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LA GUERRE SAINTE

GOUVEflNEMENT DU MARÉCHAL VALLÉE.

(Octobre 1887. — DéeembreiSlO.)

La prise de Constantine n’étaiL .pas seulement glorieuse pour nos armes : elle enlevait aux Turcs leur dernière forteresse et nous assurait la poS‘ session du territoire le plus fertile de la Régence. Aussi, dégagés de toute inquiétude, les colons reprirent leurs travaux et s’y livrèrent avec une persévérante énergie : les champs furent défrichés, les terrains assainis ; on créa des villages^ on ouvrit lile nouvelles routes; le crédit reparut.

Tandis que le marechaJ Vallée s’appliquait à consolider sa puissance, Abd-el-Kader cherchait, lui, à recoiflstiiluer la natioinalité arabe, dont nous l’avions fait le représentant. Reconnu par le traité de la Tafna, souverain d’une partie de la Régence, il se préparait sans bruit à recommencer la guerre, mais à son heure et à son jour, c’est-à-dire 'lorsqu’il aurait des ressources suffisantes pour entamer la lutte sur tous les points à la fois. Mettant donc à profit les loisirs de Ja paix, il organisa sa troupe à l’instar des armées européennes, donna à la province deTiltery une administration toute nouvelle, refit ses finaiioes et se créa une troisième ligne d’opérations qu’on pourrait appeler sa ligne de retraite : c’est aiusi que s’élevèrent en peu de mois, sur la limite extrême du Tell, Sebdou, Saïda, Roghar et Teke-

dempt, où il aùl à l’abri ses munitions et ses trésors. — Cela fait, il voulut essayer ses forces^ non contre nous, qu’il redoutait encore, mais contre la Grande-Kabybe, qu’il convoitait depuis longtemps en raison de sa proximité d’Alger et de sa position géographique.

L’année précédente, il avait nommé Si-Saadi kalife de la vallée du Sebaou et l’avait envoyé dans le pays avec des letU’es de recommandation pour les chefs les plus importants. Si-Saadi se présenta chez les Kabyles avec une vingtaine de cavaliers, et réclama, au nom du sultan, le payement des impôts. On se moqua de lui. — Abdel-Ka Jer souffrait malai.sément que son autorité fût méconnue. II accourut aussitôt dans la riche tribu des Zouathnas et la mit au pillage. Bientôt ' après^ il se rendit au Bordj-Hamza, sur les limites de la province de Constantine, y reçut I homaiage des cheicks qu’il avait constitués, puis regagna l’Ouest.

Celte expédition contre des tribus qui ne relevaient point de son autorité constituait une A^iolaüon manifeste du traité de la Tafna et laissait supposer que, datis un temps prochain, l’émir chercherait à nous créer de nouveaux et de terribles embarras. — On ne s'y trompa point à Alger; le ministère partagea cette opinion, et pleins pouvoirs furent laissés au gouverneur général ; on renonça aux idées de pi’opagande et de fusion, et il fut admis qu'on ne traiterait désormais avec les indigènes que sur le pied^de vainqueur a vaincu.

Alxl-el-Kader en fut instruit. Ce changement

dans notre politique l’étonna, mais ne l’intimida point. Trop faible encore pour s’affranchir du traité de la Tafna, il remit à une époque plus éloignée l’exécution de ses desseins, et chercha le plus possible à endormir la vigilance du gouverneur. Au lieu donc de se montrer arrogant, il répondit aux reproches du maréchal par de nouvelles protestations d’amitié, puis chargea Ben-Arack de porter au roi de France de riches présents (mars 1838), et de fixer d’une manière définitive les limites de nos possessions dans la Régence, — les termes du traité prêtant, disait-il, à des interprétations contradictoires.

La situation était prospère, notre influence bien établie; mais la longueur et la difficulté des communications avec le littoral paralysaient le mouvement des troupes : le gouverneur fit étudier le terrain et opérer de fortes reconnaissances; puis, à la tête d’une colonne mobile, il suivit la vallée du Seltif et vint fonder au sud-est de Stora une cité nouvelle, Philippeville (6 octobre 1838), tandis que le général Galbois, s’acheminant vers Sétif, préparait la grande voie qui devait relier entre elles Constanline et Alger.

Abd-el-Kader, cependant, voyait d’un œil jaloux notre autorité prendre racine dans le pays, et il attendait qu’on lui fournît un prétexte de recommencer la lutte : scs hommes étaient aguerris, ses magasins bien approvisionnés ; il ne lui moquait plus que de solides alliances, et il comptait les trouver parmi les tribus kabyles. « Les Français ont fait l’œuvre de Dieu, leur écrivit-il; ils ont renversé les derniers Turcs.

Allah s’est servi des Infidèles pour chasser les tyrans; il faut maintenant se réunir contre les Infidèles. » Et, comptant sur le fanatisme religieux des musulmans, il revint en Kabylie (1839) . Les montagnards l’accueillirent mal : ils avaient échappé à la domination turque et voulaient rester libres. Etrangers aux Arabes par leurs moeurs, leurs coutumes et leur constitution politique, ils voyaient dans l’émir le champion de l’islamisme, rien de plus.

« — Présentez-vous en pèlerin, lui dirent les cheicks, vous serez le bien venu ; mais gardezvous de parler en maître I »

L’émir se résigna; c’était prendre le parti le plus sage. Il voulait attendre encore, mais il fut entraîné par les événements, dont il ne pouvait régler la marche.

Les Arabes, en effet, commençaient à être las d’un régime qui ne portait aucun fruit : enrôlés pour combattre les chrétiens, écrasés d’impôts, traités souvent avec une rigueur qui rappelait le règne des janissaires, ils attendaient impatiemment l’exécution des promesses faites, et accusaient le fils de Mahy-ed-Din d’avoir organisé des troupes régulières, plutôt pour asservir les musulmans que pour combattre les chrétiens.

— Pour couper court à ces propos, Abd-el-Kader fit venir à Taza tous les chefs influents du pays et leur demanda conseil : après de longues délibérations, les chefs répondirent que, par égard pour la foi jurée, on ne devait point rompre encore la paix, mais que tous ils courraient aux armes si les chrétiens violaient une des condi-

Lions du ti'aité. En d’autres termes, on n’altendail qu'un prétexte. L’émir le trouva.

En suite des reconnaissances opérées par le général Galbois, Je gouverneur avait défini livement arrêté son plan de campagne dans la province de l’est. Il revint à Constantine (septembre 1839) et pressa activement les préparatifs de l’expédition : il allait parcourir, de l’est à l’ouest, un territoire jusqu’alors inviolé et franchir les Portes de Fer, passage redoutable que les Romains eux-mêmes n’avaient osé tenlea'.

Deux divisions, l’une sous les ordres du duc d’Orléans, l’autre commandée par le général Galbois, se portèrent jusqu’à Sétif, puis se séparèrent à l’entrée des montagnes ; la seconde, rebroussant chemin, rentra dans la vallée de la Medjanah, où sa présence était nécessaire powr contenir quelques tribus; la première, guidée par des chefs indigènes, marcha vers le passage.

Après avoir passé le iéfilé (29 octobre 1839), les troupes débouchèrent dans une vallée riante^ puis' arrivèrent à Beni-Mansour, harassées de fatigue et de soiL U y avait cinquante deux heures que les chevaux n’avaient pu boire; le lendemain, la colonne poursuivit sa route, faiblemeat attaquée par les cavaliers de Beu-Sa lera qui baJlrtaieiît la campagne,; Je 1®*' novembre, elle arrivait au Fondouch, où se trouvait la division JRulhières ; le 3, elle rentrait à Alger, où elle fut accueillie par la population avec, un véritable enthousiasme.

Cette paisible expédition devait rallumer fa guerre. Ben^alem annonça immédiatement à

l’émir le passage des Bjbans par l’armée française, et lui demanda ce qu’il complaü faire :

La réponse ne se fit point attendre :

« La nrpture vient des cluiétiens, lui écrivit Abdel-Kader. Votre ennemi est devant vous ; retrousseï comme il faut vos vêtements et préparez- vous au combat. De toutes parts le signal de la guerre sainte est donné ; vous êtes riiomiue de ces cojitrécs. Je vous ai placé là pour en fermer l’issue.

» Gardez de vous laisser troubler; serrez votre ceinture et soyez prêt à. tout. Grandissez-vous à la hauteur des événements; apprenez surtout la patience.; que les vicissitudes humaines vous ti'ouvenrt impassible. Ce sont des épreuves, elles sont attachées au destin de tout bon lunsuhnan qui s’engage à mourir pour sa foi.

» La victoire, s’il plaît à Dieu, couronnera notre persévérance. Salut ! »

Au reçu de celle lettre, Ben-Salem convoqua tous les chefs placés sous son commandement, et leur communiqua Je message du maître : il leur reprocha leur inaction , leur montra les chrétiens promenant le fer et le feu dans toutes les parties de la Régence et les conjura, au .nom du Prophète,. de se joindre à l’émir pour chasser les infidèle.s.

Son langage partait du cœur : il passionna Thssistaiice : — les Kabyles jurèrent de marcher au premier signal.

Abd-el-Kader, de son côté, appelétit aux armes les g-uerriers de l’ouest et du centre, et jetait ses réguliers dans la plaine de la Mitidjah. Nos petits postes, surpris jusque dans les environs d’AJger, furent enlevés, nos camps assaillis.

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