folies auxquelles il se livrerait aux heures chaudes du jour, sous l'influence de la piqûre des taons qui viennent déposer leurs

œufs dans le cuir de leur dos. Au bord de la mer ou des rivières on les conduit dans Teau où ils restent immergés plusieurs heures durant.

La garde des troupeaux de bœufs est confiée tantôt à des kabyles, tantôt à des familles arabes, dans ce cas, le p«*re fait garder par ses enfants et tout ce monde vit avec un salaire de 30 à 70 francs par mois, un peu de lait qu'ils maraudent, quand il n'essaie pas de voler un des animaux confié à sa garde et des racines. Mais aussi quel doux métier que celui de regarder travailler ses enfants qui eux mêmes, bien souvent, sont occupés à dénicher les nids ou à dormir sous une broussaille laissant échapper le troupeau dans les récoltes.

Eîigraisscment, vacherie, maladies. — L'indigène produit le bétail dans des conditions telles d'économie, qu'il n'est pas avantageux à l'européen de se livrer à cette entreprise.

Mais en raison même du bas prix et de l'état de misère dans lequel l'indigène livre son bétail, les opérations d'engraissement deviennent fructueuses. On en juge par l'exemple suivant :

Un bon Villon de 150 kilos est acheté en juin ou juillet

à raison de 55 francs les 100 kilos, soit 82 50

Frais d'achat et de vente 0 40

Six mois de garde à 0 fr. 50 3 »

3 % de perte pour la mortalité, le vol, elc 2 50

Valeur locative des terrains à raison de 1/2

hectare à 20 francs par tête 10 »

Paille, fourrage et soins 20 »

Total il7 »

Vente du mêrae bœuf pesant 200 kilos à 65 fr. les 100 kilos, en janvier 130 »

Il reste un bénéfice net, loyer payé, de 13 francs et le fumier. Or, le bénéfice est dans la réalité toujours plus élevé lorsque les achats et les ventes sont judicieusement faits.

Tandis que le bétail maigre est toujours très bon marché au mois de juin, le bétail gras est toujours très cher en janvier. Il a atteint cette année les prix de 72 et même 75 francs les 100 kilos sur pied.

Nous ne nous étendrons pas ici sur Tindustrie du veau de lait qui ne peut se faire que dans un rayon assez restreint autour des villes. Fort rémunératrice lorsqu'elle est bien conduite, elle permet en 3 ou 4 mois de retrouver dans le prix du veau qui se vend de 0 fr. 90 à 1 franc le kilo, la moitié du pr*x de la mère qui n'a reçu d'autre nourriture que celle qu'elle a trouvée dehors et un peu de paille.

L'industrie laitière nous retiendra un peu plus, quoi qu'il ne soit possible de s'y livrer que dans la banlieue immédiate des villes, en raison des difïicultés de transport pendant l'été.

Près des grandes villes, c'est une industrie prospère. Rarement les vaches indigènes sont utilisées à cet effet. On leur préfère des vaches européennes, importées à l'âge adulte et livrées à la boucherie dès que la lactation diminue. Les sujets les plus fréquemment importés appartiennent aux races suisses, à la race d'Angers, qui provient en majeure partie de Malte, à la race tarentaise et à la bretonne. Ces deux dernières sont celles qui résistent les mieux au climat et dans des

situations spéciales, elles restent laitières et donnent des produits également laitiers.

Ces vaches sont relativement chères à nourrir. Mais leur lait se vend de 0 fr. 30 à 0 fr. 40 le litre et à ce prix on peut couvrir des gros frais d'entrelien.

On ne peut compter sur une bonne production laitière que si Ton est en mesure de donner toute Tannée du vert aux vaches. A cet effet, il faut disposer d*un peu d'eau d'irrigation, afin de pouvoir cultiver du sorgho et de la betterave.

Dans ces conditions, on distribue aux vaches, de janvier à mars, de Torge en vert ; de mars à mai, des fourrages naturels et artificiels ; de mai à juin, du raoha de Hongrie, de la luzerne ; puis de juillet à octobre, de la betterave ; et enfin, d'octobre à janvier, de l'ensilage de sorgho et de maïs. On accompagne toujours cette nourriture fraîche d'une petite quantité de tourteaux, de son et de paille.

Toute opération sur le gros bétail si l'on veut qu'elle reste rémunératrice, doit être accompagnée de quelques soins sans lesquels il s'abat parfois sur les troupeaux une mortalité telle qu'elle se transforme en un réel désastre. Si elles sont à peu près indemnes de la fièvre charbonneuse, presque toutes les fermes algériennes sont infestées de charbon symptomatique. Il importe donc, dès que l'on achète une tète de bétail, de la faire vacciner contre ce mal.

On aura soin, d'autre part, de débarrasser journellement les bovins des tiques qui viennent s'accrocher entre leurs jambes et leur donnent la fièvre toujours mortelle des tiques. Cette affection, dont l'origine est aujourd'hui connue, décimait certaines années les trou-

peaux. Enfin, on surveillera avec le plus grand soin durant Tété Teau d'alimentation, qui devra être tirée des puits au moment où les bêtes viennent boire et lorsque les troupeaux seront envoyés dans les chaumes on préviendra les engorgements du feuillet et les inflammations toujours mortelles et si fréquentes de la panse en donnant pendant la nuit au bétail un peu d'ensilage bien salé qui le rafraîchira et le fera boire abondamment.

Enfin, il sera bon d'étendre sur le dos des bêtes un peu d'huile de cade qui éloigne les taons et les empêche de pondre sous leur peau, des œufs parfois si abondants qu'elle en est décollée sur toute sa surface et que l'animal meurt d'infection purulente.

Quelques précaution^ suflisent à supprimer toutes ces causes de mortalité.

La population bovine algérienne est de 1.082.000 têtes. 150.000 appartiennent aux européens et 932.000 aux indigènes. Sa valeur est d'environ 70 nu* liions de francs. Comme toute autre population animale dans un pays à climat irrégulier, elle est sujette à des variations considérables. C'est ainsi que lors de la famine elle tomba, de 1867 à 1869, de 1.H5.000 à 720.000 tètes. Elle remonte à 1.250.000 en 1877 puis descend à près d'un million en 1881 pour repassera 1.230.000 en 1890-1892 et revenir à 1 .082.000 en 1905. Mais le troupeau européen est en croissance constante.

L'Algérie exportait il y a quelques années, pour la boucherie, une trentaine de mille têtes de gros bétail en France et elle en importait de 5 à 6.000. Ses exportations ont actuellement diminué de moitié tandis que ses importations ont doublé. Celles-ci comprennent

annuellement près de 4.000 vaches laitières presque toutes originaires de Bretagne et surtout de la frontière suisse.

En résumé, aux cours actuels qui varient entre 50 et 55 francs en été pour le bétail en bon élal, et 65 à 75 (r. en hiver pour le bétail gras, les opérations sur le bétail sont toujours avantageuses, lorsqu'elles sont menées avec un peu d'attention ; proportionner la nourriture au nombre de têtes, prévenir les maladies, donner une nourriture très régulière, tels sont des soins très faciles à prendre qui assureront toujours de beaux bénéfices au cultivateur.

A côté des bovidés indigènes ou d'origine européenne des essais heureux d'acclimatatio^ de bovidés exotiques ont été tentés depuis quelques années ; il est intéressant d'en dire quelques mots.

Il y a une cinquantaine d'années, lorsque la Mitidja non encore assainie par les canaux de dessèchement était un vaste marécage, on y introduisit un certain nombre de buffles originaires de Naples. Ils vécurent longtemps, rendant de grands services pour la traction des charrues dans les terres fortes et des charrettes dans les pistes embourbées. Depuis lors, l'amélioration des routes, l'assainissement des terres ont amené à les remplacer par des bœufs. Tout au plus pourrait-on utiliser ce bétail à l'embouchure des rivières où plus sobre encore que les races indigènes, il se contente pour toute nourriture de branches d'arbres, de Typha et de roseaux, et plus résistant aux maladies il ne souffre ni de la cocotte, ni de la douve, qui restent toujours en lui à un état si bénin qu'elles ne se révèlent qu'à l'autopsie.

Une expérience toutefois plus intéressante est celle

qui a eu pour objet racclimatation du zébu. Les premiers zébus qui furent importés en Algérie provenaient de Madagascar. Les Jésuites, qui possédaient à cette époque plusieurs établissements agricoles dans la malsaine Milidja, avaient, avec juste raison, estimé que le

Zébu.

bœuf de Tlle plus malsaine encore y trouveraient des conditions d'existence favorables.

L exode des jésuites, le manque d'esprit de suite chez les éleveurs qui préféraient se fournir sur les marchés auprès des indigènes, d'animaux pour l'engraissement, la transformation de la Mitidja en un vaste vignoble et en un pays sain, firent disparaître la race. Mais elle

s'accom(Klait si bien aux conditions locales que fréquemment encore sur les marchés, on retrouve des animaux à tête longue et étroite, à garrot élevé, qui présentent nettement les caractères du zébu.

Beaucoup plus tard, M Rabon, éleveur à Bône, reçut de Ceylan un couple de zébus brahmines. Celte fois, on

Métis Zébu

avait à faire à une variété perfectionnée. En peu d'années, de ce couple fécond et précoce, naquirent plusieurs produits purs et une quantité de métis qui ont laissé dans le pays une descendance vers laquelle Tattention des éleveurs se tourne chaque jour davantage et qui jouit d'une réputation justifiée.

Les zébus de la plaine de Bône ont la culotte peu développée et, sur le garrot, une bosse qui appelle tout de suite Tatlention sur leur origine. Mais ils sont sobres, rustiques, aptes à Tengraissement quoique précoces. D'autre part, ils ont le pas plus rapide que les bœufs.

Dans les régions montagneuses ils souffrent du froid. Mais ils y rendraient des services moins appréciables que dans les plaines où ils supportent admirablement les chaleurs lourdes de Télé qui font dépérir les bœufs du pays et continuent à engraisser, alors qu'ils n'ont plus d'autres nourriture que les chaumes. Ils sont rebelles à la fièvre des tiques, à la cachexie et au charbon.

Les métis Zébu Guelma, comme les mulets, héritent des qualités des deux espèces.

La bosse disparaît, la viande vaut celle du bœuf Guelma, le rendement dépasse couramment 50 <»/o, l'allure est vive, la force est plus grande que celle du bœuf. La rusticité, la sobriété, l'immunité, sont celles du zébu. Le poids et la taille dépassent celle des parents. Les mâles pèsent couramment 400 kilogrammes. Les vaches sont fécondes et aussi laitières, sinon plus, que les vaches de Guelma, et leurs produits sont plus précoces. Quoique ces remarquables résultats aient été obtenus en Algérie, le Gouvernement tunisien a pris l'initiative en ces derniers temps, d'introduire dans la Régence un certain nombre de roproducteurs destinés à rendre plus endurants et en quelque sorte à immuniser, ainsi du reste que cela se fait depuis de nombreuses années au Brésil, les troupeaux des régions chaudes. A cet effet, il assume les frais de transport et se charge de l'acquisition des sujets nécessaires aux éleveurs pour métisser leurs troupeaux.

Race Ovine

Il existe en Algérie trois races ovines.

Le mouton de l'Extrême-Sud ne présente guère d'intérêt que dans les oasis éloignés. C'est une grande bête poilue, presque dépourvue de laine, sans cornes. Le rein

est étroit et les jambes d'une hauteur démesurée. Les brebis, très fécondes, sont de fortes laitières et remplacent la chèvre dans TExtrême-Sud.

L'Est de l'Algérie est peuplé de moutons exotiques dits barbarins. Ils appartiennent à la race que Ton rencontre en Syrie et jusqu'en Turquie. Le trait caractéristique du mouton de cette race, c'est sa queue épaisse. Détenus par des musulmans que leur religion prive de graisse de porc ils ont été soumis à une sélection particulière s'appliquant à l'appendice caudal et variant suivant les régions ou suivant l'état de civilisation plus ou moins avancé des populations et leurs coutumes sédentaires ou nomades.

C'est ainsi que chez les nomades du département de Constantine on constate simplement un épaississement de la base de la queue, tandis que les moutons de l'Est de ce département et ceux de la Tunisie sont affublés d'une masse adipeuse qui gêne leur marche, empêche la saillie en liberté, déprime les gigols et pèse couramment i kilos à 2 k. 2oO dans les régions littorales de la Tunisie qui renferment des populations sédentaires d'une civilisation très avancée.

Sur le marché français ces moutons portent le nom de queues Unes, demi queues et grosses queues. Les premiers valent toujours 0 fr. 05 de plus que les seconds etO fr. 10 (le plus (|ue les derniers par kilo de viande nette.

Dans leur pays d'élevage, les moutons tunisiens ou de l'Est de la province de (Constantine ont une chair aussi succulente que celle de tous les autres moulons algériens. Mais l'une des causes de dépréciation qui atteint ces moutons sur le marché métropolitain consiste dans

l'excessive fatigue que la marche leur impose, gênée par la grosse queue qui, à chaque pas, ballotte de droite à gauche venant frapper leurs jarrets, et ceux au boucher un déchet considérable par rapport au poids total de la carcasse.

Ces moutons ont généralement la laine jarreuse, longue et peu épaisse. Adultes, ils rendent de 12 à 14 kilos de viande nette non compris la queue ; ils paraissent un peu plus résistants à la cachexie aqueuse que les moutons berbères.

Ces derniers peuplent tout le département d'Alger et celui d'Oran.

Dans le département d'Alger, où ils ont probablement été croisés avec les barbarins, ils ont produit une variété connue sous le nom de race de Chellala qui est la plus belle d'Algérie.

Cette race a la queue fine ; sa laine est relativement dense quoiqu'un peu grossière mais longue ; les moutons rendent couramment de 18 à 21 kilos de viande netle. La plupart des troupeaux qu'ils constituent appartiennentàdes tribus nomades et sont soumis à la grande transhumance ; pourvus de jambes longues et fines ils marchent rapidement et fournissent sans fatigue des étapes journalières de 40 kilomètres.

On trouve dans le département d'Oran les moutons berbères dans toute leur pureté. Ils sont généralement connus dans le pays sous le nom de moutons de Tiaret. Ils sont bas sur jambes, petits, mais trapus, avec le rein large, la côte et le gigot bien développés. Leur laine, plus Une, plus serrée, rappelle souvent celle des mérinos dont elle présente à des degrés divers les stries caractéristiques et elle s'en rapproche d'autant plus que

l'on s'éloigne vers l'Ouest. Les animaux sont d'une rusticité et d'une endurance extraordinaire et subissent sur les hauts plateaux oranais des écarts de température qui passent fréquemment de — 10 et même — 14 en hiver à 40 et 45° en été.

La conformation générale des moutons algériens laisse quelque peu à désirer. On leur reproche de manquer de gigot. Mais peut-il en être autrement chez des animaux qui ne sont l'objet d'aucune sélection et d'aucuns soins.

On leur reproche leur taille. Faut-il leur en imputer la faute, puisqu'il n'est pas rare de rencontrer chez les kabyles des individus bien soumis dès leur jeune âge pour figurer dignement à la fête du mouton, qui atteignent à l'âge de 2 ans le poids de 60 kilos vif. Mais généralement ils ne dépassent pas celui de 45 kilos.

Les femelles sont très prolifiques. Elles font généralement deux portées par an, â l'automne et au printemps. Dès sa naissance, l'agneau est séparé de sa mère qui est traite matin et soir et le berger ne lui réserve que le strict nécessaire. Pendant les premières semaines de sa naissance il est abrité sous la tente et transporté à dos de chameau. Quand le lait de la brebis tarit, l'agneau est abandonné au troupeau et alors commence pour lui cette dure existence pendant laquelle il ne connaîtra jamais d'abri, jamais d'autre nourriture que celle qu'il trouvera au pâturage.

Y a-t-il lieu de modifier cet état de choses. Assurément, des réserves de paille ou d'herbe sèche éviteraient souvent, au gros de l'hiver, les mortalités effrayantes qui sévissent, sur le troupeau algérien, à la suite des printemps secs. Les animaux qui n'ont pu se refaire res-

tent maigres jusqu'à l'arrivée des froids et des pluies. Les brebis manquent de lait pour leurs agneaux, les plantes vivaces n'ont pas fait de pousses tendres qui constituent les réserves naturelles de la mauvaise saison, et alors la faim, la clavelée, la misère enlèvent en quelques semaines 30, 40, quelquefois 50 0/0 du troupeau.

Mais d'autre part, il semble démontré que le grand air est le meilleur tonique du mouton algérien. Les quelques colons qui avaient voulu leur construire des abris, tout en ayant engagé dans ces créations des capitaux relativement élevés, ont éprouvé des mortalités plus considérables que celles des indigènes, et on dû en revenir au plein air. Jusqu'ici, le seul moyen pratique d'abriter les troupeaux pendant les grandes chutes de neige, a consisté à les empêcher de se coucher et à les maintenir en mouvement pendant toute la durée de la tempête. Dans la nuit noire, les bergers se hélant de minute en minute poussent alors leurs animaux devant eux leur faisant décrire de grands cercles autour du douar.

On conçoit que ces conditions d'existence ne peuvent s'appliquer qu'à des animaux essentiellement rustiques. Jusqu'ici, tous les essais de croisement avec des béliers de races améliorées ont abouti à de piteux échecs.

Seuls les mérinos de la Crau ont résisté à cette existence précaire et il en existe à la bergerie communale de Djelfa un troupeau, dont l'origine remonte à une trentaine d'années au moins. Malheureusement sous l'influence du climat et des privations, la taille des sujets qui le composent est devenue notablement infé-

rijeure à celle des moutons indigènes. A conditions égales, les moutons algériens sont aussi précoces que la plupart des races européennes et en particulier que les mérinos de la Crau.

Quant à la qualité de leur viande, les opinions divergent. Mais elle tient aux conditions dans lesquelles elle est livrée à la consommation. A Marseille, en effet, la boucherie classe en premier choix le mouton du pays ; en second, le mouton de réserve ; en troisième, le mérinos ; et en dernier lieu, l'africain. Or, le mouton de réserve n'est autre que Tafricain remis des fatigues du voyage et amené, en quelques semaines, à Tembonpoint voulu dans les pâturages des départements méridionaux. Tous ceux qui ont voyagé dans le nord algérien ont constaté Texcellence de la viande des moutons tués au sortir du pâturage, sans avoir parcouru 2 ou 300 kilomètres de route pour se rendre à l'abattoir. Il est facile de se rendre compte que la principale cause de dépréciation des africains qui arrivent à la Villelle, tient non pas à la valeur intrinsèque de l'individu, mais à son engraissement insuflisant et aux fatigues d'un voyage sur mer et sur fer qui n'est que la fin d'interminables pérégrinations sur terre.

Le troupeau ovin algérien a été depuis quelques années l'objet de graves préoccupations. Alors que l'on escomptait une augmentation du nombre de têtes, c'est plutôt une diminution qui a apparue et on en a cherché les causes dans l'extension de la colonisation, dans les entraves qu'elle apporte à la transhumance, dans la misère des indigènes. Il n'y a rien de vrai dans tout cela, et la même statistique nous montre, au contraire, la situation du troupeau ovin sous le jour le plus favo-

rable si l'on examine les chiffres relatifs aux exportalions qui ne cessent d'augmenter, alors que chez la population indigène, qui a doublé et que, chez la population européenne qui dépasse aujourd'hui 500.000 habitants, la consommation ne cesse de croître. Cette contradiction entre les chiffres de l'importation et de la population ovine, s'expliquent aisément par la meilleure exploitation qui est faite de cette dernière. Tandis qu'autrefois les brebis mouraient de vieillesse dans les troupeaux et que les mâles n'étaient vendus que plus ou moins âgés, presque tous arrivent maintenant sur les marchés qui alimentent les villes où les ports d'embarquement à l'âge de deux ou trois ans, et ils n'occupent plus le pâturage que pendant leur période de croissance.

I/embarquement a lieu de la fin d'avril au mois d'octobre. Les moulons d'exportation sont généralement expédiés par des négociants ou des éleveurs qui les achètent, quelques mois avant l'embarquement, aux indigènes, qui achèvent de les engraisser et composent des lots homogènes comme taille et qualité. Ceux-ci se divisent généralement en deux catégories composées de moutons de réserve et de moutons de boucherie. Ces derniers passent immédiatement à l'abattoir en arrivant au lieu de destination. Les seconds, au contraire, moins gras au départ, vont achever leur engraissement dans les pâturages du midi et y prennent un repos qui, joint à l'embonpoint qu'ils acquierrent, contribue à faire leur renommée.

Quant aux brebis dont les indigènes se défont, une partie est achetée, du mois de mai au mois d'octobre, par les colons qui se livrent aux environs des grandes villes, à l'industrie de l'agneau de lait.

C'est surtout en hiver alors que le prix de la viande augmente que cette opération est fructueuse. Les brebis qui vont au champ pendant le jour reçoivent quelque nourriture pendant la nuit et leurs agneaux sont vendus au bout de six semaines. La brebis utilisée quelques jours après la vente perd bientôt son lait et engraisse aussitôt. Elle est alors elle-même livrée ù la boucherie, tandis que les troupeaux indigènes sont amaigris par le manque de nourriture et les atteintes du froid.

Cette opération bien conduite est toujours très fructueuse. Les brebis achetées 17 à 22 francs sont revendues quatre à cinq mois après de 20 à 25 francs et on produit un agneau de 10 à 14 kilos dont le prix varie entre 0 fr. 90 et 1 franc le kilo.

Chameaux

Outre le bœuf, le mouton et la chèvre, le Sud algérien possède encore u n ruminant domestique spécialement utilisé pour les transports à travers les régions sèclies, le chameau. Il en existe deux cent mille tant sur les Hauts Plateaux que dans le Sahara. Il s'accommode n)al de l'humidité du Tell et des terres argileuses, sur lesquelles son pied mou et large, si apte à la marche sur le sable, lui fait faire des glissades funestes.

Le moyen le plus économique de transport dans le Sud algérien est encore le chameau. Un mâle adulte porte aisément sur son dos un fardeau de 200 kilos. Il n'éprouve le besoin de se désaltérer que tous les quatre à six jours et, sauf dans les villes où il ne séjourne qu'accidentellement, il ne reçoit d'autres nourriture que celle qu'il trouve sur sa route. En charge, il marche lente-

ment, à raison de quatre kilomèires à Tbeure ; la bande est dispersée en tirailleurs, elle broute les touffes d'alfa, deguetaf, de chih qu'elle trouve sur sa route et le soir, k l'étape, Tanimal repu se couche et son conducteur lui repliant une jambe de devant Tentrave en lui liant Tavant-bras au canon.

Plus que tout autre le chameau ne reçoit, au cours de son existence, aucun soin de Tlndigène qui l'élève.

Quand ils ne sont pas utilisés pour les transports, les chameaux vivent en troupeaux nombreux, composés souvent de deux ou trois cents têtes, à peine surveillés pendant le jour par un berger qui les laisse pâturer à leur guise. Pendant la nuit ils sont réunis au milieu des tentes et entravés. Les plantes les plus coriaces leur servent de nourriture. Néanmoins, ils épuisent rapidement les pâturages sur lesquels ils sont réunis et il est nécessaire de les faire fréquemment déplacer.

Le chameau souffre comme il vit, aussi ses maladies ne deviennent-elles apparentes que lorsque tout espoir de le sauver est perdu. Aussi les épizooties, qui ne sont souvent que les suites de la fatigue ou du manque de nourriture causent-elles des ravages considérables dans leurs troupeaux Certains accidents cependant pourraient bien être évités et en particulier les décès qui surviennent par suite des piqûres de mouches qui déposent leur œufs sur la bosse que rongent les larves une fois écloses. Contre les tiques et autres parasites les Indigènes enduisent le chameau de goudron tout les ans après la chute des poils.

Chèvres et Porcs

A proximité des villes les chèvres se partagent avec les vaches le soin de fournir le lait nécessaire à la population. Dans le département d'Oran les chèvres laitières sont de race espagnole, dans le département d'Alger et celui de Constantine, elles sont maltaises. Ces dernières sont plus laitières, plus délicates et très prolifiques. Elles donnent fréquemment 3 chevreaux par portée. Toujours marquées de couleurs variées, mais souvent blanches, elles sont toujours d'une maigreur extrême. Elles sont nourries à l'établemais vont chaque jour pâturer le long des chemins ou dans les bois et broussailles, et arrivent à donner ainsi 3 et même 4 litres de lait par jour. La chèvre espagnole, au contraire, plus courte et plus ramassée, a le poil ras et jaune. Elle passe au champ ses journées entières et ne reçoit que la nuit une ration complémentaire. Elle est conseillée partout où il fait chaud et sec, tandis que la chèvre maltaise s'acclimate parfaitement sur le littoral.

La chèvre indigène est généralement noire, de très petite taille et peu laitière. Mais elle, encore, ne coûte rien. Elevée sans abri et privée du lait de sa mère peu de temps après sa naissance, elle ne vit plus, quand elle est adulte, que de feuilles ou de jeunes pousses de broussailles.

Il existe en Algérie quatre millions de chèvres qui appartiennent presciue exclusivement aux Arabes ou aux Kabyles. La plupart du temps elles vivent en petits groupes au milieu des troupeaux de moutons, cepen-

dant, dans les montagnes couvertes de maquis on les rencontre parfois seules.

La ctièvre indigène vaut de 6 à 12 francs. Elle ne donne qu'un demi-lilre parfois un lilre de lait par jour, Néanmoins elle est un auxiliaire précieux pour les tribus peu fortunées qui habitent les montagnes, car elles leurs fournissent, presque sans frais, le lait dont les Indigènes sont friands.

Tandis que les chèvres appartiennent presque exclusivement à des indigènes, les Européens seuls possèdent des porcs. On a introduit en Algérie une foule de races différentes. Mais tandis que les grandes races anglaises et françaises jouissent d'une faveur particulière chez le propriétaire qui nourrit ses porcs dans un porcher, les colons ont presque exclusivement réservé h la race majorquaine, le soin de constituer les troupeaux qu'ils élèvent dans les champs. Les animaux de cette race ne dépassent guère adultes et pas le poids de 100 à 120 kilos. Mais ils sont sobres, rustiques, se contentant pour toute nourriture de quelques poignées de marc de raisin dont ils dévorent les pépins, et du pâturage au champ.

Il est incontestable que l'élevage du cochon est, pour celui qui a quelque connaissance du pays, la plus belle source des revenus qui se puisse voir. Mais le porc est difïicile à garder, il est parfois difficile à vendre, et demande, pour être très rémunérateur, des soins et une attention constante.

En résumé, que ce soit sous forme de production d'élevage ou d'engraissement, les spéculations sur le bétail sont toujours très rémunératrices en Algérie. Il n'est pas rare de voir les propriétaires soigneux gagner

de 30 à 50 0/0, après tous Irais de nourriture, de garde et autres, sur des troupeaux de bœufs ou de moutons. Avec les porcs et les brebis on dépasse encore fréquemment de tels bénéflces. Encore tient-on aucun compte de la richesse des pailles et du fumier dont Tutilité a été jusqu'ici trop méconnue en Algérie.

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