‹ L'Algérie agricole en 1906Chapitre 5 sur 40 · LA CONQUÊTE · texte numérisé non relu

LA CONQUÊTE

Le capitaine E. Péiissier. dans les lignes suivantes, montre combien les productions de la Régence étaient réduites avant 1830 :

« Quoique les Arabes soient loin d'être aussi paresseux qu'on le suppose généralement, ils ne cultivent qu'une assez faible partie du sol de la Régence : 1** parce qu'ils n'ont que peu de besoins ; 2« parce que leur nombre est hors de proportion avec l'étendue de leurs terres. Les Kbaïles, qui s'agglomèrent plus que les Arabes, laissent aussi moins leurs terres incultes. Chez ces derniers, la propriété est bien déterminée. Elle est plus vague chez les Arabes.

« [Néanmoins, on trouve dans leurs tribus des fermes formant des propriétés fixes, dont quelques-unes sont depuis un temps immémorial dans les mêmes familles. Le reste du terrain est vague et commun à la tribu.

« Le droit de vaine pâture est ouvert, après la moisson, sur toutes les propriétés non closes. La manière dont il s'exerce est très nuisible à la pousse des arbres et réduit la plupart des bois à l'état de broussailles ou tout au plus de taillis. Néanmoins on trouve encore quelques forêts dans la Régence », etc. (l).

L'état d'abandon et de barbarie dans lequel était plongée la régence d'Alger a frappé tous les voyageurs qui ont pu la parcourir avant la conquête française. Les seules voies de communication étaient des sentiers tracés par le passage répété des bêles de somme : c'était l'unique moyen de transport pour les marchandises ;

(1) Annalett Algériennes, T. II, page 321.

aucune voie carrossable ne traversait le pays. Il n'existait plus que quelques vestiges des anciennes chaussées romaines, les habitants n'allaient qu'à cheval ; les rivières se passaient à gué et devenaient souvent impraticables dans la saison pluvieuse. Les parties déclives des plaines, n'étaient que de vastes marais, tantôt boisés, tantôt couverts de hautes herbes, mais toujours des foyers pestilentiels qui, dans la saison chaude, rendaient les environs malsains, souvent inhabitables. Pas un canal, pas un fossé de dessèchement ne favorisait l'écoulement de ces eaux dont l'insalubrité n'était due qu'à leur stagnation. Les bestiaux n'étaient l'objet d'aucun soin comme abri et comme nourriture ; toutes les propriétés non closes étaient soumises, après la moisson, an droit de vaine pâture.

Quant aux instruments dont les Arabes se servaient pour leurs cultures, ils étaient au niveau de leur barbarie : Rozel, dans son Voyage dans la négcnce d'Alger, nous décrit ainsi la charrue arabe : « Les morceaux de bois qui la composent sont à peine écorcés et bien souvent le soc, formé d'un bois très dur, ne porte point de fer; au lieu d'une oreille pour retourner la terre, c'est une simple cheville, traversant le montant, qui fixe le soc à l'arbre », etc.

Notre conquête amena de rapides changements économiques dans la Régence.

Voici un tableau comparatif des prix de divers produits avant notre conquête et en 1833 :

roccupatlon ^" *^^

Froment (blé dur) le saâ de 60 1 . 3 50 8 10

Orge id. id. 1 20 5 »

Bœufs sur pied 18 » 50 à 60

Moutons id 2 50 12 à 15

Poulets ou poules, la paire 0 50 2 50

Œufs, le cent 1 50 5 w

Huile de table, les 16 litres 5 » 12 »

Oranges, le cent 1 à 1 50 2 à 3

Cheval de trait 55 » 1 20 à 160

Mulet 150 » 300 à 400

Ane 15 » 50 à 80

Une vache laitière et son veau. . 46 » 70 à 100

Chèvre 2 50 10 à 12

LA CONQUÊTE DU SOL PAR LES COLOxNS

Aussitôt la prise d'Alger nous voyons le massif d'Alger commencer à se peupler sous la protection des divers camps retranchés qui furent établis de très bonne heure pour garder les abords de la ville. On y voyait de nombreuses propriétés turques et mauresques avec norias et bassins, des jardins peuplés d'orangers, de citronniers, de grenadiers, de figuiers, etc. Les nouveaux propriétaires, acquéreurs ou concessionnaires, trouvaient là une maison, une installation toute faite ; ils labou-

rèrent les champs, semèrent des céréales, introduisirent le blé tendre que les Arabes ne connaissaient pas, firent venir des bestiaux de France et d'Italie, greffèrent des oliviers sauvages, plantèrent des mûriers, commencèrent à cultiver un peu de vigne. M. Genty de Bussy indique ainsi la progression de ces premières cultures.

En 1830, 200 hectares; en 1831, 500 hectares; en 1832, 1.300 hectares ; en 1833. 2.000 hectares ; en 1834, 2.800 hectares.

En 1834, sur le territoire de Bône, les Européens avaient en culture 2.355 hectares de céréales, légumes, fèves, oliviers et fruits, etc.

A la même époque, autour des villes d'Oran et de Mostaganem, les Européens cultivaient environ 2.800 hectares de céréales, arbres fruitiers de toutes sortes et légumes.

En 1833, les colons fournissaient à Alger, 1 1.831 quiur tau.\ métriques de foin ; ils en fournissaient 864 quintaux métriques à Bône. .

Ils se répandent progressivement sur divers points du Sahel les plus rapprochés d'Alger : Kouba, Tixeraïn, Kaddous, El-Biar et Chéragas.

Ils ne se contentent pas de semer du blé, ils font des essais de toute sortes, plantent du coton, de la canne à sucre, de Tindigo.

En 1834, le relevé de la situation du village de Kouba donne une population de 92 personnes établies sur 131 hectares ; les céréales couvraient 19 hectares ; les vignes 93 ares ; pommes de terre, fèves, etc., 9 hect. 22 ; potager, 5 hect. 31.

A Dély-Ibrahim : population. 215 personnes ; céréales,

31 hect. 90 ; pommes de terre, fèves, etc., 31 hect. 61 ; potager, 20 hect. 76.

Dès 1832, l'Administration avait créé au Hamma, à côté d'Alger, un Jardin d'essai ou d'acclimatation, qui avait pour objet « de propager, par un établissement « que le Gouvernement seul pouvait soutenir, la culture « des arbres et plantes les plus utiles et auxquels con- « viennent le sol et le climat d'Afrique ». Cette pépinière qui avait 5 hectares de superficie fut portée à 24 hectares en 4834, et plus tard à 34 hectares. Les colons pouvaient s'y procurer à des prix modérés des arbres et des plantes utiles.

En 1834, le général Voirol créa le camp de Douera et des colons vinrent s'installer autour. En 1835, un poste militaire était établi à Boufarik ; quelques colons séduits par l'incroyable fertilité de cette terre et bravant courageusement l'insalubrité excessive de ce point, allèrent s'établir autour de nos soldats. La récolte des foins soutint dans les premiers temps Texistence de ces hommes intrépides. Par des prodiges de courage et de ténacité ils créèrent, dans la partie la plus malsaine de la Milidja, le centre aujourd'hui le plus salubre et le plus florissant de cette riche plaine.

Cette même année, rAdndnislration créait 14 communes rurales autour d'Alger, mais des hommes plus entreprenants ne craignaient pas de s'aventurer au-delà de nos postes avancés, au milieu des Arabes, à la Rassauta, à l'Arba, jusqu'à La Réghaïa, et d'y placer d'importants capitaux.

Eu 1837, les relevés officiels portent à 9.072 hectares la superficie cultivée par les Européens en Algérie :

Alger 6.935 hectares

Etablissements particuliers. . . 944 —

Oran 157 ^ ^^^^

Mostaganem 438 S

Bône 597 —

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